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Fantastique/Merveilleux
xuanvincent : La perle de Gion
 Publié le 01/07/09  -  18 commentaires  -  25297 caractères  -  119 lectures    Autres textes du même auteur

Une clarté diffuse éclairait la chambre. Le couple dormait d’un sommeil tranquille. Soudain, la jeune femme s’agita, son corps fut parcouru de frissons. « Non, laissez-moi, je vous en prie… »
(extrait de la nouvelle)


La perle de Gion


1



L’homme ouvrit la porte, faisant retentir un carillon. L’obscurité, contrastant avec la lumière vive de l’extérieur, le surprit. Il lui fallut quelques instants avant de s’accoutumer à la faible lueur régnant dans la pièce. Une petite vitrine était disposée au centre, mais elle était vide. Il vit ensuite des niches, creusées en grand nombre à même la roche. S’approchant de plus près, il aperçut un magnifique bracelet en or. À côté, un collier de perles d’une rare élégance scintillait. Plus loin, une bague attira son regard : finement ciselée, sertie de pierres précieuses, elle aurait pu être portée par une princesse. Chaque niche contenait un bijou, mis en valeur par une lumière plus ou moins vive, une couleur différente. Tous lui paraissaient d’une beauté incomparable, lequel choisir ?


- Bonjour Monsieur, puis-je vous être utile ?


Perdu dans ses pensées, le jeune homme sursauta. Un homme âgé, vêtu d’un costume de couleur vert clair, au visage jovial et à la silhouette trapue, se tenait devant lui.


- Merci, je vous remercie, je regarde simplement. Un ami m’a recommandé votre boutique.

- Votre ami a bon goût. Ici sont réunis les joyaux les plus singuliers de la contrée. Voyez-vous, je les choisis avec le plus grand soin et je connais l’histoire de chacun d’entre eux. Que cherchez-vous exactement ? Que ce soit pour vous ou pour une charmante demoiselle, je peux vous assurer que vous ne regretterez pas d’avoir franchi le seuil de « The black pearl ».


Le jeune homme reprit sa recherche, s’arrêtant devant l’une ou l’autre des niches. De son comptoir, le joaillier l’avait jaugé d’un œil expert. Quarante ans de métier lui avaient donné un jugement sûr. Il lui plaisait d’observer les premières réactions de ses clients et d’imaginer ce qui les amenait en ce lieu. Certains furetaient dans la boutique, ne sachant vers quel objet arrêter leur choix, d’autres trouvaient vite le joyau de leur rêve. À cet instant, leur regard s’allumait d’une lueur évoquant celle d’une personne amoureuse. Bientôt, la personne s’en irait et il serait délesté d’un de ses précieux bijoux mais ces moments de bonheur furtif suffisaient à donner du sens à ses journées. En ce matin printanier, ce client - le bijoutier en aurait mis sa main au feu - était en proie à un grand tourment. Le visage fin encadré d’une abondante chevelure blonde, les traits encore juvéniles, le regard fiévreux, il s’agissait certainement d’un jeune homme venu pour sa belle.


- Pourriez-vous m’aider, Monsieur ? Je cherche un bijou pour ma fiancée. Mais je ne l’ai encore jamais vue porter de collier, bracelet et autres parures qu’aiment habituellement les femmes. J’avoue que je suis perdu…

- Votre compagne est d’une beauté naturelle, qui ne cherche pas à s’encombrer de bijoux ? Dans ce cas, j’ai quelque chose pour vous. Veuillez me suivre.


Le client parut soulagé. Après avoir emprunté un dédale incroyable de galeries, les deux hommes arrivèrent dans un vestibule, creusé dans la roche comme les salles précédentes. Là, le joaillier frappa à la porte trois coups secs. Une femme âgée lui ouvrit. Encore svelte, le visage fin, les cheveux teints retenus par un chignon, elle paraissait surprise.


- Qu’est-ce qui t’amène, Craig ? Il n’est pas encore l’heure du déjeuner, j’allais seulement me rendre au marché…

- Il ne s’agit pas de manger, Fenella, je viens pour ce jeune homme. Il cherche un bijou pour sa fiancée et comme il n’a encore rien trouvé, j’ai pensé à celui que nous avons dans la commode. Peux-tu me l’apporter à la boutique ?


La vieille dame acquiesça et referma la porte. Sur le chemin du retour, le bijoutier se montra loquace, comme pris d’une soudaine nostalgie.


- J’espère que ce bijou plaira à votre fiancée. Avant que ma femme nous le ramène, je vais vous raconter son histoire.


« C’était une soirée d’automne, j’étais encore jeune. Alors que je m’apprêtais à fermer la boutique, un client s’était présenté. Âgé peut-être d’une quarantaine d’années, il avait l’air pressé et me donna d’emblée l’objet de sa visite. Il ne venait pas pour acheter mais pour vendre. Joignant le geste à la parole, il sortit un bijou d’une beauté rare, de facture ancienne. « Combien pouvez-vous m’en donner ? me demanda-t-il. Mon oncle y tenait beaucoup mais à la suite de difficultés financières, je suis à présent dans l’obligation de m’en séparer. » Compatissant à ses malheurs, je lui proposai un prix. Le montant lui parut insuffisant. « Ce bijou a été offert à une de mes aïeules par la reine Victoria et se transmet dans la famille depuis des générations, monsieur. Je ne pourrai me résoudre à vous le brader. » Nous finîmes par nous mettre d’accord sur une somme et je fermai la boutique, content de ma nouvelle acquisition. Le lendemain toutefois, je ne pus me résoudre à l’exposer et depuis ce temps, il repose dans son écrin. Je serai heureux de vous le remettre. »


- Combien vous dois-je ? demanda le jeune homme.

- Rien du tout, Monsieur… Ce n’est pas tous les jours que je fais cette proposition, alors si j’étais vous je n’hésiterais pas.


Le client, manifestement surpris, resta un moment silencieux. Une voix féminine le tira de ses pensées.


- Le voilà, Craig ! Monsieur, j’espère votre fiancée sera comblée. Mon mari le garde comme une relique depuis des années, je n’ai pas compris pourquoi.


