Page d'accueil   Lire les nouvelles   Lire les poésies   Lire les romans   La charte   Centre d'Aide   Liens Web 
  Inscription
     Connexion  
Connexion
Pseudo : 

Mot de passe : 

Conserver la connexion

Menu principal
Les Nouvelles
Les Poésies
Les Listes
Recherche


Poésie libre
hersen : Te Fenua Enata
 Publié le 04/02/16  -  8 commentaires  -  4033 caractères  -  103 lectures    Autres textes du même auteur

"La Terre des Hommes". C'est ainsi que les Marquisiens désignent leur terre – Te Fenua – et eux-mêmes – Enata. Nous sommes aux îles Marquises, dans la vallée de Taaoa, sur l'île de Hiva-Oa.


Te Fenua Enata



La graisse du cochon qui cuit
Grésille et dégouline un peu.

Depuis l'aube que les mama
Pilent le fruit à pain
Dans des grands plats
En bois de maiore,

Depuis le matin que les mamarua
Râpent le coco
Afin de le presser
Et d'en extraire le lait,

Depuis la veille que les hommes
Entretiennent le feu
Dans un grand trou
Tapissé de pierres,

Depuis hier que les femmes
Préparent le ma'a
De viande et de banane
Empaqueté dans des feuilles,

Depuis deux soirs que les jeunes filles
confectionnent les couronnes
De fleurs de tiare
Au parfum lourd,


Depuis trois jours que les enfants
Rapportent les fruits
Cueillis dans la brousse
Choisis avec soin,

Depuis une semaine que les chasseurs
Pistent le cochon
Rapporté en trophée
À dos d'homme.

La graisse du cochon qui cuit
Grésille et dégouline un peu.

Aujourd'hui c'est la fête.
Maintenant c'est l'heure
De sortir du feu
Les petits paquets.

On ouvre le four marquisien
En se brûlant,
On ôte les pierres chaudes,
On se les lance, on les esquive
En riant.

On boit l'eau pétillante
Du coco vert.
La mer offre sa musique
En réponse aux rires.

Chacun est servi sur une feuille bien verte.
Chacun s'empresse de manger,
Les doigts luisants de la graisse du cochon
Qui dégouline.

On mange jusqu'au soir,
À l'heure où les couronnes des femmes
Exhalent le parfum des fleurs
De l'île.

Chacun a mangé au festin,
On est heureux.

Tandis que le soir tombe
On va chercher les toere
Qui vont donner le rythme à la nuit
En écho au ressac inépuisable.


Un peu lourd, un peu titubant,
Le Marquisien se lève alors du tronc couché
Ou de la pierre de lave sur laquelle
Il est assis.

La danse pénètre l'âme
Et la mer infatigable
Jamais ne se lasse du spectacle
De la transe de son peuple joyeux.

Puis, repus, les enfants de Taaoa
S'endorment sur la plage
Tandis que des chants
Montent jusqu'aux étoiles.

Dans sa crainte et sa sagesse
Le Marquisien sait.

Quand le cochon se fait rare,
Quand loin, si loin est le poisson,
Tellement loin dans l'océan,
Il sait que seules les étoiles
Sauront ramener la pirogue
D'au-delà du pensable.

Comme tous ses frères Maohi,
Il offre sa voix, ses mots à l'étoile brillante.
Et son chant
Et sa danse
Feront vibrer sa terre,
La feront vibrer assez fort
Pour que là-haut
L'étoile sache toujours,
Dans la multitude
Des chemins liquides de Moetai
Lui montrer la voie du Fenua.

Te Fenua Enata.





Mamaaaaai : désigne les mères de famille.
Maioreaaaii : arbre à pain. Par extension son fruit Autocarpus altilis.
Mamaruaaii : grand-mère.
Ma'aaaaaai : nourriture.
Tiareaaaae : fleur très odorante utilisée, entre autre, pour les colliers de fleurs. (Gardenia taitensis)
Toereaaaai : instrument à percussion fait d'un morceau de bois évidé dont on joue avec deux baguettes.
Taaoaaaaai : vallée où se passe cette fête (île de Hiva-Oa).
Maohiaaaai : Maori.
Moetaiaaaii : dieu des navigateurs du grand large. Étym. : Celui qui dort sur l'océan.


