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Poésie en prose
PlumeD : Prière d'un mort
 Publié le 17/06/20  -  14 commentaires  -  2174 caractères  -  176 lectures    Autres textes du même auteur

Nous ne savons rien de la mort. Ainsi, me suis-je donc permis cet appel désespéré, cette prière délirante...


Prière d'un mort



Laissez-moi redescendre Seigneur sans nom, je vous promets que nul ne s’apercevra de mon retour, que je ne me permettrai pas le moindre sentiment, le moindre battement, laissez-moi redescendre au pays des vivants pour une vie qui n’en sera pas une.
Je n’aurai pas l’impolitesse de déranger ceux-là qui m’ont connu, je suis un mort et je vivrai comme peut vivre un mort, en silence, dans la nuit, dans l’infiniment minuscule, dans l’immobilité, dans l’effacement le plus total, dans le non-poids, dans la non-forme.
Je me suffirai de lambeaux de phrases, de rêves abandonnés, de pensées creuses, de vieilles boîtes où il n’y a rien à mettre, du cil d’une poupée de porcelaine dans la malle d’un grenier… un cil, un demi-cil, un rien… Je vivrai d’une graine morte, d’une noisette vide, d’une moisissure au fond d’un puits.
Je vivrai en passant entre les gouttes d’eau pour ne pas déranger les ruisseaux qui se forment, entre les souffles du vent pour ne pas perturber la chute des feuilles mortes.
Seigneur qui me voyez n’être plus rien, qui regardez couler sur mon visage absent des larmes fictives mais aussi douloureuses que les vraies, Seigneur, par un trou, par un trou dérisoirement petit, faites-moi redescendre, une nuit, une nuit très noire, une nuit où tout le monde dort, une nuit sans sentinelle, sans lanterne, une nuit dans un désert, ou sur un iceberg tout prêt d’être disloqué par les vagues…
Seigneur, ouvrez pour moi votre sac à miracles, Seigneur, par votre fils crucifié, par le Bouddha aux mains d’ivoire, par les grands singes du Tibet, par les tigres aux fourrures de flammes, par les rires des idiots, et par les nœuds et les nœuds et les nœuds de l’angoisse, par les paradis que créent vos lèvres qui s’entrouvrent, Seigneur faites-moi redescendre.
Ici, à part vous que l’on ne peut voir, à part quelques appels aussi désespérés que les miens, à part mes souvenirs que la nuit brûle peu à peu… ici… nulle part…
Je ne suis qu’un mort banal et bien vide, je ne suis qu’un mort qui vous appelle… Un trou, Seigneur, par un trou sans conséquence, faites-moi redescendre jusqu’à la terre frémissante.


 
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   Corto   
2/6/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
L'auteur a su ici créer une atmosphère d'étrangeté et d'urgence.
On vibre d'inquiétude devant cette impossibilité à supporter une 'vie dans la mort' où il ne se passe rien, où l'on ne ressent rien.

C'est audacieux par le paysage décrit et par l'exploration de ce que personne ne saurait savoir: "je suis un mort et je vivrai comme peut vivre un mort, en silence, dans la nuit, dans l’infiniment minuscule, dans l’immobilité, dans l’effacement le plus total, dans le non-poids, dans la non-forme".

Tout au long du texte et avec le final "faites-moi redescendre jusqu’à la terre frémissante" on touche du doigt une violente aspiration à retrouver la vie terrestre avec toutes ses difficultés, ses aléas, ses joies et ses malheurs.

Leçon de vie, leçon de mort ?

On a en tout cas ici un texte fort, très original, bien construit.
Une vraie "prière délirante".

Grand bravo à l'auteur.

