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Humour/Détente
victhis0 : Concerto pour piano et fausses notes
 Publié le 25/01/09  -  22 commentaires  -  6713 caractères  -  100 lectures    Autres textes du même auteur

Petit dialogue trivial entre un instrument et son serviteur.


Concerto pour piano et fausses notes


Ouais, c’est clair, je suis moche : un putain de vieux piano droit d’études… J’ai au moins quatre-vingt-dix piges, on m’a affublé de deux chandeliers à la con en cuivre qui se la jouent vaguement Art nouveau (enfin y en a un qui flageole bizarre). Le chevalet se fait la malle et j’ai une pédale enfoncée. Pas terrible. Jadis, j’étais noir, du sol au plafond. Maintenant on sait plus trop : un vague gris délavé, des auréoles de bière, de pisse, de vin, de traces de... de… mégots de G’I’s, des Gitanes de petites frappes… Ma structure n’est plus bien solide… J’ai pas d’allure quoi !


Et encore, tu sais pas tout : combien de paires de fesses se sont vautrées sur moi ? T’as une idée ? Combien de greluches se sont fait masser les nichons au-dessus de mon cadre ??? Et combien d’autres qui se sont fait trousser en m’agrippant les chandeliers ???

Et les mecs qui se sont pétés les dents sur mes touches, après un bourre-pif d’anthologie, en faisant vibrer d’un coup toutes mes cordes, combien ? dix , vingt ?

Pire : combien de centaines de morceaux ont été massacrés dans l’indifférence générale ? Combien de do oubliés par médiocrité ? Combien de fa trop appuyés ???


Non mais on me prend pour qui ???


Y a même un con qui a gravé « Louise » avec son couteau de paysan, dans un cœur mal gaulé ! Un autre couillon s’est permis un pitoyable « je te bèse, salope » avec une craie. Quand même… Je suis un instrument de musique, merde ! Pas un mur de pissotière !!!

Ok, d’accord, j’ai jamais rêvé d’opéra moi, hein… Avec les planches de bois dont on m’a fabriqué, en général on fabrique des cercueils… Allez, j’ai jamais eu d’illusions : d’où je viens on peut pas espérer mieux que faire du bruit dans un claque. Pas la peine de se la jouer - si je puis dire - Chopin, Bartok, Beethoven… Pas même un coma de ces augustes partitions n’aura frôlé l’ivoire jaspé des veinules perles de mes touches (et c’est pas parce que je suis moche que j’ai pas des lettres, mélangez pas, merci, non mais ho : les mecs dont je vous cause, là, j’ai déjà entendu leur nom, faut pas croire).


Moi, j’en ai rien à foutre : je t’emmerde, moi, Beethoven ! Et tes pianistes avec leurs putains de queue-de-pie et leurs grands airs inspirés… Ben je les emmerde aussi ! Bande de trouducs ! Moi je fais du bruit ! Je suis fait pour ça !

Je fais du bruit pour couvrir les fréquences des rires englués dans un alcool dégueulasse,

Je fais du bruit pour couvrir les sous-entendus lourdingues de minables en rut !

Je fais du bruit pour couvrir tant bien que mal les conversations pathétiques des ivrognes en mal de compagnie…

Je frappe un do pour masquer un piteux « salope ! »,

Je crie un ré pour faire taire un hideux « connard !»,

Je te plaque une appogiature foireuse pour faire oublier un « dehors, enviandé ! » Voila ! C’est ça mon job !!!


Sûr c’est pas Gaveau ici… Moi, les Bösendorfer, je leur fais dessus ! Parfaitement ! Y’Me font pas peur, là, avec leurs quatre-vingt-dix-sept touches, leur queue immense… Ça prouve quoi ? Qui c’est qui a dit que c’était mieux avec une grande queue ?! Rien à cirer (c’est le cas de le dire, parce que moi, la cire, ça fait un bail).

