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Fantastique/Merveilleux
Twinkle : Les messagers
 Publié le 09/01/08  -  10 commentaires  -  7613 caractères  -  26 lectures    Autres textes du même auteur

Une histoire de Baba Yaga.


Les messagers


En ces temps-là vivaient un homme, une femme et un enfant, à naître, pauvres au point d’en mendier leur pain de village en village. Lorsque la forêt se dressa sur leur route, ils n’eurent d’autre choix que de la traverser. Il faisait froid et faim et la femme était bien faible. Aussi, quand l’homme vit une petite chaumière blottie entre les ronces, quand il sentit le doux parfum du ragoût qui mijote, il se précipita et cogna fort la porte. S’il y avait mieux regardé, il aurait vu que la chaumière avait des pattes de poules, le ragoût un drôle de fumet, et la vieille qui ouvrit une mauvaise lueur dans les yeux. Mais l’homme ne regarda pas tout cela, et il ne vit que la souffrance de sa femme et le feu qui flambait dans la cheminée. La vieille leur servit du bon ragoût et du bon vin pour se réchauffer. Elle envoya l’homme chercher de l’eau.


- De l’eau au puits pour ton enfant à naître. Hâte-toi et reviens vite.


L’homme ne se douta pas que le puits était ensorcelé. La margelle le poussa et il tomba lourdement au fond, tout au fond du puits. La vieille versa toujours plus de vin à la femme, le vin pour faire venir l’enfant, le vin pour donner du courage, le vin pour dormir à jamais. Et la femme tomba lourdement au fond, tout au fond du sommeil. Baba Yaga la vieille posa alors ses doigts sur le petit enfant et le berça en grinçant.


Androuchka ma petite fille,

Androuchka tu dormiras

Ton père est dans le puits

Ta mère est endormie

Et toi aussi tu dormiras


Androuchka grandit dans la chaumière aux pattes de poule sans se douter qu’elle avait eu père et mère. Baba Yaga ne la traitait pas trop mal, pas trop bien non plus. Elle utilisait la belle enfant pour attirer les cavaliers, les riches marchands et les brigands, pour les enivrer, les dépouiller et les jeter au fond du puits. Androuchka ne savait pas que c’était mal. Elle y gagnait de beaux bijoux et des épices pour le ragoût.


Un jour, un jeune homme pauvre la suivit dans la forêt. Baba Yaga jura et tempêta contre cette capture inutile. Cependant, elle trouva le garçon aimable, fort et obéissant, aussi elle l’ensorcela et le garda pour chasser et couper le bois. Il s’appelait Mickael.


Androuchka et Mickael s’aimèrent malgré les sortilèges. Baba Yaga le vit dans son ragoût fumant, le vit et en devint folle de rage. Elle envoya Mickael couper du bois au plus sombre de la forêt. Elle envoya Androuchka tout en haut de la plus haute montagne, prisonnière des sommets. Voilà et bon débarras.


Pauvre Androuchka au milieu des rochers, sans rien pour se protéger de la neige et du vent, sans rien qu’un chaudron et un peu de magie dérobée pour manger. Androuchka n’avait pas faim, elle pensait à Mickael, le pauvre bûcheron de la sorcière. Elle y pensa puis retira ses bracelets, ses épingles et son peigne d’argent, les fit fondre dans son chaudron pour façonner un messager. Le petit roi d’or à la moustache d’argent partit rechercher Mickael, mais il tomba dans une crevasse, tomba et attend encore là-bas.


Androuchka patienta, guetta et comprit que le roi avait échoué. Elle se résigna à sacrifier son chaudron, à modeler le cuivre pour faire un messager. Le brave soldat de cuivre partit chercher Mickael, mais il trébucha dans le fossé, trébucha et attend encore là-bas.


Androuchka patienta, guetta et comprit que le soldat avait échoué. Elle se résigna à découper son beau jupon, son tablier et son bonnet. De chiffons et de graviers elle confectionna un messager. La frêle poupée partit chercher Mickael mais se perdit dans la forêt, se perdit et se perd encore là-bas.


