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Poésie libre
Aconcagua : La famine en fleur
 Publié le 19/09/19  -  14 commentaires  -  1108 caractères  -  241 lectures    Autres textes du même auteur

Quelque part au Yémen ou en Afrique.


La famine en fleur



Je ne risque plus rien.
Je ne ressemble plus à une femme,
juste à un bouquet de brindilles
échoué dans la poussière et le vent.
Je n’ai plus de lait
et les grands yeux de mon fils n’y peuvent rien,
il n’a même plus la force de fermer la bouche,
les mouches le savent bien,
elles qui le harcèlent avec la constance
des mauvais parfums.
Il est si maigre que ses os
tentent à chaque instant
de s’échapper de sa peau.
Je le caresse à en user mon amour,
je lui chante cette berceuse
qui le plongeait dans l’émouvante béatitude,
je le berce avec des douceurs de renaissance.
Il a marché je crois, il a chanté, il a ri,
il a joué dans l’eau et dans les arbres,
mais là il semble s’écouler vers la terre.

J’ai oublié la pluie,
j’ai oublié l’herbe fraîche,
j’ai oublié l’ombre,
j’ai oublié les belles récoltes
et le lait tiède des chèvres,
la viande grillée
et l’eau fugace du dernier puits.

Je ne risque plus rien,
mon fils non plus, il va essayer la mort.


 
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Toute copie de ce texte est strictement interdite sans autorisation de l'auteur.
   papipoete   
31/8/2019
 a aimé ce texte 
Passionnément ↑
libre
le malheur s'est posé sur nous ; il n'y a plus rien qui ressemble à la vie, et mon enfant que la mort guette, va bientôt quitter ce monde ; je partirai avec lui...
NB comme cette scène est dramatique, femme maman qui n'a plus la moindre forme, ni goutte de lait à donner à ce petit d'homme qui se meurt...
comme ces mots font mal, jusqu'au souvenir de ces jeux d'enfants, ces rires, ces cris que la terre semble reprendre " il semble s'écouler vers la terre "
comme elle l'aime ce petit qui va bientôt fermer ses yeux... la bouche ouverte...
l'horreur est ici magnifiquement écrite
papipoète

   Gabrielle   
1/9/2019
 a aimé ce texte 
Bien
Un texte percutant qui peut éveiller les consciences.

Le sujet à traiter est difficile, le poète excelle dans cet exercice périlleux.

Merci à l'auteur(e) qui saura toucher le plus grand nombre.

Bien à vous.



Gabrielle

   Lebarde   
1/9/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Quel magnifique texte, tellement évocateur d’une situation insoutenable et révoltante devant laquelle on pleure notre impuissance à trouver des solutions pour y remédier et y faire face.

Cette mère a tout tenté pour faire vivre son enfant, en vain.....il ne lui reste plus qu’une chose à essayer: la MORT!

Dès les premiers mots ce texte dont je n’ai pas pu quitter la lecture conduit à cette fin inéluctable:
« Je ne risque plus rien
Mon fils non plus, il va essayer la mort. »

Je suis d’autant plus touché par cette scène qu’elle me rappelle celle que j’ai pu voir, impuissant, en traversant un petit village de quelques cabanes de palmes justement au Yémen en bordure de la mer Rouge, dans lequel survivaient quelques familles assoiffées, écrasées sous un soleil implacable.

Magnifique poème, je répète, qui ne peut laisser indifférent le lecteur dont la forme est sobre et les images percutantes.
Bravo à l’auteur (e)

En EL

Lebarde un peu bouleversé

   VictorO   
1/9/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Texte fort et poignant. Difficile d'écrire sur des sujets aussi tristes car on peut vite tomber dans le récit journalistique. Mais cela est fait subtilement, avec un tableau cruel parsemé de touches poétiques:
"juste à un bouquet de brindilles
échoué dans la poussière et le vent"
"Il est si maigre que ses os
tentent à chaque instant
de s’échapper de sa peau"
Avec des répétitions de "Il a" et "J'ai oublié", jusqu'à l'épilogue tragique : "il va essayer la mort".
Le début, qui décrit la mère, m'a rappelé un extrait des premiers mots de Primo Levi dans "Si c'est un homme" :
"Considérez si c'est une femme
Que celle qui a perdu son nom et ses cheveux
Et jusqu'à la force de se souvenir,
Les yeux vides et le sein froid
Comme une grenouille en hiver."

   Hananke   
19/9/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour

Un thème rassembleur, évidemment. Pas nouveau mais qu'il est bon
de rappeler de temps en temps pour ne pas oublier la détresse
de certains par rapport à l'opulence d'autres.
Un texte qui montre s'il en était besoin les grandes disparités
qui règnent sur cette foutue Terre.

J'aime bien ( si l'on peut s'exprimer ainsi) :

Il est si maigre que ses os
tentent à chaque instant
de s’échapper de sa peau.

Et le titre du poème également.

Entre autres.

Des images percutantes comme la poésie doit en montrer.

   Provencao   
19/9/2019
 a aimé ce texte 
Passionnément ↑
" J’ai oublié la pluie,
j’ai oublié l’herbe fraîche,
j’ai oublié l’ombre,
j’ai oublié les belles récoltes"

Aconcagua, dans votre poésie, que vous avez choisi libre, loue ce "Je" pour ce merveilleux pouvoir d'éveiller les consciences.



J'aime quand la poésie délivre cette force d'éveiller tout un chacun à une prise de conscience plus haute.

Au plaisir de vous lire
Cordialement

   hersen   
19/9/2019
 a aimé ce texte 
Passionnément
Le thème n'est pas nouveau, hélas !

