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Poésie en prose
OiseauLyre : Retour
 Publié le 21/08/16  -  9 commentaires  -  4432 caractères  -  124 lectures    Autres textes du même auteur

Aux enfants de mon enfance, à Ismaël, Mariam et tant d'autres… Puissiez-vous retrouver un peu de lumière sur votre chemin parsemé d'ombres.


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Cette ville qui est un glaive posé sur l'horizon, bouillante comme un volcan d'acier. Cette ville sidérée la bouche ouverte, éclaboussée du sang visqueux de la nuit, rampe sur ses entrailles grisâtres de perdition, car chaque instant est un déchirement. Et quand vient l'aube, on distingue mieux au milieu des décombres prochains la turbulence de sa fin toujours repoussée.

La ville agonise ici de peur de glisser vers la mer, et c'est au bord du gouffre de la finitude que tout revit : la ville préférera toujours souffrir à défaut de se tuer. Mais son destin est mort de faim et de fatigue, ses enfants n'osent plus la regarder, ses vieux dompteurs ne reconnaissent plus son visage.

La ville honteuse, au rejeton de littoral qui lui accorde l'asile. Elle a bâillonné les voix du désespoir, voilé ses têtes subversives, sanctifié ses avortons illégitimes.

La ville qui s'ouvre les veines.
La ville rigoureuse dans son ignominie.
La ville hypocrite.
La ville qui chuchote ses secrets de Polichinelle.

Pourquoi laisser courir tes langues sur ma peau ?
Tu m'as choisi de naître au milieu de tes rituels. Tu as choisi mon corps et mes mains, mon nez, mes yeux, ma bouche. Tu as extrait ma lignée de tes flancs comme une écharde et l'écho de ton cri résonne encore dans les déclinaisons de mon nom.
Je te porte dans ma chair partout où je vais.
Tu colores inlassablement les lieux de mes rêves, tu tires parfois sur l'horizon où que je sois et j'imagine parfois te retrouver dans le crissement de deux nuages.
Tu as hameçonné mes jours.
Tu as liquéfié mon futur.
Tu as séquestré ma sérénité.
Pourtant je suis ici, je suis revenu, je choisis de revenir.
Je choisis de te provoquer en duel, de me combler de ton hystérie.
Et j'accepte ! J'accepte la face lugubre de ta lune de mardi, j'accepte les éraflures de ton calvaire sur ma jeunesse !
Ville de malheur, je te reproche d'être mon paradis !

Et je parle orgueilleusement au nom des habitants de la ville, et le "je" est celui de l'homme que nous dressons face à la cité qui nous assassine, car c'est nous-même qui avons enfanté le monstre du parricide.
Qu'avons-nous fait sinon errer entre tes dents ?
Qu'avons-nous fait sinon s'enturbanner de tes rues ?
Notre lassitude a la couleur de tes aubes qui miment l'espoir.

La ville que la mer a fait échouer sur les bords de notre indifférence pleure des laves qui se refroidissent en quartiers.

La ville vieille fille hagarde.
Que tu étais belle quand tu buvais la fraîcheur de tes filles de vingt ans. Quand les couples venaient t'offrir leur intimité, quand tu t'immisçais sans gêne au milieu de leurs corps, de leurs souffles, de leurs voix haletantes et qu'ils respiraient ton odeur en pensant à leurs amours.
Que tu étais grande quand l'or brillait sans honte entre tes mains.
Tu tutoyais les continents, asservissais les soleils, sculptais les saisons.
Et dire que des éruptions crépitaient entre les jointures de tes dalles.
Où sont tes marchands ? Où sont tes fruitiers ? Où sont tes tisserands ? Où sont tes barbiers ? Où sont tes peintres ? Où sont tes oiseaux ?
Le temps t'a noyée dans sa sueur.
Puis nous avons pendu nos libertés sur le haut de nos minarets,
nous nous sommes coupé les cheveux en quatre,
nous avons corrompu nos lendemains,
nous avons élu des monarques,
nous avons dispersé nos héritiers.

La ville, maintenant que l'ennui s'est suicidé peu avant minuit. Nous sommes encore ici, terrés dans la chaleur de nos regrets.
Une autre nuit, médiocrement installée sur les restes de nos capitulations.
Mais il n'y aura plus de cimetières ici.
Nous rassemblerons nos mains et au lieu de les tourner vers le ciel, nous frapperons le destin. Assez de reliques, assez de déceptions ! Nous pouvons défaire, nous pouvons détruire, nous pouvons recréer. Nos forces n'attendent que nos volontés. Alors cessons de nous morfondre et espérons, car espérer c'est déjà courber un peu le monde.
Espérer une pluie naïve.
Espérer une poubelle douce.
Espérer des tonneaux de réconforts.
Espérer une poussière joyeuse.
Espérer des vagues galopantes.
Espérer une lumière passionnée.
Espérer à nouveau le roulement sourd d'étoiles au-dessus de nos têtes.


