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Récit poétique
Raoul : Nous accostâmes
 Publié le 08/01/22  -  15 commentaires  -  2400 caractères  -  241 lectures    Autres textes du même auteur

« D'une pensée plus urticante que méduse
Je pars voilà vais faire un tour »
V. Rouzeau


Nous accostâmes



Nous accostâmes par le nord et par beau temps. Le ciel avait des couleurs de paupière.
Notes :
Pour commencer par le suc même de la ville, on entendait mugir les démons, rampant sous la cendre des rues pavées de crânes chauves. Striant aussi le ciel de leurs cris affreux, ils étaient déjà à l'œuvre, tendant câbles et cordes jusqu'au point de rupture des instruments géants qui déplacent les marchandises, ils fulminaient et fumaient par les cheminées qui montrent le zénith. D'ailleurs, les chats équilibristes de gouttière, prudents et paranoïaques, jetaient sans arrêt des coups d'œil jaune derrière eux où pourtant il n'y a rien d'autre que leurs queues.

Le nord snobe le sud, ils – femelles et mâles – en viennent parfois aux mains.

Les petits métiers perduraient ici. Le Ralentisseur de temps, par exemple, qui allonge les silences qui se contorsionnent entre les mots des conversations. La Pluvieuse aussi, qui déclenche l'averse par la puissance du regard et sauve ainsi les récoltes de blé, de son… Ou même encore quelque Pythie perspicace aux yeux de pie, parlant à moult fous, à moult fans tremblants.

Les escargots à quatre antennes et la trajectoire des étoiles découpées par la fenêtre de notre parapluie de capitaine nous accaparent et préoccupent.

Les nuages sont d'un étrange orangé, ils se nourrissent de fumées, messages sioux des westerns, ils s'élèvent des citernes éventrées du front. Les rues, même les tranquilles, portent des noms de généraux où tout en passant on pense à autre chose. Hommes mangés aux mites.
La roue n'était pas inventée.

Quand on regarde l'horizon, les lèvres des balayeuses écument, on les entend mugir les dragons où place nette est faite pour que le groupe à chapeau des colons posent dans leurs habits de voleurs de Boli, trafiquants d'âmes.

La langue est métallique. Elle grince de pft, de sks et de claquements que l'on chique dans des sagas et des tirades. Familiers, les perroquets s'en gargarisent, se dandinant sur leurs perchoirs, mangeant des doigts, roulant des yeux.
Depuis les jardins on entendait rire les cascades de perles que de larges fleurs fessues, charnues, lippues, croquaient en se penchant et balançant et chemin faisant boiter la beauté. On jouait au croquet.

Comme on s'intéressait, on nous recracha comme un noyau d'olive.


 
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   socque   
27/12/2021
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Une force étonnante je trouve dans votre écriture, dans cette description d'une ville ailleurs, dans le temps et l'espace, que je sens proche aussi par des détails furtifs tels les chats qui
jetaient sans arrêt des coups d'yeux jaunes derrière eux où pourtant il n'y a rien d'autre que leurs queues.
ou les balayeuses ou les rues avec des noms de généraux.

Des associations que pour ma part je n'ai jamais lues, par exemple les fleurs fessues. Curieusement, bien qu'il n'y ait pas franchement d'élément horrifique, l'exotisme vénéneux de l'ensemble m'a fait penser à Lovecraft ; il a écrit deux ou trois nouvelles avec ce genre d'ambiance.

Des lourdeurs aussi selon moi. J'ai relevé deux moments qui ont brièvement arrêté ma lecture :
Le Ralentisseur de temps, par exemple, qui allonge les silences qui se contorsionnent (deux relatives successives introduites par "qui", je trouve que ça plombe tout de suite)
on les entend mugir les dragons où place nette est faite pour que le groupe à chapeau des colons pose dans leurs habits de voleurs de Boli, trafiquants d'âmes (pas compris la structure de la phrase, et sur le fond l'évocation est confuse, brouillonne me semble-t-il)

Un léger regret sur l'évocation du métier de "Pythie" qui m'apparaît bien banal à côté des autres ! Mais j'aime qu'elle ait des yeux de pie.

Un récit diablement poétique, oui, qui m'a fait voyager en tapis volant aussi rapide qu'un Airbus. Chapeau. Chouette titre !
Ah, et j'apprécie la structure du texte : une phrase, tout le corps consiste en "Notes". Un renversement intéressant où je lis que l'essentiel d'une histoire, d'une expérience, se situe dans les à-côtés, non dans la version officielle…

   Marite   
8/1/2022
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Après une première lecture de ce récit poétique j'ai pensé à l'accostage de ces "Nous" dans une terre ravagée par un cataclysme avec les multiples images, dont certaines un brin hallucinantes, s'offrant aux regards. Puis, en y revenant, certaines expressions m'ont transposée dans les esprits de ces étranges voyageurs :
- des instruments géants qui déplacent les marchandises,
- les chats équilibristes de gouttière,
- Le nord snobe le sud
- Les rues, même les tranquilles, portent des noms de généraux
- place nette est faite pour que le groupe à chapeau des colons posent dans leurs habits de voleurs de Boli, trafiquants d'âmes.
- Comme on s'intéressait, on nous recracha comme un noyau d'olive.
Et alors, j'ai pensé aux embarcations de migrants accostant sur les côtes ... C'est le "Boli" qui m'y a fait penser car, après recherche, ce "Boli" semble faire référence à un fétiche animiste malien qui renferme l'âme des ancêtres, entre Afrique et Europe.
Une écriture déroutante mais néanmoins poétique tant par les images déroulées à foison que par un dépaysement qui peut nous faire perdre le sens et la réalité de la situation décrite.

