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Poésie en prose
Pouet : On fusille l'été et en hiver on creuse
 Publié le 25/10/20  -  20 commentaires  -  465 caractères  -  542 lectures    Autres textes du même auteur


On fusille l'été et en hiver on creuse



Pourtant le soleil fond sur ce peuplier d’airain à tête d’oiseau battant des branches comme pour repousser le ciel ; à son tronc un lapin. Un petit lapin de la taille d’un lucane peut-être, un tout petit lapin sans peau, sans tain, au blanc tirant sur le noir. Il porte à son cou une douille de silence. Il chasse les non-dits et tambourine de ses pattes arrière, tambourine, tambourine, ça fait tap tap tap, ça gratte un peu et puis ça hurle et ça s’arrête.


 
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   socque   
1/10/2020
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Je trouve ce texte efficace parce que, en quelques mots simples, il me déstabilise et me laisse entrevoir un univers de violence et de mort, mais sans les dire vraiment. Bon, faut reconnaître que le titre aide à installer l'ambiance.

D'emblée, avec le peuplier à tête d'oiseau je flaire du bizarre, et ça devient bien décalé pour moi à partir du lapin petit comme un lucane,
un tout petit lapin sans peau, sans tain, au blanc tirant sur le noir.
(Vous écrivez que le lapin a la taille d'"une lucane", je pars du principe que vous parlez du lucane, l'insecte, parce que si vous pensiez à "la lucarne", l'œil-de-bœuf, je suis paumée.)

Le désespoir, pour moi, transparaît dans le blanc qui tire sur le noir, la mort violente dans le tambourinage qui hurle puis s'arrête. Belle économie de moyens !
À mon avis le texte "fonctionne" bien, mots décalés et propos flou. Peut-être, malgré tout, trop bref pour me remuer vraiment.

   Donaldo75   
12/10/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Autant le dire tout de go, ce texte m'a attiré d'abord par le titre que j'ai trouvé fort, dérangeant, impactant. Alors, pour tenir la promesse de ce titre et en l'absence d'exergue qui m'indiquerait à moi pauvre lecteur aveugle comment lire ce poème, il fallait du talent. Eh bien, ça vaut ce que ça vaut car je n'ai pas la science infuse et que je ne suis qu'un petit lecteur perdu parmi des milliards de lecteurs dans le monde et au-delà, ce poème m'a montré ce qu'était la poésie en prose inspirée, tonale, intelligente. La violence de ce monde animal résonne avec le titre et il n'est nul besoin d'une analyse lacanienne ou d'un commentaire de texte de douze pages pour prendre la claque dans la tronche et s'écrier, dans un dernier souffle de délire: alléluia ça c'est de la poésie !

Bravissimo de chez bravo.

   hersen   
12/10/2020
 a aimé ce texte 
Passionnément
On retrouve tout ici de la poésie qui ne se soucie pas d'être de la poésie, qui en est parce qu'il y a une expression très forte, parce qu'un lecteur non averti se dit "j'y comprends rien" mais qu'il faudrait qu'il lâche la bride et entre dans l'univers du poème.

Et alors il verrait.

Cet angle du petit lapin, entre histoire de 4-6 ans et histoire de mort gratuite, ça me fait entendre un gamin qui demanderait à son papa : Dis papa, ça fait quoi quand on est mort ?
Et le papa y va par quatre chemins pour répondre.

ça résonne.

   Malitorne   
25/10/2020
 a aimé ce texte 
Pas
Ben chez moi ça ne résonne pas du tout, et je reste étonné qu'on puisse se pâmer d’admiration pour un petit lapin qui fait « tap tap tap ». Le problème avec ce genre d’exercice, c’est que l’auteur sait pertinemment que personne n’y comprendra rien mais qu’on lui prêtera quand même une intuition géniale. Plus un message est obscur, plus il est facile de lui attribuer un sens, seule la clarté est intraitable. Il y aura donc autant d’interprétations que de sensibilités, chacun pouvant traduire à sa manière cet assemblage énigmatique de mots, servi par un titre racoleur tout aussi abscons.
Ça me fait penser à ces peintres qui barbouillent leurs toiles, applaudis ensuite par des esprits tellement fiers de leur anti-conformisme que l’enjeu n’est plus de louer la beauté mais de briser les codes, à n’importe quel prix, même celui de la médiocrité.
Bref, votre poésie ne me parle pas, je n’y vois qu’un espace creux qu’on peut remplir avec tout et n'importe quoi. Au bout du compte, elle ne fait pas preuve d'une véritable identité telle que je l'entends.

