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Poésie contemporaine
emju : La mer
 Publié le 06/05/19  -  8 commentaires  -  5239 caractères  -  67 lectures    Autres textes du même auteur

"La mer qu'on voit danser..."


La mer



La belle mer

Au petit matin, dans l'aube naissante
Quand la lune quitte à regret ses quartiers
Quand la lumière se fait entreprenante
Il est un homme, dehors, déjà levé.

Sur le manteau scintillant de la plage
Il dépose chevalet, palette, pinceaux
L'œil apprécie un ciel sans nuage
Remerciant le temps d'être si beau.

Le peintre regarde la mer, la belle mer
Elle est là, sereine, tranquille, captivante
Elle dort encore, si belle, si douce, si fière
Elle rêve, tressaute, la belle indolente.

Le peintre la connaît par cœur, il l'aime
Jamais sa main ne se fatigue d'elle
Il l'habille de bleu, de blanc, parfois même
Ose quelques touches en vrac ou pêle-mêle.

Il recule d'un pas, la voit maintenant
Figée sur la toile, captive des couleurs
Le peintre attend encore quelques instants
Le soleil est toujours là, à la même heure.

Le voilà, timide et pâle à l'horizon
Il grossit, s'illumine, s'enorgueillit
D'avoir dans sa besace, dans son giron
De quoi réveiller, redonner la vie.

Sans pudeur, il vise la belle endormie
Ses rayons frôlent, caressent, ravivent, secouent
Le corps qui, sans relâche, éconduit,
S'étire, rampe, ondule puis s'ébroue.

Au petit matin, à l'aube croissante
Quand le jour enhardi chasse la nuit
Le monde s'ouvre sur la mer dansante
L'homme triste, à regret, rentre chez lui.

Il reviendra demain pour l'admirer
Elle, sa muse, son égérie, son modèle
Il l'adore, il la veut cette mer trop belle
Qu'il repeint sans cesse, jamais fatigué.

La mer porteuse

Sur la grande plage, le peintre n'est plus là
Il a laissé sa place aux estivants
Pas de temps à perdre, on s'entasse déjà
Parasols, serviettes, parents et enfants.

En faction, le soleil est goguenard
Les corps blancs, ivoire, si appétissants
S'offrent sans retenue, sans aucun fard
À son appétit toujours flamboyant.

Au loin, la mer observe le spectacle
Profite des derniers instants de répit
Bientôt son dos servira d'habitacle
Aux envahisseurs, aux paparazzi.

La mer porteuse gémit, courbe l'échine
Les nageurs la fendent, lui ouvrent le ventre
Plongent dans ses entrailles, la tancent, la binent
Labourent encore et encore son antre.

Les enfants jouent au ballon, à la guerre
Les obus plient sa colonne vertébrale
On pleure, on rit, on crie, on s'exaspère
Sur la mer porteuse qui souffre, qui a mal.

La suppliciée tente de se rebeller
Elle se traîne, donne quelques coups de rein
Sa robe, telle une crinoline, vient s'échouer
Se défroisse, se redresse, se relève sans fin.

La mer brisée redoute encore le pire
Ses ondes connaissent le bruit particulier
Sourd, lointain, enveloppé de rires
Des hors-bord déguisés en guerriers.

Leur stratégie, leur arme, c'est la vitesse
Ils traînent, dans leur sillage, un drôle d'éperon
Qui saute, vole, rebondit puis s'affaisse
Sur la mer écartelée sans façon.

Le vrai bonheur, ce sont les rieuses
Qui, perchées sur les crêtes, plumes au vent
Pépient, fredonnent à la mer porteuse
"La mer qu'on voit danser le long des golfes clairs".

La mauvaise mer

La mer irritée a perdu son calme
Le dos écorché, le ventre souillé
Les plaies, les bosses, la rancœur et les larmes
La font se redresser, se révolter.

Tout débute par un léger grondement
Tel un chien pressentant quelque danger
La mer se hérisse, se dresse, grogne maintenant
De plus en plus fort, elle devient folle à lier.

La mer frappe partout, d'abord le ciel bleu
Lui intimant de s'assombrir, de rugir
Le soleil effrayé, vite, quitte les lieux
Sans défense, pâle, le voilà triste sire.

La mer donne des coups de pied à la plage
Qui recule, s'efface, se recroqueville
Au pied des falaises qui n'en mènent pas large
Frappées, lapidées comme de pauvres filles.

La mer est déchaînée, elle bave, elle écume
Ses lames sont coupantes, froides et acérées
Échevelée, elle va, elle vient, elle hume
Se retourne, scrute l'horizon enflammé.

La mer repère un petit point au loin
Une note de musique sur la gamme des flots
Elle entend dans le vent le tocsin
Qui tinte de sinistres trémolos.

La mer fait marche arrière, marche avant
Elle se déploie, s'étire, elle est partout
La note de musique est là maintenant
S'enfonce, réapparaît, tend son cou.

