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Poésie contemporaine
Quidonc : Délire botanique
 Publié le 05/01/20  -  8 commentaires  -  3282 caractères  -  124 lectures    Autres textes du même auteur

Je me croyais un aigle et n’étais qu’un pigeon
Qui avait oublié qu’un jour il fut clergeon.
La beauté on le sait n’est fréquemment qu’un leurre,
Ne vous endormez pas sur l’aspect d’une fleur
S’il porte l’imbécile heureux sur un nuage,
Ne vous en remettez qu’aux parfums qu’il dégage.


Délire botanique



Un soir d’hiver au cœur comme j’en connus mille,
Prisonnier du maelström, l’estime sous blister,
Lors que ma dignité se perdait dans l’éther
Que d’autres se brûlaient aux dérivés d’amyle,
Herpes marines que l’océan glaviote,
Ulysse naufragé sur des reflets bleu-vert,
Un fanal naufrageur trompa ma galiote
Lors que j’imaginais avoir tout découvert.

L’espoir, me déniant jusqu’aux joies d’être amant,
En ces temps m’inspirait une vie dissolue.
J’ignorais qu’une fleur, dès lors qu’on la salue,
Fleur que pourtant l’abeille évite prudemment
Mais dont l’inflorescence inquiétante et femelle
Vous affole éveillant étrangement les sens,
La jusquiame donc, puisqu’il s’agit là d’elle,
Proposait des transports qui échappent au cens.

« Butine mon bouton aux ivresses charnelles ! »
Étalant sa corolle avec trop de candeur
La hanebane me subornait sans pudeur. (*)
Familière de l’ombre aux détours des venelles,
Ses lobes exposés tel un saint sacrement
Me gardaient sous le joug de leur parfum fétide.
De ce fait me tenant seul face à son tourment
D’un geste machinal j’en brisai la pyxide.

Comme un voile se tend avant de s’élargir,
Du couvercle apical la brusque déhiscence
Soudain se libéra de toute sa semence
Dans un flot écumant qu’on ne peut assagir.
Curieux je voulus, inspiré par l’enfer,
Goûter sa feuillaison et en deux coups de langue
Savourer sa liqueur. Sitôt bravé son fer
Me crucifia tant qu’encor ce jour je tangue !

Découvrant la vigueur de l’animalité
J’acceptai de Circé le pouvoir métamorphe
Avant de devenir un loup anthropomorphe,
Voyageur en sursis dans l’immoralité.
Le temps se contracta, vaincu, démissionnaire,
Et mon âme s’emplit d’un amour carentiel,
Dans mes brumes flottaient les vers d‘Apollinaire
Troublants qui me poussaient à rejoindre le ciel :

« Qu’onze mille vierges me châtient si je mens ! »
Je vis une sorcière, esclave misérable,
S’agiter dans le soir, nue et cheveux aux vents,
Qui dansait à la brune et s’alliait le diable.

Douze autres chevauchaient de grotesques coursiers,
Dragon, fourche, balai, chèvre et autre pécore,
Elles se dandinaient en ballets putassiers
Enduites d’un onguent et ondulaient encore.

Ressassant un cantique, élégie sibylline,
Mon esprit bascula, je ne pus que rugir
Tant et tant que mes dents prièrent Apolline.

« Tremblez ! Je suis sans peur, un roi conquistador ! »
Le vireux végétal venu m’assauvagir
Était aussi nommé, malheur, « fève de porc ».

L’herbe aux poules croît aux bords des cimetières
Sur un sol en friche à l’abri des lumières,

Le démon qui l’habite attend le jouvenceau
Pour laisser dans sa chair la brûlure d’un sceau.

Alors vint le matin

Frêle et incertain

Mon corps tordu

Au bord du

Linceul

Seul


(*) Hanebane: Plante dont l'odeur est désagréable, son suc narcotique est souvent mortel aux animaux qui en mangent. Autre nom donné à la jusquiame.


 
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   Eclaircie   
9/12/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour,

Énorme travail de composition pour ce long poème. Bravo !