   Davide   
25/10/2020
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour Pouet,

Quoi qu'en dise et qu'en eût dit Chantal Goya, "ce soir, un chasseur a tué un lapin !"...

La mise en scène du drame est diablement efficace (ou plutôt, efficacement diabolique), mêlant tendresse (ben oui, c'est tellement "chou", les lapins, surtout quand ils sont bébés !) et violence (champ lexical de la guerre dans des images surréalistes et très signifiantes : "blanc tirant sur le noir", "douille de silence", "il chasse les non-dits"...).

Le meurtre de ce pauvre animal innocent, nu comme un nouveau-né, et se débattant à n'en plus pouvoir, m'est apparu, à moi lecteur, comme franchement insupportable ! Il me rappelle d'ailleurs une scène du film "Powder", où un adolescent doté de pouvoirs particuliers fait "ressentir" à un chasseur sanguinaire la douleur à vif de l'animal qu'il tue, une biche, je crois.

Mais bon, nul besoin d'images toutes faites quand le poésie nous fait "voir" avec une habileté certaine l'assassinat de tout un été.

PS : M'est venu à l'esprit un sens métaphorique à cette scène, une deuxième lecture en somme, mais je préfère ne pas m'aventurer sur le chemin escarpé que j'entrevois...

   eskisse   
25/10/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Pouet,

Que vois-je, moi, de ma "lucarne" ? Oh le lapsus calami !
Je vois un titre en miroir et une belle mise en abîme du rêve et de l'inconscient avec ses effets de condensation et de déplacements. Un texte vertigineux, donc.

   Tiramisu   
25/10/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour,

Economie de mots, et texte puissant. Bravo !

Texte qui prend aux tripes, je suppose qu'il y a plusieurs niveaux de lecture. Entre ce grand peuplier d'airain à tête d'oiseau, et ce tout petit lapin sans peau et sans défense, il s'agit d'un bébé lapin donc, cela n'a pas de peau un bébé lapin qui s'est pris une balle d'un chasseur débile (car il faut être débile pour tirer sur un bébé lapin). Rien que cet extrême entre cet immense peuplier et ce tout petit lapin, cela choque l'âme.
Il chasse les non dits, tellement de non dits, dans ce jeu de massacre de la chasse qui choque si peu de monde.
Et puis se confond (volontairement ou non) un film de walt disney, où l'on voit un lapin tout blanc qui s'appelle tap tap, je crois qui frappe le sol... Mais là on est plutôt dans la vérité crue, cruellement crue d'un petit lapin qui hurle et ça s'arrête.
Et le titre "On fusille l'été et en hiver on creuse" : les deux évoquent la mort.


Merci pour cette lecture.

   papipoete   
25/10/2020
bonjour Pouet
je ne comprends pas le sens du titre, et venant de l'une des meilleures plumes d'Oniris, ce texte est sûrement profond, et sa longueur ne signifie pas que l'auteur ne s'est pas foulé...au contraire !
NB je verrais peut-être un minuscule lapereau tout juste né, se débattre sous les crocs d'un prédateur ( humain ou bête ), hurler de sa voix de bébé et puis plus rein ; c'est fini...
je me souviens d'un " bébé d'homme " qu'on entendait pleurer, comme si on lui faisait mal ; regardant d'où venaient ces lamentations, moi et ma mie vîmes un salaud dépeçant un lapin, pendu comme sur la croix de St André ; il était encore vivant...
Je ne noterai pas votre poème, car je pense être à cent lieues d'où vous avez posé votre plume.