Le jeune homme ouvrit précautionneusement l’écrin que l’épouse du joaillier venait de lui tendre. Il découvrit un petit miroir vénitien - à la fois sobre et d’une rare élégance. Serti de plus d’une perle d’une couleur indéfinissable, changeant au gré de la lumière, il eut le sentiment qu’il plairait à sa fiancée. Remerciant chaleureusement le joaillier, il lui tendit sa carte de visite. Le bijoutier le regarda s’éloigner, une larme brilla au coin de son œil.


- « Lord Clyde d’Argyll », il s’agit d’un noble, peut-être fortuné… fit remarquer la vieille dame. Je ne comprends pas Craig, tu tenais tant à ce bijou et tu l’offres aujourd’hui à un inconnu.

- « The black pearl » n’a jamais failli à sa réputation et je n’ai pas supporté que ce jeune homme puisse repartir les mains vides.


L’épouse du bijoutier adressa un regard interloqué à son mari mais s’abstint de tout autre commentaire. Combien de temps encore s’accrocherait-il à sa boutique ? Un instant, elle se mit à rêver à une vie où tous deux pourraient profiter enfin des fruits de leur labeur, et se retirer dans le sud de l’Écosse près de leur fils aîné.



2



De retour à son domicile, Clyde d’Argyll attendit avec impatience l’arrivée de sa fiancée.


- Un miroir vénitien ? Il est magnifique, tu n’aurais pas dû… Il y a même une perle, oh… elle change de couleur avec la lumière !


Soulagé, le jeune homme se détendit et ajouta : « J’ai vu aussi une jolie bague, mais je me suis demandé si elle te plairait. » Le sourire qui était apparu sur le visage de la jeune femme s’évanouit aussitôt.


- J’aime autant ce bijou, chéri…


Sans plus attendre, Aileas Collins se regarda dans le miroir et ajusta sa longue chevelure blonde. Puis, en personne peu attachée à son apparence, elle partit dans le séjour jouer un air de harpe. Bientôt, la pièce s’emplit de mélancoliques lieder de Schubert. « Étrange compagne, songea le jeune homme. Tout à l’heure, elle semblait ravie de son cadeau et maintenant il me semble que je pourrais passer devant elle sans qu’elle me voie… » Bientôt, il chassa cette pensée et songea aux jours heureux qui s’annonçaient.


Au contentement de Clyde d’Argyll, sa fiancée adopta rapidement son présent. Le matin, avant de partir à l’Académie royale de musique, elle vérifiait rapidement sa mise puis reposait le miroir sur la table de toilette.


Le printemps tirait à sa fin. À mesure que le jeune homme voyait le jour du mariage se rapprocher, sa compagne semblait quant à elle soucieuse. La jeune femme se levait certains matins la mine défaite, des cernes de fatigue venant marquer son beau visage. Seule la musique parvenait à lui faire retrouver son entrain.


- Qu’as-tu, ma chérie ?

- J’ai encore fait ce cauchemar, Clyde… Cette femme qui me poursuivait et m’implorait… Mais je ne comprenais pas ses paroles. Elle se tenait là, à l’instant, au pied du lit, et je me suis réveillée en sursaut…


Le jeune homme rassura sa compagne. Il était là, tout près d’elle et il était encore tôt - la lune brillait dans le ciel - demain elle aurait besoin d’être bien reposée pour son récital de harpe. Bientôt, la jeune femme ferma les yeux et s’assoupit. Le sommeil fut plus long à venir pour son compagnon. Qu’est-ce qui troublait ainsi ses nuits, s’interrogea-t-il, elle qui avait toujours dormi paisiblement comme une enfant ?



3



Une clarté diffuse éclairait la chambre. Le couple dormait d’un sommeil tranquille. Soudain, la jeune femme s’agita, son corps fut parcouru de frissons. « Non, laissez-moi, je vous en prie… » prononça-t-elle d’une voix blanche. L’instant d’après, elle ouvrit les yeux et de surprise, faillit les refermer de sitôt.


- N’ayez crainte, Mademoiselle, je ne vous veux pas de mal…


Aileas Collins resta un moment à regarder l’apparition, interdite. Vêtue d’un kimono aux couleurs chatoyantes, le visage peint de blanc, la bouche ourlée de vermillon, la voix teintée d’un accent oriental, d’un âge incertain, elle ressemblait à s’y méprendre au fantôme de ses cauchemars.


- Je comprends votre surprise, Mademoiselle. J’ai cherché à vous parler mais toujours vous me fuyiez…

- Qui êtes-vous ? finit par réussir à répondre d’une voix peu assurée Aileas.

- Vous ne me croiriez pas si je vous le disais à présent. Mais si vous le voulez bien, je vais vous raconter une histoire, qui vous aidera à chasser définitivement vos cauchemars.


« Il y a longtemps de cela, vos grands-parents étaient encore des enfants, je grandissais dans une petite ville côtière du Japon. Mes origines modestes me destinaient à devenir, comme ma mère, femme de pêcheur. Mais arrivée à la fin de l’enfance, ma beauté me fit remarquer par un homme de la ville. Il me promit une vie facile, à Kyoto. Mon père, d’abord sceptique, se laissa convaincre. Mais bientôt je déchantai : geisha, tel était le sort qui m’attendait, si toutefois j’arrivais à sortir un jour de la condition de simple servante. Pourtant, il ne m’était pas possible de revenir au domicile parental et je décidai de tout faire pour parvenir au statut de geisha. À la veille de mes dix-huit ans, mes efforts furent couronnés, je devenais geisha !


Les années passèrent, le bel ovale de mon visage et plus encore mon art de la danse me firent connaître dans tout Gion et au-delà, à travers le Japon. Dotée d’un protecteur, un riche banquier, je pouvais m’offrir tous les kimonos dont je rêvais et renouveler à loisir mes crèmes de beauté. J’arrivai ainsi à la veille de la trentaine, jalousée de certaines, mais consciente que ce succès pouvait n’être qu’éphémère.


