Page d'accueil   Lire les nouvelles   Lire les poésies   Lire les romans   La charte   Centre d'Aide   Liens Web 
  Inscription
     Connexion  
Connexion
Pseudo : 

Mot de passe : 

Conserver la connexion

Menu principal
Les Nouvelles
Les Poésies
Les Listes
Recherche


Chansons et Slams
Mauron : Les marteaux-piqueurs
 Publié le 08/03/16  -  11 commentaires  -  2142 caractères  -  183 lectures    Autres textes du même auteur

La modernité ne fait plus rêver. Elle a vieilli, et, avec elle, ceux qui y ont cru.


Les marteaux-piqueurs



L’animal est meurtri,

L’animal est meurtri

Par la violence de la raison,

On change les vieux goudrons

Crevés dans la rue à circulation.

Les lignes droites fatiguées

Des vieilles façades en béton

Embêtent les vieux piétons

Nés avec la modernité

Qui ne marchent ni droit ni frais.

Ce sont de vieux bœufs fatigués

Ces vieillards aux faux pas qui tremblent

Ils y ont cru, ils sont crevés,

Ils voient leurs lignes se courber

Et devenir lignes brisées.



Les bob-cats, les camions ensemble

Ont eu raison des vieux pavés

De ce qui poussait aux fissures

De ce qui ressent des frissons

De ce qui pleure et qui murmure.

Ce que le progrès se figure

Peu à peu s’est défiguré

La vie devient une torture

Parmi ces trottoirs fissurés

Quand dans l’appartement carré

Entre des murs trop peu épais

On entend le chant du chantier.



« Préfère le vivant à l’inerte

Et la chose qui meurt à l’objet »

M’ont dit à contrecœur

Les vieux marteaux-piqueurs.

On ne croit plus leur rhétorique

On se demande ce qu’ils piquent,

Si ce vivant qui meurt devant

Il ne meurt pas aussi dedans.

Les pleurs des vieux marteaux-piqueurs,

Sanglots stridents de la pensée

Écrivent et raturent la ville rationnelle.

Leurs cris et leurs écrits pèsent et font ployer

Les grandes ailes que j’avais.

« Préfère tes deux ailes

À cette ville rationnelle »

M’ont dit à contrecœur

Les grands marteaux-piqueurs

Comme de grands rhétoriqueurs

Qui ne savent plus quoi piquer,

Ne savent plus rhétoriquer.


Alors je me suis envolé

Vers le silence des forêts,

La raison n’est pas ma maison,

Je ne suis pas de ce quartier.


 
Inscrivez-vous pour commenter cette poésie sur Oniris !
Toute copie de ce texte est strictement interdite sans autorisation de l'auteur.
   madawaza   
18/2/2016
 a aimé ce texte 
Bien
Très bien construit,
tressautant au rythme de ces infernales machines,
pessimiste à souhait...
Vous avez raison de changer de quartier.

   Francis   
8/3/2016
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Les marteaux-piqueurs martèlent ce texte. Le mot résonne tout au long du poème. Sur Cette musique, sur cette partition, le monde moderne a tissé sa géométrie verticale, ses lignes droites de bitume ou de béton. La génération des trente glorieuses est née puis a vieilli dans cet univers. Ces tours, ces immeubles, ces périphériques sont devenus sa prison. Alors, l'homme voûté veut s'envoler "vers le silence des forêts". Texte agréable à lire, bien construit.

   Cristale   
8/3/2016
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Mauron,

Tel l'oiseau aux ailes engluées de goudron qui s'acharne à s'extirper de ce château de carte en béton érigé de la main de l'Homme, grand illusionniste, issu de la modernité, l'envol vers le vivant intrinsèque serait donc la seule issue.

Un texte aux lignes qui martèlent comme le bruit incessant et assourdissant des marteaux-piqueurs mais qui laisse une image d'espoir dans cette "sombritude", finalement.

« Préfère tes deux ailes
À cette ville rationnelle »
M’ont dit à contrecœur
Les grands marteaux-piqueurs

...des vers que j'entendrais bien en refrain puisque nous sommes dans la catégorie "chansons et slams".

