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Poésie classique
Myo : Entre les doigts serrés
 Publié le 31/08/21  -  13 commentaires  -  1222 caractères  -  331 lectures    Autres textes du même auteur

« Les rêves sont toujours des départs. » Jacqueline Mabit


Entre les doigts serrés



Son regard suit le vent, par-delà la raison,
Traverse, sans détour, l’envoûtante échancrure
D’un nuage de rêve au parfum d’aventure
Dont il sait, désormais, la tendre inclinaison.

Depuis longtemps, déjà, son cœur en demi-teinte
Ressent l’appel sauvage en dessous de l’écorce,
Tel le chant de la source exacerbe la force
Par d’incessants remous aux accords de complainte.

Le désir est ailleurs, brûlant de l’inconnu,
Le charme délicat, la troublante merveille.
Il offre sa lumière à nulle autre pareille
Et défait, sans pitié, le lien convenu.

Les mots sont superflus et vaine la révolte.
Doucement, la nuit s’ouvre à l’aube de l’exil
Et, las, je me soumets au piège si subtil
Du vide qui se cache en ce vœu désinvolte.

Le doute peut pleuvoir au creux du souvenir,
L’horizon appartient, sans aucune réponse,
À celui qui, sincère, à son monde renonce,
Pour la liberté d’être et non d’appartenir.

Par amour, cher ami, s’efface l’ombre amère.
Va ! Recouvre plus haut tes desseins éthérés.
Comme glisse le sable entre les doigts serrés,
Rien ne peut retenir une âme si légère.


 
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   GiL   
14/8/2021
 a aimé ce texte 
Passionnément
À travers une rupture douloureuse (« Doucement, la nuit s’ouvre à l’aube de l’exil ») le narrateur trace le portrait d’un partenaire au caractère vagabond (« une âme si légère »), incapable de vivre une relation stable (« le lien convenu »). L’analyse est fouillée et s’appuie sur des images ou des métaphores bien choisies.
Le narrateur s’attarde peu sur ses propres sentiments (le pronom « je » n’apparaît qu’une fois) mais on perçoit sa résignation (« je me soumets »), son amertume (« l’ombre amère ») et l’effort qu’il fait pour faire le deuil de cette relation tout en gardant une certaine estime au fugitif.

Les alexandrins sont harmonieux et s’enchaînent avec fluidité, les rimes sont musicales et presque toutes sont des rimes riches. L’ensemble trahit le métier de l’auteur.
Mon quatrain préféré est le 5ème pour sa générosité et pour la belle formule qui le conclut :
Le doute peut pleuvoir au creux du souvenir,
L’horizon appartient, sans aucune réponse,
À celui qui, sincère, à son monde renonce,
Pour la liberté d’être et non d’appartenir.

J’ai passé un très agréable moment à lire et commenter ce poème : merci.
GiL en EL

   Vero   
31/8/2021
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Myo,

Au risque de froisser, votre poésie, publiée en classique ne semble pas répondre aux critères de la catégorie :
Le second quatrain n'ayant que des rimes féminines au lieu d'une alternance féminines/ masculines.

Je passerai plus tard commenter le contenu, ayant besoin de plusieurs relectures pour comprendre.

Édit: Pour poursuivre, les quelques jolies images dans ces alexandrins :

D’un nuage de rêve au parfum d’aventure
Depuis longtemps, déjà, son cœur en demi-teinte
Ressent l’appel sauvage en dessous de l’écorce
Le désir est ailleurs, brûlant de l’inconnu,
Et défait, sans pitié, le lien convenu

Me font penser à l'infidélité, l'esprit volage mais je ne suis sûre de rien et les intentions de l'auteure quand au fond du poème sont peut-être différentes.

Je ne m'attarderai donc pas davantage sur le fond et me contenterai d'écrire que, malgré l'erreur mentionnée plus haut, j'ai pris plaisir à lire cette très belle poésie.

   Cristale   
31/8/2021
Il y a un problème concernant la versification régulière :
Les rimes du deuxième quatrain ne respectent pas l'alternance masculines/féminines
et sont exclusivement féminines ce qui est rédhibitoire en catégorie classique et me gêne pour commenter en l'état.
Désolée Myo, c'est ce que l'on nomme entre-nous, une "bourde" et c'est rageant.