 
Inscrivez-vous pour commenter cette poésie sur Oniris !
Toute copie de ce texte est strictement interdite sans autorisation de l'auteur.
   Marie-Ange   
22/1/2016
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
J'ai lu comme un documentaire très intéressant, vos mots, ils présentent les préparatifs d'un moment festif, le typique, le coloré, tout est là, pour au fil de notre lecture, nous dépayser et nous faire partager, un peu de ce moment aux Iles Marquises, terre de rêve, terre attirante, terre attrayante, après cette lecture, l'envie de la découvrir se fait naissante. On peut aisément comprendre pourquoi Jacques Brel, séduit, n'est plus voulu quitter les Iles.

   Iloa   
23/1/2016
 a aimé ce texte 
Un peu ↓
Bonjour,
J'ai aimé la construction de vos premières strophes .
Ces " Depuis...que..." : Ils ont dans la forme un truc qui me gène un peu , comme une erreur au niveau du parler correct et en même temps...cette formulation donne à votre texte le côté poétique que je cherche.
Malheureusement, il n'y a qu'ici que j'ai lu de la poésie.
La suite m'a déçue et je n'ai pas été transportée par vos mots. Je n'ai pas rêvé ces îles Marquises.
J'ai reçu votre texte comme un carnet de voyage livré sans la profondeur des émotions vécues ( logiquement ) par le narrateur.
Je suis frustrée de ça.

   PIZZICATO   
4/2/2016
En lisant l'incipit je ne m'attendais pas à un tableau aussi ....alimentaire.
En lisant les deux premiers vers j'ai failli ne pas aller plus loin.
J'ai continué ma lecture en me demandant si j'allais trouver autre chose que de la ... restauration.

"La graisse du cochon qui cuit
Grésille et dégouline un peu."
" Depuis le matin que les mamarua
Râpent le coco "
" Depuis une semaine que les chasseurs
Pistent le cochon "

"Maintenant c'est l'heure
De sortir du feu
Les petits paquets."
"Chacun s'empresse de manger,
Les doigts luisants de la graisse du cochon"

"Quand le cochon se fait rare,
Quand loin, si loin est le poisson,"

Couleur locale peut-être, mais ce texte n'a suscité aucun intérêt pour moi.
Une prochaine fois sûrement.

   corbivan   
4/2/2016
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Un texte qui nous parle d’une fête que je ne connais pas. Mais semble-t-il d’une fête de la subsistance.
Mis à part les termes 'exotiques' (pour moi) je note à la lecture du poème un rythme qui pourrait faire penser à un tambour qui battrait la mesure des préparatifs, à coups lents et réguliers. Avec application… Jusqu’au jour de la fête, là commence la sensualité du manger, du boire, des parfums, de la musique et de l’amour sans doute.
Mais pour autant l’auteur nous dit que le Marquisien n’est pas rassuré, même repu, il sait que demain la faim peut venir, alors il prie à sa façon, il remercie à sa façon : les éléments et la terre et la mer qui le nourrissent.
C’est là tout un univers que vous nous donnez à voir. Et de très belle façon, comme dans votre autre poème : Fado, vous parlez en termes simples d’hommes et de femmes aux prises avec la vie dans sa rudesse et sa grandeur.
Dans votre poème la poésie c’est cette vie que vous nous racontez. C’est ça aussi la poésie : la vie. C’est surtout ça.

Bravo et à vous relire.

   Robot   
4/2/2016
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Un dépaysement avec un air de vacances exotiques sur le sable. J'ai trouvé ce récit très visuel avec l'impression de la réalité de ce tableau festif et coloré empli de la senteur des mets.

   Automnale   
5/2/2016
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Il y a à boire et à manger (c’est le moment de le dire !) dans ce texte.

L’auteur (e), en ouvrant pour nous son carnet de voyage, nous emmène, cette fois-ci, aux Iles Marquises. Cette fois-ci, oui, car je soupçonne Hersen d’avoir, en sa possession, un nombre assez conséquent de carnets de ce genre (si tel n’est pas le cas, ses souvenirs de globe-trotter abondent, j’en suis presque certaine, dans sa mémoire).

