Page d'accueil   Lire les nouvelles   Lire les poésies   Lire les romans   La charte   Centre d'Aide   Liens Web 
  Inscription
     Connexion  
Connexion
Pseudo : 

Mot de passe : 

Conserver la connexion

Menu principal
Les Nouvelles
Les Poésies
Les Listes
Recherche


Poésie contemporaine
Ithaque : Bien mieux que par l'épée [Sélection GL]
 Publié le 22/07/22  -  7 commentaires  -  4026 caractères  -  59 lectures    Autres textes du même auteur

« Quand elles se trouvent ainsi, dès l’aube, toutes petites, toutes nues, parmi les hommes, que se passe-t-il dans les âmes qui viennent de quitter Dieu ? » ( V. Hugo, Les Misérables, P. 112)
Mon interprétation à propos d'un épisode célèbre… Bonne lecture, et prenez du souffle car le poème est (un peu) long !


Bien mieux que par l'épée [Sélection GL]



Montfermeil,
Décembre 1823


Elle avait un prénom* qu’envierait une reine
Mais deux grands yeux éteints, mourants, sous l’étouffoir
Des sombres Thénardier la prenant pour griffoir,
Quand ils la soumettaient aux salves de leur haine.

Souillée, bleuie de coups, insultée, la pauvrine
Dès l’âge de huit ans, ne sachant plus pleurer,
S’abîmait dans la peur où devaient demeurer
Ces « enfants du pêché », de souche adultérine,

Oubliés du bon Dieu. Comment la Providence,
Complice de l’ignoble en ne l’arrêtant pas,
Pouvait-elle faillir et conduire au trépas
Un cœur à peine éclos promis à l’abondance ?

Sans doute le Destin reconnut-il l’outrage,
Peut-être un chérubin lui montra-t-il, en bas,
La misère infligée, comme bêtes de bât,
Aux gueux, aux réprouvés, écartés du partage

D’un tout petit écot de bonheur éphémère ?
Le Puissant Créateur en fut contrit, enfin !
Et, le soir de Noël, hélant un séraphin :
« J’ordonne sur le champ que cesse la chimère ! »

Car ainsi va la vie ! Quand le pire et l’immonde
Tapis chez les humains conjuguent leurs efforts
Pour s’emparer d’une âme – Ô précieux château-fort ! –
Quand des petits enfants se sentent seuls au monde,

Le salut vient, parfois, de mânes invisibles
Prompts, inespérés, prodigues de faveurs :
Un sourire, un regard, ineffables saveurs,
Une aide inattendue née d’un être sensible…

Et c’est ce qui advint ! quand, prostrée sous la table
De ses hideux bourreaux, essuyant leurs crachats,
Cosette vit deux pieds faisant des entrechats,
Un jupon volanté, d’organdi véritable,

Une robe de soie, de belles ganses roses
Et ce visage doux lui disant « c’est pour toi » !
Valjean paya la môme aux deux geôliers matois
Et l’on vit, dans la rue, s’échappant de ces « choses »

– La fange, le chagrin et l’humaine bassesse –,
Le vieux hère madré mesurant ô combien
Il se sentait meilleur d’avoir commis le bien.**
Puis, serrant contre lui sa petite princesse,

Qui, déjà, maternait sa « bébé Catherine »,
Il songea que jouer pourrait la transformer,
Que ses plaies d’autrefois sauraient se refermer
Et qu’il battrait le fer pour que rien ne chagrine,

Tant qu’il aurait la vie, tant qu’il serait de taille,
Cette gosse endormie sous l’œil de sa poupée,
Apprenant par l’amour, bien mieux que par l’épée,***
À conjurer le sort sans cruelles batailles.


Ils allèrent ailleurs – Ô paisible silence ! –
Dans des pierres charmées de cris d’engoulevents,
Mêlant leur chant de nuit à celui d’un couvent
Où le diable ne peut venir jeter sa lance.

Cosette s’épanouit, protégée par son père,****
Elle eut de l’instruction et devint si jolie
Qu’un certain Marius y goûta l’embellie
Et que leur vie devint, pour quelque temps… prospère.

*********

Ah ! Laissons aux enfants leur monde imaginaire !
Qu’ils y fassent leur nid, comme font les oiseaux,
Avec deux bouts de rien, une plume un ciseau,
Que ce nid soit, demain, leur espace lunaire,

Donnons- leur un crayon, des pinceaux et des toiles,
Des océans d’amour où se noient leurs hivers,
Des tapes dans le dos quand tout va de travers,

Regardons, dans leurs yeux, clignoter les étoiles.


______________________________________
* Euphrasie
** Jean Valjean fut un ancien forçat.
*** Afin de l’humilier, les Thénardier lui avaient donné un sabre de plomb à dorloter.
**** Adoption par Jean Valjean.