Peuh ! De la musique-gnagnagna… Non mais mate le tableau : il me manque trois touches, il y a pas un accordeur qui est venu me tripoter depuis au moins cinq ans… Ici, au Sunset Club (RN27A à Plouc-sur-Seine, entrée gratuite pour les dames, tarif VRP), il fait pas moins de vingt-cinq degrés, ça fait boire le chaland ! Faut dire qu’ils viennent pas vraiment au concert mais quand même. J’ai atterri là sans ménagements (un pied fendu, sympa) il y a bien trois ou quatre ans, repéré chez un broc par l’autre abruti. Moi, j’attendais la hache paisiblement, trop content d’être enfin muet après toutes ces années de bruit musical médiocre. J’étais peinard, confiant et résigné, presque planqué sous une trompe de chasse posée sur le couvercle, derrière un lot de tambours de fanfare dans un état proche du mien en guise de galure. Il faisait pas chaud, peut-être, mais quel silence, quel pied ! À moi la retraite !


Il a fallu que l’autre andouille me reluque, me jauge, me négocie pour des nèfles… Et tout ça pour quoi ? Personne me regarde ici, pas plus qu’ailleurs du reste : le nouveau pianiste, il me reluque pas. Il se pointe d’un pas lourdingue, s’assoit sur un tabouret bruyant, me paluche sévère, sans douter, de ses gros doigts gras et maladroits et graisseux, brutaux. Il besogne ses morceaux à la hussarde, en ahanant comme un phacochère… En général raide torché ! (la gueule de Brubeck s’il entendait ça, je te dis pas), les doigts à cheval sur trois touches… Enfoiré ! Je fais même pas exprès de faire des fausses notes ! À moi l’incendie ! Que les flammes libératrices viennent me faire éclater les fibres !


Mais là, ça suffit. J’en ai ma claque du claque ! Marre de chez marre ! Je vais me faire péter les cordes, une à une, et pour une fois, la seule, tout le monde va m’entendre ! C’est horrible une corde qui pète, des notes à jamais impossibles... Allez, un p’tit effort pour écarter deux planches, j’y suis presque gngngngngngng.


- Quoi ??? Ça te suffit pas ? Mais qu’est ce t’as à me regarder causer ? C’est pas un endroit pour les djeunes, tu sais ? Dis-donc, mais tu sais que t’es gaulée toi !… Euh, qu'est-ce qui te prend ???

- Écrase. Même moche et vieux grincheux t’es quand même un piano, nan ? Allez, je vais jouer un peu, ça va me détendre.

- Qu’est-ce que… Quoi ? Jouer ?... Sur moi ??? Non mais tu délires la môme ! Tu vas te blesser les arpions ma p’tite chérie !

- Ferme-la.

- Pardon. Désolé. Ok ok ok. Je me calme. Mais normalement... tu peux pas me comprendre : je suis un PIANO, capice ?

- Ouais ouais, ta gueule maintenant. Deuxième gymnopédie. Érick Satie. C’est parti.

- Du Satie ??? Qui s’est çui là ??? Du classique ??? Avec moi ?


(…)


- Mouais… pas mal... délicat. Oups ! sorry, pas ta faute, il me manque un ré, là : c’est Dédé, un jour qui… Pas grave. Ok… Ouaaaaais tu sais qu’t’es douée, la môme ! J’ai jamais fais ça moi ! C’est chouette !!! Allez, on s’en refait un ??? J’adore quand tu me caresses les touches, c’est de la bonne… Mmmmmmh… Aaaaaah. Encore un peu...

- Dis tu veux pas la boucler ?

- Désolé, la môme. Je suis pas habitué, moi… Eh oh, qu… Qu’est ce que tu fous maintenant ?

- Rachmaninov.

- Qui s’est c’te emmanché ? Un russkof ?

- Ta gueule, le piano.


