Page d'accueil   Lire les nouvelles   Lire les poésies   Lire les romans   La charte   Centre d'Aide   Liens Web 
  Inscription
     Connexion  
Connexion
Pseudo : 

Mot de passe : 

Conserver la connexion

Menu principal
Les Nouvelles
Les Poésies
Les Listes
Recherche


Fantastique/Merveilleux
Twinkle : Les chemins des vents
 Publié le 04/09/08  -  5 commentaires  -  12217 caractères  -  13 lectures    Autres textes du même auteur

Un ours blanc, un palais perdu sous la montagne, une terrible princesse, quatre vents, trois trésors et bien plus encore...


Les chemins des vents


Il était une fois une famille de paysans si pauvres que les enfants allaient le ventre vide et couverts de guenilles. Pourtant, malgré le froid et la faim, c'étaient tous de beaux enfants. La plus jeune des filles était aussi la plus belle, d'une beauté qui ne se peut imaginer.


Un soir d'automne, alors que la famille grelottait autour d'un maigre feu, trois coups retentirent à la porte. Le père ouvrit, un énorme ours blanc se dressait sur le seuil.


– Hei, gronda l'ours.

– Hei, bredouilla le père.

– Parlons peu. Tu es pauvre et je suis riche. Tu as sept filles et je n'en ai pas. Donne-moi la plus jeune et tu y trouveras ta fortune.


Le paysan tremblait de tous ses membres, mais l'avidité l'enhardit.


– Si ma fille veut, soit.


Il appela sa fille et lui conta la bonne nouvelle. La pauvrette n'avait guère envie de suivre l'ours blanc mais elle ne savait pas désobéir. Comme elle ne dit pas non, et qu'elle ne dit pas oui, le père demanda à la bête de revenir dans sept jours. Ainsi, le marché se conclut.


Pendant sept jours, père, mère, frères et soeurs harcelèrent la jeune fille, la pressèrent de suivre l'ours blanc et de faire leur fortune. Elle se résigna, rassembla ses guenilles et attendit. L'ours revint comme convenu. Il donna au paysan un grand panier plein d'or puis se tourna vers la jeune fille.


– Grimpe, dit-il.


Elle agrippa la fourrure blanche, grimpa sur le dos de l'ours et quitta son pays sans se retourner. L'ours courut longtemps à travers plaines, vallées et forêts. Parfois, il tournait la gueule vers la jeune fille pour demander.


– As-tu peur ?

– Non, je n'ai pas peur, répondait-elle.

– As-tu froid ?

– Non, je n'ai pas froid.

– As-tu faim ?

– Non, je n'ai pas faim.

– C'est bien, grognait l'ours, et il repartait de plus belle.


Courant ainsi, ils arrivèrent au pied d'une énorme montagne ensevelie sous la neige. Un palais s'y dissimulait. L'ours conduisit la jeune fille devant une table somptueusement dressée et la regarda dîner en silence. Puis il lui remit une clochette qui la rendait maîtresse du palais et la quitta. Elle se sentit soudain bien lasse et désira dormir. Elle fit tinter la clochette et se trouva transportée dans une chambre vaste comme dix fois la chaumière de son père. Elle souffla les chandeliers et se coucha dans le grand lit blanc. À peine reposée, un homme entra et s'allongea à son côté.


La jeune fille apprit à vivre dans le palais sous la montagne. Le jour, elle errait dans les chambres vides, le soir elle dînait en compagnie de l'ours silencieux, et la nuit un inconnu dormait près d'elle. Les jours passaient et elle se mit à penser à regret à sa pauvre famille, aux chamailleries de ses soeurs, aux bravades de ses frères, aux réprimandes du père. Elle perdit l'appétit et son front se plissa. L'ours s'en inquiéta, mais il craignait de la renvoyer auprès de sa mère.


– Elle se penchera vers toi, te questionnera et fera ton malheur, grondait-il.


La jeune fille jura qu'elle ne répondrait pas aux questions de sa mère, qu'elle connaissait trop bien les contes pour savoir que la curiosité est la pire des conseillères. L'ours consentit alors à la ramener chez elle pour sept jours.


La ferme avait bien changé. Le père avait fait croître l'or du panier, ses filles avaient des prétendants, ses fils des équipages pour chasser. Tous se réjouirent de revoir leur sœur, car au fond ils avaient bon cœur. Ils l'assaillirent de caresses et de questions.


