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Poésie contemporaine
Ithaque : Les conscrits
 Publié le 27/06/18  -  15 commentaires  -  1079 caractères  -  176 lectures    Autres textes du même auteur

J'étais enfant.
Z'avaient vingt ans !


Les conscrits



Le premier, glapissant, mimait un pas de deux,
L’autre ordonnait « Repos ! » ou « Arme à la bretelle ! »
Le plus ivre, grimé, se parait de dentelles,
Et les trois brocardaient les Soldats de l’An Deux !

Je les voyais sortir du Bistrot des Amis,
Jurant que les tilleuls étaient des sycomores,
Et, Quichottes hargneux doublés de matamores,
Bravaient l’arbre en criant « Sus à nos ennemis ! »

Ils se donnaient aussi des airs de matador,
Chemise en muleta faisant des véroniques,
La plage de Biarritz, arène océanique,
Était leur Colisée, eux ses conquistadors !

Cocardes, calicots, gibus, petits drapeaux,
Gouaille désordonnée, danses, chansons paillardes,
Les gens disaient « Olé ! » à ces voix égrillardes
Déguisant la terreur qui sourdait sous leur peau.

Je crois qu’ils avaient peur de partir – voilà tout ! –
Vers l’Algérie, terrain de sanglantes batailles,
De s’offrir à la mort en docile piétaille,
Quand, à vingt ans, la vie est ton plus bel atout !


 
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   Queribus   
19/6/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour,

ça fait toujours plaisir de découvrir une petite merveille de bon matin. En effet, la prosodie néo-classique est quasi parfaite avec des mots bien choisis et un texte très vivant dans lequel on ne s'ennuie pas. Je crois même qu'avec une bonne musique, on pourrait avoir là une bonne chanson.
Le fonds est classique à savoir ces éternels conscrits qui jouent les matamores mais qui, bien-sûr, préfèreraient rester chez eux loin de la guerre et de ses méfaits.

Encore une fois bravo et au plaisir, j'espère, de lire un de vos textes de ce tonneau-là.

Bien à vous.

   Cat   
27/6/2018
 a aimé ce texte 
Passionnément
La guerre dans tous les états, semble inspirer nos poètes sur Oniris.

Et quelle belle inspiration chez toi Ithaque, où la métrique au cordeau donne des images d'une qualité rare.
Des images qui m'emmènent en voyage au cœur de matadors jouant les conquistadors de pacotille.

Les échos rapportés de ce temps aux parfums d'Algérie, prennent leur place dans ton tableau brodé d'authenticité avec une précision al dente. Les couleurs sont éclatantes et se brisent d'avoir vécu.

Merci l'Ami, pour l'émotion reçue en partage


Cat

   Curwwod   
27/6/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
J'aime beaucoup ce petit tableau très vivant qui rappelle le rite sacro saint du "conseil de révision" à la mairie du village, la fierté quelque peu factice des "bons pour le service" qui venaient de subir cette sorte de rite initiatique. J'ai connu ça mais heureusement pas l'Algérie, j'étais trop jeune.
Tout concours à insufler de la vie à cette évocatioon, le rythme, le vocabulaire et une écriture énergique mais soignée.
Les deux derniers quatrains montrent très justement l'aspect factice, forcé, porté par la tradition de cette excitation mortifère.

   Hananke   
27/6/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour

Ce joli poème contemporain nous parle d'un temps que les moins
de vingt ans ne peuvent pas connaître pour parodier la chanson.
A l'époque de l'Algérie, ce n'était pas drôle d'être conscrits, le texte
en parle peut-être en connaissance de cause.
Une journée de beuverie, je me souviens de ce qu'elle fut pour mon frère. Je suis passé à travers étant exempté lors de mes 3 jours.

J'aime bien ce poème avec beaucoup d'images, il nous donne
un véritable aperçu de cette journée particulière.

   PIZZICATO   
27/6/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Un tableau bien brossé ; le côté cocasse de cette tradition.
Etait-ce la fierté d'être ' bon pour le service ' - donc un homme... - ou bien la joie d'avoir vingt ans ?
Le dernier quatrain nous donne à réfléchir sur d'autres raisons.
<< Je crois qu’ils avaient peur de partir – voilà tout ! – >>

Cette tradition des conscrits est maintenue encore dans certaines de nos régions. Mais à présent c'est pour fêter les années rondes, de 20 à...120 ans.