 
Inscrivez-vous pour commenter cette poésie sur Oniris !
Toute copie de ce texte est strictement interdite sans autorisation de l'auteur.
   Vilmon   
7/7/2022
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour,
Plaidoyer pour que chaque enfant puisse s’épanouir dans un milieu favorable. En prenant exemple de cette épisode des Misérables. Le récit se lit bien, les rimes sont suffisantes et plusieurs sont riches. Bravo ! Les mots font des entre-chats intéressants et je crois que le ton employé se prête bien à celui du roman original. Peut-être un peu long en nombre de vers, mais le tout se lit aisément et ne forme pas de lourdeur.
J’ai bien apprécié retourner sur cette partie du roman.

   poldutor   
12/7/2022
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour
J'ai bien aimé ce long poème racontant sans larmoyer le martyr subit par la petite Cosette chez le Thénardier. Le magnifique roman de Hugo est ici "raconté" en beaux vers poétiques :
"Souillée, bleuie de coups, insultée, la pauvrine
Dès l’âge de huit ans, ne sachant plus pleurer,
S’abîmait dans la peur où devaient demeurer"

"Sans doute le Destin reconnut-il l’outrage,
Peut-être un chérubin lui montra-t-il, en bas,
La misère infligée, comme bêtes de bat,
Aux gueux, aux réprouvés, écartés du partage"

ou encore

"Le salut vient, parfois, de mânes invisibles
Promptes, inespérées, prodigues de faveurs :
Un sourire, un regard, ineffables saveurs,
Une aide inattendue née d’un être sensible...."

J'arrête là, car il faudrait citer presque tous les quatrains.

Très beaux travail de composition, poème qui aurait pu être dans la catégorie "classique" ou "néo", sans quelques fautes de "mètre", notamment aux 23ème (pour s'emparer d'une âme...) et 53ème (Cosette s'épanouit...) vers qui comportent 13 pieds, mais cela ne nuit pas à la lecture.
Il ne demeure pas moins que c'est une belle performance d'écriture un si long poème que l'on lit avec un grand plaisir.
Bravo.
Cordialement.
poldutor en E.L

   papipoete   
16/7/2022
 a aimé ce texte 
Passionnément ↑
contemporain
Difficile de laisser un commentaire argumenté sous une telle fresque poétique ! Tout y est, dans le moindre détail visuel, sonore ne manque que l'odeur... que l'on devine chez les Thénardier !
NB bien sûr que la longueur du récit, ( difficile, en s'attaquant à pareille histoire, de faire court ! ) rebutera nombre de lecteurs, mais j'espère que ce poème paraîtra, et que tout un chacun viendra suivre Cosette et son héros Valjean alias monsieur Madeleine, dans ces vers épiques !
Des vers au vocabulaire simple, mais si riches de cette extraordinaire histoire !
papipoète

   Cyrill   
16/7/2022
 a aimé ce texte 
Un peu ↓
Je vais commencer par les deux derniers quatrains ( plutôt 1 quatrain, 1 tercet + 1 tout seul ). Beau programme pour la jeunesse, me dis-je, avec passion et lyrisme au rendez-vous. Ce n'est pas désagréable et pas inutile non plus de dire ces choses.
Mais pour ce qui précède, pardon mais j'ai trouvé ce long résumé très peu digeste. Que de formules superlatives et de préciosité dans les tournures de phrases ! C'est du lourd de chez enclume. Ça frôle parfois la mièvrerie. Je ne vois pas ce qu'apporte votre poème à cet épisode des Misérables, sans doute est-ce fidèle, mais où est la plus-value ? Vous l'aurez compris, ce genre d'exercice n'est pas ma tasse de thé, je suis plus porté sur l'imaginaire perso.

   AnnaPanizzi   
22/7/2022
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour Ithaque,

Un poème touffu inspiré par Hugo. Son principal défaut est d’être bien trop long mais je salue le travail que ça a dû demander pour arriver à un tel résultat. Les vers sont forgés de belle manière et ma préférence va à l’avant dernier.

Merci

Anna Euphrasie

   Miguel   
22/7/2022
 a aimé ce texte 
Un peu ↓
Ah, je suis désolé, je vais venir en grincheux, comme la vieille fée oubliée au baptême de la princesse, apporter ma note négative.
J'ai bien en tête le récit de cet épisode, et ces vers me semblent fort plats et fort laborieux auprès de la prose majestueuse du père Hugo. Il est toujours risqué de se mesurer au génie. Je ne retrouve pas la magie envoûtante de la prose hugolienne, c'est frustrant de lire la même chose en moins bien. "Valjean" est une incongruité : Hugo ne le nomme jamais autrement que "Jean Valjean". Cette familiarité du nom sans le prénom ne correspond pas à la gravité et à la dimension christique du personnage.
Même chose pour la morale gentillette de la fin : on est loin du souffle épique des "Misérables".

   senglar   
22/7/2022
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour Ithaque,


Voilà un travail titanesque dans lequel je me suis plu à m'encastrer. Comment appelle-t-on ces personnages que l'on fait descendre une échelle en tournicotant et inversement en retournant cette échelle dont ils ne peuvent s'échapper ? Eh ben c'est ça que j'ai ressenti.
Etais-je acteur ou spectateur ? je ne sais. J'étais un oeil mais pas un oeil extérieur, observateur, j'étais un oeil dans un écrin et j'ai descendu le texte comme on descend une échelle, j'étais une sorte de ludion qui faisait des rétablissements avec des semelles de scaphandrier qui dans cette densité légère passait d'un vers et d'une strophe à l'autre en se disant "Chapeau !"
Ce poème m'a été comme une chaumine, j'ai eu regret à quitter son cocon.
Voir les étoiles par les yeux des enfants transforme notre propre regard pour faire de nos propres yeux autant de bilboquets.

Merci !


Oniris Copyright © 2007-2022