– D'où viens-tu ?

– Nous te croyions morte, vois ta tombe dans le jardin. Comment as-tu fait pour ne pas être dévorée ?


La jeune fille se contentait de sourire. Sa mère n'en pouvait plus de curiosité. Elle se pencha vers elle, lui prit la main, la regarda tendrement, soupira et ne dit rien. Alors, la fille oublia son serment et raconta tout sans qu'on lui demande rien. Elle parla beaucoup de cet homme qui couchait près d'elle et qu'elle ne voyait jamais. Sa mère se mit à pleurer.


– Notre fortune serait bien chèrement payée si tu étais devenue la femme d'un troll. Crois-moi, prends cette bougie et épie-le dans son sommeil. S'il ne te convient pas sauve-toi.


Le cœur de la jeune fille se troubla et elle prit la bougie. Au terme des sept jours, l'ours vint la chercher. Il l'interrogea longuement et la mit en garde.


Ce soir-là dans le palais sous la montagne, la jeune fille attendit que l'étranger s'endorme et alluma sa bougie. Elle découvrit un homme si beau que sa main en trembla. Sept gouttes de cire tombèrent sur le dormeur et le réveillèrent.


– Hélas gémit-il, quel besoin avais-tu d'écouter ta mère ? Encore sept nuits de patience et j'aurais été délivré du sortilège qui me fait ours le jour, roi la nuit. Maintenant tout est perdu, je dois renoncer à toi et épouser la maîtresse du château qui se dresse à l'est du Soleil, à l'ouest de la Lune, et que n'atteint aucun chemin.


La jeune fille implora, supplia mais rien n'y fit. Le roi disparut et la montagne et tout le palais disparurent avec lui. La pauvre se trouva abandonnée dans une clairière sombre. Elle pleura longtemps entre les bouleaux. Quand ses larmes se tarirent, elle releva la tête et serra les poings. Elle trouverait le chemin du château et regagnerait la confiance du roi. Elle marcha au hasard des sentiers, traîna ses pieds las sur les routes sinueuses des montagnes. Chemin faisant elle rencontra une vieille et l'interrogea.


– Grand-mère, je cherche le château qui se dresse à l'est du Soleil, à l'ouest de la Lune, et où nul ne sait aller. Mon amour y est prisonnier d'une terrible princesse et mon cœur ne peut l'oublier.

– Tiens donc, dit la vieille, je ne sais où ce château peut être, mais celle d'à côté le sait sûrement. Prends mon cheval, cette pomme et porte-toi bien.


La jeune fille reçut une pomme d'or et se mit en selle. Le cheval galopa longtemps et s'arrêta devant celle d'à côté.


– Grand-mère, je cherche le château qui se dresse à l'est du Soleil, à l'ouest de la Lune, et où nul ne sait aller. Mon amour y est prisonnier d'une terrible princesse et mon cœur ne peut l'oublier.

– Tiens donc, dit la vieille, je ne sais où ce château peut être, mais celle de là-bas le sait sûrement. Prends mon salut, cette quenouille et porte-toi bien.


La jeune fille reçut une quenouille d'or et salua celle d'à côté. Le cheval galopa longtemps et s'arrêta devant celle de là-bas.


– Grand-mère, je cherche le château qui se dresse à l'est du Soleil, à l'ouest de la Lune, et où nul ne sait aller. Mon amour y est prisonnier d'une terrible princesse et mon cœur ne peut l'oublier.

– Tiens donc, dit la vieille, je ne sais où ce château peut être, mais le Vent de l'Est le sait sûrement. Rends le cheval, prends ce rouet et porte-toi bien.


La jeune fille reçut un rouet d'or et laissa là le cheval. Elle trouva vite le Vent de l'Est et le supplia.


– Ma foi, je n'ai jamais ébranlé les murs de ce château, souffla le vent. Le Vent de l'Ouest saura t'aider mieux que moi.


Le Vent de l'Est prit la jeune fille sur son dos et la mena à son frère de l'Ouest.


– Ma foi, je n'ai jamais amassé de nuages sur les tours de ce château. Le Vent du Sud saura t'aider mieux que moi.