La perte de mon protecteur initia une période difficile. Dans le même temps, de nouvelles geishas commençaient à faire parler d’elles dans le quartier de Gion et me faisaient de l’ombre. C’est à ce moment que je rencontrai William Green. De belle prestance, âgé alors d’une quarantaine d’années, il faisait partie de ces Occidentaux qui, lors de leur passage sur le sol japonais, fréquentaient le petit monde des geishas, un milieu certes sur le déclin mais encore pourvu de quelques célébrités demandées dans tout l’Empire du soleil levant. Ce n’était pas la première fois que je voyais un Occidental - le premier m’avait paru bien étrange - mais cet homme tomba éperdument amoureux de moi. Il disait m’aimer, vouloir me présenter à sa famille et m’épouser dans son pays. Mes amies ainsi que ma vieille mère me mirent en garde : qu’allais-je faire loin des miens, dans cette contrée barbare ?


Un matin de printemps, au lendemain de mes trente ans, je découvrais, émerveillée, la ville de New York. Tous ces immenses immeubles me donnaient le vertige, était-il possible d’habiter à la hauteur des nuages ? Mon futur - William Green et moi nous étions fiancés à Kyoto avant de quitter le Japon - me conduisit le jour de notre arrivée à Central Park. Le jardin me parut immense mais les arbres en fleurs autour des lacs et les élégantes aigrettes me plurent. Le lendemain, nous montâmes dans un train en partance pour une région qui m’était inconnue, le Kansas, où mon fiancé était propriétaire d'un ranch.


À mon arrivée, la beauté sauvage du domaine me plut. Toutefois, bientôt je déchantai. Sur l’insistance de William, j’avais consenti à faire la traversée vêtue à l’occidentale. Quelques jours plus tard, je lui exprimai mon souhait de porter de nouveau mes kimonos. « Te déplacer dans les rues d’Abilene habillée comme une geisha, tu n’y penses pas ? » Je devais m’intégrer et devenir une vraie Américaine, me disait-il. Toutefois, à notre domicile, il était d'accord pour que j'endosse à l'occasion mes beaux habits, comme au moment de notre rencontre. Un soir, William, l'air réjoui, m'annonça la venue d’invités de marque : « J'ai acheté du thé japonais, Nagisa. Pourras-tu faire la surprise à nos amis de le servir comme tu sais si bien le faire, vêtue d'un de tes kimonos ? » Tout d'abord, je m’étais réjouie, puis je lui demandai : « As-tu une servante pour m'aider à m’habiller ? Toute seule, je ne pourrai le faire ». Mon fiancé m'avait regardée, l'air ennuyé. Non, il n'avait pas pensé que cette tenue requérait une personne expérimentée. C'est donc habillée d'une banale jupe occidentale que j'œuvrai pour la cérémonie du thé. Si les invités étaient enchantés, j'avais le cœur serré de devoir, peut-être pour toujours, remiser mes kimonos dans un coin de penderie.


Les jours passèrent. Un an après mon installation dans le Kansas, vêtue d’une longue robe blanche, je devenais Madame Nagisa Green. Mon mari fit tout pour me faire aimer son pays, ses coutumes et ces gens qui me paraissaient encore bien étranges. Je coupai mes longs cheveux et devins, dans le ranch de mon compagnon, une cavalière émérite, conduisant le troupeau de vaches à travers la prairie. Ma peau à la blancheur de porcelaine se hâla au grand air. En l’absence de domestique, je devins une ménagère accomplie. Seule ombre à ce tableau : mon époux, qui se sentait vieillir, rêvait d’avoir un fils qui puisse lui succéder à la tête du ranch, et notre couple restait stérile.


Une soirée d’été, une troupe de musiciens japonais vint se produire à Topeka, la capitale du comté. Mon mari me proposa d’aller les écouter. Cette idée m’enchanta, cela faisait si longtemps que je n’avais vu de compatriotes… Lorsque j’entendis les premières notes du shamisen, un accès de nostalgie m’envahit. Je me revis, encore fillette, découvrant émerveillée le quartier de Gion et ses belles geishas. Puis, plus âgée, touchant délicatement à mon tour les cordes de cet instrument, dans l’une des maisons les plus réputées de Gion. Depuis mon arrivée sur le sol américain, à plusieurs reprises j’avais été tentée de me remettre à jouer du shamisen mais depuis ce temps il était resté dans son étui, au fond d’une malle. À la fin du concert, je demandai à mon mari d’aller saluer les musiciens. Alors occupé à discuter avec un groupe d’amis, il me répondit qu’il m’attendrait dans la salle. Reconnaissant la musicienne de shamisen, j’inclinai légèrement le buste en guise de salut, geste que je n’avais pas fait depuis des années. Elle fit de même puis prononça des paroles dont le sens m’échappa. Je restai là, interdite. Je voulus lui dire, dans sa langue : « Je vous prie de bien vouloir m’excuser, Mademoiselle, je ne vous comprends pas. » mais les mots ne vinrent pas. Je réalisai que j’avais oublié jusque ma propre langue… Un brouillard se forma devant moi, les musiciens devinrent flous et leur voix assourdie. Il me sembla reconnaître la voix de ma mère me suppliant, au moment de quitter le Japon : « N’oublie pas tes origines, Nagisa… Tu sais ce qu’il advient de ceux qui s’en détournent. » Je m’apprêtai à lui répondre comme à cette époque : « Ne t’en fais pas, mère, William Green est l’homme que j’aime et même loin de la terre de nos ancêtres, je resterai une fille du Pays du soleil levant. » Mais les mots restèrent prisonniers dans ma gorge, j’aperçus une silhouette s’approcher de moi mais ne pus la reconnaître.



* * *



Lorsque je m’éveillai, tout me parut gigantesque. J’étais tout près de mon mari, comment vous dire… sur sa main. William était assis dans un sofa, près de la cheminée, et il pleurait, silencieusement. J’aurais voulu le consoler mais je ne pouvais pas bouger ni lui parler. Je le regardais mais il ne me voyait pas, son regard était porté ailleurs, sur une photo, celle de notre mariage. Il parlait tout seul : « Tu étais là, sous mes yeux, et l’instant d’après, tu n’y étais plus… Comme volatilisée. Sans cette musicienne japonaise, j’aurais cru avoir perdu la raison. Mais elle a bien vu elle aussi cet éclat étrange… Et cette perle, venue de je ne sais où, qui roulait sur le sol… J’ai demandé au joaillier de la disposer sur ton petit miroir vénitien. D’aucuns diront que je suis fou mais il me semble que c’est tout ce qui me reste de toi, ma chère amie. Tant que je serai en vie, je te promets, je le garderai à mon chevet. » Si seulement j’avais pu dire à mon époux que je l’aimais… Prisonnière d’un corps que je peinais à reconnaître comme étant le mien, j’avais compris que j’étais devenue un objet inerte, une perle. Les sages paroles de ma mère me revinrent en mémoire et je priai pour que mon état ne fût que temporaire.