Partons donc, si nous ne craignons pas l’odeur de graisse du cochon qui cuit, grésille et dégouline un peu, sur l’île de Hiva-Oa précisément. Les autochtones préparent la fête. Depuis l’aube, les mama pilent le fruit à pain, les mamarua râpent le coco, les femmes préparent le ma’a de viande et de banane… Certes, il convient d’avoir l’estomac bien accroché ! Le parfum des fleurs de tiare, pourtant lourd, prime-t-il vraiment sur celui du cochon qui, répétons-le, cuit, grésille, dégouline un peu ?

Soyons sérieux : J’ai bien compris la raison de cette répétition de « Depuis »… Depuis l’aube, le matin, la veille, hier, deux soirs, trois jours, une semaine... J’ai bien compris, en effet, que cette répétition avait été effectuée sciemment. D’ailleurs, la poésie pure se mérite car, enfin, la voilà… On boit l’eau pétillante/Du coco vert./La mer offre sa musique/En réponse aux rires.

Soyons réaliste : Chacun est servi, chacun s’empresse de manger/Les doigts luisants de la graisse du cochon/Qui dégouline… Eh oui, on mange jusqu’au soir ! Cela étant, le verbe « manger » est-il très élégant ? Mais pourrait-on dire autrement ?

Rêvons : On va chercher les toere/Qui vont donner le rythme à la nuit/En écho au ressac inépuisable... Ah, rêvons encore : La danse pénètre l’âme/Et la mer infatigable/Jamais ne se lasse du spectacle/De la transe de son peuple joyeux.

Regardons : le Marquisien, un peu lourd, un peu titubant - le contraire m’étonnerait !- se lève… Et bien sûr, les enfants, repus - on le serait à moins ! -, s’endorment sur la plage.

Et hop, voilà le retour de l’évocation du cochon ! Le Marquisien sait quand le cochon se fait rare… Il sait aussi – ouf ! – que seules les étoiles/Sauront ramener la pirogue/D’au-delà du pensable.

La fête est bien racontée, presque dans les moindres détails. A l’image de sa poésie « Le fado », l’auteur (e) ne met pas un personnage en avant ce qui – j’insiste - rendrait, à mon sens, le récit plus touchant. Elle persiste et signe, évoque les frère Maohi en général… Tel est son choix, respectons-le. Elle est comme cela, Hersen !

Au cours de ma lecture, j’ai pensé à Pablo Neruda qui, dans son « Mémorial de l’Ile Noire » par exemple, évoque, entre autres, « Les Pacheco » et les femmes « Pacheco »... Il faudrait que je vérifie si elles aussi faisaient ripaille ! Oh, certainement pas autant ! Ce n’est guère possible !

En conclusion, je ne puis que conseiller la lecture de ce poème, un tantinet journalistique, aux adeptes de récits de voyage, aux friands de rituels, de coutumes, d’exotisme. Ce cocktail « Te Fenua Enata » est composé de beaucoup de réalisme et d’un brin de poésie. Pour ce qui concerne l’écriture, il n’y a strictement rien à redire, bien au contraire. Ultime conseil, pour la route: estomacs délicats, s’abstenir !

Merci, Hersen. Je suis partante pour la prochaine escapade en votre compagnie. Pourrez-vous nous préciser, avant le départ, si le cochon est prévu sur la carte ! Si oui, j’apporterai mes pastilles de Vichy !

   Bidis   
5/2/2016
 a aimé ce texte 
Bien
Pour moi, le texte n'entre en poésie, "en écriture" même, qu'à partir de "Quand le cochon se fait rare". Jusque là, cela se laissait lire mais ne remuait rien en moi. Ce que j'aurais voulu ressentir, ce qu'il me semble important de faire ressentir aux lecteurs par les temps qui courent, en cette époque où la nourriture est devenue de la bouffe, c'est le sacrifice du cochon - rare en effet là bas et très cher ici quand il est élevé dans le respect de la vie - et la fête qu'est un repas exceptionnel.
Bien évidemment, le travail des femmes et des hommes est à célébrer, mais justement ici, je le trouve relaté et non chanté.

   Vincendix   
5/2/2016
 a aimé ce texte 
Bien
J’ai lu ce texte comme de la prose et non comme une poésie.
Le récit plaisant d’une coutume marquisienne qui nous transporte au cœur du Pacifique, sur une ile enchanteresse.
Je lui trouve tout de même un air de dépliant touristique et initiatique avec l’utilisation de mots dialectiques.


Oniris Copyright © 2007-2017