   Cyrill   
8/1/2022
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour.
On se perd un peu, ce sera ma réserve, dans ce foisonnement aimable de science ‘philo-magico-inactive’. Comme une petite idée de décroissance qui flotte mais sans peser.

Mais j’ai aimé ce parti pris surréaliste. Il y a de belles envolées, très poétiques, comme dès le début : « Le ciel avait des couleurs de paupière. », puis « des rues pavées de crânes chauves. », « faisant boiter la beauté. »
Et j’ai adoré l’histoire des chats parano !

Dire que j’ai tout compris, que non pas. Mais pour moi c’est ça, entre autre, la poésie : emmener ailleurs et se débarrasser parfois de message, comme on laisse un encombrant bagage pour mieux accoster cet ailleurs surprenant.

   Cat   
8/1/2022
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Un regard au réalisme désabusé, mais tellement poétique, sur les démons en approche du monde, celui de la ville en particulier... Où femelles et mâles imitent le paradis d'Adam et Eve mis à mal.

Je ne sais dire mieux, mais l'ironie en contrepoint (ce n'est que mon ressenti) ''allège'' l'ambiance glauque et un brin menaçante, qui plane ici.

Le récit est truffé de ces pépites qui rendent un texte truculent. Je reviendrais peut-être les relever noir sur blanc. Pour le moment je me contenterais d'une relecture...

Merci pour le voyage, Raoul.


Cat

   Stephane   
8/1/2022
 a aimé ce texte 
Un peu
Je n'ai pas réussi à rentrer réellement dans ce récit qui ne manque pourtant pas d'audace dans la vision qu'il décrit.

Le Ralentisseur de temps plonge définitivement ce récit dans la catégorie science-fiction du fait d'une technologie inexistante à ce jour.

Quelques bribes sur la vie des colons dans un monde hypothétique - mais étrangement proche du notre - et antérieur à l'invention de la roue ;

Un problème de concordance des temps (passé simple, imparfait, présent) ;

Une fin assez incompréhensible ;

Je ne suis décidément pas séduit par le traitement de ce récit, même si je reconnais des qualités d'écriture.

   Atom   
8/1/2022
 a aimé ce texte 
Bien ↑
J'aime bien ce petit coté - Cités obscures - de Peeters et Schuiten (BD)
Le titre et les notes laissent entendre que l'on a affaire à des découvreurs d'un nouveau monde ou tout simplement d'un monde nouveau.
Le fait d'accoster donne l'idée jolie et poétique d'une ville - île. J'aime bien.
J'apprécie beaucoup cette phrase : 'Le ciel avait des couleurs de paupière" que l'on imagine closes et orangées comme si au fond tout cela n' était qu'un rêve sous le soleil.
juste un passage que je trouve un peu lourdingue : "on les entends mugir ... voleurs de Boli". Alors que derrière on a l'excellent "trafiquant d'âmes".
Étrange aussi cet imparfait : "Les petits métiers perduraient ici" alors que toutes les notes sont au présent.

   papipoete   
8/1/2022
 a aimé ce texte 
Bien ↓
bonjour Raoul
Un texte dont la substance ne sauta pas aux yeux ; il peut-être actuel, évoquant ces navigateurs entassés dans des rafiots pneumatiques, débarquant sur une terre inconnue... ou atteignant le fond de la Méditerranée. Ou bien ces " sauvages " que l'on venait capturer en pleine forêt, pour les exposer dans des zoos de Londres par exemple.
NB partant sur l'un de ces thèmes, nous accostons une plage hostile où de drôles de personnages, aux habitudes extra-terrestres ne sont pas les meilleurs hôtes que la planète put porter !
On nous goûta, puis tel un noyau d'olive, gardant le meilleur, on nous recracha...
Quelque peu abscons pour moi, ce récit poétique dans lequel sûrement, je m'égare !

   Lariviere   
8/1/2022
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour Raoul,

Je salue la qualité de la prose et la maitrise du récit. C'est un texte très fluide et très rythmé. Dire que j'ai tout compris sur le fond serait mentir mais cela ne me dérange pas, une bonne poésie doit s'inscrire en dehors des chicanes trop réductrice de la raison... Le thème assez flou est donc singulier pur cette odyssée fantasque et narré de façon originale, en tous cas, très poétique.... Les images déployées tapent juste.

J'ai beaucoup aimé ce texte

Merci pour la lecture et bonne continuation !

