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Aventure/Epopée
vlandusud : La disette
 Publié le 13/10/21  -  12 commentaires  -  5494 caractères  -  70 lectures    Autres textes du même auteur

Un errant sur les routes du temps de la disette.


La disette


Je ne sais pas… je ne le saurai jamais, et encore ai-je jamais su quelque chose que j’ai retenu ? Seule la faim, cela oui, la chose, et l’idée de la chose, depuis longtemps je les ai retenues ! Et ceux-là, et ceux-là ; s’ils étaient bons ou mauvais ? Cela non plus je ne l’ai pas su, mais là sur ma route, je les ai vus, je me suis arrêté surpris… et, un peu inquiet ! Par ces temps-ci, sait-on jamais, la faim, elle peut pousser à tout faire, l’humanité n’a pas à s’en mêler ! par ces temps-ci qui s’en soucie ? Je les ai vus sur le bord tordus par la faim, ils étaient serrés, agglutinés, les enfants aussi… ce regard larmoyant, c’était pas beau à voir. Le bon Dieu, il nous donne à voir des choses sur les routes, les longues routes, indifférentes, sèches et maudites je voulais continuer mon chemin, mais j’y arrivais pas, et je ne pouvais plus continuer ! s’ils étaient bons ou mauvais, ça n’avait plus d’importance, ils se tordaient sur le bord de la route ; et je les regardais avec ma tête de fou, j’ai regardé autour de moi, je n’avais rien dans les mains à leur donner ; ai-je jamais eu quelque chose entre les mains que j’ai pu garder, entre le matin et le soir ? et j’ai vite compris que c’était pas du sentiment ou de la compassion qu’ils voulaient… ils me regardaient eux avec un regard bizarre ou plutôt, regardaient mes mains qui étaient vides. J’avais le vent dans le dos, il soufflait dur, je l’avais dans le dos, ils l’avaient dans le ventre, : tout autour y avait pas de maisons, y avait que l’horizon haut, long et large, et il avait rien dans les mains l’horizon ; il était si bleu, si limpide, si distant si hautain, la justesse même de la création, une parmi d’autres des perfections de la terre ; y avait le vent en bas, un peu furieux mais il faisait pas bouger l’horizon, à ces gens en famine il leur disait rien, l’horizon il se tenait bleu limpide tout au-dessus, un peu lointain ; et au fond, au loin, des lumières scintillaient, arrivaient jusque sur le bord de la route, où tordus par la faim on gémissait ! Je ne savais pas de quel endroit de la terre la misère les avait chassés ! Ils ne me faisaient aucun signe, ils ne savaient pas si là où j’allais… c’était pour manger, ils ont vite compris qu’avec ma tête de fou je n’avais rien à leur donner. Ils voulaient pas se donner la peine de parler, avoir faim et parler c’est si pénible, quelque chose rote dans le ventre, ça cloue le bec ; ça empêche de parler ! le vent voulait les chasser, mais de là ils ne voulaient bouger ! ils portaient leur misère à bout de bras, c’était sûrement lourd, trop lourd, ils en étaient affaissés, mais on ne se disait rien, lourd dans leurs têtes, plus lourd encore dans leurs yeux, dans leurs bras, sur leurs peaux ; j’avais le vent dans le dos, il soufflait dans leurs oreilles remplissait leurs bouches ; et moi j’étais là à regarder sans bouger ! je voulais savoir d’où qu’ils venaient, mais je n’avais rien à leur donner ! c’est pas des mots qu’ils voulaient ! c’est manger qu’ils voulaient le vent soufflait, et y avait rien à donner ! Je voulais avancer, aller là où il y avait à manger, le vent me poussait, je me disais que vite fait j’allais y arriver. Avec ma tête de fou marchant sur cette route je me disais que vite fait j’allais y arriver là où l’on donnait à manger, c’était semble-t-il tout près ! et puis sans les regarder, je me suis dit pourquoi qu’ils se mettaient pas le vent dans le dos pour aller plus vite là où l’on donnait à manger… puisque dans tout l’horizon y avait rien à prendre ni à donner ! Et quand je m’en suis approché et qu’on s’est parlé ils m’ont dit que là où je voulais aller manger, il n’y avait plus rien à donner ! J’ai voulu crier contre le vent tout mon désespoir, mais rien ne sortait et personne n’était là pour écouter, eux ils me regardaient, eux ils s’en foutaient ils n’avaient plus la force de crier, c’était pas des hurlements qu’ils voulaient ! je me suis retourné, et j’ai marché contre le vent, à contresens pour rejoindre les terres de blé et de misère ; croyant toujours que le vent me soufflerait espoir qu’il y avait des terres où le blé poussait sans trop de misère, et plus il soufflait, et plus je m’éloignais, ils ne me faisaient aucun signe, ils restaient là sans bouger, à ne rien dire ; y avait plus de route pour donner à manger ! Je ne saurai jamais s’ils étaient bons ou mauvais ? Le vent me sifflait sa musique et avec sa voix sourde il me disait t’as du chemin à faire, t’auras les pieds en sang mais tu dois continuer, sur ces terres de blé et de misère, y aura toujours un horizon avec ses couleurs, y aura toujours une route à prendre pour trouver ou pas trouver à manger ! Tu n’avais rien à leur donner, ils n’avaient pas d’histoire à te raconter, y avait pas besoin de parler, vous vous ressembliez ; et le vent continuait de souffler ! je me suis dit tout cet horizon si bleu si limpide sûrement qu’il doit y avoir quelque chose tout au bout ! et j’ai continué de marcher : j’ai tant marché, que j’en avais les pieds en sang, et puis le jour finissait, l’horizon se voilait, et là au loin j’ai vu des ombres s’agiter, le vent dans le dos j’avançais, j’avançais, s’ils étaient bons ou mauvais je ne le saurai jamais, là encore une fois je les ai vus tordus de faim, sur tous les bords de routes, multipliés par cent, mille, et mille… sous le même horizon bleu limpide haut et distant… J’EN ÉTAIS HALLUCINÉ… JE NE POUVAIS PLUS CONTINUER ! L’HORIZON NE VOULAIT PAS BOUGER !


