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Poésie classique
Castelmore : Salammbô
 Publié le 30/06/21  -  8 commentaires  -  2725 caractères  -  132 lectures    Autres textes du même auteur

« C'était à Mégara, faubourg de Carthage, dans les jardins d'Hamilcar. »
Ainsi débute le roman de Gustave Flaubert.


Salammbô



Rome est là, le futur ; au présent Mégara,
Mer, douceur et jardins, bien loin de Sahara…
Un faubourg de Carthage aux parterres de roses
Qu’Hamilcar chérissait en leurs apothéoses.



La lourde chaîne d’or enserre les cheveux
D’une spirale habile aux sourcils s’entrecroise
Redescend vers le cou que son éclat pavoise
Aux épaules enfin resplendit de ses feux.

La poitrine scintille aux pierres lumineuses
D’un corsage étroit, noir ; en habits diamant
Ondulent les longs bras prêts à ceindre l’amant
Saisi de déraison à ses fleurs vénéneuses.

Elle porte à ses pieds les signes du divin :
Croissant de lune, étoile, en laiteuse harmonie,
Démiurge éclatant Shamash, en symphonie,
Témoignent de son rang et marquent le ravin,

Pour les simples mortels, le gouffre infranchissable
Que leur imaginaire érige en horizon.
Prières et frayeurs tourmentent leur prison
Où la fureur des dieux est irrémédiable.

Cette évocation, cette idole de chair,
En ce foisonnement de richesse parée,
Fascine ainsi vêtue une foule effarée…
Comme un baiser brutal subjugue un être cher.

Au sommet du palais, elle avance, prêtresse…
Sous un halo blafard elle invoque Tanit,
Lance cris et soupirs vers l’astre à son zénith.
Au rauque de son chant tremble la forteresse,

Courbent bientôt les fronts orgueilleux des guerriers
Qui n’ont le choix que d’être ou l’esclave ou le maître,
Sous des cieux dont la règle – obéir ou soumettre –
Porte le fer céleste au profond des terriers.



Artifice obsédant, passion délétère,
À l’image de Sphinx rayonnant de mystère
Elle arbore au regard l’implacable flambeau
Qui captive les sens… et conduit au tombeau.


____________________________________
Notes

Salammbô, dans le roman éponyme de Gustave Flaubert, est prêtresse de Tanit, déesse de la Lune.
Elle est fille d’Hamilcar Barca, généralissime des armées de Carthage, et sœur d’Hannibal, encore enfant au moment où se situe l’action du roman : la révolte des mercenaires dont la solde n’est pas versée par Carthage à leur retour de Sicile…
Pour l’écrire, son auteur, fatigué des polémiques et procès qui ont suivi la parution de Madame Bovary, a longuement voyagé en Orient et bien évidemment sur les lieux mêmes où se situent l’action de son roman : « Mégara, un faubourg de Carthage… »

Shamash est l’un des noms du dieu soleil.

« Évocation » est employé dans le sens d’apparition magique.


 
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   Donaldo75   
25/6/2021
 a aimé ce texte 
Beaucoup
J'ai trouvé du cachet à ce poème. J'en aime la narration, le côté épique et la tonalité qui va bien avec la référence à l'œuvre de Gustave Flaubert. Et puis, ce n'est pas évident de réussir à conserver ce ton dans la longueur, surtout en poésie classique où les règles de la prosodie sont exigeantes. En tant que lecteur, j'ai été happé par ce poème, je l'ai lu d'une traite puis, quand je me suis aperçu de sa longueur en regardant en haut de la page, je me suis dit qu'il me fallait le relire. Cette relecture a confirmé ma première impression et c'est pourquoi j'ai eu envie de rédiger un commentaire sur le vif, pas forcément une analyse du texte, de la technique employée pour le polir mais de ce qu'il induit en termes d'impact à la lecture.

Bravo !

