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Poésie en prose
EtienneNorvins : L’atelier
 Publié le 05/11/26  -  4 commentaires  -  1847 caractères  -  78 lectures    Autres textes du même auteur

On peut avoir une conception très différente de la nature de la nuit qui vient… Mais quand les ténèbres s’abattent, est-ce que ça a de l’importance ?
Cormac McCarthy, The Passenger (trad. S. Chauvin)


L’atelier



Dehors, les goélands tournaient en vain leurs cris de sel sur les ruines du phare au bout de la jetée. Le soir, qui avait si joliment cousu des coquillages aux manches de nos hésitations, faisait enclume des nuages pour marteler d’or et de sang nos lendemains d’incendies.

Aveuglément je t’avais suivie dans le désordre du lieu. Tu avançais dans sa pénombre avec cette grâce pleine d’esquives des êtres qui croient porter encore un peu d’aube dans leurs poches. Blancs, répétais-tu, blancs les yeux des voyants quand ils chantent ; et leur nuit, cette ouvrière des profondeurs, allait tracer d’autres chemins. On y travaillerait à réparer les constellations. Bientôt le cristal mouvant des galaxies tinterait à nouveau. Il soufflerait aux vents pour tout ce qui veut vivre.

Ainsi, de quelques brindilles de vieux ciel tombées dans la main tendue de tes yeux, tu allumais des flammèches sur la table bancale, où nous contemplions des étoiles. À leurs lueurs, chacune de tes paroles semblait convoquer les reflets d’une enfance, chacun de tes sourires était comme un oiseau dénoué de sa cage ; et moi je pouvais déposer mes peurs sur ses ailes.

Mais le monde brisé s’est rassis entre nous. Son silence questionna l’arc heureux de tes lèvres. N’y voulais-je qu’oublier cette ombre sans visage que nous avons aux pieds ?

— « Là », répondais-tu, en plaquant au mur l’antique planisphère. Là, obstinément, c’était certain bon Dieu !, quelque part : un passage…

Ou toi aussi n’es-tu vraiment qu’un de nos songes qui parlent ? Et moi, vieux poivrot, ai-je encore l’espoir d’une caresse ? — Alors trancher sa langue, puis sous les arbres du rivage infini, s’allonger et attendre. À quoi bon hurler parmi tant de cris ?

Un Jéhovah de machines engloutissait ce petit bout de création.


 
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   jf2   
28/10/2026
trouve l'écriture
convenable
et
n'aime pas
Le poème possède un souffle indéniable avec de nombreuses métaphores qui maintiennent l'intérêt du lecteur.

Cependant je ne suis pas parvenu à y trouver un fil conducteur, est-ce la nuit qui tombe comme pourrait le suggérer l’exergue ?

Du coup les métaphores sont assez difficiles à comprendre sans ce contexte : leurs cris de sel, blancs les yeux des voyants, l'ombre aux pieds, la table bancale...

Le passage brutal au vieux poivrot puis au Jehova de machines, sorte de Deus ex machina issu de Matrix est déstabilisant.

Ces éléments m'ont empêché d'entrer dans le monde de l'auteur mais peut-être est-ce parce que je n'ai pas su saisir ses intentions réelles.

   LeChevalier   
1/11/2026
trouve l'écriture
convenable
et
aime un peu
Je vois un texte surchargé d'effets "poétiques" : épithètes, compléments, collocations de mots fantaisistes... Voici quelques exemples qui m'ont déplu : "les manches de nos hésitations", "grâce pleine d'esquives des êtres qui croient porter encore un peu d'aube dans leurs poches", "brindilles de vieux ciel". Les figures de style, c'est bien, mais je trouve qu'ici on va dans des excès qui créent non pas de la poésie mais de l'obscurité ; un brouillard de mots.

Du reste, il y a une ambiance intéressante de bord de mer, avec goélands, phare, coquillages etc. Le texte nous situe donc entre deux mondes, celui de la terre et celui de l'eau. Pareil pour l'évocation d'un passage vers la fin.

Au final, je pense que le texte gagnerait beaucoup à être épuré dans l'expression, ceci le rendrait plus sensible et en rapprocherait le lecteur.

   Passant75   
5/11/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime bien
Que d'interprétations possibles dans cette jungle luxuriante de mots ! Et si le « Jéhovah des machines » n'était que l'Intelligence Artificielle, cette créature de l'homme appelée à devenir son propre dieu, jusqu'à engloutir ce qui lui reste de création ? Cette perspective est vertigineuse et donnerait à cette chute une résonance particulièrement contemporaine.

J'ai d'abord été partagé devant ce texte, fascinant par endroits, notamment dans ses évocations célestes et cette aspiration à déposer ses peurs sur les ailes de l'autre, il me semble prisonnier d'une profusion métaphorique qui finit parfois par étouffer l'émotion. Dans tout ce foisonnement, un passage a notamment retenu mon attention, c'est celui où il est question de « trancher sa langue ». S'interdire de parler, de commenter, de rajouter des mots au vacarme du monde, le silence semble alors devenir la seule solution lorsque les mots ont perdu leur importance et leur pouvoir. Dans cette hypothèse, serait alors dépassé le simple effet d’un délire cirrhotique !

L’écriture est ambitieuse, foisonnante, souvent excessive, et c’est peut-être là le paradoxe le plus intéressant du texte. Tant de mots déployés pour finir par envisager leur radicale inutilité ! Cette dernière pensée a manifestement influencé mon évaluation.

   Eskisse   
5/11/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime bien
bonjour Etienne,

Texte crypté. L'auteur est caché derrière sa création.

Je n'ai pas tout compris à la deuxième lecture mais cela ne m'empêche pas d'apprécier l'humanisme des métaphores, l'infini des espaces et des phrases et l'imbrication, l'interpénétration nature/ humain.

une ou deux métaphores pour le plaisir : " leurs cris de sel", les "manches de nos hésitations" , " nos lendemains d'incendies"
(je ne cite pas celle de l'aube car elle est précédée de D et pour moi, ça sonne mal)

Je ferai sûrement un edit quand j'aurais trouvé le fin mot de l'histoire mais je n'ai pas bcp de temps cette semaine...


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