15-02-2006


 
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   socque   
9/9/2021
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Un cri superbe ! Pour vous dire, j'ai pensé à Céline du « Voyage au bout de la nuit ». Des fulgurances poétiques, et une fin hallucinée et saisissante, je trouve. Tout le texte a d'ailleurs quelque chose d'halluciné, je me suis crue dans un tableau de Jérôme Bosch. J'espère simplement que la disposition en pavé du texte, qui à mes yeux lui convient à merveille, ne découragera pas une partie du lectorat onirien.

Une phrase qui me paraît particulièrement parlante :
J’avais le vent dans le dos, il soufflait dur, je l’avais dans le dos, ils l’avaient dans le ventre

Ah, un bémol pour moi : le titre. « Disette » me semble un mot trop policé, trop anodin au vu du tableau que vous dressez. J'aurais préféré quelque chose de plus fort, voire de surréaliste… À vous de voir bien sûr, auteur ou autrice.

   vb   
19/9/2021
 a aimé ce texte 
Passionnément ↑
Texte splendide! Hallucinant! Ça m'a fait penser au Cri de Munch. Oui il manque une chute. Et alors? Peut-être la trouverez-vous plus tard quand vous aurez écrit la suite. En tous cas, cette suite comptez sur moi pour l'attendre et la lire si, comme je l'espère, vous m'en donnez l'occasion.
Merci pour ce partage
Lu en espace lecture
VB

   Donaldo75   
20/9/2021
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour,

Malgré l'apparente difficulté de lecture liée au format dense du texte, un pavé de mots quand on le lit sur un écran même plat, il y a de la force, du souffle dans ce tableau. Le déluge de phrases ressemble à un délire intérieur où je pourrais moi lecteur me retrouver interpelé par le narrateur et c'est ce qui confère cette dynamique folle à un ensemble que je trouve original, peu commun sur le site pour préciser. Pas besoin de chute, la fin est tout autant hallucinée. C'est pictural, délirant, angoissant.

   hersen   
13/10/2021
 a aimé ce texte 
Passionnément
Un texte ainsi présenté en pavé n'est acceptable que lorsque le thème proposé défend une urgence : de dire, de comprendre, de manger.
Il n'y a ici pas besoin des fioritures habituelles qui nous font dire qu'un texte est bien écrit ou non. le texte, par lui-même est une urgence.
J'ai vraiment aimé cette façon d'écrire, ce développement du thème, on reste coi en fin de lecture.
Le titre est juste fantastique (dans les deux sens) Un mot un peu désuet, qui ne porte pas tant à conséquence avec ce petit "ette" final, et d'une certaine façon, cela me rappelle "La faim"

   Corto   
13/10/2021
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Un texte comme un coup de poing, l'obligation d'ouvrir les yeux, oui la vie de millions d'humains c'est cela.