Mes prières furent vaines, perle j’étais devenue et je restais. La maison devint silencieuse, mon mari se renfermant dans une solitude qui m’inquiéta. Plus tard, les amis revinrent. Je n’étais plus là pour leur servir le thé mais il le fit à ma place, jamais il ne se résolut à se remarier. Tout juste accepta-t-il de garder un jeune chien, qu’une amie lui avait offert peu de temps après ma disparition. Mon compagnon aimait lui parler, comme à un confident. Je sus ainsi que je restai dans ses pensées, que parfois il ouvrait ma penderie, celle contenant mes kimonos et qu’il ouvrait ma malle, puis effleurait les cordes de mon shamisen, cet instrument que j’avais tant aimé jouer pour lui, avant de quitter le Japon. Sa promesse ne fut pas vaine : toujours, je restai à son chevet, dans un bel écrin laqué, jusqu’au jour de sa mort. »


La jeune Écossaise, qui l’avait écoutée jusque-là en s’efforçant de ne pas l’interrompre, ne put s’empêcher de dire : « Votre histoire est bien triste, Madame… » La revenante lui répondit par un sourire : « Je ne voudrais pas vous peiner, Mademoiselle.» La Japonaise resta un moment silencieuse avant de poursuivre : « Vous êtes la première à m’avoir vue sous ma forme humaine, j’y vois là un signe. Mon aïeule me disait quand j’étais encore enfant « Si par malheur un homme se réincarne dans un objet inanimé, seul un bouleversement pourra lui faire retrouver une apparence humaine. Le plus grand que je connaisse sont les larmes sincères d’une personne éprise d’un être qu’il croit disparu. »


- Puis-je faire quelque chose pour vous, Madame ? interrogea, émue, Aileas Collins

- Je ne saurais vous le dire avec certitude, Mademoiselle. Le matin approche, je vais bientôt reprendre ma forme minérale. N’oubliez pas d’où vous venez, je vous souhaite beaucoup de bonheur…


4



À l’aube, Clyde d’Argyll se réveilla de bonne humeur. Machinalement, il se tourna vers sa compagne. Habituellement le premier éveillé, il aimait la contempler avant de l’appeler doucement. Elle n’aimait pas le bruit intempestif du réveil et préférait se lever au son de sa voix. Cependant, à cet instant, sa place était vide. Sans doute avait-elle eu de nouveau une insomnie et s’était-elle levée avant lui. Mais après avoir fait le tour du manoir, il ne la vit pas. Aileas serait-elle sortie sans lui laisser un mot ? Cela ne lui ressemblait pourtant pas. La journée passa et dans la soirée la jeune femme n’était pas revenue. Il l’attendit jusque tard dans la nuit et finit par s’endormir, d’un sommeil peuplé de mauvais rêves.


Le lendemain matin, Aileas n’était toujours pas rentrée et il commença à s’en alarmer. Il s’apprêtait à appeler ses parents lorsqu’en déplaçant le miroir vénitien, resté posé sur la table de toilette, une petite enveloppe attira son regard. Elle portait la fine écriture de sa compagne et sans plus attendre il la décacheta.


« Cher Clyde,


Je ne voudrais pas te faire de peine mais les événements de ces derniers jours m’ont fait réfléchir. Je sais combien tu t’impatientes à l’approche de notre mariage. Je t’aime, tu sais. Mais vois-tu, tout est allé si vite, nous nous connaissons à peine et déjà tu nous vois échanger les alliances, avoir notre premier enfant…


Crois-tu aux revenants ? Non, ton esprit rationnel s’y refuse. Et pourtant, c’est l’un d’eux, le fantôme de mes rêves, qui m’a ouvert les yeux. Tu m’offres une vie facile, où je pourrai remiser ma harpe et n’aurai pas comme mes parents à m’inquiéter du lendemain. Mais la musique est ma vie, sans elle mes journées seraient bien vides…


Si tu m’aimes vraiment, ne cherche pas à me retenir. Le futur nous dira vers où diriger nos pas.


Tendrement


Aileas »


En lisant ce mot, le cœur du jeune homme se serra. Sa fiancée le quittait au moment où il se sentait le plus heureux de sa vie… Mais n’avait-il pas été aveugle ? S’il s’était montré moins impatient, plus attentif à ses désirs songeait-il, elle serait encore là à ses côtés. Mais à présent, il était trop tard, la première femme qu’il aimait vraiment l’abandonnait. Machinalement, il se saisit du petit miroir vénitien. L’émotion le submergea, les larmes se mirent à ruisseler sur ses joues sans qu’il puisse les retenir.


Soudain, un cri - on eut dit celui d’un enfant - lui fit lâcher le miroir. Par chance, le verre ne se brisa pas lors de la chute. L’instant d’après, Clyde d’Argyll se pencha à la fenêtre puis descendit dans la cour, mais il ne vit personne autour du manoir. De retour dans la salle de bain, il s’aperçut que la jolie perle ornant le miroir vénitien avait disparu. Il eut beau scruter le carrelage, il ne la trouva nulle part. L’esprit troublé, le jeune homme se dirigea vers le salon et s’assit dans un sofa, l’air las.


Plusieurs jours passèrent et Aileas Collins demeurait absente. Personne dans l’entourage de son compagnon ne sut lui dire ce qu’elle était devenue. Un avis de recherche fut lancé, en vain. Comme un somnambule, Clyde d’Argyll se résolut à reprendre ses cours de droit. Son père le voyait bientôt lui succéder comme pair à la chambre des Lords mais à quoi bon à présent ? Le sourire de son amie, son rire argentin, sa musique, sa présence légère lui manquaient. S’il avait pu réécrire le passé, il aurait voulu faire de sorte qu’elle fût encore là à ses côtés.