 
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   JulieM   
5/8/2016
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Il y a de la passion dans cette belle prose poétique. J'entends une haine-amour, de la brutalité, de la tristesse, du dégoût mais aussi de l'espoir, de la fierté.

Etonnante liaison intime d'une ville et d'un je.

Le texte est bien balancé, des images ciselées et cruelles ce qui donne un ensemble envoûtant. Le lecteur est "pris" dans la trame tissée par le poète, ses mots sont vrais, sincères, poignants.
Merci beaucoup.

   dom1   
5/8/2016
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Votre description de la ville se veut ténébreuse et morbide. Sans doute trop pour y espérer quoi que ce soit. Ou alors il faut nous décrire et nous dire comment s'y prendre pour la sortir du néant dans laquelle vous l'avez enfoncée à grands coups de superlatifs. Donnez-nous les clefs de l'espérance car on reste sur les décombres.

   MissNeko   
21/8/2016
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Très belle prose poétique ! Un grand plaisir de vous lire.
Pour la première phrase peut être pourriez vous enlever le "qui" qui n apporte rien mais alourdi l ensemble :

Cette ville {qui }est un glaive posé sur l'horizon, bouillante comme un volcan d'acier.

Vois parlez de la ville de votre enfance. Je suis curieuse de savoir de quelle ville exactement vous parlez !
A vous relire

   Anonyme   
21/8/2016
 a aimé ce texte 
Passionnément ↑
Superbe cette prose poétique, et passionnée oui, et vous dites 'espérer c'est un peu courber le monde', et j'aime beaucoup l'élan qui traverse ce poème.
On y sent un homme ou une femme qui se tient debout...qui résiste.

Bravo.

Et à vous relire, car vous lire c'est aussi un peu se relever…

Cordialement

Corbivan

Si ça marche...petit cadeau (pas cher (pour moi) mais beau) car votre poème m'y a fait penser…

https://www.youtube.com/watch?v=WnwDamLUu_0

   Robot   
21/8/2016
 a aimé ce texte 
Passionnément
Est-ce une ville existante, ou la métaphore d'une ville. J'ai pensé à une ville du Moyen Orient ou de l'Afrique du nord, en bord de mer. Une sorte de Babylone.
Et s'il y a la ville, il y a l'homme (ou la femme) qui en parle, qui est né la-bas, qui à la fois semble la haïr et la regretter.
Une prose poétique ou les mots frappent.

   PIZZICATO   
21/8/2016
 a aimé ce texte 
Passionnément
Des mots qui ne laissent pas insensible ; des images fortes et expressives pour narrer cette ville que l'auteur semble haïr, du moins ce qu'elle est à présent.
Mais le souvenir de celle-là même qui abrita sa jeunesse le contraint à revenir
" Je te porte dans ma chair partout où je vais.
Tu as hameçonné mes jours.
Tu as liquéfié mon futur.
Tu as séquestré ma sérénité.
Pourtant je suis ici, je suis revenu, je choisis de revenir.
Je choisis de te provoquer en duel, de me combler de ton hystérie.
Et j'accepte ! J'accepte la face lugubre de ta lune de mardi, j'accepte les éraflures de ton calvaire sur ma jeunesse !
Ville de malheur, je te reproche d'être mon paradis ! " passage somptueux !! entre autres.

   Vincendix   
22/8/2016
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Une litanie trop « pleurnicharde » et trop grandiloquente pour me toucher réellement, les grandes douleurs sont muettes.
Un côté positif avec le dernier verset, malgré la répétition lancinante du verbe espérer.

   Brume   
23/8/2016
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour OiseauLyre

J'avais bien aimé le début: les images, la tonalité, cette force. Mais au fur et à mesure j'ai fini par me lasser: trop grandiloquent, trop de qualificatifs, vous en faîtes des tonnes. Je pense que vous auriez pu vous arrêter à la 8e strophe, le regard fier, cette note positive:
"Que tu étais grande quand l'or brillait sans honte entre tes mains"
Parce qu'ensuite ça devient vraiment too much.
Mais bon quand on est passionné à quelque chose on a souvent tendance à en faire trop.
Malgré tout les images sont originales, j'ai apprécié la vitalité de vos vers, et la diversité des tons auxquels je reprends les mots d'une commentatrice: amour-haine, dégoût, tristesse et fierté.

   MAXOREB   
9/9/2016
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Cette ville décriée en même temps magnifiée par les mots. Beaucoup de ressentis se bousculent et s'interpénètrent. Elle est "dans la peau de l'auteur qui en décline à la fois les travers, quelque chose d'ignominieux presque et cependant son envie est si forte de la voir présenter de nouveaux visages ! Une belle énergie s'en dégage, le désir de faire autrement "car espérer c'est déjà un peu courber le monde". Nombre d'images sont saisissantes aussi : "tu as hameçonné mes jours"


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