Merci à vous,
Cristale

   funambule   
8/3/2016
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Une bonne idée, elles sont simples en général les bonnes idées et de ce fait acquièrent une certaine efficacité. J'opterais pour une possible interprétation "slam", certaines saillies sont fortes, d'autres, à mon avis auraient méritées (sans se départir du sens) une formulation plus audacieuse. Il n'en reste pas moins que l'ensemble est assez saisissant.

   PIZZICATO   
8/3/2016
 a aimé ce texte 
Bien
" Alors je me suis envolé
Vers le silence des forêts, " C'est la seule chose à faire quand on est excédé par la vie de la ville.

L'automobile a remplacé le carrosse.
Les rouleaux-compresseurs ont remplacé les dames, les grosses pelles mécaniques les marteaux-piqueurs.
Peut-être un jour des hélicoptères remplaceront les grues et des lasers les tronçonneuses.
Peut-on situer vraiment le chemin de la modernité ?

   Pouet   
8/3/2016
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Bonjour,

Je n'ai pas trop accroché au début de votre texte, les deux premières strophes en fait. Tout cela m'est apparu un peu forcé, un peu exagéré, un peu banal. Les vieux goudrons, les vieux piétons, les lignes courbées ou droites, les vieux bœufs fatigués... Tout cela ne m'a guère parlé. Je n'apprécie pas spécialement certaines répétitions "vieux" /"vieille", "fissures"/"fissuré" "crevés" etc... Puis, "fatigué", "défiguré", "fissuré","crevé", "brisé"... Cela fait trop pour moi, à force d'accumuler ce genre d'adjectifs en "é"je me perds dans la description, cela ne fonctionne plus. Un vrai sentiment de "trop" je ne sais comment le dire autrement.
Pas vu l'utilité de la répétition du premiers vers non plus.
Bien aimé le "chant du chantier" toutefois.

J'ai commencé à rentrer dans votre poème à la troisième strophe, lorsque les marteaux-piqueurs se mettent à parler (l'homme qui gueulait à l'oreille des marteaux-piqueurs en somme...) peut-être qu'ils parlaient depuis le début mais à partir de là j'entends leurs voix et les paroles du narrateur sont mieux tournées, à mon goût bien sûr. C'est plus "profond", normal pour des marteaux-piqueurs, ça creuse sec... J'ai vraiment bien apprécié, c'est original et intéressant. Mais j'étais déjà arrivé à la fin. Dommage. J'ai été happé par le dernier tiers de votre texte d'où mon appréciation mitigée.

Cordialement

   Ramana   
8/3/2016
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Il y eut la modernité, l'époque du formica, la pleine apogée du dieu Progrès... mais le formica vieillit mal, et le progrès des consciences a relativisé le progrès des façade, lequel n'était qu'un progrès de façade. (Comme titrait jadis un exemplaire d'Hara-Kiri : "Baisez sur une table en formica, un coup d'éponge et c'est propre.")
Nos vieux, ceux qui ont divorcé d'avec le bel ouvrage intemporel, la patine du bois travaillé à la main, ont perdu la femme, solide et fidèle pour l'amante frivole et fragile ; et puis ils ont aussi perdu l'amante vite dégradée, et n'ont pas retrouvé la femme !
Folie, que de brader nos vieilles maisons de pierres aux belles proportions calculées selon le nombre d'or et en pierres du pays, contre des volumes d'un pragmatisme apparent mais qui ne répondent plus à des universaux.
Oui, le moderne vieillit généralement mal, il n'est que quantité, marchandise, vanité, vulgarité. Il est bien difficile de vivre entouré de ce décor sans devenir un peu soi-même marchandise avariée, bœuf fatigué, marteau piqueur blasé de piquer (ce qui serait pour moi le pire !).
Je préfère moi aussi vivre près des forêts encore debout, mais lorsque vous dites à l'avant dernier vers que "La raison n'est pas ma maison", je crois plutôt que votre raison la plus raisonnable est celle qui vous a fait regagner votre maison dans la forêt !
Merci pour ce moment de méditation.