Le Vent de l'Ouest prit la jeune fille sur son dos et la mena à son frère du Sud.


– Ma foi, je n'ai jamais chanté dans les jardins de ce château. Le Vent du Nord saura t'aider mieux que moi.

Le Vent du Sud prit la jeune fille sur son dos et la mena à son frère du Nord.

– Frère, celle-là cherche le château qui se dresse à l'est du Soleil, à l'ouest de la Lune, et où nul ne sait aller. Son amour y est prisonnier d'une terrible princesse et son cœur ne peut l'oublier.


Le Vent du Nord fronça ses sourcils de givres.


– Par ma foi, j'ai déjà porté là-bas une feuille de bouleau et l'effort m'a presque tué. Si c'est pour ton amour, je veux pourtant tenter de t'y conduire.


Il souleva la jeune fille dans un grand tourbillon de neige et la mena sur toutes les terres et les mers connues, semant l'hiver sur son chemin. Le Vent s'épuisait mais enfin il déposa la jeune fille à côté du château et courut se reposer.


C'était un bien étrange château, où l'on ne voyait qu'une porte et qu'une fenêtre que le Soleil et la Lune éclairaient. La jeune fille ne savait comment entrer. Elle sortit sa pomme d'or et se mit à jouer. La princesse qui s'ennuyait à la fenêtre l'aperçut et s'écria :


– Toi qui n'as rien à faire ici, combien veux-tu de cette balle qui me fait grande envie ?

– Une nuit près du roi me paraît un bon prix.


La princesse sourit avec satisfaction.


– Que cela soit. Entre et reste jusqu'au matin.


Les gardes conduisirent la jeune fille dans la chambre du roi. Elle reconnut son amour, mais il dormait si profondément que, de la nuit, elle ne put le réveiller. Au matin, les gardes vinrent la chercher et elle dut quitter le château. Elle s'assit sous la fenêtre, sortit sa quenouille, son rouet et fit mine de filer. La princesse qui s'ennuyait toujours l'aperçut et s'écria :


– Toi qui n'as rien à faire ici, combien veux-tu de ce rouet et de cette quenouille qui me font grande envie ?

– Une nuit près du roi me paraît un bon prix. Une pour la quenouille, et une pour le rouet.

– Deux nuits, que cela soit. Entre et reste jusqu'au matin.


La jeune fille entra dans le château et dans la chambre du roi. Il dormait encore, si bien qu'il n'entendit pas ses appels. Au matin, les gardes vinrent la chercher et l'enfermèrent dans un petit cachot pour attendre la deuxième nuit.


Heureusement, un serviteur complimenta le roi sur son si bon sommeil, alors que depuis deux nuits les pleurs d'une étrangère tenaient tout le château éveillé. Le roi comprit que son repos était forcé. Il ne but ni ne mangea de la journée pour échapper au poison. La nuit tombant il feignit une grande lassitude et se coucha prestement. La jeune fille fut conduite près de lui et recommença ses plaintes.


– Pour toi j'ai marché, chevauché, suivi les quatre vents et perdu trois trésors. Je ferais plus encore mais tu dors toujours et tu ne m'entends pas. Cette nuit est mon dernier espoir, mon amour, aie pitié, réveille-toi.


Le roi s'éveilla et prit la jeune fille dans ses bras. Puisqu'elle l'avait cherché jusque dans le lieu où personne ne vient jamais, le sortilège était levé. La princesse eut beau hurler et menacer, elle dut les délivrer et même les faire conduire jusqu'au palais du roi.


À la veille de son mariage, la plus jeune fille du paysan était bien plus belle qu'on ne saurait l'imaginer. Elle regardait pensivement par la fenêtre, indifférente à la gaieté qui avait envahi le palais.


– Elle pense à ses noces, gloussaient les dames de compagnie en choisissant des rubans.


La jeune fille pourtant pensait à toute autre chose. Aux prairies de son enfance, à sa course sur le dos d'un ours blanc, au cheval de la vieille, au salut de celle d'à côté. Elle pensait au Vent de l'Est, au Vent de l'Ouest, au Vent du Sud, au Vent du Nord et aux chemins que personne ne connaît. Alors, elle alla trouver son amour et le regarda sans trembler.


– Je ne peux pas déjà me marier. Je veux suivre encore les chemins des vents.