Il m'est impossible de mettre une notation avec l'option EDITION. J'ai donc ouvert un autre cadre commentaire. Celui-ci peut être supprimé.

   Queribus   
31/8/2021
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour,

Une prosodie classique quasi sans fautes avec des vers très recherchés. Malheureusement et c'est très dommage, à mon tour, je note l'absence d'alternance des rimes masculines-féminines au deuxième quatrain; il me semble aussi qu'il y un (tout) petit problème à l'hémistiche du vers: "Doucement la nuit s'OU-_VRE à l'aube de l'exil". Tout ceci bien entendu n'enlève rien à l'excellente qualité globale de votre écrit et témoigne d'une très longue pratique de la versification, ce qui est assez rare.

Bien à vous.

   papipoete   
31/8/2021
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
bonjour Myo
Encore une fois pour moi, qui ne suis soit pas instruit, ou long à la détente j'interprète ce que je lis : tu es dans mes bras, mais ceux-ci sont en vérité les barreaux d'une cage, d'où tu n'aspires qu'à t'envoler !
Mes mots, ma tendresse n'y pourront rien...tu ne m'aimes plus ; alors, va prend ton essor et vole vers qui t'appelle...
NB comme d'habitude, je demande le pardon si je me suis éloigné aux confins de l'inspiration du poète ; mais ce que je ressens dans ces lignes " pourrait " coller avec mon scénario ?
Tu es là près de moi, mais en fait dans ses bras, ton coeur contre le siens !
La 4e strophe résume bien, que rien ne pourra retenir ce cygne jurant amour pour toujours, dont pourtant la grâce n'est plus ici, mais sur un autre lac...
Je suis encore une fois épaté, comme chez tous les " grands " d'ici, par la facilité avec laquelle coulent les alexandrins !
N'est que la seconde strophe, où notre infirmière écrivant durant une pause, fut surement appelée par un malade, et la tête ailleurs oublia d'alterner " masculine et féminine rime "
Un bémolino dans le premier vers, avec ce " delà/la ", mais je n'ai rien dit...

   Corto   
31/8/2021
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
C'est avec une belle délicatesse que l'auteur traduit la rupture, l'éloignement, l'appel du loin. Les formules sont à la fois précises et éthérées, jamais violentes, jamais condamnantes.

On pense à la fin d'un couple, mais j'y verrais bien aussi l'éloignement d'un jeune adulte vis-à-vis de ses parents.

La troisième strophe est particulièrement réussie dans cette opposition entre: 'ici et maintenant' et: 'plus loin, l'inconnu désirable'.

Deux autres vers sont remarquables:
" À celui qui, sincère, à son monde renonce,
Pour la liberté d’être et non d’appartenir."

Cette ambiance à ressorts dramatiques est subtile et fort bien rendue.

Bravo à l'auteur.

   Myo   
31/8/2021

   Cristale   
31/8/2021
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonsoir Myo,

Je tiens compte de ta version corrigée.

Entre les doigts serrés

Son regard suit le vent, par-delà la raison,
Traverse, sans détour, l’envoutante échancrure
D’un nuage de rêve au parfum d’aventure
Dont il sait, désormais, la tendre inclinaison.

Depuis longtemps, déjà, son cœur en demi-teinte
Ressent l’appel puissant qui voile la pudeur
Tel le chant de la source exacerbe l'ardeur
Par d’incessants remous aux accords de complainte.

Le désir est ailleurs, brulant de l’inconnu,
Le charme délicat, la troublante merveille.
Il offre sa lumière à nulle autre pareille
Et défait, sans pitié, le lien convenu.

Les mots sont superflus et vaine la révolte.
Doucement, la nuit s’ouvre à l’aube de l’exil
Et, las, je me soumets au piège si subtil
Du vide qui se cache en ce vœux désinvolte.

Le doute peut pleuvoir au creux du souvenir,
L’horizon appartient, sans aucune réponse,
À celui qui, sincère, à son monde renonce,
Pour la liberté d’être et non d’appartenir.