* * *



Loin de là, sur le quai d’un port du sud de la France, une jeune femme blonde discutait avec une fillette aux yeux en amande.


- Tu t’en vas déjà, Nagisa ? interrogea la jeune femme

- Il est temps de retrouver les miens et pour toi de reprendre ta route, répondit l’enfant, l’air grave. Tu as beaucoup fait pour moi, je ne voudrais pas te retenir davantage.


Aileas Collins lui sourit. Plus tard, un paquebot entra dans le port. Elle regarda la fillette monter sur la passerelle du bateau et bientôt il ne fut plus qu’un point sur l’horizon. Reverrait-elle un jour son amie japonaise ? Cependant, l’ancienne geisha lui avait montré le chemin. La jeune Écossaise se sentait à présent prête à revenir vers son compagnon. Que penserait-il, si elle lui disait qu’elle avait passé ces dernières journées en compagnie du fantôme qui avait hanté ses rêves, lors de ses nuits d’insomnie ? Il ne croirait de même sans doute jamais qu’il y a longtemps, une femme japonaise s’était transformée en perle et que par ses pleurs, ceux d’un homme réellement épris, il était parvenu à rompre l’enchantement. La Japonaise allait, après des années d’absence, fouler de nouveau sa terre natale sous sa nouvelle forme, celle d’une enfant. Il ne lui restait plus qu’à retrouver son fiancé, qui devait la croire disparue. En attendant le départ, Aileas s’assit sur le banc d’un parc. Là, elle se mit à fredonner :


Ma mie, de grâce, ne mettons

Pas sous la gorge à Cupidon

Sa propre flèche,

Tant d'amoureux l'ont essayé

Qui, de leur bonheur, ont payé

Ce sacrilège...


J'ai l'honneur de

Ne pas te demander ta main,

Ne gravons pas

Nos noms au bas

D'un parchemin.*


Une voix masculine l’interrompit : « Bonjour mademoiselle, vous avez une jolie voix… » Se retournant, Aileas vit un jeune homme brun, vêtu d’un costume en flanelle. « Ce sont les paroles que je voudrais adresser à mon fiancé. Une ancienne geisha m’a convaincue de le rejoindre et il me tarde de le retrouver. Au revoir, monsieur. » Le passant la regarda un instant, abasourdi, mais déjà la jeune femme avait repris sa chanson et tourné son regard vers le lointain.




* Extrait de la chanson « La non-demande en mariage » de Georges Brassens.


 
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   lucio   
1/7/2009
 a aimé ce texte 
Bien
Pour utiliser un cliché, je dirais que tu as une écriture très cinématographique. Je trouve que tu décris des images évocatrices ( tu as bien digéré les éléments classiques du genre- fantômes, étranges échoppes, bijoux ensorcelés, malédictions, mécanique des contes de fée...) et déroule le fil des évènements avec aisance. Les différentes scènes sont très "vivantes", les enjeux dramatiques se dévoilent progressivement, sans heurts, ce qui rend la lecture plaisante et donne envie de savoir la suite.
Le mélange des deux histoires enchâssées est une bonne idée, mais je trouve que les enjeux dramatiques de celle de la geisha sont un peu flous ( pas son histoire passée, très claire, mais sa présence auprès d'Aileas). Je pense que la fin aurait été plus forte en ne tentant pas de dénouer deux récits en même temps. On ne sait plus ce qui est le plus important, de la "résurrection" de Nagisa, personnage finalement secondaire de l'intrigue, ou du retour d'Aileas.
De même, je pense qu'il aurait fallu développer un peu plus les circonstances des retrouvailles d'Aileas et Nagisa, car si le destin de cette dernière a poussé Aileas à quitter Clyde, pour suivre sa voie (contrairement au fantôme qui l'a payé de sa vie) je ne comprends pas pourquoi elle veut finalement le retrouver, sur les conseils de Nagisa.
A noter aussi que Clyde "commença à s'alarmer" au bout de 24h, probablement déjà bien alarmantes. Quelque chose de plus fort aurait peut-être mieux convenu.

   Marite   
2/7/2009
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Au travers de cette histoire nous pénétrons dans ces mondes où les frontières s’ouvrent et sont déterminées par les sentiments sincères qui nous animent et rien d’autre. J’ai beaucoup aimé cette échappée dans le merveilleux d’autant plus que l’écriture simple et riche à la fois nous permet de visualiser facilement lieux, personnages et objets.C’est si agréable de faire un pause et de rêver. Merci Xuanvincent

   Anonyme   
2/7/2009
 a aimé ce texte 
Passionnément
J'ai adoré cette nouvelle. Je l'ai lue d'une seule traite, sans m'arrêter tellement j'ai été captivé, tant par l'histoire elle-même, que par la façon de l'écrire. J'ai beaucoup apprécié l'histoire du fantôme et de la réincarnation, ainsi que la superposition des deux histoires.

Un très agréable moment de lecture et que 'est bien écrit !! on en redemande !

KARELLERIG

   Anonyme   
2/7/2009
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour xuan ! J'ai beaucoup aimé cette histoire à "tiroirs multiples" servie par une très belle écriture... Un savant mélange de cultures qui de surcroît se termine bien, que demander de plus ? Un grand bravo !

   lotus   
2/7/2009
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
"La perle de Gion" et il en est bien question de "perle" ici.

Je suis peu friande de nouvelles, peu friande des longs écrits mais cette nouvelle Xuan est très belle, bien imaginée et bien contée.

J'adore son côté fantastique et merveilleux, son côté poétique, on peut le dire, je pense.

Votre imagination me semble sans limite quand vous tutoyez cet univers qu'est le" merveilleux".
Beaucoup de thèmes sont abordés, comme l'acceptation du désir de l'autre, son écoute mais aussi les doutes...je ne peux tous les citer.

J'avais eu le privilège de lire un tout petit extrait et comme vous le constatez, je suis venue découvrir" l'histoire".

J'en referai volontier lecture.