La mer est rancunière, peu importe qui
Provocante, endiablée, elle frôle la coque
Caresse le bateau, le torture, le pétrit
Il craque, cède, s'enfonce dans un cri rauque.

Rien ne l'arrête, elle repart à l'assaut
Le tocsin sonne toujours sans relâche
Les notes s'évanouissent, plongent dans l'eau
La mauvaise mer a accompli sa tâche.

"C''est pas l'homme qui prend la mer, c'est la mer qui prend l'homme".


 
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   Corto   
8/4/2019
 a aimé ce texte 
Passionnément
Voilà une très belle inspiration née d'une mer dans tous ses états.

Il faut être envahi par son sujet pour développer ainsi un tableau riche, si riche qu'on pense qu'il n'a pas de raison de s'arrêter.
Arrivé en fin de lecture on a déjà oublié les débuts qu'il faut relire et s'en imprégner encore comme pour une dégustation délicate.

Cette mer "Le peintre la connaît par cœur, il l'aime" au point de la fréquenter même la nuit (osé pour un peintre !) mais à l'aube "L'homme triste, à regret, rentre chez lui".

L'inévitable chahut saisonnier arrive et la mer souffre stoïquement de l'invasion, qui doit bien attrister notre peintre contemplatif.

Puis la mer perd son calme, "La mer s'hérisse, se dresse, grogne", et même "Rien ne l'arrête, elle repart à l'assaut" jusqu'au final si bien embarqué "C''est pas l'homme qui prend la mer, c'est la mer qui prend l'homme".

Les événements, les images sont évocateurs au point qu'on se demande si on n'a pas soi-même participé à un tableau de ce genre, aussi immense que la mer jusqu'à l'horizon: Mais oui c'était bien comme ça...

Bravo pour cette captation, cette envolée maritime.

Même après un si long voyage on referait bien une autre sortie, surtout de nuit pour voir le peintre immergé et fasciné....

   papipoete   
6/5/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup
bonjour emju
Comme autant de vagues que la mer inspire, l'auteur nous brosse le portrait de celle qui peut être belle, porteuse et mauvaise, avec ce clin d'oeil à la " maman " dans tous ses états .
Chaque tableau est richement doté en images aussi originales que tendres ou spectaculaires .
Il serait ardu de relever tel ou tel passage, tant il y a de vers qui se montrent à la hauteur, tant chaque registre est finement dépeint !
NB je ne me hasarde pas non plus à vérifier la prosodie, tant il doit y avoir de pieds à compter ( le premier vers en mesure 10, le second 11... )
Un exercice poétique fort long, mais le thème en 3 sujets ne pouvant en échapper, mais agréable à lire !
On en sort tout plein d'embruns, de contemplation, de surprise joyeuse et d'émotion forte en dernière partie !
Bravo pour ce tour de force !

   arigo   
6/5/2019
 a aimé ce texte 
Bien ↑
De Charles Trenet à Renaud, voici donc la mer.
La mer décrite d'un point de vue extérieur, bien qu'un poil subjectif.
J'aime beaucoup les images de la lune qui "quitte à regret ses quartiers" et tout le travail de personnification de la mer.
Je regrette peut-être que la scène du peintre totalement esseulé, en compagnie seulement de son pinceau et de sa toile, face à la mer, frôle le cliché.
Merci pour le partage et à vous relire !

   PIZZICATO   
6/5/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
" La belle mer, La mer porteuse, La mauvaise mer ". Voilà une façon inhabituelle et fort originale de peindre la mer.

Elle est tantôt modèle pour le peintre, tantôt subit l'assaut des visiteurs d'été et leurs...accessoires, sous l'oei goguenard des mouettes.

Mais quand elle devient furieuse, quand elle se révolte, quand elle se venge, l'humain n'a plus d'emprise sur elle.
" Rien ne l'arrête, elle repart à l'assaut
Le tocsin sonne toujours sans relâche
Les notes s'évanouissent, plongent dans l'eau
La mauvaise mer a accompli sa tâche. "

Une palette de tableaux pour signifier les humeurs de la mer, sans oublier les petites touches de jeux de mots.

J'ai beaucoup aimé.

   Vincente   
6/5/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup
La mer dans toutes ses couleurs... C'est par une belle écriture, coulante, au plein d'images toujours fraîches que vous nous baladez depuis la rive d'une belle inspiration. J'ai trouvé très agréable de me laisser porter au fil de votre eau salée.

Concernant la fluidité de cette navigation, tout s'est bien passé, je suis resté à flot à regarder vos métaphores passer, bien sympathiques pour la plupart. Juste une fois j'ai été perturbé, en fin de huitième strophe, quand apparaît l'expression "l'homme triste" et le "à regrets, rentre chez lui". Rien n'a annoncé ce changement d'état d'esprit, rien ne se dévoile non plus dans la strophe suivante, il faudra patienter jusqu'à la suivante pour comprendre cette incise. En fait, mon problème c'est que j'ai lu à rebrousse poils pour vérifier que je n'avais pas "raté" quelque chose, et le rythme bien cadencé en a été perturbé.

