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Réalisme/Historique
violoncelle : Les plantes vertes
 Publié le 10/08/08  -  10 commentaires  -  2948 caractères  -  22 lectures    Autres textes du même auteur

L'être moral de chacun de nous reste éternellement seul par la vie.
Guy de Maupassant


Les plantes vertes


La dernière fois que nous nous sommes vus, c’était à la fin du mois de septembre.


Il avait travaillé tout l’été, sans relâche, en pensant à ce grand voyage qui l’attendait. Son premier voyage.

Une aventure de trois semaines au Mexique.

Le départ était imminent. Il avait l’air plutôt ravi.

Nous avons pris un verre pour fêter ça.

Il m’a confié ses plantes vertes, sa clé de boîte aux lettres. Je lui ai souhaité de bonnes vacances, et puis nous nous sommes quittés sur le pas de la porte.

Mon voisin du rez-de-chaussée était un bonhomme sans histoire et plutôt sympathique.


Avec sa démarche souple et rapide, ses chemises à carreaux, sa casquette vissée sur la tête toute l'année, Jules s'était construit un monde bien à lui.

Dans son intérieur, chaque objet avait une place précise et éternelle. Depuis que sa compagne l'avait quitté pour un autre, il s'était organisé une petite vie simple et bien réglée entre travail et passe-temps.

Une existence insouciante, sans contrainte ni personne. Dans la famille on était facteur de père en fils. Alors Jules ne s'était jamais posé de question sur son avenir. Depuis son tout jeune âge, il savait qu'un jour, lui aussi distribuerait les “nouvelles” comme il disait. Petit dernier d'une grande famille, Jules avait dû passer le concours des Postes à trois reprises, car il avait eu du mal à retenir les noms et numéros de départements. Sa mémoire lui jouait des tours parfois, d'où son sens aigu de l'ordre et du rangement que reflétait son petit appartement. Facteur depuis vingt ans, il ne semblait se lasser ni de la répétition, ni du métier lui-même.


Non. Jules était une bonne pâte. Tout semblait lui convenir pourvu qu'on ne lui en demandât pas trop.

Pas d'initiative, pas de responsabilités, un petit métier qui lui apportait la sécurité, juste de quoi payer ses frais et quelques extras. Les choses fonctionnaient à merveille ainsi. Il prenait du service vers six heures, rentrait chez lui en début d'après-midi, faisait la sieste jusqu'à l'heure du goûter, puis il reprenait son cahier de mots croisés, niveau trois, en attendant le journal de vingt heures avant d'aller se coucher, pour être en forme le lendemain. Le week-end, il ne sortait pratiquement pas, sauf pour aller chercher la baguette et le journal du dimanche.


La police est formelle. Jules n'est jamais parti en voyage. Ils l'ont trouvé sur son lit, tout habillé, comme endormi. C'est l'odeur qui a alerté les voisins d'en face. Au départ, les enquêteurs penchaient pour la thèse du suicide, mais l'autopsie n'a rien révélé d'anormal.


Ce lundi matin, je trouve dans ma boîte aux lettres une vieille carte postale de Mexico, sans timbre, signée de la main de Jules.

Cette carte était, il me semble, punaisée sur le compteur électrique de l'entrée.


Grâce à vous, je suis parti l'esprit tranquille.

Merci de prendre soin de mes plantes.

Elles le méritent.

Jules.


 
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   widjet   
10/8/2008
 a aimé ce texte 
Bien
Chronique du désespoir et de la solitude ordinaire.

Peu de mots suffisent pour nous interpeller.

On a tous un Jules sur notre palier.

Merci

W

   patapapier   
11/8/2008
 a aimé ce texte 
Bien
Quand nous ne sommes pas nous mêmes le Jules.....

un petit détail de français : "d'où son sens aigu de l'ordre et du rangement que reflétait ". Je crois qu'on dit plutôt " d'où le sens aigu de l'ordre et du rangement que reflétait ...