Je ne mettrai pas un "exceptionnel", juste pour vous donner envie de vous surpasser encore.

   florilange   
2/7/2009
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Moi aussi, j'ai beaucoup aimé cette histoire où toutes les portes restent ouvertes & rien ne demeure impossible. L'écriture en est fluide & agréable, on poursuit sa lecture avec plaisir.

Malheureusement, de petites choses m'ont arrêtée. Oh! pas terribles mais tout de même. "Initier" veut dire : mettre dans le secret, c'est 1 anglicisme dans le sens de "commencer". L'utiliser ainsi ôte tout sens à la phrase. Dans le même esprit, en français on parle de l'avenir, pas du futur. Oui, je sais, au Québec, nous avons 1 tendance à jouer les puristes... Toutes mes excuses.

Puis, dans 1 autre phrase, il aurait été + agréable à l'oreille de dire "faire en sorte" au lieu de "faire de sorte". Cette dernière remarque n'a pour but que de ne pas abîmer 1 style par ailleurs élégant.

Désolée de ces petits bémols qui n'enlèvent rien à la beauté du texte en général. Merci,
Florilange.

   Manuel   
2/7/2009
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Moi , j'ai aimé cette histoire, j'ai voyagé au Japon et l coté merveilleux m'a touché.
Xuan racontes nous encore de belles histoires; c'est délassant de s'évader par la pensée

   Anonyme   
2/7/2009
 a aimé ce texte 
Bien ↓
J'ai apprécié l'univers de cette nouvelle Xuan.
Malgré quelques chipotages

J'aurais mis aussitôt au lieu de "de sitôt"...
Je trouve que Geisha et Harpe reviennent trop souvent.
Quelques "Mais" qui se baladent un peu trop près les uns des autres vers la fin (au moment de la lettre d'Aileas, ou juste après).

J'aime tes prénoms, la visite du Japon et ses anecdotes.

L'histoire se tient bien.

Je suis un peu moins fan des moments plus "romantiques" de la nouvelle. Les personnages malgré l'histoire émouvante, ne m'ont pas émus, si ce n'est la Geisha/fantôme/petite fille... qui m'a semblé très travaillée et crédible.

Le petit couple m'a semblé sympathique au début, surtout lui, mais j'ai comme l'impression qu'ils ont perdu en consistance au moment de l'apparition en "forme humaine" de la Geisha. C'est dommage, du coup la fin semble un peu brutale...
Pareil avec les tenanciers de la bijouterie... mais j'ai aimé leur "ambiance".

Voilà.

Merci Xuan de nous avoir fait découvrir ce petit bijou, si d'aventure je croise une perle... je pleurerai dessus...!

   marogne   
3/7/2009
 a aimé ce texte 
Bien
Merci pour cette charmante histoire d’amour décorée de fantastique. J’ai un peu eu du mal à accrocher car peut être un peu trop côté « fleur bleu » pour moi, préférant peut être les histoires qui traitent des sentiments avec plus de passion ou de folie. Dans un certain nombre de cas j’ai trouvé le style un peu trop scolaire, pas assez « emporté » ou « personnel ». Enfin tout ici est gentil, le cadeau du début, le noble aimant et attentionné, la fiancée qui se sacrifie pour un fantôme (même si c’est temporaire), une geisha de noble cœur, … mais c’est une marque de fabrique de l’auteur.

Je n’ai pas vraiment compris la raison de la première transformation, mais ce n’est pas vraiment important.

Détails :
J’ai été un peu gêné par le passé simple du premier paragraphe, qui finit d’ailleurs sur l’imparfait, que je n’associe pas à ce début plutôt « descriptif/statique » ; il conduit à l’attente d’une action qui n’arrive pas.

J’ai aimé dans le deuxième paragraphe les clins d’œil au « seigneur des anneaux » et au « Pirates des Caraïbes ».

« Un grand tourment » ? Peut être un peu fort « Tourment » pour ce que ressent à ce moment là le jeune homme, non ?

« donner … l’objet de sa visite » : je ne trouve pas le verbe « donner » adapté.

« vous le brader » : « vous » est sans doute de trop.

Etonnant qu’elle demande si son mari a une servante alors qu’à ce moment cela fait déjà quelque temps qu’elle vit dans le ranch, elle devrait savoir.

« S’assit dans un sofa, l’air las », je trouve que d’avoir rajouté « l’air las » change le point de vue, alors que le récit était impersonnel, une description, on fait apparaître ici un sentiment sur son aspect que seul un témoin aurait pu ressentir.

   Lulu   
4/7/2009
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Je viens de passer un très bon moment de lecture. C'est doux, bien écrit, plein d'imagination, de couleurs merveilleuses...

Cela me donne envie de découvrir tes autres écrits.

Merci.