Androuchka patienta, guetta et comprit que la poupée avait échoué. Il ne lui restait rien, rien d’autre que les rochers. Alors elle se mit à pleurer.


Le temps passa de neige en neige et le vent aida Androuchka. Il lui donna un vieux papier, un journal de l’an passé. Dans les pages grises, Androuchka découpa une farandole de messagers. Les bonshommes de papier partirent pour chercher Mickael, volèrent, se déchirèrent, échappèrent aux oiseaux affamés, aux griffes des arbres et de la pluie. Beaucoup disparurent en poussière, mais un petit bien amoché chercha Mickael, et chercha jusqu’à le trouver.


Baba Yaga est une grande sorcière qui vit bien loin du plus sombre de la forêt. Bien loin, la magie est bien faible. Le messager de papier libéra le sortilège. Mickael laissa tomber sa hache, le regarda et s’écria :


- Où est Androuchka, ma belle Androuchka ?


Le papier frémit et s’envola mais il ne put aller bien loin. Mickael le rattrapa, l’essora et dans sa poche le rangea. Il partit dans la forêt, appelant sans cesse Androuchka. Une petite voix lui répondit, une voix de chiffons et de graviers.


- Je suis perdue, perdue, perdue, Androuchka est dans les sommets. Dépêche-toi. Baba Yaga t’a entendu et te poursuit. Si je la vois, je la retiens.


Mickael partit vers la montagne, appelant sans cesse Androuchka. Une petite voix lui répondit, une voix de cuivre bien poli.


- J’ai trébuché dans le fossé, Androuchka est dans les sommets. Dépêche-toi. Baba Yaga t’a entendu et te poursuit. Si je la vois, je la retiens.


Mickael grimpa en appelant sans cesse Androuchka. Une petite voix lui répondit, une voix de bijou étouffée.


- Je suis tombé, tombé, tombé, Androuchka est dans les sommets. Dépêche-toi. Baba Yaga t’a entendu et te poursuit. Si je la vois, je la retiens.


Mickael grimpa encore et trouva Androuchka, trempée, glacée, affamée, mais si belle et vaillante sur les sommets. Hélas les retrouvailles sont courtes, car voici venir la maison aux pattes de poule, et au balcon Baba Yaga.


Androuchka te revoilà

Ton père est dans le puits

Ta mère est endormie

Bientôt Mickael dans le puits

Bientôt Androuchka endormie

Une poupée a voulu m’arrêter

Pouah, je l’ai perdue dans la forêt

Un soldat a voulu m’arrêter

Pouah, je l’ai poussé dans le fossé

Un bonhomme a voulu m’arrêter

Pouah, dans la crevasse il est resté

Androuchka a voulu me tromper

Pouah, je vais la tuer dans les sommets

Mickael a voulu me voler

Pouah, je vais le tuer dans les sommets


Baba Yaga est bien terrifiante, vociférant sur son balcon. Si Mickael avait eu sa hache, il aurait coupé les pattes de poule de la maison. Si Androuchka avait eu son chaudron, elle aurait ébouillanté la sorcière. Mais ils n’ont rien que leur amour et puis voilà.


Dans la poche de Mickael, le bonhomme de papier a séché. Il se tortille hors de la poche et voit Baba Yaga menacer, pousser Mickael et Androuchka sur les falaises. Le petit messager s’envole jusque sur les pattes de poules de la maisonnette qu’il chatouille, chatouille jusqu’à la faire vaciller. Il s’envole dans les yeux de Baba Yaga qu’il agace, agace jusqu’à l’aveugler. Le vent se met de la partie pour souffler et bousculer. Mickael et Androuchka poussent de toutes leurs forces pour faire tomber la chaumière. Alors Baba Yaga tombe et la maison lui tombe sur la tête. Elle a une patte cassée et se sauve en clopinant. Baba Yaga est bel et bien écrabouillée.