Par amour, cher ami, s’efface l’ombre amère.
Va ! Recouvre plus haut tes desseins éthérés.
Comme glisse le sable entre les doigts serrés,
Rien ne peut retenir une âme si légère.


Ainsi le poème se présente bien agréablement sans qu'il soit une remarque négative à formuler.
Peut-être un petit leefting souhaitable pour atténuer les prépositions en-au ?

Les vers coulent harmonieusement et, ici, la fluidité habille avec grâce et légèreté des alexandrins de bon alois.

Je remarque l'attention portée à la palette variée en couleurs sur les rimes. Joli travail, belle application et implication de l'auteure.

Le fond ? Ma vision n'est pas très gaie car je lis une fin de vie dans le sens létale du terme. Mais mon humeur actuelle y est sans doute pour quelque chose.

Un beau poème Myo, merci pour cette version sur laquelle j'ai eu plaisir à déposer quelques mots.

Cristale

   Miguel   
1/9/2021
 a aimé ce texte 
Beaucoup
"... la liberté d'être et non d'appartenir". Quel beau programme. Ce poème présente de beaux vers, de belles images, et sa dynamique donne envie de partir, de voler. Quel dommage que l'absence d'alternance masculin-féminin de la deuxièmes strophe vienne rompre l'harmonie qui s'installe dès le début ...

   inconnu1   
2/9/2021
 a aimé ce texte 
Passionnément
J'ai lu ce poème à voix chuchotée. Je ne sais absolument pas de quoi il parle, je ne me suis pas concentré sur le sens des mots, mais j'ai été bercé par une musique, une ambiance, une certaine mélancolie. Tout a coulé comme une eau de roche, pas d'accroc, c'est fluide. J'ai eu l'impression d'écouter du Mahler tout simplement

A la relecture, je n'ai été accroché que par la succession de l'appel sauvage. J'aurais bien mis un adjectif qui commence par une voyelle après appel pour éviter ce simple accroc à la fluidité de la lecture. Je ne sais toujours pas de quoi ça parle mais je m'en fiche, c'est beau comme quand le vois un tableau abstrait ou quand j'entends une musique classique

Bien à vous

   EtienneNorvins   
4/9/2021
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Les vers se suivent inexorablement, comme autant de petits couperets successifs ; et si je comprends bien qu'un mi-lourd ne peut prétendre combattre sur le ring des poids moyens, ... ça me plaît bien dans la version originale, cette discordances entre rimes masculines et féminine ou que la nuit puisse poser problème à un hémistiche...

Car même après plusieurs lectures - en effet à voix basse, ça rend mieux -, et malgré l'admirable avant dernier vers, qui vient soudain éclairer de façon si poignante le titre, ou les échos cornéliens de la la décision qui s'impose

"A celui qui, sincère, à son monde renonce,
Pour la liberté d’être et non d’appartenir",

je ne peux pas me débarrasser de l'écho persistant des "adieux qui quelquefois se pass' un peu trop bien" de la chanson, au point de sentir chez la personne quittée, ou bien une rumination de la fatalité, jusqu'à éprouver les sombres plaisirs d'un coeur mélancolique ("Les mots sont superflus et vaine la révolte") - ou bien un inavoué sentiment de 'bon débarras', devant l'inconstance voire les égarements d'une "âme si légère"...

Merci pour le partage,
Respectueusement

   Ascar   
9/9/2021
 a aimé ce texte 
Passionnément
Voilà un très bel écho à « L’insoutenable légèreté de l’être », roman de Milan Kundera.
Je trouve la construction parfaite pour deux raisons. La première tient au fait que chaque strophe apporte un sens ce qui me fait glisser, tout naturellement, vers le final. La seconde souligne votre habilité à manier la syntaxe. Aucune pesanteur ne vient troubler la clarté du propos. Les articulations sont bien huilées.

C’est élégant, subtil et véritablement plaisant à lire.

PS : Je me suis toujours demandé si le contraire d’une âme légère était une âme pesante.

   Louis   
10/9/2021
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Les vers en alexandrin du poème s’adressent à un être cher, un homme aimé, désigné dans la dernière strophe par l’expression : «cher ami ».