Pas besoin de fioritures, de figures de style: la crudité remplace tout.
"je voulais continuer mon chemin, mais j’y arrivais pas, et je ne pouvais plus continuer ! s’ils étaient bons ou mauvais, ça n’avait plus d’importance, ils se tordaient sur le bord de la route"

Ames sensibles s'abstenir.
J'apprécie que l'auteur n'ait laissé aucune échappatoire. Pas un paragraphe pour souffler. Et alors ? Ceux-là n'ont pas d'échappatoire pour mourir de faim et de soif !

Le final ne fait aucun cadeau, au contraire:
je les ai vus tordus de faim, sur tous les bords de routes, multipliés par cent, mille, et mille… sous le même horizon bleu limpide haut et distant… J’EN ÉTAIS HALLUCINÉ… JE NE POUVAIS PLUS CONTINUER ! L’HORIZON NE VOULAIT PAS BOUGER !

Chacun est renvoyé brutalement au réel.

   cherbiacuespe   
14/10/2021
 a aimé ce texte 
Pas
Désolé de n'être pas au diapason de mes camarades.

Dans l'ensemble, j'ai plutôt pensé à la chanson "les plages" de Jean-Louis Aubert, mais là je n'ai pas chaviré. Le format et le style choisi sans doute. Et même lu à voix haute, je ne parviens pas à adhérer. On peut soit le voir comme un cri de détresse, mais c'est un peu long et confus à mon avis. Ou un plaidoyer, mais pour sauver la peau d'un innocent, il faut la forme et les mots qui agressent l'âme et la pitié, réveille l'empathie. En vérité, je ne sais pas par quel bout prendre ce texte pour être assailli des sentiments qui devraient m'habiter après sa lecture. Témoignage ? Révolte ? Message ?

Je n'ai pas été transporté. Mais ce n'est que partie remise, Vlandusud.

   Pepito   
14/10/2021
vlandusud, un pseudo de circonstance. ^^

La ponctuation m'a gêné :
- , et encore (virgoule ?) ai-je jamais su quelque chose...
- Je les ai vus sur le bord (virgoule ?) tordus par la faim,
- que j’ai pu garder, (pas virgoule ?) entre le matin et le soir ?
- dans le ventre, : tout... (original, ça, comme ponctuation)
Mais peut-être des figures de style qui m’ont échappé.

Le message, par contre, m’a touché. Les répétitions d’un discours distordu, une hallucination causée tant par la faim que par l’impuissance devant un tel désastre. On peut lire (dans les milieux bien informés) que la faim est en diminution dans le monde. Il faut aller raconter ça à ceux qui la saute bien plus qu’une fois sur deux. Ce texte résonne avec une actu qui me touche : un Brésil en partie affamé et parcouru par des vents de sable. On peut juste être sûr que, là, la nature n’y est pour rien.

Merci pour le partage.
Pepito

   Cyrill   
14/10/2021
 a aimé ce texte 
Passionnément
J’ai lu avec bonheur ce monologue où le narrateur semble assailli par des images terribles et des questionnements à vous retourner la conscience.
Ça ressemble à un cauchemar récurent avec ce vent qui empêche d’avancer, mais ça semble un cauchemar éveillé aussi.
Les images sont très fortes, on se sent happé, lié avec le narrateur dans cette impuissance totale.
Le style m’a paru tout à fait convainquant, avec ces reprises, par exemple :
« avec ma tête de fou »
« tordus par la faim »
« s’ils étaient bons ou mauvais »
On a bien cette impression que la penser tourne en rond, sans trouver de solution.
Et ces majuscules à la fin du récit sonnent comme la sidération, celle qui empêche de réagir quand c’est trop dur.
Bravo !

   Vincente   
14/10/2021
 a aimé ce texte 
Passionnément ↓
Texte singulier. Houle puissante qui progresse, emporte, et laisse surnageant le lecteur sur le flux incontinent d'un emportement terrible, à la fois viscéral et cérébral ; viscéral par l'emprise impérieuse de la faim qui affame le récit et cérébral par l'écriture maîtrisée jusque dans sa dé-mesure et ses incorrections. L'ampleur de la proposition libère en un pavé pourtant concis des phrases alternatives, négatives contre positives, chaque sensation directement confrontée à son contraire comme pour la contester, à chaque affirmation, le doute vient appuyer une antithèse.
Et tout cela, ouvert sur un "Je ne sais pas…" "révélateur" d'un trouble et d'un dénuement sensationnels, s'achève sur un constat qu'en d'autres temps et d'autres lieux l'on trouverait rassurant : "l'horizon ne voulait pas bouger", alors qu'ici l'aveu signe une impasse, une sorte d'arrêt de mort. Terrible !