   Eclaircie   
4/6/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour,

Présenté en poésie libre, ce texte est surprenant, intéressant, il happe le lecteur.
Je trouve le soin apporté à la rédaction vraiment palpable.
L’exergue laisse entrevoir un texte « délirant ». Le délire est bien là, délire « raisonnable » que l’on peut suivre, comprendre, c’est un plus.
Bien sûr, le choix de « Seigneur » appartient à ce narrateur, qui pour marquer l’inconnu de la mort, évoque aussi Bouddha, le Dalaïlama , le tigre, les Innocents, le nœud gordien.
Énormément de poésie dans ce texte, le thème de l’eau, par exemple, délicatement évoqué, m’a ravie. De même tout le texte, où les sens, les sons, les images s’entremêlent dans un récit original.
Très riche prose, merci du partage,
Éclaircie

   Queribus   
17/6/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour,

Votre texte sort de l'ordinaire; il est facilement compréhensible à la première lecture; de plus il est rédigé dans une langue parfaite, pleine de belles images poétiques. Il est aussi une superbe réflexion sur la vie et la mort par-delà les religions et les dogmes.

En résumé, une très belle réussite qui fait honneur à la poésie en prose.

Bien à vous.

   papipoete   
17/6/2020
 a aimé ce texte 
Passionnément
bonjour PlumeD
Dieu, si vous saviez comme je suis malheureux d'être aux Cieux ! Je voudrais tant redescendre sur Terre ; oh, pas pour vivre mais simplement regarder encore ce que c'est de ne pas être " plus "...
Je me ferais tout petit, si petit que même une Bête à Bon Dieu ne me remarquerait pas ! Je vous en prie...
NB ce texte me fait penser à " ne me quittes pas ", quand le héros suppliait sa mie de ne pas le renvoyer..." je me ferai l'ombre de ton ombre, l'ombre de ton chien..." si discret que tu ne me verras pas, alors que moi je te verrai...
Cette supplique au Tout-Puissant ( Dieu, Bouddha ou autre ) est si douloureuse, que l'on se voudrait une de ces divinités pour accéder à cette demande !
C'est écrit tout simplement, mais justement avec ces mots si communs, ce récit résonne dans toute tête !
très beau !

   Anonyme   
17/6/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Francis Jammes priait pour aller au paradis avec les ânes, Paul Valéry pour être enterré au cimetière marin de Sète alors pourquoi pas demander la faveur de rester parmi les vivants en se faisant tout·e petit·e ma foi ?
Ce n'est pas une dissertation donc je ne commenterai que la forme, poétique en diable (pardon !) plutôt bien troussée et convaincante.

Alors bizarrement, alors que j'aime lire les nouvelles au format PDF proposé en bas de page, ici je préfère la disposition du texte tel qu'il est sur la page d'accueil. Ce format "à l'italienne" (je résume vite, merci aux puristes de l'édition de ne pas me taper sur la tête) convient fort bien à cette lamentation qui coule ainsi qu'un fleuve, une rivière ou un ruisseau je vous laisse le choix.

C'est vraiment bien mené d'un bout à l'autre et contrairement à ce que je craignais ce n'est pas une lamentation pénible, c'est une négociation avec l'au-delà pour tenter par dialogue d'instaurer un futur rassurant pour l'auteur/trice.

J'aime bien l'idée de négocier car après tout la Bible elle-même donne l'exemple de semblables négociations ( celle où il question de sauver Sodome en est un exemple parfait)

Les suppliques sont belles et j'aime surtout cette simplicité (feinte?) lorsque l'auteur/trice comme ici pose les termes de l'accord :

"faites-moi redescendre, une nuit, une nuit très noire, une nuit où tout le monde dort, une nuit sans sentinelle, sans lanterne, une nuit dans un désert, ou sur un iceberg tout prêt d’être disloqué par les vagues…"

Ce passage à lui seul est parfait il n'y a rien à récrire si m'en croyez.

Vous m'avez un peu bluffé ! Bravo

H.

PS: j'avais oublié de relever que le titre en revanche serait plutôt la prière d'un personnage vivant et non celle d'un mort. Il n'y a que ce titre qui me semble un peu mal trouvé. D'autant que vivant rien n'interdit de se projeter dans notre futur à tou·te·s

   eskisse   
17/6/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour PlumeD,

L'idée est originale, le texte est beau : le désir de vivre à nouveau sur la terre mais "incognito", en prenant soin de ne pas déranger, est touchant:

"Je vivrai en passant entre les gouttes d’eau pour ne pas déranger les ruisseaux qui se forment, entre les souffles du vent pour ne pas perturber la chute des feuilles mortes."