Il s'assombrit mais comprit cependant.


– Même si je le désirais je ne pourrais partir avec toi et me dire encore roi. Va et pendant sept fois sept ans je t'attendrais.


La jeune fille partit en emportant le sourire de son amour. Elle le mena sans hâte sur les routes des quatre vents. Le roi l'attendit. Quand les sept fois sept ans se furent écoulés, elle revint, fidèle à sa promesse. Elle trouva son amour bien vieux et fatigué mais il lui dit en souriant :


– Qu'as-tu vu de beau en suivant les vents ?

– Tant de choses qu'il me faudrait une vie pour les conter, mais rien n'était plus beau que le château qui se dresse à l'est du Soleil, à l'ouest de la Lune. La princesse est morte du dépit d'avoir perdu son ours blanc. Si tu le veux nous irons là-bas et nous partagerons nos rêves avec les étoiles prisonnières de la glace.


La jeune fille prit la main du vieux roi et lui montra comment chevaucher le Vent du Nord. On dit que de leur château de glace ils voient tous les chemins du monde et guident parfois les amoureux égarés.



 
Inscrivez-vous pour commenter cette nouvelle sur Oniris !
Toute copie de ce texte est strictement interdite sans autorisation de l'auteur.
   victhis0   
4/9/2008
 a aimé ce texte 
Bien ↓
C'est un vrai conte, très orthodoxe, avec la panoplie complète des recettes du conte. En celà, ce texte ne m'aura pas trop surpris. J'ai beaucoup aimé les vents et leurs discours, la poèsie un peu surranée qui se dégage de cette prose, j'ai été moins séduit par les répétitions en surnombre qui m'ont un peu lassé. En fait, je pense que c'est un texte plus agréable à lire à haute voix qu'à lire en silence. Promis : je le teste sur mon fils cadet ce soir !

   xuanvincent   
4/9/2008
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Voilà un beau conte !, me suis-je dit en lisant cette histoire, qui m'a transportée dans l'univers des contes de mon enfance.

Ce conte, que j'ai trouvé joliment écrit, m'a au départ fait beaucoup penser à un conte (russe ???) que j'avais entendu enfant. Ensuite, le récit part dans d'autres directions, ce qui m'a paru rendre plus original ce conte.

Impressions au fil de ma lecture :

- Que la princesse qui s'ennuyait ait pu accepter sans sourciller qu'une parfaite inconnue, une va nu-pieds, puisse passer une nuit (et davantage par la suite) auprès de son mari m'a amusée.

- Un détail m'a intriguée, vers la fin de l'histoire : ne serait-ce pas plutôt au roi d'annoncer à la jeune fille la mort de la princesse ?

- Le roi, qui accepte d'attendre sa belle sept fois sept ans, m'a paru bien patient... Au terme de cette attente, le temps n'a pas eu de prise, contrairement au roi, sur la jeune fille. La liberté rendrait-elle éternellement jeune ? J'aimerais pouvoir le croire...

La fin m'a plu.

   Azurelle   
4/9/2008
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
L'ours blanc m'a fait penser à la boussole d'or. Un conte qui respecte les traditions du genre (la cadette jolie mais forcée de subir le destin qu'on lui impose) et qui me fait penser à un mélange de la belle et la bête et d'une légende. La fin très romantique m'a laissée pensive, dans des songes. Merci pour cette part de rêve ^^.

   Anonyme   
24/9/2008
 a aimé ce texte 
Bien
un beau conte qui respecte bien la technique d'écriture, mais un peu lassant sur la fin. Mais plaira certainement aux enfants!

   marogne   
2/11/2008
 a aimé ce texte 
Bien
Décidemment Twinkle aime les contes !

J’ai lu celui-ci juste après le « mariage du roi des troll », et il en a pâtit.

Oui on y retrouve ce qui faisait l’originalité et la « perfection » du « mariage », mais un peu comme copié au papier carbone, comme une vision d’astigmate, des contours brouillés, gris….

Et puis cette jeune fille est beaucoup moins attachante, l’enfant qui sommeille en moi est un peu déçu, elle n’est pas vraiment gentille…. Et puis l’adulte raisonnant ne comprends pas bien où on va dans cette histoire…

Un sentiment mitigé donc.


Oniris Copyright © 2007-2020