Quelle écriture ! Ambitieuse, mais il le fallait, car aussi bien le concept abordé, l'impasse géopolitique et existentielle des populations piégées dans les conflits civilisationnels, que la façon de l'insérer dans une retranscription en une longue métaphore filée, ne pouvaient se faire en demi-mesure.
C'était tenter ou mourir, comme pour ces gens englués dans l'Histoire et le narrateur qui finalement s'y fait prendre, empathique et impuissant. Et le texte ici ne meurt pas, il survit !

Je trouve la mise en majuscules des trois dernières phrases peu nécessaire tant leur portance est déjà immense dans leur sens même, il me semble qu'un simple retour à la ligne après "haut et distant…" aurait été bien suffisant. À mon sens, les artifices visuels ou graphiques avouent une crainte ou une faiblesse de l'écriture, et vraiment, là je n'en ai pas vu la moindre qui justifierait d'y recourir.

   Malitorne   
15/10/2021
 a aimé ce texte 
Bien ↓
J’ai un avis plutôt mitigé. L’écriture est peu commune, chargée de répétitions lancinantes qui entretiennent un côté hypnotique. On la dirait sortir d’un cerveau malade, malade de faim si on comprend bien. Mais c’est aussi ce qui fait sa faiblesse, sorti de cet exercice de style on n’a pas grand-chose à se mettre sous la dent, si je puis dire. La faim, la faim, la faim, le vent, le vent, le vent….Un habillage qui convient parfaitement à un format court mais deviendrait vite lassant sur la longueur.
De l’originalité qui ne peut cacher un aspect tape-à-l’œil, évident sur la fin avec ces majuscules superflues. J’attends de vous lire sur autre chose, de plus classique, plus dense, pour juger de vos qualités littéraires. N’hésitez pas aussi à donner votre opinion sur les textes proposés.

   papipoete   
18/10/2021
 a aimé ce texte 
Bien
bonjour viandusud
Un exode humain vu par un voyageur poussé par le vent ; un kaleidoscope où défilent des têtes hébétées, des ventres affamés, sous un ciel outrageusement beau. Le " passant " implore ces nues de montrer à ces pauvres hères, vers où aller et trouver enfin à manger, mais...
NB un langage volontairement dénué de la bonne façon de parler... comme écrit en morse du tréfonds d'un abîme sans eau... une vision de la misère qui pousse sur les chemins, qui n'a rien qui manque de tout, à qui l'on ne peut du fond d'un cauchemar rien donner à cette main qui se tend, ces yeux qui supplient, ces cris perdus dans l'infini...
La mise en page est trop concentrée selon moi ; aurait mérité d'être un peu plus aérée... mais est-ce le dessein de l'auteur d'avoir sciemment voulu ce sentiment d'oppression .

   Bandini   
22/10/2021
Ce texte n’est pas fait pour séduire et c’est déjà une bonne chose. Son abord n’est pas aisé, pas agréable. Je parle ici de la forme, mais ce peut être mis en rapport avec le fond. Comme avec d’autres styles qui ont pu me faire le même effet et dont j’ai l’impression que vous vous êtes inspiré, celui-ci demande de la part du lecteur un effort pour accepter de franchir la montagne qu’il aperçoit. Il y a une gymnastique de la marche en avant à laquelle il doit s’astreindre, et ensuite abandonner ou poursuivre. J’ai poursuivi et ma foulée, rendue si pénible au départ par la pente à gravir, est devenue plus souple à mesure que j’y progressais et je m’y suis adapté. Après s’y être adapté, on peut l’adopter.

Il y a des accents céliniens qui me paraissent évidents et que je détecte davantage dans « y avait le vent en bas » que dans des choses plus évidentes comme des élisions de négations ou une certaine ponctuation. J’ai surtout pensé au style de Ramuz dans « La grande peur dans la montagne ». J’y ai aussi trouvé ces répétions, lassantes au début et pouvant être perçues comme des maladresses, mais qui finissent par faire partie intégrante du style. Il faut tout prendre ou ne rien prendre. Tiens, je m’aperçois que ce n’est peut-être pas par hasard que j’ai choisi la métaphore de la montagne pour décrire votre texte.

C’est un texte exigeant réclamant un double effort. Le premier, chronologiquement : un effort d’humilité de la part de l’auteur qui peut se voir reprocher de ne pas savoir écrire. Le second, de la part du lecteur qui doit accepter de revoir sa manière de lire.

Je ne dirais pas non plus de ce texte qu’il est génial, mais il est en tous cas fort intéressant.


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