Encore un écrit fort intéressant, comme d'habitude pour cet auteur.

   papipoete   
27/6/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup
bonjour Ithaque
Ah les conscrits ! on les entendait de loin ; et le lendemain , perchés sur le toit du kiosque à musique, trônaient nains et banc de jardin, brouette, ou bicyclette " collectées " lors d'une nuit de Mai ...
L'auteur nous conte l'histoire de ces gars " bons pour le service " en temps de paix, faisant les mariols ; mais aussi ceux qui entendaient parler des " événements ... d'Afrique du Nord " qui feraient appel aux bras armés des " Quichottes " à l'aube de leurs 20ans .
NB les couplets des chansons paillardes reviennent à mes oreilles, comme cet air d'accordéon, que les conscrits autour de mon lit de souffrance, vinrent jouer pour moi !
C'était le temps de la rigolade ; ils " bravaient l'arbre en criant << sus à nos ennemis ! >>, mais de leur passage nocturne, nulle trace de casse, de mal ; ils gardaient leur courage pour ... l'Algérie !
On pourrait me dire << tu causes sans savoir , t'as pas fait l'armée !
- c'est vrai
- alors qu'est-ce t'en sait !
- je sais ! >>

   SaintEmoi   
28/6/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup
j'ai adoré votre poème rythmé, et ce n'est pas une marche à deux temps, au contraire.
La richesse des mots donne au tableau une vie à ce qui est raconté, avec en toile de fond la guerre, le contraire de la vie donc.
Quand des bruits de bottes résonnent partout dans notre monde, le thème de la guerre va devenir important. Mais vous vous parler "des soldats", ceux qui ne sont pas dans les livres d'histoire, mais qui font les guerres, de leurs peurs et de leurs chairs.
Et, sans vraiment nous réconcilier avec les pires des soldats (ils me font penser à l'adjudant dans le chanson de Jacques Brel "au suivant"), vous nous rappeler que ce sont des hommes, effrayés.

   jfmoods   
28/6/2018
Ce poème est composé de 5 quatrains en alexandrins, à rimes embrassées, suffisantes et riches, les masculines encadrant toujours les féminines.

I) Le théâtre de la vie

1) L'alcool

Quelques éléments mettent en évidence l'état d'ébriété avancé des trois jeunes hommes présentés ici ("glapissant", "le plus ivre", "Je les voyais sortir du Bistrot des Amis").

2) Des comédiens sur une scène

Ils campent des personnages à l'héroïsme tapageur ("Quichottes hargneux doublés de matamores", "Ils se donnaient aussi des airs de matador [...] faisant des véroniques").

II) Le théâtre des opérations

1) Une parodie d'esprit guerrier

Par leurs propos et leurs gestes, ils singent les attitudes et poses militaires ("brocardaient les Soldats de l’An Deux", "Repos !", "Arme à la bretelle !", "Sus à nos ennemis !").

2) L'abominable réalité du terrain

Ils cherchent ainsi à exorciser la hantise du départ, la mort à laquelle ils vont être confrontés ("la terreur qui sourdait sous leur peau", "l’Algérie, terrain de sanglantes batailles").

Merci pour ce partage !

   Anje   
28/6/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Ils emportaient même dans leur petite valise l'un un bout de fromage, l'autre deux tranches de jambon, une bouteille de vin, un morceau de leur pays de peur de ne pas y revenir. Ils avaient tous dans leur poche une photo, un petit objet de leurs proches de peur de ne pas les revoir.
Joli poème, outre sa qualité technique, qui évite les quais de gare avec ses larmes, ses mouchoirs qui s'agitent. Ici, la fausse gaité est le masque pudique de la peur. Du bistrot des amis à la gare de Bayonne avant le port de Marseille, de l'exubérance au silence.
Merci pour ce bel hommage aux conscrits contraints de mettre en péril leur vingt ans.

   Recanatese   
28/6/2018
 a aimé ce texte 
Passionnément
Salut Ithaque!

mais quel talent! C'est très bien écrit, rythmé, concis! Le début me fut très agréable à la lecture et je me disais "voilà un poème très bien écrit sur un thème léger" et j'étais prêt à m'en contenter.
Or la chute, qui donne sur le fond tout son relief à votre poème, est très bien amenée par le vers "Déguisant la terreur qui sourdait sous leur peau". L'ambiance festive du poème (la guéguerre pour s'amuser) donne d'autant plus de poids au message contenu dans le dernier quatrain et provoque un effet anticathartique (ça se dit ça?). Moi, en tout cas, j'ai tombé le sourire...
Merci pour ce très bel écrit qui me rappelle ces paroles de Brassens:

"Que les seuls généraux qu'on doit suivre aux talons
Ce sont les généraux des p'tits soldats de plomb
Ainsi, chanteriez-vous tous les deux en suivant
Malbrough qui va-t-en guerre au pays des enfants"

À bientôt!