(…)


- Eh oh, ‘ttention hein, j’peux pas suivre douuuuuuuucem… Aïe ! Ah putain la conne ! Tu viens de me claquer une corde ! Ça fait un mal de chien ! Quoi ? T’en as marre ??? Je te fatigue ??? Non mais, eh, oh, tu me causes pas comme ça, hein ! Reviens ! Sale garce !

Et doucement avec le couverc…


 
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   Pistodrake   
25/1/2009
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Un piano grossier qui jure et galère a jouer du classique, pas mal effectivement ça détend et c'est pas mal écrit, bien aéré...
Par contre niveau humour, le caractère du piano et son langage tire un joli petit sourire, mais troquer une petite part de grossièreté pour trouver quelque chose qui l'aurait agrandi et aurait donné plus de valeur a l'aspect humoristique aurait été bien.
Mais je crois chercher là la petite bête peut-être.

   Anonyme   
25/1/2009
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Très drôle :) - Il y a du Bernard Blier qui causerait "Audiard" dans ce piano là... J'ai passé un bon moment.

   Anonyme   
25/1/2009
 a aimé ce texte 
Passionnément
Exceptionnel!
Je sais, je suis bon public, j'ai l'enthousiasme facile.
Mais là, un piano qui cause comme Michel Audiard, c'est vraiment exceptionnel. Et je paie un clavecin certifié d'origine à qui pourrait me prouver le contraire.
Bravo à l'auteur, et merci pour ce texte résolument philanthropique.

   Anonyme   
25/1/2009
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Salut l'artiste ! Un texte plein d'humour et sans fausse note de la part de l'auteur et un bon moment de détente pour le lecteur !
Vous avez dit Humour/ Détente ? Tout y est...
Merci victhis0 ! Alexandre

   Anonyme   
25/1/2009
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Un régal oui, je me suis fendu la pêche du début à la fin...
Au moins trois fois...

Clack! Bravi VicthisO

   clementine   
25/1/2009
Un texte original . Un vrai régal. Merci!

   widjet   
25/1/2009
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Vic nous revient et rien que ça, c'est p***** de bonne nouvelle. Histoire sans prétention, why not. Niveau vocabulaire, l'auteur s'est fait plaisir (il aura même plus aller plus loin dans la grossiéreté, cela ne m'aurait pas gêné bien au contraire) avec ce piano grande gueule!

Bref, pas de prise de tête, pas la peine de se creuser les méninges. C'est sympatoche, on prend le plaisir là où il est. Et c'est déjà bien.

Amusant donc. Pas plus, certes...mais pas moins non plus.

Widjet

   Nongag   
25/1/2009
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Et bien, le sourire, il est resté accroché tout du long! Quel beau personnage que ce piano. Il n'était pas trop vulgaire, absolument pas.

Une belle partition littéraire mon cher!

   Flupke   
25/1/2009
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Dans le style "Ô objets inanimés, avez-vous une âme" très bien réussi. Vulgarité bien gérée. L'instrument s'imprègne de l'ambiance dans laquelle il a macéré. Son expression est donc logique et convaincante, je revois les Lino Ventura et André Pousse de ma jeunesse. Exercice bien maitrisé (bravo) et un bon moment de lecture. Merci.

   dude   
25/1/2009
 a aimé ce texte 
Bien
C'est qu'il est attachant ce piano! Et question parlotte, il connaît la musique :)
Dès les premières phrases, le ton est donné et on se laisse prendre par ce piano en verve, un sourire tout au long de la lecture.
La familiarité du vocabulaire touche presque à tous les coups. C'est original et maîtrisé. Que demande le peuple? :)

   Menvussa   
25/1/2009
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Y a des hauts et des bas... qui filent. Ce piano qui se lamente sur son sort trouve une paire de mains enfin dignes pour ses vieux jours et là, il gâche tout... dommage. La fin m'a déçu, je berçait déjà d'illusions avec l'évocation des maîtres et puis "plouf" à l'eau... ce n'est pourtant pas le thème.