   wancyrs   
4/7/2009
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Merci Xuanvincent pour ce texte qu’on a du plaisir à lire. Je l’ai aimé d’un bout à l’autre, et je n’ai pas eu du mal à visualiser les scènes. La façon dont il est amené et l’enchaînement logique des scènes ajoutent au texte une certaine crédibilité, une fluidité qui permet à l’œuvre d’être apprécié à sa juste valeur.
Néanmoins, comme toute réalisation faite de main d’homme, quelques imperfections selon moi essayent de ternir ce bel ouvrage.
Je vais commencer par ce que je pense être incohérent :
L’origine du miroir vénitien : le jeune homme qui le vend parle d’une origine royale qui doit sûrement être soit l’Angleterre, soit l’Écosse, soit l’Irlande, bref la Grande-Bretagne. Plus loin dans le récit, il est établit que le miroir appartenait déjà à la geisha et que la perle y a été incrustée par son mari (au Kansas, USA).
À moins que ce jeune homme ne soit un voleur, et que le bijou ne soit l’objet d’une de ses rapines, l’origine du miroir devient comme ambiguë.
Pourriez-vous m’aider monsieur? Question du jeune homme que j’ai trouvé superflue, car le joaillier à deux reprise lui a proposé cette aide dont il a décliné. S’il s’était décidé enfin à l’accepter, il n’avait plus à la demander.
À mesure que le jeune homme voyait le jour du mariage se rapprocher, sa compagne quant à elle semblait soucieuse : pour moi la phrase paraît incomplète, ou bien il y aurait quelque chose de trop, car le « quant à elle » introduit un état d’esprit de la femme qui devait être en comparaison avec celui de l’homme.
La phrase serait logique si dite de même : À mesure que le jeune homme avec allégresse voyait le jour du mariage se rapprocher, sa compagne quant à elle semblait soucieuse.
Ou bien tout simplement supprimer le « quant à elle » pour avoir : À mesure que le jeune homme voyait le jour du mariage se rapprocher, sa compagne semblait soucieuse.
J’ai remarqué aussi dans la construction des phrases quelque tournures qui compliquent la perception :
La jeune femme se levait certains matins la mine défaite, des cernes de fatigue venant marquer son beau visage.
Ici on a comme l’impression qu’il y a deux actions qui se suivent :
Elle se lève d’abord.
Ensuite les cernes viennent marquer son beau visage après.
Pourtant je ne crois pas que c’est ce que tu veux nous faire comprendre. Je pense que ç’aurait été plus léger de dire : La jeune femme se levait certains matins la mine défaite, son visage marqué par des cernes de fatigue.
Autre : Mais arrivée à la fin de son enfance. Pour moi, arrivée et fin dans cette phrase, c’est un peu comme trop. Pourquoi ne pas jute dire : mais à la fin de son enfance ?
Autre : Mon futur – William Green et moi nous étions fiancé… Je trouve qu’il y ai erreur de syntaxe là, qui pourrait être corrigé soit en ôtant le nous, pour obtenir : Mon futur – William Green et moi étions fiancé… Soit en ajoutant une virgule entre le moi et le nous pour obtenir : Mon futur – William Green et moi, nous étions…
J’ai aussi décelé quelques erreurs de grammaire, comme dans le paragraphe qui commence par : Mes prières furent vaines… Je sus ainsi que je restai dans ses pensées. À moins que ce ne soit un oubli du « s » à restai, je ne crois pas que le passé simple seye ici.
Enfin, le bouquet final, c’est dans cette phrase : S’il avait pu réécrire le passé, il aurait voulu faire de sorte que…
La proposition que je trouve logique est celle-ci :
S’il avait pu réécrire le passé, il aurait fait de sorte …
S’il aurait pu réécrire le passé, il aurait voulu faire de sorte…
J’applaudis quand même le texte et son auteur, car j’ai été touché par le récit.

wancyrs

   Togna   
8/7/2009
 a aimé ce texte 
Bien
L’originalité, on y est habitué de ta part. Tu nous offres toujours une friandise. J’ai vraiment aimé.
Alors, bien sûr, je vais te taquiner sur quelques petites choses qui m’interpellent en seconde lecture. Ces « petites choses » ne nuisent ni à la lecture ni à l’intérêt pour le récit, mais elles brident, à mon sens, la progression de ton style.

La concision :
Elle apporte une simplicité d’écriture qui rend le style plus fluide :

Le bijoutier est un homme poli, au langage un peu précieux qui est celui des commerçants. Pourquoi cette expression impérative : « veuillez me suivre ». Il me semble que « Je vous prie de me suivre » correspondrait mieux à son langage.

Dans le premier paragraphe, une périphrase : « il vit ensuite des niches creusées en grands nombres à même la roche. » j’aurais peut-être écrit : « il vit ensuite de nombreuses niches pariétales. »

« C’était une nuit d’automne, j’étais encore jeune. Alors que je m’apprêtais à fermer la boutique un client s’était présenté. »
Que penses-tu de :
« Jeune encore, lors d’une soirée d’automne, je m’apprêtais à fermer boutique quand un client se présenta. »
J’ai éliminé deux verbes être et un passé composé en gardant le même sens à la phrase.

« Jouer un air de harpe ». Je ne sais pas pourquoi, mais jouer un air d’harmonica me va bien, un air de harpe me gêne ? Peut-être à cause de la noblesse de l’instrument.

« Bientôt, il chassa cette pensée… » Bientôt signifie dans un futur proche alors que là il me semble que tu veux plutôt dire « Il chassa vite cette pensée ».

« …faillit la refermer de sitôt » Je ne suis pas certain que l’on puisse dire « de sitôt » dans ce sens. J’aurais utilisé « aussitôt ».

« Aileas Collins resta un moment à regarder l’apparition, interdite. » « Interdite, Ailéas Collins regarda l’apparition durant quelques secondes. » Cela veut dire la même chose, mais là encore, j’ai éliminé un verbe.

De même ici : « finit par réussir à répondre d’une voix peu assurée Ailéas. » « finit par réussir » ne peut-il pas être remplacé par « parvint » ?

« Mais arrivée à la fin de l’enfance,… » « arrivée » est-il nécessaire ? « Mais, à la fin de l’enfance,… »

« un accès de nostalgie m’envahit » Il me semble y avoir ici encore une redondance. Je crois que j’aurais écrit : « j’eus un accès de nostalgie » ou plutôt « la nostalgie m’envahit ».

« Je le regardais mais il ne me voyait pas, son regard était porté ailleurs, sur une photo, celle de notre mariage. » j’aurais écrit ceci : « Je le regardais… il ne me voyait pas, son regard était ailleurs… sur une photo, celle de notre mariage. » (C’est toujours facile de passer derrière les autres !)

« Mais elle a bien vu elle aussi » « aussi » indique que quelqu’un d’autre a vu. Il est donc inutile de répéter « elle » : Mais elle a bien vu aussi ».

La sonorité :

Dans le premier paragraphe, tu utilises, en 3 lignes, 7 mots (adjectifs, participes, etc.) qui se terminent par la phonétique « an ». Est-ce une sonorité harmonieuse ?

« elle serait encore là à ses côtés. » « Là à » n’est pas agréable à l’oreille. Tu le répètes deux paragraphes plus loin.


La structure :
Est-il normal que le jeune homme demande combien il doit avant de voir le miroir ?

Plus loin, il découvre un miroir serti de plus d’une perle… et au début du paragraphe 2, lorsqu’il l’offre à sa fiancée, il n’y a plus qu’une perle… je n’ai pas compris.