   Anonyme   
11/8/2008
 a aimé ce texte 
Bien
Concis, précis, direct, in medias res. Une écriture de magicienne et avec la même précision j'en aurais lu sans problème 30000 signes...

   Anonyme   
11/8/2008
 a aimé ce texte 
Bien ↑
C'est effectivement tres court, mais Dieu que "ça rend" bien...

Une solitude intérieure vue de l'extérieur et qui a l'air si anodine...

Tellement anodine que l'on en meurt.

Touché. Coulé. Bravo. C'est tres humain et tres bien écrit.
Pour faire aussi bien passer un sentiment aussi lourd en si peu de mots, il faut diantrement bien les choisir...

   Anonyme   
11/8/2008
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Une chronique du désespoir et de la solitude que j' aurais voulu un peu plus longue, plus fournie en détails. Il y en a de très parlants et très bien décrits, et je dois être trop gourmande !
Le regard que l'on porte sur les autres est bien loin parfois de la réalité. On passe si facilement à coté d'un suicide annoncé, pour peu que le protagoniste soit déterminé à " partir "
Espérons que le Mexique de Jules lui conviendra mieux que son présent si triste. Au moins est-il parti avec l'espoir de vivre un peu dans le cœur d'une dame.mais au fait, vivait-elle seule, était-il secrètement amoureux d'elle ? Et elle de lui ? Auraient-il raté une vie ensemble, par peur de non réciprocité ? Je reste un peu sur ma faim pour le coup. En effet, rien ne transpire de ses sentiments, à elle. Mais à moi d'imaginer, n'est pas ?
La forme me semble irréprochable, le rythme y est.
J'aime beaucoup le " elles le méritent " Jules ne pensait pas mériter que l'on prenne soin de lui, alors, s'il s'est supprimé.

   Athanor   
12/8/2008
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Eh bien j'aurais pu être profondément touché par ce texte, chère auteur. Mais j'ai un petit souci de compréhension.

Je ne juge pas sur la forme, déliée, sobre, juste. Avec des sentiments qui ressortent. Non !

Je ne saisis pas comment Jules a pu confier ses plantes. Il les a toutes démanagées chez sa voisine ? Et la carte... Quand a-t-elle été mise dans la boîte aux lettres ? Et par qui s'il n'y avait pas de timbre ?

Je suis rabat-joie mais quand quelque chose me chiffonne et que je veux comprendre, je me lance. Et j'aurais aimé voir le texte un peu plus long.

Ceci dit, le thème est très fort et je suppose que lorsque l'on écrit sur ça, on ne sort pas indemne et on peut oublier certains éléments.

   Anonyme   
3/9/2008
 a aimé ce texte 
Bien ↑
L'homme, à force de répéter toujours la même chose, s'en lasse et se tue. Pas que l'homme, d'ailleurs, et notre société bien rangée stéréotypée pourrait aussi se tuer un jour...
Très beau texte violoncelle, qui est juste bien calibré pur nous fairee comprendre le sort de Jules sans pour autant nous faire s'apitoyer sur son sort.

   Anonyme   
3/9/2008
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Cela me semble très fort et très retenu à la fois. Mais le personnage de Jules ne me semble pas totalement désespéré : on ne sent pas le désespoir au début... enfin ce n'est qu'une impression. Sinon j'ai vraiment aimé.

   Flupke   
29/10/2008
 a aimé ce texte 
Bien ↑
J’ai bien aimé cette courte nouvelle,
« La police est formelle ». Cette phrase surprend bien. Mes yeux ont-ils dérapé d’un paragraphe ? J’aime bien l’effet de surprise qui contraste après cette description d’une vie réglée comme un métronome.
Il ya qqchose de touchant pour l’affection ( ?) de Jules envers ses plantes, et du souci de leur bien être.

   Menvussa   
30/10/2008
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Partir en s'endormant, d'un sommeil éternel sur commande. On ne connaît pas les gens qui nous entourent, ou si peu. Se connaît-on soi-même ?


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