   Anonyme   
26/1/2009
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bravo pour ce piano grincheux et son langage de charretier.
J'aime à penser que la gamine reviendra et qu'ils apprendront ensemble tout plein de musiques et de mots...
J'ai bien ri
Xrys

   marogne   
27/1/2009
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Je fais me faire gronder par Widjet, mais je ne vais pas critiquer ici le vocabulaire….. Peut être parce que ce langage ordurier venant d’un être inanimé me choque moins que quand il vient d’un humain. Attention au divan….

J’ai bien aimé ce texte, regorgeant d’images que l’on associe à tout un tas de films de cinéma, servi par un style qui ne « pète pas plus haut que son cul », et qui arrive à nous garder le sourire jusqu’à la fin. Fin, néanmoins un peu trop longue, peut être à venir ? Mais en tout cas qui se termine en douceur, et par un clin d’œil bien venu.

Tiens, ce soir je vais la jouer la deuxième…..

   Anonyme   
28/1/2009
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bébert il est plutôt du genre guinche et piano à bretelles mais ce piano qui jacte est vraiment bidonnant.
ça me fait penser à un titre de Tom waits
"the piano has been drinking" NOT ME
Bravo
B

   Anonyme   
31/1/2009
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Déjà lu et pas encore commenté. J'y reviens au piano. Pas facile de faire de la personnification, l'exercice est périlleux. Ici c'est réussi, rien ne heurte, je n'ai pas entendu les fausses notes. La catégorie détente est souvent évaluée, à tord, avec sévérité. Victhis0 réussit ce tour de passe passe qui est de plaire avec un texte dans une catégorie parfois moins côtée et c'est tout à son honneur. Un joli concerto qui a dessiné un sourire sur mon visage. Je remercie l'auteur :)

   Anonyme   
14/2/2009
 a aimé ce texte 
Passionnément ↓
Dès la première ligne j'ai aimé et j'ai eu peur, vraiment peur d'être, comme sur la nouvelle précédente, un peu douchée... Mais non ! Pas un seul instant, ha si, bémol, excuse, les six lignes "je fais du bruit" je les ai vues comme une tite baisse de régime, je me suis dit ça va sombrer dans le noir... Frisson et puis redémarrage, on y va à donf. J'ai ri. C'est excellent.

   Selenim   
20/4/2009
 a aimé ce texte 
Un peu ↓
Une succession de mots fleuris pour un instrument symbole du romantisme... faut voir.

Le piano se demande pour qui on le prend, il s'insurge contre tous ces humains qui le malmènent, le salissent, l'insultent.

Pourtant il est identique à eux et arrive à les pervertir.

Une chance pour Rachmaninov de n'avoir jamais été interprété sur ces touches entachées.

Maigre partition pour un concert de fausses notes.

Selenim.

   Anonyme   
22/4/2009
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Un piano qui a un caractère de guitare électrique c'est assez surprenant. Il y a des canard boiteux vraiment partout...

   liryc   
2/7/2009
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Deuxième texte que je découvre après "Shooter" que j'avais déjà beaucoup apprécié. Je suis ici resservi avec une dose d'humour en plus, comme c'est drôle!! Une lecture qui fait du bien, inventive sans se la pêter. BRAVO.
Liryc

   kullab   
13/7/2009
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour victhis0,
J'avais moi-même une guitare classique sur laquelle j'ai abusé du hard rock. Elle n'a pas tenu le choc et a fini sa carrière à la poubelle.
Très bonne idée, l'écriture porte bien l'histoire.
Merci pour ce moment de lecture.

   Anonyme   
13/1/2013
 a aimé ce texte 
Passionnément
Tres bon delire l'artiste.
jouissif de la premiere ligne a la derniere note.

Imagination, humour, musique... j'adore

   in-flight   
13/2/2015
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Une petite introspection bien sympathique dans les méandres de la pensée d'un vieux piano. Il ne fallait pas plus long, c'est bien comme ça.

Merci pour ce moment.


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