   Miguel   
30/6/2021
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
"C'était à Mégara, faubourg de Carthage, dans les jardins d'Hamilcar" : c'est là, avec le célèbre "Longtemps, je me suis couché de bonne heure" de Proust, une des phrases inaugurales les plus célèbres de la littéraire française. Je ne crois pas vous apprendre grand chose en rappelant la dimension tragique de la fin : "Ainsi mourut la fille d'Hamilcar, pour avoir touché au manteau de Tanit". Je relis de temps en temps ce chef d'oeuvre où le style de Flaubert, mêlé à l'exotisme spatial et temporel, fait merveille. Ce petit préambule pour dire combien ce poème est dans l'esprit du roman (roman, théâtre ou autre, il n'y a littérature que quand il y a poésie, et il faut toute la désinvolture provocante d'un Verlaine pour finir son Art poétique par un dédaigneux : "Et tout le reste est littérature.") Mais plus encore que Salammbô, et sans quitter le génie flaubertien, ce poème me rappelle la danse envoûtante de la jeune Salomé dans "Hérodiade" ("Trois contes"). D'ailleurs Salammbô, Salomé : presque des paronymes qui rapprochent leurs référents. On y retrouve la même progression dans la sensualité, la lasciveté, l'érotisme. Le sacré tourne au profane, et les spectateurs subissent de plein fouet cette bombe anatomique. Le vêtement, le mouvement, la parure, tout ajoute à la puissance séductrice de la chair. On ne saurait mieux le rendre que l'ami Castelmore ne l'a fait.
PS . Je suis un peu gêné car je viens de voir qu'il a donné un"passionnément" à ma dernière pièce. Je jure que je ne lui renvoie pas l'ascenseur, et j'espère le prouver par les références que j'associe à son poème. Il y a aussi un tableau de je ne sais plus qui, intitulé je crois "La danse de Salomé", qui se trouverait dans une église de Paris, et que décrit admirablement Hyuysmans dans un de ses romans ; ce poème me rappelle aussi cela.

   Cristale   
30/6/2021
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Un très très beau poème où la versification met en images presque mouvantes, et émouvantes, la description de la prêtresse. On la touche du regard.
Aurai-je le courage de relire aujourd'hui le roman de Flaubert ?
Quoi qu'il en soit, j'aime la structure et l'essence qui émane de ce poème.
C'est joliment écrit, je dirais même intelligemment écrit, du beau langage, tout comme j'aime.
Merci Castelmore.

   Lariviere   
30/6/2021
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour,

J'ai beaucoup aimé ce texte. L'écriture et la prosodie sont maîtrisées, ce qui n'est pas rien sur un tel texte et sur un tel nombre de strophe. Les références sont bien amenées. Le lexique des descriptions est riche, expressif, très évocateur, digne d'un tableau symboliste. On croirait regarder une œuvre de Gustave Moreau ou d'odilon Redon...

Bonne continuation et merci pour la lecture !

   Bellini   
30/6/2021
Castelmore,

Sans doute me faudrait-il, pour mieux apprécier votre poème, avoir lu le roman de Flaubert. Pour savoir si un auteur a su donner une âme à son sujet, j’ai besoin de connaître ou de comprendre celui-ci. Les alignements de jolis mots et les belles figures de style ne me suffisent pas. Pour exemple, mon fils passait son bac, et à propos d’un commentaire de texte, l’examinateur lui demande :

L’examinateur : « Ok pour la forme, mais qu’en est-il du fond ? Que signifie le texte selon vous, et considérez-vous que la forme choisie par l’auteur, style, rythme, prosodie, valorise au mieux son idée ? »

Mon fils : « Euuuuhhhhhhh… En fait j’ai pas compris grand-chose, mais mon oncle qui commente sur Oniris dit toujours : j’ai rien compris mais qu’est-ce que c’est beau. Le reste on s’en fout ! »

L’examinateur : « Ok, je vous mets 0. Sans doute ne comprenez-vous pas, mais regardez comme c’est beau, un 0 !!

Je n’ai pas lu Salammbô. J’ai assez peu côtoyé Flaubert, quelques chapitres de Madame Bovary ayant suffi à rivaliser avec mes somnifères, beaucoup plus légers et supportables en intensité. J’ai encore aussi sur l’estomac le premier chapitre de Salammbô, lu pourtant il y a une vingtaine d’années. Alors non, je ne peux pas juger votre texte à l’aune de l’œuvre qui l’a inspiré.
Cela ne doit pas m’empêcher de reconnaître la qualité quasi constante de vos envolées lyriques où le merveilleux et le sublime rejoignent les critères de l’épopée. Bravo, dirait mon fils.