Une longue parabole bien documentée, au vocabulaire soutenu, choisi avec soin.
La mise en forme du poème est surprenante à l'œil, tout d'abord, puis la teneur du poème vient justifier ce choix.
À la lecture, je n'ai pas noté de détail moins harmonieux, mais non spécialiste des formes classique et de ce style, je ne suis pas sans doute la mieux placée pour ces remarques.
Si ce genre de poème n'est pas ce que je préfère en poésie, j'applaudis la qualité de ce "Délire botanique", le titre prend tout son sens après lecture, aussi.

Merci du partage,
Éclaircie

   Gemini   
9/12/2019
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Délire dans lequel on sent beaucoup de travail.
J'ai du apprendre une dizaine de mots : clergeon (de l'exergue), blister, herpes marines, cens, pyxide, apical, déhiscence, carentiel, vireux, assauvagir, sans parler de ceux dont j'ai du parfaire ma connaissance :, galiote, inflorescence etc... Et j’ai appris le nom de la graine de jusquiame.

Le style est aussi soutenu. Dès le départ v1, l’inversion "un soir d’hiver au cœur" m’a surpris, puis j'ai adoré la rupture du sujet, introduite par une virgule au v11, pour reprendre son verbe au v16, avec reformulation v15 pour le sens. C'est rare de voir ces figures en poésie. Je trouve l'écrit si bien fait (et la ponctuation bonne), que je me suis étonné de l'orthographe de "leur" dans l'exergue, (sans doute un jeu de mots que je n’ai pas compris), d’un « s » omis à "voulu" (quatrième strophe, était-ce voulu ?), et du choix du pluriel dans l'avant-dernier distique pour : "aux bords". Une remarque tout de même ; répétition de "lors" première strophe (repris à la deuxième par "dès lors").

Pour la forme, la douce dégradation des strophes, du dernier huitain au monostique monosyllabe final, semble dessiner la lente agonie du narrateur qui se débat dans ses fièvres avec, au fur et à mesure, de moins en moins de vigueur jusqu'à la mort : 5,4,3,2,1, partez !

Le délire toxique est bien rendu, sans doute un peu savant pour qui n’a pas jeté un œil sur la référence internet (j’avoue avoir ouvert la page wiki de la fleur et tout découvert de la trame du texte).

On pourra reprocher le côté trop pointu de ce texte, mais personnellement, je préfère applaudir la bonne mise en forme d’un bon travail préalable.

   Alfin   
9/12/2019
 a aimé ce texte 
Passionnément ↑
Mais quel bonheur que de tomber sur ce délire botanique ou un certain a déposé sa langue où il ne fallait pas.

Merci pour ce texte dense et très agréable à lire, je me suis promené avec le narrateur. J'y étais sans aucun doute, je n'aurais peut-être pas goûté de cette fleur défendue, mais je comprends en voyant une photo de l'objet de ses délires, du désir qui l'étreint.

Pour la forme, il n'y a rien à redire, tous les vers ne sont pas égaux en qualité et merci, car cela permet de respirer.

La succession de rimes embrassées et alternées surprend en début de lecture et ensuite charme, car cela constitue la forme choisie pour les huitains.
Bien qu'il faudrait théoriquement une suite de type ABAB CCCB. L'autre défaut qui est plus important pour la lecture, c'est l'erreur d'absence d'alternance féminine/masculine aux v4-5 du premier et du quatrième huitain. Mais c'est là peu de choses, face au résultat global.

De plus, nous sommes en poésie contemporaine et c'est bien connu, en contemporaine, tes envies sont souveraines.

La perte de structure du narrateur est habilement amenée, à double titre, le délectable balais de sorcières (moment magnifique et magique s'il fallait le préciser) et pour la forme, la dégressivité des strophes qui nous amène finalement à un mot "seul" quand les toxines ont été évacuées.

Petite question :"Herpes marines que l’océan glaviote" n'est-ce pas plutôt Herbes marines que l’océan glaviote ? Car sinon il manque un accent... ou il s'agit d'un terme que je ne connais pas ?