Ce ne sont que des suggestions, à toi de faire la part des choses. Je suis pointilleux, je le sais, mais il faut de la rigueur dans l’écriture pour tenter d’atteindre le Grall. Je suis convaincu que, si tu t’appliquais à gommer ces petites redondances qui parfois alourdissent certaines phrases, ton style serait encore plus fluide et collerait encore mieux à l’essence de tes nouvelles.

Merci, Xuan. Fervent admirateur de Georges Brassens, j’ai apprécié la fin. Et, pour me punir de mes vilénies, tu peux me dire :

De servant n’ai pas besoin,
Et du ménage et de ses soins
Je te dispense…

   widjet   
8/7/2009
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Bon. Je dois admettre que je ne suis pas friand ni très connaisseur du genre.
Cela étant dit, l’écriture est légère, assez précieuse par moment – peut être trop – mais c’est propre au genre, je pense tout comme la manifestation des émotions ressentis, des sentiments exprimé quii restent « propres », aseptisés (dans les contes on souffre avec raffinement bref, ce n’est pas « charnel » si tu vois ce que je veux dire). J’ai suivi ce conte qui nous fait voyager sur plusieurs endroits sans m’ennuyer ce qui est déjà une performance. Quelques redites par ci par là (comme « une rare élégance », répété deux fois je crois).

Au final, c’est plaisant. Et puis Xuan a pas mal progressé dans la structure, la construction et le rythme du récit. Je n’ai pas senti les 25K de caractères, moi qui ne suit pas un lecteur de longue haleine, c’est un signe encourageant !

Widjet

   Anonyme   
10/7/2009
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Xuanvincent. C'est un joli conte, facile à lire. Ecriture élégante et raffinée comme Aliéas. Mais cependant, étonnant qu'un tel bijoutier aille chercher hors de sa boutique un tel bijou !

   Flupke   
14/7/2009
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Cette nouvelle m’a bien plu et le fantastique est ici justifié car il permet d’exprimer des concepts intéressants.
Quelques remarques :
The black pearl, puisque c’est le nom de la bijouterie, cela a valeur de titre, ce qui est normalement capitalisé chez les anglais (the Black Pearl) Ce n’est pas une règle absolue mais assez généralisée.
Combien vous dois-je ? Pourquoi le jeune homme est-il d’accord d’acheter un bijou qu’il n’a pas vu et dont il ignore le prix ? Confiance aveugle en un bijoutier qu’il vient juste de rencontrer ? Peu réaliste, à mon humble avis. De plus « The black pearl »l ne semble-t-il pas suggérer que le bijoutier ait changé le nom de (ou baptisé) sa boutique suite à l’achat de cette perle ? Enfin, bon, pourquoi pas ?
Voilà, ce ne sont que des détails, mais l’ensemble m’a procuré un certain plaisir à la lecture.
Amicalement,

Flupke

   calouet   
15/7/2009
 a aimé ce texte 
Bien
Voilà, tu vois ce fut finalement rapide, ce qui est bon signe, car elle est assez longue, cette nouvelle! Mais elle s'avale d'une traite, sans problèmes, avec plaisir.
Pour moi, c'est surtout une nouvelle d'ambiance, c'est du moins ce que j'ai apprécié le plus. Du coup, j'ai surtout été emballé par la première partie, où j'ai parfois retrouvé des ressemblances avec certains textes de Brahm Stocker, que j'ai lu voici quelques années. Un bon signe.

Ton écriture est précise, fluide, désuète (dans le bon sens du terme : ce style rappelle vraiment des lectures anglo-saxonnes anciennes, un peu précieux, très détaillé).



Evidemment, je vais ajouter quelques bémols, sinon ce ne serait pas drôle, et surtout pas honnête :

L'apparition de la Geisha, par rapport à son énorme tirade, n'est pas bien proportionnée, je trouve. Il eut fallu donner plus de punch à cette apparition, qui est le noeud de ton intrigue, le basculement dans le surnaturel.

Quelques idées sont mal mises en valeur, mais en même temps je cherche encore leur intérêt, par exemple :

"(...) notre couple restait stérile" (et alors?)
", jamais il ne se résolut à se remarier" (placé pauvrement, en fin d'une phrase qui parle de thé et d'amis, bof)

Quelques clichés aussi, je me souviens notamment de la "voix blanche" qui est ensuite "argentine"... Lu et relu, ça.

Un petit détail aussi, que j'ai relevé : "cet instrument que j'avais tant aimé jouer pour lui", c'est pas joli joli...

Et même si j'en comprends un peu l'intérêt, je trouve dommage d'avoir réutilisé les patronymes complets de tes deux personnages principaux, en permanence.

Bon voilà, j'ai trouvé plein de choses, mais au final le sentiment reste bon. je crois juste que ça gagnerait à être un peu retravaillé ;)

   ANIMAL   
22/7/2009
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Très jolie histoire, bien menée, pleine de délicatesse. Un bon moment de lecture.
Merci.

   Anonyme   
22/7/2009
 a aimé ce texte 
Un peu
Bonjour,

miroir, mon beau miroir....ma foi, voici une plongée dans les contes de notre enfance qui n'est pas désagréable.
c'est bien écrit, avec peut-être parfois une délicatesse qui confine à la préciosité (et par pitié ne tiens pas compte de certains, ça pourrait être pire ! lol) mais ce raffinement convient à l'idée (totalement superficielle) que je me fais du monde des geishas.
pour tout te dire, j'ai eu moins de mal avec l'apparition de la geisha qu'avec sa transformation en bonne ménagère du fin fond de l'amérique, là j'avoue que j'ai eu un peu de mal !
le procédé répété de "je vais vous raconter une histoire" me parait aussi un peu maladroit, de même que la mise en scène du chien pour permettre à la geisha prisonnière de son sort de savoir encore ce que pense son époux.
et pour finir, la reprise de brassens me parait pour le coup totalement artificielle et la leçon qu'il faut en tirer ne me semble pas vraiment convenir (surtout gardez-vous de vous marier car vous changerez et renierez ce que vous êtes et d'où vous venez...). De plus je ne suis pas sûr que brassens l'entendait ainsi, mais cela n'engage que moi.
bonne continuation


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