   Luz   
25/10/2020
 a aimé ce texte 
Passionnément
Bonjour Pouet,

C'est comme un poème écrit après un cauchemar de la nuit.
Le lapin meurt et pourtant le soleil fond sur ce peuplier, indifférent, c'est l'été.
Il y a peut-être plusieurs lectures possibles de ce poème. La poésie se comprend par l'émotion.
"Dans mon pays (de poésie) on ne questionne pas un homme ému." disait René Char.
Merci.

Luz

   Bellini   
25/10/2020
Le texte cache sans doute autre chose que ce petit lapin en train d’agoniser dans un dernier soubresaut de ses papattes arrières, ça tambourine, ça fait tap tap tap, ça gratte un peu la terre, ça hurle et enfin la mort.

J’ai noté une ambiance sinistre, le peuplier étant connu pour frissonner sans arrêt, alors pourquoi pas pour repousser le ciel en battant des branches, lequel du coup ne pourra pas venir en aide au lapinou, si nouveau-né qu’il en est encore sans peau, comme transparent, sans tain.

Mon décodage en vaut probablement un autre, mais si c’est le bon je ne suis pas transporté.
Alors je me dis : et si le peuplier d’airain à tête d’oiseau était Donald Trump (le canard) et le soleil sa voûte de cheveux blonds. Et si le petit lapin était George Floyd ou plutôt un de ses frères, abattu de sang froid. Du coup, le blanc tirant sur le noir….
C’est quand même sacrément emberlificoté, ce que je raconte. Mais si c’est un truc dans le genre, je trouverai que le symbolisme est trop camouflé, et si on ne voit pas le moindre fil à tirer il y a des chances pour que ça reste enterré, donc un malentendu sans intérêt, en tout cas pour moi.

Il subsisterait malgré tout des mystères : « il chasse les non-dits » ! Qui ça, le lapin ? Les non-dits de qui ? De la police ? Faut quand même arriver à suivre…
Je ne suis pas fan, ni de mes extrapolations, ni d’un poème qui probablement sous-tend un drame sans atteindre vraiment ni mon cœur ni ma raison. C’est que s’agissant précisément d’un possible drame, je n’aimerais me tromper ni d’indignation ni d’empathie. C’est le principal reproche que je formulerais à l’encontre de ce texte.

La forme n’aide pas beaucoup à la compréhension. Vous utilisez exclusivement ce qu’on appelle des métaphores in abstentia, où seul le phore (le comparant) est présent (le peuplier d’airain à tête d’oiseau, par exemple). Le thème (le comparé), lui, est absent (Donald Trump, s’il s’agit de lui…). Tout le texte est écrit sur ce modèle. C’est un peu usant pour un cerveau limité comme le mien :)

Ce qui est certain c’est que vos ressources poétiques semblent sans limites. Je ne me sens juste pas équipé pour les apprécier vraiment. Sans doute que j’ai déjà trop de choses en tête :)
Bellini

   Provencao   
26/10/2020
 a aimé ce texte 
Passionnément
J'ai beaucoup aimé "Ce petit lapin" au sein de cette violence presque étouffée, presque indélébile.

J'ai ressenti en votre lecture, et en "on fusille et on creuse" que le bien pouvait être antéposé à l'être .

Votre prose expose â mon sens, le drame de l'être ancré à lui-même, sa mort, son désespoir et son impossibilité à sortir de soi.

"ça fait tap tap tap, ça gratte un peu et puis ça hurle et ça s’arrête"

J'ai beaucoup aimé cette résignation à la douleur, au mal, à la violence où il faut presque refuser de voir dans les non dits par "la douille de silence" un cliché presque nécessaire.

Au plaisir de vous lire.
Cordialement

   Vincente   
26/10/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Il est des titres discrets, sobres, en retrait d'une poésie bien qu'ils s'y tiennent à la tête, comme la chapeautant. D'autres, neutres, font juste bonne figure, histoire de placer le texte en regard d'une conformité, d'un champ de convenances dont le propos s'en libera, ou pas !
Celui-ci est assertif, marqué et volontaire, dépassant la simple ouverture du sujet, il affirme son point de vue ; le reste, le poème, semble être un développement l'argumentant.