Ce retour à la terre n'aurait pas comme bénéfice d'éprouver des sentiments mais de contempler la terre, de la voir frémir.
Les supplications sont émouvantes et formulées avec délicatesse à l'aide d'accumulations qui rendent le texte lyrique.

Merci pour ce partage.

   Vincente   
17/6/2020
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Je suis entré par effraction dans ce poème. Dès le quatrième mot, "Seigneur", j'ai compris qu'il ne m'était pas destiné. Et pourtant, j'ai avancé car l'auteur annonçait une "prière délirante", j'ai mordu à l'hameçon, quand une prière se met à délirer, il me semble qu'un "dépassement" se profile…

Ce qui m'a le plus retenu en fait c'est l'idée esquissant la volonté d'un retour sur terre dans une non-vie, mais tout de même dans un état en capacité de regarder. Distanciation opportune pour revisiter ce qui constitue nos ressorts et destinations, à nous les humains vivants. Formidable challenge ! Mais ce qui s'aperçoit et se décline dans ce souhait métaphysicien est à peine esquissé dans ce texte, c'est bien dommage, d'autant que le "Seigneur" en question est omniprésent, se répétant comme obnubilant le narrateur, persuadé de son omnipotence.

Ce qui m'a étonné pourtant, peut-être rassuré, c'est que sans cette convocation divine irrépressible, la chose narrative aurait pu "fonctionner". En remplaçant "abusivement" "Seigneur" par une entité suprême absolument abstraite, une sorte de vide que chacun remplira à sa convenance, l'évocation aurait parlé avec la même force, mais avec plus d'ampleur encore, comme si elle débridait son côté "délirant" lui-même. Commencer la première phrase déjà sans ce nom ainsi : "Laissez-moi redescendre sans nom, je vous promets que nul…" aurait pu permettre à chacun de se glisser plus souplement dans la proposition. Car alors, qui n'aurait pas été séduit par cette idée de voir la vie par le trou de souris de l'anonyme capacité à percevoir sans affliction ni ressentiment, qui n'aurait pas essayé cette expérience improbable ? (bon d'accord, le passage avec "sac à miracles" et "fils crucifié"… aurait dû être plus profondément révisé).

   Myo   
17/6/2020
 a aimé ce texte 
Passionnément
Une approche originale pour nourrir l'espoir d'un brin d'éternité, pour conjurer le sort de notre condition humaine. Tout plutôt que le risque et l'angoisse du vide absolu... juste rester là et sentir la vie tout autour.

Un texte qui regorge de belles idées pour décrire cet état de vide et de rien dont se contenterait l'auteur pour éviter le grand saut.

Pour moi, l'emploi du mot Seigneur n'est pas dérangeant, il fait partie d'une culture et doit être vu plus comme un mot générique que comme une philosophie. L'auteur s'en libère en lançant son appel ( avec une pointe d'humour) dans toutes les directions, on ne sait jamais... J'aime beaucoup ce passage.

Un grand bravo.
Merci du partage

   Sadbutfun   
18/6/2020
 a aimé ce texte 
Bien
Ayant beaucoup lu et écris sur ce sujet toujours fascinant, je dois avouer avoir été un chouia déçu par le manque de risque. J'aurais aimé quelque chose de plus abouti, de peut-être encore plus désespéré. Mais je suis un critique très difficile en la matière - sur ce sujet particulièrement, et je ne peux nier que la simplicité sied bien à l'ensemble. J'ai eu un faible pour "par les nœuds et les nœuds et les nœuds de l’angoisse" - car oui bien sûr, si l'on ressentait quoi que ce soit le trépas passé, ce serait sûrement ça. J'aime aussi l'angle de celui qui se contenterait d'instants de misères plutôt que du vide sans fond qui est pour la majorité d'entre nous la définition même de l'Enfer.

Hélas, le Seigneur et ses acolytes sont morts eux aussi, ou alors partis bien loin fumer leur shit des étoiles.

Bref, bien joué, c'était sympa.