Mickael et Androuchka repartent vers la forêt, s’installent dans la maison qu’ils ont tôt fait de réparer. Ils auraient pu sauver les petits messagers perdus, les sortir de la montagne, du fossé et de la forêt. Ils auraient pu, mais ils ne l’ont pas fait. Comment auraient-ils su que c’était mal ? Voyant cela, le bonhomme de papier s’est envolé, envolé vers les sommets. En partant, il a murmuré :


Bon débarras et puis voilà.


 
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   irisyne   
9/1/2008
et puis voilà... la magie d'un conte sortie d'une belle imagination. J'ai bien aimé "une voix de bijou étouffée".

   Liry   
9/1/2008
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Un magnifique conte empli de magie. Qui se laisse dévorer du début à la fin.

Une écriture fluide, agréable et chantante.

J'ai passé un très bon moment.

Merci

   aldenor   
10/1/2008
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Quelle belle imagination, avec une bonne dose d’humour !
S’il faut avoir à redire, je trouve lourde l’inversion « … dans sa poche le rangea » et certaines répétitions trop insistantes (tomber…tomber ; rien … rien ; se perdit…se perdit, etc…) l’effet porte, mais il est trop facile. Par contre j’aime tous les « Voilà et bon débarras ! »

   Bidis   
11/1/2008
 a aimé ce texte 
Passionnément ↓
Ah oui ! C'est bien joli : plein d'envolée, de poésie, d'humour. Et j'ai trouvé que c'était aussi très bien écrit.

   Lariviere   
11/1/2008
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Très joli conte, adapté avec talent d'une légende russe "Baba yaga"...
Je vois que tu as eu l'intelligence de garder la maison aux pieds de poules...

Très belle écriture...

L'histoire est originale et émouvante...
J'aime beaucoup ces "messagers" de papiers...
J'ai apprécié aussi tous les passages en italiques... On a l'impression que c'est le vent qui nous souffle ses visions...
Ca donne du rythme à cette nouvelle courte...

Merci et félicitations !

   Cassanda   
11/1/2008
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
J'ai découvert tes textes grâce au concours de noël et j'adore !
C'est plein de poésie, limpide et clair.
L'adaptation de cette légende russe est parfaitement réussie, originale auquel ton style colle parfaitement.

Merci beaucoup pour ce moment magique :)

   nico84   
16/1/2008
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Moi aussi, j'ai aimé ces messagers, l'attitude des deux tourteraux à la fin est assez déconcertante. Mias comme tu le dis, ils n'avaient pas appris. Ta nouvelle est belle, l'écriture est naturelle sans élement en trop, sans de maquillage et j'aime cette écriture, je te félicite pour cette création, pour ce ton qui m'a embarque si loin ...

   marogne   
25/1/2008
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Je n'ai d'abord pas trop aimé. Puis j'y suis revenu er je l'ai relu. Parce que j'y trouvais du plaisir.

Quel plaisir?

Peut-être celui que l'on éprouve à regarder un tableau de Paris place du Tertre, où de manière plus pédante un Douanier Rousseau? En fait le plaisir de la simplicité, pas de la naiveté, de la simplicité qui est le résultat du travail. Peut être comme ce fameux peintre japonais qui ne su dessiner le cheval de son empereur qu'au crépuscule de sa vie (mais c'est une autre histoire).

La fraîcheur du tout fait oublier quelques maladresses, comme la "vue d'un fumet".

Merci pour le plaisir.

   xuanvincent   
17/6/2008
 a aimé ce texte 
Beaucoup
J'ai bien aimé ce conte de Twinkle. Je l'ai trouvé bien écrit et ai apprécié le rythme, prenant. Un beau conte de Baba Yaga !

   Menvussa   
11/4/2009
 a aimé ce texte 
Bien
Eh bien voilà un joli conte pour enfants sages.


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