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Poésie contemporaine
Hetep-Heres : An aotrou sant Erwan
 Publié le 30/04/13  -  12 commentaires  -  2278 caractères  -  118 lectures    Autres textes du même auteur

Un court récit mis en alexandrins : un épisode connu, apocryphe, dans lequel justice est rendue et équité rétablie de manière peu commune…

“Advocatus sed non latro, res mirabilis populo”
(Avocat mais pas voleur, chose admirable pour le peuple – vieux cantique populaire)


An aotrou sant Erwan



Messire Yves Héloury était juge en son temps
C’est-à-dire vers l’an mil deux cent quatre-vingts.
Méditez cet exemple, il montre bien comment
Il faisait au plus juste en écoutant chacun.

Un jour où il siégeait à Rennes ou à Tréguier
Il vit se présenter deux hommes devant lui.
L’un était un mendiant et l’autre un tavernier,
Ce dernier se plaignant que l’autre lui ait nui.

Le mendiant officiait juste sous les fenêtres
De l’établissement où notre maître queux
Exerçait sa passion, là où il faisait naître
Maints mets au goût divin, au fumet délicieux.

Or que reprochait donc l’aubergiste à ce gueux ?
Faisait-il fuir de là le client potentiel ?
Faisait-il du scandale aux abords de ces lieux,
Ou importunait-il parfois les damoiselles ?

Non, bien pire que ça : on l’accusait de vol.
En effet le mendiant régalait ses narines ;
Tout près du soupirail il s’installait au sol,
Humant avec envie les odeurs de cuisine.

Mais écoutons plutôt ce qu’en dit l’aubergiste :
“Cet homme-là profite ainsi de mon labeur.
Les parfums dont son nez se délecte n’existent
Que grâce à mon travail, qu’il doit payer sur l’heure.”

Le juge oyant cela au mendiant demanda :
“Confirmez-vous les faits, et reconnaissez-vous
Refuser de payer le fumet de ses plats
À l’homme qui se tient juste en face de nous ?”

“Tout le récit est vrai, mais seulement, messire,
J’ignorais jusqu’ici qu’il me fallait payer
Le sol où je m’assieds, ou ce que j’y respire.
Pitié car je n’ai rien pour payer ce loyer.”

Accompagnant ces mots d’une génuflexion,
Le mendiant fit entendre un curieux tintement.
Après ce plaidoyer et mûre réflexion,
Le sage magistrat trancha finalement :

“Montrez-nous donc un peu ce que vous avez là,
Et qui pourrait, je crois, rembourser votre dette.”
L’accusé implora, pria et supplia,
Rien n’y fit et il dut sortir une piécette.

Le juge en la prenant dit au restaurateur :
“Écoutez bien ceci”, et la jetant par terre,
La fit tinter disant : “Que le son paye l’odeur !”
Puis il rendit la pièce, et put clore l’affaire.


 
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   socque   
15/4/2013
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Ah oui, je me rappelle avoir lu cette anecdote... apocryphe, en effet. Cela m'a fait plaisir de la relire, mais comment une piécette toute seule peut-elle tinter ? Bon, on suppose qu'il y en avait plusieurs et que le mendiant n'a pas voulu en révéler davantage ; mais un magistrat aussi sagace n'aurait-il pu réagir et exiger qu'on fouillât l'homme pour extraire tous ses trésors ? L'effet en aurait été meilleur, me semble-t-il.

Voilà, sinon j'ai trouvé l'ensemble agréable, plutôt enlevé. Les rimes ne sont pas follement inventives à mon avis, mais enfin elles sont bien là, et les vers coulent bien je trouve.

   LeopoldPartisan   
17/4/2013
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Que dire sinon bravo. voilà un texte qui se lit d'un bout à l'autre avec délectation. J'avoue être bon public et adorer ce genre d'histoire. De la même manière que j'ai toujours adoré cette forme de littérature (poésie de transmission orale sous forme de vers. L'exercice est difficile et personnellement, je n'oserais m'y risquer sous une forme aussi contraignante.

Mais lorsque c'est bien fait qu'est ce que c'est délectable.

   Ioledane   
17/4/2013
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Je crois avoir lu il y a longtemps cet épisode, attribué à Till Eulenspiegel me semble-t-il.

... Vérification faite, c'est bien le cas. Mais si l'on en croit les dates, la version bretonne l'aurait précédée ;)

Bref, peu importe, j'ai trouvé assez divertissant le déroulé en vers de cette historiette 'alexandrine' au sympathique parfum médiéval.

Toutefois l'ensemble est un peu long à mon goût, et pas aussi "jubilatoire" qu'il aurait pu l'être : les formulations sont souvent plates, et l'histoire est pour moi sans surprise.

   Maëlle   
18/4/2013
 a aimé ce texte 
Pas
L'historiette est bien connue, je ne trouve pas que la mise en vers n'y apporte rien ici. On s'attendrait à de la truculence, c'est passablement plat, les alexandrins étant monté à l'a peu prés (au sens classique) ne permettent pas non plus d'apprécier la technique.