Bravo pour ce pur moment de bonheur.

Au plaisir de vous lire,

   eskisse   
5/1/2020
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Pardonnez-moi, Quidonc, mais je ne suis pas parvenue, ce matin, après plusieurs lectures, à être séduite, amusée ou touchée par le Délire botanique que vous proposez.
Je crois que le recours au lexique spécialisé de la botanique constitue un frein à mon adhésion. L'excès de vocabulaire recherché gâche selon moi l'efficacité du poème. Je recherche souvent plus de sobriété en poésie, c'est là mon vilain défaut.

Mais je reconnais le grand travail qui a été effectué.

   papipoete   
5/1/2020
bonjour Quidonc
Je lis ce délire avec attention, mais bien vite je comprends que non seulement il faut pour vous suivre, être lettré, féru de botanique et l'esprit très ouvert à la compréhension aux multiples sens... un genre de Devos ou De Groot à la fois !
De plus, la longueur du thème ( j'admire la prouesse de l'auteur ) m'oblige à semer des petits cailloux blancs derrière moi, pour ne pas me perdre en chemin !
Je ne puis noter pour toutes ces raisons, et en laisse le soin à tous ceux qui savoureront avec plaisir votre " délire botanique ".

   Robot   
5/1/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Je reconnais qu'il faut un certain effort pour s'engager dans la lecture de ce texte. Mais, si on s'attelle avec patience, dictionnaire en main pour une première lecture, et qu'ensuite, armé des connaissances nécessaires on reprend du début, la qualité foisonnante de ce récit apparaît.
Cette rencontre avec la vénéneuse jusquiame compose un récit assez passionnant qui nécessite cependant une lecture et une attention persévérantes pour un non initié afin d'en apprécier l'ensemble des images et des métaphores.
Au final, je ne regrette pas de m'être plongé dans ce texte que je considère comme une forme de conte versifié.

Un petit bémol pour le final: a mon idée, j'aurais inversé ainsi les derniers vers:

Alors vint le matin

Frêle et incertain

Mon corps tordu

SEUL

Au bord du

Linceul

   Queribus   
6/1/2020
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour,

Je suis tout d'abord ébahi devant l'énorme travail qu'a du susciter ce poème écrit dans une langue et une prosodie quasi-parfaite (les puristes pourront trouver, ça et là quelques petites fautes infimes qui n'enlèvent rien à ce travail). Cependant, dès l'abord, la longueur peut en décourager certains et puis, Tudieu, quelles connaissances en botanique faut-il avoir pour vous lire mais c'est aussi l'occasion d'apprendre des choses. Je pense quand même, que vous auriez pu faire plus court et aussi efficace (même le sonnet aurait pu donner un bon résultat, je pense).

Quoi qu'il en soit, je salue votre travail et votre courage. J'en profite pour vous souhaiter une très bonne année 2020 avec beaucoup de poèmes (pas forcément aussi longs) mais aussi beaucoup de joie et de bonheur.

Bien à vous.

   Castelmore   
6/1/2020
 a aimé ce texte 
Passionnément ↑
Que voilà un délire !
Et pas seulement botanique ...
...

La botanique n’est que le vecteur, peut-être même seulement le prétexte !

Bien sûr il y a la connaissance de ce domaine ... précise profonde et peu commune,
il y a l’aisance à s’y promener et nous y guider sans nous perdre comme si nous en étions des familiers...

il y a surtout une formidable pensée poétique un élan allégorique qui m’a emporté si loin que j’ai eu du mal à revenir avec le narrateur ...
à notre solitude si mal partagée...


Merci pour ce voyage fantastique !

Ps: N’ayant pas vos connaissances botaniques et en « attendant le linceul », je vais programmer un petit séjour à Ééa, et rendre visite à qui vous savez...

ÉDIT : je viens de succomber deux fois encore aux charmes envoûtants et délirants de votre opus ... et le plussoie avec plaisirs !!


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