Dans le chapitre suivant, celui que j'ai le mieux aimé grâce à l'emportement de ses images, le passage où la mer est une terre agressée par les vacanciers m'a ravi. De même, celui des hors-bords /guerriers avec leur éperon qui déchire la chair des flots... oui très fort !

Peut-être le dernier chapitre aurait-il pu être un peu plus court, car autant la nécessité du retour à la raison, à la sagesse est bienfaisante, autant après le développement enfiévré du deuxième chapitre, un peu de sobriété aurait été plus digeste. Dans cette dernière partie également, l'anaphore "mer" sur 7 débuts de strophe, fait boire une grosse tasse de ce mot qui déjà avait par trop tendance à inonder le propos.
Quand au vers épilogue, oui, pourquoi pas, mais cet aphorisme de Renaud est devenu un tel lieu commun, qu'il est plus dommageable que profitable, c'est un peu comme si l'on terminait sur le fade pour affirmer le plus excitant d'une aventure.

   senglar   
6/5/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Bonjour emju,


Voici donc les deux visages de la mer évoqués sous le patronage de deux chanteurs et chansons, Trenet et Renaud.

Eternel optimisme de Trenet avec sa mer et ses golfes clairs bien reprise ici, bien comprise, Renaud est plus grinçant, rien que sa voix déjà. Les deux voix aussi 'opposent' les chanteurs.

Mais voyez-vous c'est Trenet qui a connu la mer guerrière, Renaud ne l'a jamais connue que pacifique.

Je suis allé revoir les paroles de la chanson de Renaud, il ne s'agit que de l'attrait de la mer sur un pseudo aventurier qui n'est même pas un vrai marin. La mer y est plus femme séductrice (voire mégère) que guerrière, elle est surtout l'ennemie de l'épouse et de la fiancée, une rivale. Chez Renaud la femme aime la campagne.

Cette réserve étant faite j'ai pu apprécier le travail fourni, agréable, léger, abordable sans abordage. J'y ai senti votre volonté de communiquer sainement, fraternellement, sans bisbilles. J'ai trouvé le poème très Vieille France dans l'esprit sans que ce soit péjoratif, France éternelle en quelque sorte, et malgré l'épisode guerrier je l'ai trouvé sur le fond dans l'esprit de Trénet, un peu folle chantante. Je veux décidément gommer la fin.

Euh... Ne m'en veuillez pas. Lol


senglar

   Davide   
6/5/2019
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Bonjour emju,

De belles trouvailles, dont les trois titres-jeux de mots, diaprent ces tableaux marins, mais trop peu à mon sens pour tenir le lecteur que je suis en haleine.
Je dois l'avouer, même si l'ambiance est bien dépeinte à chaque fois, fidèle à la réalité ou à l'imaginaire collectif (c'est selon), les images ne m'ont pas vraiment surpris. C'est à mon sens trop convenu.

La matière poétique, pourtant fertile, semble souffrir de trop de descriptions, de trop de détails. A trop vouloir être exhaustif, on perd de vue ce qui saisit, le détail qui interpelle, la métaphore qui étonne.
Mais surtout, trop de verbes, beaucoup trop, à tel point que leur succession récurrente agace - en tout cas, pour ma part.
Pardonnez-moi l'expression, mais ça devient bourratif, comme un aligot. Je n'ai pas dit mauvais, surtout pas, mais...

Moi qui aime la suggestion, ce qu'on ne dit pas, je me sens presque "agressé" par ce poème volubile, qui ne me laisse pas la place de communier avec lui.

Une comparaison m'a gêné, je la trouve hors-propos :
"Au pied des falaises qui n'en mènent pas large
Frappées, lapidées comme de pauvres filles."

Pourtant, je le disais, il y a plein de belles images, dont je retiendrai, entre autres : "Sans pudeur, il vise la belle endormie", "En faction, le soleil est goguenard", "Des hors-bord déguisés en guerriers."

Désolé ne n'avoir pas pu plonger les yeux fermés dans ce texte - qui a pourtant plein de qualités - mais je me dois d'être honnête avec mon ressenti.

Quoiqu'il en soit, merci du partage,

Davide

   Provencao   
7/5/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Magnifique divination et grâce inspirées par cette belle mer en vos vers où vous nous invitez à une contemplation qui prend en charge ce moment indicible en ces vers:" Il recule d'un pas, la voit maintenant
Figée sur la toile, captive des couleurs
Le peintre attend encore quelques instants
Le soleil est toujours là, à la même heure", en un moment de joie profonde...par delà l'affect, par-delà les passions que l'aube naissante peut engendrer.

Bel épanouissement de la force de la vie.

Au plaisir de vous lire
Cordialement


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