A mon sens tient plus de l'exercice que d'autre chose.

   Miguel   
18/4/2013
 a aimé ce texte 
Bien
Ah, la poésie narrative n'est pas chose facile ; le récit sent toujours un peu sa prose. Le néo classique, où l'on ne retrouve pas toujours l'harmonieuse alternance des rimes masculines et féminines, pèche par cette faiblesse. Mais la chute est plaisante, avec sa leçon.

   Marite   
30/4/2013
 a aimé ce texte 
Bien
Ma foi je ne connaissais pas cette anecdote et ai bien aimé cette version. La succession des vers rythmés et rimés rendent la lecture bien plaisante.
Mais je me demande : pourquoi "poésie contemporaine" ? Pourquoi pas "poésie néo-classique"? J'avoue que j' ai des difficultés à m'y retrouver.

   brabant   
30/4/2013
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour Hetep-Heres,


Rien à re-dire, c'est plutôt bien r-apporté.

malgré
- "à Rennes ou à Tréguier" : faudrait savoir
- "L'un... un... un..."
-"lui [eût] nui"
- Beaucoup de mots donnent mal aux chevilles : "or... parfois... ...", "bien pire" : c'est pire ou ça ne l'est pas.
- une piécette me paraît bien légère pour tinter.

Croyez-moi, toutes ces remarques ne sont là que pour emplir mon com, cette lecture me fut agréable :)

p s : Vous auriez pu donner la traduction du titre ; tout le monde ne lit pas le Breton et j'ai dû avoir recours à Wiki pour "An" et "aotrou" ; avis aux amateurs : il s'agit pas de la "descente" de Saint Erwan qui aurait eu le gosier en pente, mais du Seigneur, le saint en question aurait été un sieur, un monsieur. J'aime cette religion-là.
Me suis trompé quelque part ?

:D

   Anonyme   
30/4/2013
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Salut Hetep ! Commençons par le négatif...

Le titre en breton n'est pas à la portée de tout le monde et une traduction en annexe ou en incipit aurait été la bienvenue.

Ensuite, et là l'auteur n'y est pour rien, c'est la classification de ce texte en Poésie contemporaine... Pourquoi pas mais alors supprimons le néo-classique !

Pour ce qui est du texte, que j'avais dans un premier temps trouvé un peu longuet, je le trouve en définitive fort bien troussé... à part quelques hiatus ( là où, lui ait, pria et, cela au...etc.) qui me font grincer des dents, dents que j'ai fragiles d'où ma réflexion...
Beaucoup de jolis vers et tournures intéressantes. Comme annoncés par l'auteur ce sont bien des alexandrins ( ma friandise préférée) à quelques exceptions près because des "e" qui ne s'élident pas mais ne boudons pas notre plaisir, nous ne sommes pas en classique.
Je trouve tout ceci fort bien mené et la chute de qualité...

Le juge en la prenant dit au restaurateur :
“Écoutez bien ceci”, et la jetant par terre,
La fit tinter disant : “Que le son paye l’odeur !”
Puis il rendit la pièce, et put clore l’affaire.

A l'antepénultième vers, on peut aisément remplacer "et la jetant" par "puis la jetant"... Simple détail !

Du bon travail car un tel texte ne s'improvise pas ! Bravo et au plaisir...

   Mona79   
1/5/2013
 a aimé ce texte 
Bien ↑
L'anecdote est bien connue, mais la mise en poème lui apporte le petit plus qu'elle mérite. Il me semble que le néo aurait mieux convenu comme catégorie, mais peu importe, ne boudons pas notre plaisir. Peut-être aurais-je enlevé le "que" à l'avant dernier vers, mais ce n'est qu'un détail. Merci.

   Hetep-Heres   
3/5/2013
Commentaire modéré

   Hetep-Heres   
6/5/2013

   merseger   
10/5/2013
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Voila un bien joli conte où messire Saint Yves montre autant de malice que de charité. Il me rappelle les bonnes ou mauvaises farces de messire Renart à l'endroit de ses comparses. L'écriture est belle, fluide, évoquant celle des chroniqueurs qui nous régalent de grande ou de petite histoire.
C'est bien du contemporain pour l'expression mais nous replonge dans une époque dont j'apprécie réellement l'atmosphère bien évoquée.
Merci pour cette lecture.

   Anonyme   
23/12/2016
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
L'histoire m'a plu, ainsi contée, j'ai passé un agréable moment, je me suis permis une seconde lecture, pour mieux apprécier toute la teneur de l'écrit.

Je dirai que c'est très bien troussé, bien mené et à aucun moment le texte ne m'a paru long. Je me suis délecté de chaque mot, bien posé, captivant.

J'ai trouvé une très belle qualité dans la rédaction de cet écrit, c'est fluide, soigné, fond comme forme. J'ai été subjugué car je serai bien incapable de faire de même.


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