   emilia   
8/3/2016
Un texte qui contient sa propre musique avec le rythme des rimes (i, i, on, on, ion, é, on, on, é…) et certaines assonances, où la 1ère strophe insiste lourdement en martelant l’usure du temps (vieillards fatigués, crevés dont les lignes sont brisées…) ; la seconde strophe évoque l’érosion d’un paysage avec cette « figure défigurée « ( opposition soulignant l’anéantissement) dans un double jeu du mot raison suggérant sa nature violente dans l’expression : « avoir raison de…ce qui poussait/ce qui ressent des frissons/ce qui pleure et murmure… » et qui s’achève sur ce vers où résonne comme une lamentation du son (en) : « On entend le chant du chantier » ; à la troisième strophe, l’impératif interpelle avec urgence : « Préfère le vivant… » face aux « Sanglots stridents de la pensée » où les cris se mêlent aux bruits et imprègnent l’écrit de ceux « qui ne savent plus » et semblent perdus… avant de conclure sur cette dernière injonction : « Préfère tes deux ailes… » qui permettent de t’envoler « vers le silence des forêts » loin d’une modernité désabusée, en prônant une certaine philosophie de vie à l’encontre de la rationalité et ajoutant à la musicalité la profondeur de la pensée…

   Arielle   
9/3/2016
 a aimé ce texte 
Bien ↑
"Ils voient leurs lignes se courber
Et devenir lignes brisées."
Face aux grands rétho-piqueurs, comme je les approuve d'aller se taire dans la forêt !
J'ai aimé ces vieux boeufs fatigués, ce qui poussait aux fissures et l'idée générale du texte dans laquelle je me reconnais sans effort. Certaines répétitions m'ont paru convaincantes, d'autres moins, m'ont gênée et je n'ai pas beaucoup apprécié la rue à circulation ou les bob-cats mais à partir des vieux boeufs fatigués j'ai senti dans mon dos le picotement de tes ailes.

   Anonyme   
9/3/2016
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Les marteaux piqueurs me rappellent un souvenir. J’ai repris des études tardives après avoir travaillé comme je pouvais pendant longtemps dans le bâtiment, les travaux publics et l’industrie et toujours à un niveau de qualification très bas.
Lors d’un des premiers cours auquel j’assistais des ouvriers occupés à creuser au marteau-piqueur gênaient un peu le déroulement du cours…or je me sentais comme déplacé au milieu des étudiants alors que ma place “naturelle” aurait été à manier le marteau…

Cela dit j’aime bien la prise de position de ce texte bien que je n’en saisisse pas toutes les subtilités (/modernité).

Sur la forme il y a de très belles choses et l’ensemble est assez harmonieux. La partie débutant par "Préfère le vivant à l’inerte" jusqu’à "…plus réthoriquer" me semble un peu poussive… trop didactique surtout pour finir par ce bel envol vers les forêts.

Et puis le rôle des marteaux-piqueurs me semblent ambigu (peut-être à cause du souvenir évoqué plus haut, mais pas seulement).

À vous relire

Corbivan

   Methos   
29/3/2016
 a aimé ce texte 
Bien
Ce texte me renvoie furieusement à ma passion passagère pour l'art contemporain.

Lorsque j'étudiais le Bauhaus, le surréalisme, le Corbusier, j'ai découvert avec surprise qu'à cette époque beaucoup de gens croyaient à la ville du futur où les hommes vivraient tous égaux.
Le progrès apporta le confort moderne au plus grand nombre, l'industrie permettant une distribution à grande échelle de produits autrefois réservés à une élite par leur coût artisanal. Cela faisait rêvait, on n'avait jamais vu ça. On pensait pouvoir lier art et machine, moralité et entreprise pour un monde meilleur.

Quelle désillusion de nos jours !
Tout ceci ne fut que poudre aux yeux, la richesse est ailleurs.

Merci pour ce beau poème !


Oniris Copyright © 2007-2019