Les trois premières strophes constatent, chez l’être aimé, la présence d’un déraisonnable désir.
Ce désir ne se porte pas sur la locutrice aimante, ou le locuteur aimé, il est tourné vers un ailleurs.
« Son regard suit le vent, par-delà la raison »
« Le vent » métaphorique, ce vent où s’entend le désir, oriente le regard, vers d’autres cieux, vers d’autres lieux, mais pas ici, mais pas sur soi.
Comme le vent, le désir se tourne de tous côtés en quête de son obscur objet. Comme le vent qui pousse dans toutes directions, nos inclinations nous entraînent en tous sens.
Le désir se manifeste ici comme une sorte de ligne de fuite, une tension, une expansion vers des horizons nouveaux.
C’est bien vers le ciel que se tourne le regard de l’ami cher, vers les hauteurs idéales, vers un « nuage de rêve ».
Il fait partie, comme l’écrit Baudelaire dans Le Voyage, de

« Ceux-là dont les désirs ont la forme des nues,
Et qui rêvent, ainsi qu'un conscrit le canon,
De vastes voluptés, changeantes, inconnues,
Et dont l'esprit humain n'a jamais su le nom ! »

Le rêve est élevé, mais de forme indéterminée. Nébuleux objet du désir.
Ce que perçoit le regard de « l’ami » n’est pas un objet réel, mais un objet imaginaire. L’imagination, idéalisatrice, a paré de mille attraits l’objet du désir, qui apparaît alors fascinant, séducteur, captivant et enchanteur.
Ainsi produit-il un « envoûtement » :
« …envoûtante échancrure
D’un nuage de rêve au parfum d’aventure »
L’objet du désir, vers lequel on est poussé, est alors vécu comme une attirance, comme un « appel puissant » auquel « cher ami » rêveur ne sait pas résister.
Ulysse ici cède au chant des sirènes, il n’est pas absorbé par les profondeurs marines, mais par les nébulosités célestes, que tout de même il « traverse ».

Ainsi : « Le désir est ailleurs, brûlant de l’inconnu »
Aventureux désir vers lequel tend l’ami, si déraisonnable en ce que l’aventure est confrontation violente au monde, parce que l’aventure n’est pas prévisible, qu’elle extrait du confort quotidien pour projeter dans un univers inconnu, sans repères
Mais « l’inconnu » fascine par ses imprévus et ses surprises. L’aventure comporte sa part de risques et de dangers, son insécurité, et l’aventureux y consent.
Roger Mathé, dans son étude sur l’aventure, écrit :
« … l’aventure, étymologiquement, ce qui va arriver, c'est-à-dire, nous l'espérons bien, ce qui va troubler notre situation, déranger notre quiétude. Mot explosif, chargé de toute une dynamite d'imprévu, d'insolite, d'inquiétant, voire d'un périlleux qui fait agréablement frissonner. Mais aussi, certitude d'une nouveauté et peut-être d'un renouveau. Le hasard, surtout dangereux, remettant en cause notre état présent, transforme notre destin, nous offre l'occasion de faire notre mue. »

Le constat est douloureux.
Le désir valorise son objet à proportion de son intensité, or cet ailleurs fortement valorisé fait que l’on ne compte plus beaucoup pour l’ami aventurier. On voudrait tant compter plus que tout au monde pour l’être aimé.
Mais cette folie de l’ailleurs « défait, sans pitié, le lien convenu »
Ce désir d’un ailleurs suppose un arrachement, par lequel on se déprend de l’ici, des autres et même de soi ; par lequel on se libère de toute attache, se défait de tout lien.
Choisir l’aventure est forcément un geste de déprise ; choisir l’aventure, c’est vouloir s’affranchir de la situation présente afin de s’ouvrir à l’inconnu, à l’inattendu ; c’est : « renoncer à son monde »

Les trois dernières strophes expriment l’acceptation du désir déraisonnable de « l’ami », désir qui provoque son départ effectif.
Le rêve de départ, en effet, s’est transformé en volonté de partir.
Vouloir le retenir pourtant serait vain « : Rien ne peut retenir une âme si légère »
Il serait inutile de vouloir résister et s’y opposer, inopérant d’essayer de trouver les mots qui le dissuaderont, il suivra son désir aventureux, l’appel est trop puissant :
« Les mots sont superflus et vaine la révolte »