   Castelmore   
18/6/2020
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Une non vie sur terre ...
plutôt qu’une non vie dans un au delà inconnu .
Rester spectateur et seulement spectateur de ce qui « frémit » plutôt que d’un rien supposé ...
Tel est donc le souhait du narrateur...

La vie peut-elle se contenter de n’être qu’un regard ?
C’est cette perspective qui est peut-être le vrai délire évoqué dans l’exergue.

Les premiers deux tiers du texte nous emportent par des formulations originales et une forme de lyrisme plaisant.

La partie finale est beaucoup plus plate et éteint malheureusement une grande part de l’adhésion créée, - du fait aussi de l’utilisation répétée du mot « trou » qui me semble trop banale -
Peut-être gagnerait-elle à être retravaillée.

   Hiraeth   
18/6/2020
 a aimé ce texte 
Passionnément
Quel beau poème. Quel souffle. Quelle vision.

Ceux qui se plaignent du ton religieux ne savent sûrement pas que pour beaucoup d'auteurs et de lecteurs Dieu ne fonctionne que comme une fiction poétique. Pas besoin d'y croire réellement : la voix lyrique doit s'adresser à quelque chose qui la dépasse, et quoi de plus évident et universel que Dieu pour remplir ce rôle ? Quant au mot "Seigneur", c'est sans doute la périphrase divine la plus belle et la plus forte qui soit dans notre culture. Cet athéisme buté est vraiment ridicule... Le texte d'ailleurs reste spirituellement très ouvert : le Seigneur est "sans nom" (belle expression), et il est fait mention aussi bien du Christ que du Bouddha.

Non, vraiment, un poème émouvant (et je me targue d'avoir la fine bouche) telle une ode ultime à la vie, écrite dans un langage simple véhiculant des images puissantes et désespérées. Il m'a fait penser à la pièce de Ionesco, "Le Roi se meurt", ainsi qu'à ce passage de l'Odyssée :

"Ne cherche pas à m'adoucir la mort, ô noble Ulysse !
J'aimerais mieux être sur terre domestique d'un paysan,
fût-il sans patrimoine et presque sans ressources,
que de régner ici parmi ces ombres consumées…" (Chant XI)

Ce n'est que le deuxième "Passionnément" que je mets à un poème, mais il le mérite : il a vraiment quelque chose en plus par rapport aux textes habituels que je lis ici.

   Alfin   
18/6/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour PlumeD,
Ce Poème est vraiment parfait, il porte une dramatique très convaincante. Il est naturel, (bien que surnaturel) je veux dire par là qu'à sa lecture, tout nous semble à sa place et juste, quand je disait dans le commentaire sur Scipion au paradis que ton écriture est aboutie, je ne me trompais pas et je ne cherchait pas à adoucir les "critiques" sur le fond, je le pensais sincèrement et là j'en vois la preuve.

Bravo, continue comme ça et n’abandonne surtout pas les nouvelles !

Au plaisir de te lire

Alfin

   Anonyme   
5/7/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Étonnante prière !

Bien plus que la prière en elle même, ce sont les phrases à la fois délicates et fortes qui m'ont séduite!

C'est un très beau texte!

   Bossman   
29/7/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Une prière de mort si bien tournée que ça sentirait presque le "vécu" ! On se croirait dans cet état intermédiaire que certaines religions appellent le "bardo", c’est-à-dire avant de renaître dans une autre existence, éventuellement dans un autre royaume que le royaume des êtres humains. L'absence d'un support pour l'être peut-il entraîner une telle souffrance ? Au point d'aller renaître en âne ou en escargot ? D'autres renaissent dans des mondes sans forme, d'autres encore dans les mondes infernaux, tout dépend de vos attachements, de vos ignorances, de vos rejets !

On aurait envie de connaître la suite ! La réponse de dieu le père, genre : Mmh ! Rappelez-moi le numéro de votre dossier ! Ah non, désolé mon vieux, vous n'avez pas sauvé une seule vie ici-bas. Vous aimiez trop le fromage ! Attendez, ça me donne une idée, que diriez-vous de vous réincarner en Roquefort ?


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