Mais heureusement il est plus que cela.
D'abord, le titre tout affirmatif qu'il paraisse laisse à l'interprétation une marge de manœuvre. Dans sa relative ambivalence formelle, placée sous des "on" impersonnels et généralisateurs, et dans le double sens "on fusille l'été" ("l'été est le temps des fusillades" ou "l'été est le fusillé" ?), traîne un doute sur l'intention d'écriture.
Ensuite l'on devine et même comprend que le lapin est celui d'un temps de chasse en particulier quand survient la "douille" à son cou, et ce tambourinage incohérent de ses "pattes arrières", serait-il entrain de se débattre ? et pourquoi cela s'arrête, alors que les mots sont déjà finis, fin du texte sans appel ? l'on soupçonne la mort qui lui aurait joué un mauvais sort…???

Il faut savoir ce qui est arrivé à ce petit lapin, c'est touchant un lapin, ne lui emprunte-t-on pas son nom mignon pour dire notre affection à nos petits-enfants ?
Et voici que du peuplier à la tête d'airain se dévoile de sa tenue de camouflage un chasseur… oui en tant qu'arbre, sa tête fait pensé à celle d'un oiseau de mauvaise augure. Et notre lapin, "sans peau", alors qu'elle offre la douceur de son pelage normalement, ici elle est "sans tain" (superbe image filée où le "tain", par ses capacités réflexives, ne génère plus le retour des rayons, ondes et intentions, voici l'affection totalement abîmée…).
J'ai beaucoup aimé aussi la métaphore de la "douille de silence". En soi l'expression est jolie, sauf qu'elle laisse entendre le silence de mort de son objectif tueur.
Ce pauvre lapin pendouille donc sur le flanc de l'homme qui l'a tué, comme s'il lui "grattait" la cuisse au rythme de ses pas.

Tout ça est bien triste, l'on se doute que l'auteur a dû apercevoir cette scène dans la vraie vie, pas de fiction ici dans les faits, par contre la manière de les raconter, en redonnant quelques instants de vie à l'animal dans cette poésie est non seulement sympathique mais aussi d'un redessin fictif bien inspiré, et d'une vindicte cependant modérée. Ainsi le chasseur reste l'emblématique homme qui pratique une activité séculière, nourricière et régulatrice, le lapin, le gibier par excellence, celui qui a la chance de vivre libre et parmi de nombreux congénères, jusqu'à ce qu'il rencontre son prédateur.

J'ai beaucoup apprécié cette forme originale, à la fois très redessinée sous sa tenue de camouflage – l'auteur y serait-il aussi chasseur… de lecteurs ? – est à la fois claire, presque limpide dans ses colorations oniriques ; ce n'est pas le lapin d'Alice mais bien que mort ou moribond, il est si vivant ici ; la poésie montre là sous la plume des capacités régénératrices bien séduisantes.

   Cat   
26/10/2020
 a aimé ce texte 
Bien
Le petit lapin sans peau de la taille d'un lucane me fait penser à ce lapin que ma mère, après lui avoir asséné un grand coup derrière les oreilles pour l'assommer avant de le saigner, me demandait de l'aider à déshabiller. Car, à défaut de crochet au plafond pour le suspendre et tirer la peau d'un geste ferme et sûr, il faut être deux pour faire du bon boulot.

Je crois que c'est à cette époque-là que j'ai pris conscience de la violence d'être homme sur Terre : tour à tour, prédateur et proie, même si de plus en plus souvent prédateur pour le simple plaisir et non plus uniquement pour se nourrir...

Quelle est la relation avec ton poème ? Bah, hormis la brutalité et la cruauté de l'humanité qui suinte, je ne vois rien d'autre. ^^

Surtout qu'au début de ma lecture, c'était mal barré. Une fois passée l'image du ''Peuplier... '' qui laisse augurer ta belle prose, celle que j'aime particulièrement, j'ai eu vite l'impression de me retrouver devant ces tableaux abstraits où tu te dis que l'artiste a balancé ses pinceaux mouillés de peinture au petit bonheur la chance, histoire de laisser faire le hasard sur la toile.

C'est parce que je connais et j'aime le poète Pouet, celui qui m'emballe dans « Le passage d'une gare », par exemple, que j'ai insisté pour creuser (même si on est pas encore en hiver).