Recanatese

   Cristale   
28/6/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour Ithaque,

Je suis incapable de commenter le fond de ce poème, la guerre je ne la connais qu'à travers les films, les reportages, celle-ci m'inspire l'horreur et l'effroi, quelle qu'elle soit, passée et actuelle. Bien sûr qu'ils avaient peur ces pauvres jeunes gens envoyés pour en faire de la chair à canons.

Je ne puis donc qu'apprécier l'écriture, fine, précise, riche en couleurs et haute en décibels.
L'on se croirait spectateur d'une pièce dramatique tant les personnages et le bruitage sont bien représentés dans ce terrible décor.

Néo-classique, d'accord, je ne titillerai pas les règles de prosodie, tant pis pour moi :)

Si le fond me fait mal, je n'en apprécie pas moins la narration , donc j'aime beaucoup ce poème et je plussoie le soin apporté à l'écriture

Merci et bravo !
Cristale

   plumette   
28/6/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Ithaque,

Je me suis arrêtée ici comme on s'arrête sur une image.
je les ai vus ces conscrits chancelant sur la plage de Biarritz, ce n'est pas la quille qu'il fête!
un tableau qui prend tout son sens tragique avec la dernière strophe qui permet à la lectrice que je suis de ressentir une empathie pour ces trois jeunes appelés complètement bourrés.

Des militaires ivres et glapissant, j'en ai croisé dans les trains, dans certaines villes de garnison, j'étais sans indulgence mais là...

Un texte talentueux sur un sujet qui n'est pas très poétique.

Plumette

   Vincendix   
30/6/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour
Un sujet original qui me rappelle ma jeunesse, le rite du conseil de révision était une étape dans la vie d’un jeune homme, en particulier pour les ruraux. Une occasion pour eux de rencontrer d’autres gars plus « évolués » et de faire la fête sans retenue, tout ou presque était permis aux conscrits.
La menace de partir en Algérie n’était pas une réelle préoccupation, les médias n’en parlait pas beaucoup c’est seulement sur place que le « bidasse » se rendait compte de la situation.
J’apprécie ce texte pour son originalité et la qualité de l’écriture.
Vincent

   Donaldo75   
30/6/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Ithaque,

En lisant ce poème, j'ai pensé à un film de la Nouvelle Vague; malheureusement je ne me rappelle plus le titre. Toujours est-il que la scène est très bien rendue, poétique et cinématographique (je veux dire visuelle) en même temps, alors que la fin est terrible surtout quand on ne s'y attend pas (ce qui est mon cas).

"Je crois qu’ils avaient peur de partir – voilà tout ! –
Vers l’Algérie, terrain de sanglantes batailles,
De s’offrir à la mort en docile piétaille,
Quand, à vingt ans, la vie est ton plus bel atout !"
Je suis heureux que cette époque soit révolue, celle où la Nation obligeait des jeunes hommes à mourir pour elle, sans d'autre raison que la sauvegarde de l'Empire Colonial, de la France Millénaire et je ne sais combien d'arguments dépassés.

Je m'égare, pardon.

Bravo !

Donaldo

   Quidonc   
3/7/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Conscrits en ribote à la veille du départ pour la guerre. On se saoule toute la nuit et on joue les comiques pour déguiser la peur.
Ca commence comme un cirque, une parodie de l'armée

"Le premier, glapissant, mimait un pas de deux,
L’autre ordonnait « Repos ! » ou « Arme à la bretelle ! »"

Et puis on dégrise brutalement dans le dernier quatrain et on prend conscience du tribut à payer à la guerre.

"Je crois qu’ils avaient peur de partir – voilà tout ! –
Vers l’Algérie, terrain de sanglantes batailles,
De s’offrir à la mort en docile piétaille,
Quand, à vingt ans, la vie est ton plus bel atout !"

Et il y a ce très beau vers qui résume tout

"Déguisant la terreur qui sourdait sous leur peau."


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