Mais tu as su remuer une corde sensible, une mère qui ne peut plus nourrir son enfant. la sécheresse et la misère qu'elle induit est vécue ici en choc frontal, bien au-delà du bla bla de sauver la planète sans renoncer à des douches de trois quarts d'heure ou un lavage de voiture fréquent.
je m'égare ?

Oui, je m'égare dans des sentiers sauvages, je m'égare dans des extrêmes.
Je m'égare aussi dans les sentiers de l'inconnu, de ce que moi je n'ai pas connu, et je me projette sur une mère qui n'a plus d'autre issue que de tenir son enfant dans ses bras pour se laisser mourir tous les deux.

Sécheresse de la terre, sécheresse de l'humanité.

Merci Aconcagua de continuer à dire...

Edit : j'ai oublié de dire ce que je pensais du titre : l'essence même de ce qu'il en est, un mot horrible, famine, et un mot joli, fleur. Si on peut laisser faire le plus horrible, on devrait pouvoir faire le mieux, non ? mais le monde est trop avide, c'est chacun pour sa gueule à tous les niveaux.
Titre génial, donc.

   Vincente   
19/9/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup
J'ai résisté en première lecture à la "facilité" évocatrice qu'offrait le sujet en soi. Tout y sonne juste et pourtant c'était trop. Mais je ne voulais pas baisser les yeux face à cette misère extrême et m'en retourner vaquer à mes petites affaires.
Et puis vinrent ces deux derniers vers, qui proposent leur ultime tentative pour conjurer le mauvais sort et ces trois mots "essayer la mort" qui tuent et semblent pourtant pouvoir sauver.

J'ai donc relu, et accepté de voir à nouveau le malheur cru de ces vers, de ces gens qui souffrent dans un autre coin de la terre. L'écriture est sobre mais expressive, sans concession, pas de filtre dans "la poussière et le vent" où les mouches peuvent voler à loisir, elle est juste car elle sonne vrai, et encore plus quand l'enfant apparaît, dernière présence fluette qui avoue l'impérieuse propension à aimer. Et à nouveau ce dernier vers... Cycle infernal et vital, que faire pour ne pas "essayer la mort"? En parler, oui, c'est la première étape.

   josy   
19/9/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup
ça fait mal au tripes ce poème qui est de toute beauté-----
avec des mots qui te tord le ventre et s époumone de vérités-----
je suis saisie par tant d amour ----------"Je le caresse à en user mon amour," alors que l espoir se meurt un peu plus chaque jour ------
"J’ai oublié la pluie,
j’ai oublié l’herbe fraîche,
j’ai oublié l’ombre,
j’ai oublié les belles récoltes
et le lait tiède des chèvres,
la viande grillée
et l’eau fugace du dernier puits."
ça fait mal ----------et pourtant ça nous reveille--------
mille merci pour cela Christian-----ta poésie entre dans mon âme et mon coeur------

   Manuelent   
19/9/2019
Modéré : Commentaire hors charte (se référer au point 6 de la charte).

   Pouet   
21/9/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bjr,

poésie très forte dont je ne saurais extraire un passage plus marquant qu'un autre. Peut-être la fin, ces deux derniers vers, particulièrement puissants, mais l'ensemble touche, interpelle, recentre, révolte, émeut.

La poésie n'est pas l'expression du beau, la poésie est l'expression.

Et quand elle se met au service d'un cri, elle n'en est que plus indispensable.

   Jocelyn   
21/9/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Un texte très tragique et terrible... Cette personne qui se meurt de faim et qui meurt avant tout de voir son fils mourir avant elle sans qu'elle n'y peuve rien... Sans pour autant s'apitoyer sur son sort dans le langage, elle force par l'énumération des simples fait l'empathie et renvoie à se poser de réelles questions sur le monde, le climat, la pauvreté, la famine... Hélas quoique puisse être notre réaction face à de tels textes, la famine existe et il existe dans le monde des gens épuisés face au poids du quotidien... Merci beaucoup d'être une lanterne, sinon un scintillement d'étoile qui aide à garder ces faits à la portée de tous afin que chacun sache que la vie, la nourriture et les richesses, du moins l'aisance, ne sont pas un acquis.

   Donaldo75   
21/9/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Aconcagua,

J'ai beaucoup aimé ce poème. Il s'en détache un ton, une tristesse qui ne vire jamais au pathos malgré la gravité du thème. En lisant ce poème, j'imaginais la scène, même si imaginer est un bien grand mot tellement mon univers est éloigné de ce monde. Et ce que je voyais dans mon imaginaire était dramatique, aride, rude, plus fort même que les célèbres photos montrant la famine au Sahel ou en Somalie.

J'aime la poésie quand elle ne parle pas des petites fleurs, ne tournent pas autour du nombril du poète, de ses souvenirs navrants avec Madame ou son chat, quand elle "brise la mer gelée en nous" comme disait si bien Franz Kafka.

Bravo !

Donaldo

   thierry   
22/9/2019
 a aimé ce texte 
Bien
Merci pour cette belle évocation, réaliste.

J'avoue ne pas être à l'aise. On se sent obligé d'aimer un texte parce qu'il en appelle à notre compassion et ne pas l'aimer pourrait dénoncer notre indifférence cynique face au plus terrible des problèmes : la souffrance de l'enfant assassiné par nos richesses.

Pour autant, le texte est simple et assez beau, des images bien tournées nous montrent la simplicité des sentiments de tristesse. En cela le détachement poétique est efficace : de jolis mots peuvent être une arme face à notre indifférence, "il semble s'écouler vers la terre". Ce lien maternel de la Terre vers son enfant est très évocateur. Le "il va essayer la mort" ne me semble pas dans le ton et même contradictoire, l'enfant ne veut qu'essayer la vie.

Désarmé devant cette vie qui s'échappe, j'admire la simplicité de cette tristesse. Bravo !


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