Sérieux, tu t'es pas trop foulé ce coup ci... Tu es au régime demi-sec, ou quoi ?

Donc, c'est bien, pour moi, mais peut mieux faire. Largement mieux faire... Même si brr.. ''un tout petit lapin..., au blanc tirant sur le noir.''


Cat

   Cristale   
26/10/2020
Lâché en été...tu dois être content ? pan ! pan ! pan ! Fusillade virulente sous le soleil. L'oligarchie a décidé : maintenant rentre dans le rang, la récré est finie, travaille, tais-toi, confine-toi en silence, et si la douille te triture les chairs : meurs. Et si t'es pas mort, on te relâchera un peu pour les fêtes de fin d'année, puis cet hiver, on creusera ta tombe, ne t'inquiète pas.

Le peuple qui se plie face aux lois d’airains de son élite ?
Le petit lapin tout nu et tout bronzé, le citoyen lambda et désarmé ?
La porte était ouverte, je m'y suis engouffrée, que l'auteur me pardonne ^-^

Je file en douce....

   emilia   
26/10/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Une étrangeté qui perturbe la logique et le raisonnement, une économie de mots, mais des mots troublants, dérangeants, symboliques ou ambivalents qui peuvent aussi jouer sur l’homonymie ou sur l’effet miroir (comme ce mot sans tain qui rappelle la position du chasseur observant sans être vu…), pour mieux transmettre un message et sensibiliser le lecteur sur la chasse au lapin et la violence de ces trois déflagrations qui « fusillent « sa vie, la douleur ressentie par un hurlement et le terrible silence qui suit la mort… ; ce tout petit lapin de la taille d’un « lucane » pourrait insister sur le dommage collatéral causé aux jeunes lapereaux à la mort de leur mère, comme une double conséquence du tir du chasseur, dans un procédé elliptique… ; une prose comme un rébus à déchiffrer et interpréter que l’on peut voir aussi comme une mise en abyme pour le lecteur qui creuse et chasse à son tour « les non-dits »…

   Annick   
26/10/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup
La première phrase est poétique.

Voici en direct la mort d'un lapin peut-être nouvellement né, vu par un narrateur qui observe la scène avec distance : "ça fait tap tap tap, ça gratte un peu et puis ça hurle et ça s’arrête". Il est sans empathie comme le serait un très jeune enfant qui ne comprendrait pas ce qu'est la mort.

Des trouvailles : "douilles de silence" ou encore "il chasse les non dits".

La vie, c'est l'agitation, le bruit. La mort, c'est le silence.

Cette distance du narrateur face à cette scène fait naître paradoxalement chez la lectrice que je suis, un sentiment de pitié.

C'est là, le tour de force de ces quelques lignes.

   Queribus   
27/10/2020
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour,

Un texte court avec plusieurs niveaux de lecture: un exercice difficile malgré les apparences, un texte qu'on peut adorer ou détester, à la fois réaliste et surréaliste, tendre et dur à la fois, un écrit où chacun peut trouver ce qu'il veut. Quoi qu'il en soit, il a dû demander un vrai travail et, à ce titre, il mérite le respect.

Bien à vous.

   Lirian   
27/10/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Pouet,
C'est court et pourtant ça dur, ça reste longtemps, comme quoi...
Je te préfère dans ce registre là, où le beau tout de suite perceptible n'est pas une obligation, malgré la demande.

   Louis   
3/11/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Se dresse une chimère où le végétal, le « peuplier », s’associe avec le métal, « l’airain », et encore l’animal, « à tête d’oiseau ».
Poésie des alliages, l’airain en est un de plus, métal issu du cuivre et de l’étain.
Poésie des alliances : arbre vivant, arbre de vie, générations et généalogies.
Se dresse une gargouille vivante : l’arbre-oiseau de métal.
Poésie des inversions : ce n’est pas l’airain qui fond sous le soleil, mais le soleil qui « fond » sur l’airain du peuplier. Fusion, confusion du soleil et de l’arbre métallique, du ciel et de la terre, sous un soleil de plomb.
Dans ce « monde retourné », le peuplier « bat des branches », non pour s’envoler, non pour fondre dans les airs, s’y ruer, mais pour « repousser le ciel », pour chasser le ciel qui tombe, et avec lui le soleil. Arbre-oiseau enraciné dans le sol, qui ne peut s’envoler qu’avec, à ses pieds, le sol et la terre, la planète entière.