Pas de résignation pourtant par impuissance, chez la locutrice ou le locuteur, mais une acceptation par amour.
Le consentement est douloureux, après l’amer constat, mais : « Par amour, cher ami, s’efface l’ombre amère ».
L’amour véritable n’est pas l’amour narcissique, où l’on s’aime soi-même à travers l’autre ; il est ouverture à l’autre, qui est aimé pour lui-même, tel qu’il est. L’amour authentique, c’est vouloir le bonheur de l’autre, et préférer le savoir heureux loin de soi plutôt que de le voir malheureux à ses côtés.
Or l’ami, s’il rêve d’un ailleurs, c’est qu’il ne trouve plus de contentement dans la situation présente,
« depuis longtemps, déjà,… »
Depuis longtemps « un cœur en demi-teinte » ; depuis longtemps, il n’est plus entièrement présent, et les sentiments ont tiédi, ne brûlent plus, manquent d’ardeur.
Il ne trouve plus d’épanouissement dans la situation vécue, or l’amour authentique veut l’épanouissement de l’être aimé, comprend aussi que la vie trace des chemins différents, reconnaît la nécessité pour l’autre de ce moment de partir sans prétendre qu’il y aurait encore du sens à rester, par égoïsme.

L’ami ne peut s’épanouir que dans « la liberté d’être et non d’appartenir »
Deux libertés sont distinguées, qui seraient donc différentes, voire opposées.
La liberté d’être peut se comprendre comme liberté d’épanouissement, par laquelle on peut être pleinement soi-même, délivré de toutes chaînes, de toutes attaches, même affectives ; c’est se lancer dans l’aventure de vivre, sans entraves.
Que serait alors « la liberté d’appartenir » ?
S’attacher volontairement, à une personne, à un lieu, à une activité, etc. Consentir à des liens de diverses sortes, noués par les sentiments, par l’affection.
L’aventureux y consent aussi, mais provisoirement, tout le temps qu’ils apportent une satisfaction, puis s’autorise à les rompre pour repartir ‘’à l’aventure’’.
L’aventure : c’est-à-dire un futur toujours à atteindre, des instants inédits à vivre, des événements ; c’est-à-dire ce qui ouvre sur un foisonnement de possibles, quand l’attachement, la « possession », par laquelle on est ‘pris’ et englué dans les routines, les habitudes, les conventions, pris et jamais surpris, ferment l’avenir, barrent l’horizon en une répétition du même qui produit l’ennui.
Jankélévitch, dans « L’aventure, L’ennui, le Sérieux », lie l’aventure au possible, au futur qui est « l’empire énigmatique des possibles et [qui] dépend de ma liberté ; le possible n’est-il pas ce qui peut être ainsi ou autrement, et qui sera ceci ou cela selon mon courage, selon les risques que je consentirai à courir, selon ma bonne ou ma mauvaise chance ? L’ouverture est la plus grande possible, voilà ce qui précisément séduit l’aventurier : l’aventure ne subit-elle pas l’attrait de l’infini ? »

Cette « liberté d’être », qui est plutôt une liberté de devenir soi-même, ou celle de se réinventer à chaque instant en se dépouillant de son moi ancien, n’est pourtant pas sans ambiguïtés.
L’ami reste, en effet, soumis à ses désirs, dont il n’est pas maître, balloté par « le vent » qui l’emporte.
Dans un acte d’amour et de compréhension, la locutrice, ou le locuteur, dans le dernier quatrain, dit avec courage, avec force, avec une grande élégance du cœur, surmontant ses blessures : « Va ! Recouvre plus haut tes desseins éthérés »

Elle a compris son ami et ce qui l’appelle ; elle a reconnu son impuissance à le retenir, dans la métaphore du sable « qui glisse entre les doigts ». La main est serrée, pour lier encore, pour unir, réunir, mais l’âme si légère déjà s’est envolée, laissant derrière elle une poignée de sable, si fin, insaisissable.
Nul ressentiment dans ses propos, mais du respect, de l’admiration presque pour l’homme qui répond avec audace aux horizons nouveaux qui l’appellent.


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