Pour le reste je passe mon tour et ne cherche plus vraiment à comprendre les règles d’Oniris qui autorisent en classique la rime Tanit/zénith. Personnellement je n’y vois pas d’inconvénient, d’autres traités utilisés dans les concours admettent que la consonne H en fin de mot soit indifférente à la rime (mollah rime avec cela). Mais Sorgel ne semble pas retenir cette exception, à moins de l’avoir mal lu, et comme Sorgel est la référence du site…

Je vous promets de lire un résumé de Salammbô dans la quinzaine qui suit et de revenir vous coller le Passionnément que votre poème semble mériter. Sacrée nana, apparemment, cette grande sœur d’Hannibal, qui de sa tombe apprécie sans doute votre style flamboyant, même si votre œil gourmand n’a sans doute pas osé retirer le voile qui couvre son culte.

Bellini

   emilia   
30/6/2021
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Une belle évocation de cette sensualité exotique et de l’émotion ressentie par l’auteur du roman pour ce personnage féminin de femme fatale et fantasmée, suscitant un désir captivant et liée au destin de Carthage et de son père Hamilcar, dans une violente tragédie qui s’achèvera par sa mort en punition d’un sacrilège commis envers la déesse Tanit… ; une fascination née de l’imaginaire, dans un déploiement « d’artifice, de mystère », particulièrement bien rendue et rehaussée par cette comparaison brûlante « Comme un baiser brutal subjugue un être cher »…, ne laissant « que le choix d’être l’esclave ou le maître », mais dont « les fleurs vénéneuses » conduisent au tombeau…, sur fond d’opposition mystique entre la Lune et le Soleil, et que le narrateur a su faire partager par son regard de peintre pour en restituer le décor…

   papipoete   
30/6/2021
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
bonsoir Castelmore
" oh peuple non érudit, passe ton chemin ; ces vers ne sont pas pour toi, et tu ne comprendrais pas !
- comment ? tu veux regarder ? ben, vas-y ! "
C'est mon miroir qui fait son malin, me disant ce couplet...
NB bien sûr que lettré, le lecteur savourera chaque image que ces vers montent en rivière de di/a/mants et se rappellera son prof d'histoire lisant l'épopée de Salammbô... qui ne me dit rien du tout, mais comment rester insensible face un tel tableau ?
l'avant-dernière strophe en dit long, sur le pouvoir fascinant de ce corps de déesse, où même l'or semble toc...
le 4e vers de la strophe précédente ( avec le " rauque de son chant faisant trembler la forteresse " ) est particulièrement impressionnant .
techniquement, j'ai l'audace de vérifier un peu...
au 4e vers de la 5e strophe, les rimes " able et iable " sont-elles bien justes ? ( pardonnez mon toupet ! )
cette ligne n'a plus raison d'être ( l'auteur m'a donné la réponse ; j'avais bien sûr, tort ! )

   Beaufond   
4/7/2021
Ah, Salammbô, cette folie littéraire qui déchirait Gracq entre passion et dégoût — un Flaubert pas comme les autres s'y dévoile, où l'humour noir se laisse envahir de lueurs divines et de bijoux étincelants. Le genre de livre hors de portée de la plupart des plumes tant il faut être poète et romancier pour en poser l'atmosphère et en orchestrer l'action tout totalement folle qui s'y déroule.

Le poème en dresse un tableau peu mouvementé, certainement à titre d'hommage, en imitant l'ambiance et en introduisant quelques personnages du récit, mais… pour quoi ? Au-delà de la question de dénaturer le roman en le figeant dans une image sans grand mouvement, il m'est difficile de comprendre la motivation à la mise en vers d'un texte sans en donner de perspective nouvelle, sans un regard relecteur, caressant la prose dans le sens du poil et comptant sur les rimes pour ajouter de la magie à la magie d'une écriture ensorcelée.

Le poème est plutôt bien écrit cela dit, quoique peu musclé, et sa ponctuation indécise n'est pas des plus problématiques après première lecture.


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