Poésie des contrastes : un petit animal, minuscule, de la taille d’un insecte, au pied de l’arbre immense, peuplier géant au tronc d’une unité liée à tout un peuple foisonnant, toute une lignée, peuple plié sous le ciel et le soleil.
Le lapin : un petit animal solitaire, lié au sol, à la terre, quand l’arbre d’airain prend l’air, et lui l’air de rien, petit animal, un presque rien.
Le lapin : animal doux et affectueux, animal fragile, au pied du peuplier de métal, robuste, solide, qui semble offrir force et sécurité, résistance et permanence.

San tain, sans étain, lapin fragile, minuscule, n’a pas les moyens, comme l’arbre-oiseau, de repousser le soleil, n’a pas la robustesse de l’arbre-airain, inébranlable.
Enfant démuni, petit lapin, au pied de l’arbre puissant et redoutable, et d’une singulière ambivalence : sécurisant et effrayant à la fois, gargouille protectrice et fantôme inquiétant d’autrui et de la famille.

Il porte « à son cou, une douille de silence ». Mort de trouille et de silence, a-t-il son mot à dire dans le monde où il émerge ? Que dire quand sont gravées en nervures sur l’arbre d’airain les dures lois de la réalité ? Comment s’affirmer soi, face à la dure réalité ?

Le lapin chasse pour exister. Il n’est pas chassé, il chasse. Chasseur, « il chasse les non-dits », au sens où il les repousse, et à la fois tente de les capturer.
Une tentative de dire, un vouloir-dire, tentative d’exister, pour que le non-dit silencieux devienne un dit explicite. Pour que ce qui se tait en lui advienne à l’être dans une parole.
Fusillé de silence, flingué par la vie d’une difficulté à dire, « tout petit lapin sans peau », sans extériorité, celle de la peau, tout d’intériorité donc, il cherche l’ex-pression. Tente de chasser hors de lui ce qui en lui se tait, pour exister près du grand arbre de vie. Pour advenir, comme diraient les lacaniens, au ‘’symbolique’’.

Chasseur de mots, il ne réussit pourtant qu’à produire des sons : «tap tap tap », à gratter, à hurler. Il « tambourine ». Il signale sa présence, libère un peu son angoisse. Mais ne réussit pas à s’exprimer, comme l’indique le sujet impersonnel : « ça gratte un peu et puis ça hurle »
Et puis « ça s’arrête ». Retombe le silence, sur cette image d’un arbre-oiseau de métal, auquel s’accroche un petit enfant-lapin, sans tain et sans parole.

Merci Pouet.

   Lariviere   
4/11/2020
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Salut Pouet,

J'avoue que rien que pour le titre, je suis content que tu aies écrit ce poème.

Poème, s'en est un, sans trop de fioritures prosodiques, mais avec une force et un impact de l'image (elles ne sont pas nombreuses) et du propos.

Je salue bien sur l'audace de la forme qui accompagne un fond qui m'échappe un peu, c'est le bémol pour ma lecture, non pas parce que le sens m'échappe, ca, c'est plutôt une plue value, mais parce que je m'attendais à lire quelque chose de plus "sociétal", le titre me faisant penser à quelque chose sur les mutins de 14-18 ou à quelque chose de cet ordre d'expression !...

Bref, c'est mon problème de lecture ; j'ai bien aimé ce passage de fin pour le petit lapin : "Il porte à son cou une douille de silence. Il chasse les non-dits et tambourine de ses pattes arrière, tambourine, tambourine, ça fait tap tap tap, ça gratte un peu et puis ça hurle et ça s’arrête."... sans être dans l'idée de mon thème, le poème est d'une description métaphorique entre les contrastes de doux et de brutalité, assez saisissant...

Merci donc pour cette lecture, peut être un chouïa trop courte à mon gout !


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