   Annick   
8/1/2022
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Dans ce texte, il y a de la science fiction, du surréalisme, du Alice au pays des horreurs, de l'aventure, des références à la mythologie,  de cette poésie innovante qui casse tous les codes et qui, pour le moins, surprend, au plus, déroute la lectrice que je suis...

J'ai aimé, par exemple, cette audace d'associer des mots, comme " couleurs de paupière" pour faire naître une autre poésie,  pionnière.
Pour aller au-delà de la couleur...

J'ai aimé  la solidité et l'énergie qui se dégagent de l'écriture, le point fort de ce texte.

Boli est une ville de la côte d'Ivoire, référence tangible dans ce monde d'épouvante surréaliste. Colons, généraux  me font penser à une occupation ou une guerre. J'aurais aimé plus d'indications de ce type pour me raccrocher à des repères précis et rattacher cette vision apocalyptique, cet enfer, à un événement plus concret.

Les notes me font penser à des notes d'un carnet de voyage.

Déroutant mais non sans saveur.
 

   Anonyme   
8/1/2022
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Quel que soit le fond du propos initié dans l'esprit de l'auteur j'ai trouvé un poème métaphysique, à mon sens, qui m’a renvoyé vers beaucoup de peintres comme De Chirico et bien d’autres défendant un intérêt commun, me semble-t-il, dans l’idée de notre place éphémère au milieu de ces villes, de ces civilisations, en ruines ou non, à moins que ce ne soit l’inverse. Qui mange l’autre, qui construit l’autre? Une foultitude de questions émergent de ce récit à la précision d’écriture redoutable et tellement poétique. Chaque jour, nous accostons tous. Merci.

   David   
9/1/2022
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Raoul,

J'ai eu une sensation d'engouffrement, depuis l'orbite que je m'imaginais sous la paupière du début jusqu'à la bouche d'où j'imaginais que se recrachait le noyau à la fin. Le texte aurait comme une forme de cloche, comme un casque de scaphandrier qui s'enfile et d'où l'on ne peut voir que par de petits hublots.

Je repense aux zeugmes :

"Nous accostâmes par le nord et par beau temps."
"Les escargots à quatre antennes et la trajectoire des étoiles découpées par la fenêtre de notre parapluie de capitaine nous accaparent et préoccupent."

D'autant que leur construction est inversée, verbes en premier ou en dernier, ça forme aussi un cloisonnement, une impression d'entrer et de sortir d'une pièce sans vraiment la voir, ça donne une étrangeté.

J'ai pensé aux animaux assez fréquemment invoqués, j'y compte les démons, chats, escargots, dragons, perroquets, il doit y avoir autant d'humains...

Une clé de lecture, pour un poème ouvert comme une bouche qui mange ou un oeil qui regarde, c'est peut-être ce Boli qui ferait écho à la ménagerie, ce fétiche africain volé représentant un animal symbolisé.

Le vers isolé :

"Le nord snobe le sud, ils – femelles et mâles – en viennent parfois aux mains."

Il pourrait aussi refléter le texte comme parlant de l'esclavage, la colonisation, mais ça me semble bizarre, ce n'est pas un pamphlet, un brulot contre ceci, cela.

Les onomatopées sks pft m'ont fait pensé à une ville hollandaise, et c'était encore une image coloniale en quelques sorte.

"La roue n'était pas inventée." comme pour dire que ça ne tournait pas rond...

"Nous accostâmes... " j'ai tout de suite pensé à la phonétisation de la conjugaison : âmes, coût, et j'ai aussi ressenti l'émerveillement, ce "nous accostâmes... " aurait pu débuter un récit d'île au trésor.

Le texte garde cet émerveillement, il l'entretient tout du long, mais dessous, comme sous des paupières, il y a comme une révolte, un pleur, un cri.

Enfin, c'est un poème très riche, je devrais écrire cossu pour rire un peu, parce qu'il m'a fait faire un tour d'un tas d'émotions, sans les bousculer, les haranguer, c'est très captivant.

   Pouet   
10/1/2022
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Salut,

ce qui tout de suite marque, happe, embarque, c'est l'ambiance crée, bien perpeillante et hippocampale je trouve. Ce petit décollé du réel avec l'air qui passe.

Y a du subliminal dans l'assonance aussi, pour la Pythie : "parlant à moult fous, à moult fans tremblants" du coup moi je lis à moult faux-semblants et ça j'aime veluement.

Je crois que tout me cause à effet ici sauf le ralentisseur de temps, pas trop encadrané çui-là .

Les olives, noires ou vertes ? Question.

   hersen   
11/1/2022
 a aimé ce texte 
Passionnément ↑
Je ne pense à rien en lisant ce texte. Je suis prise par des images, par un ici et maintenant et un ailleurs dont je ne démêle rien, sinon tout s'écroule.
Il y a enchevêtrement dans les chemins, les rues, les rivages. Cela donne un infini déjà passé dans un futur approché, et c'est sûr, ce qu'il m'en reste, c'est une prose magnifique, la maîtrise dans l'invention, la création d'images.

"Comme on s'intéressait, on nous recracha comme un noyau d'olive"
Je reviens brusquement sur la terre ferme et je relis le texte. Il a, après cette phrase finale, un tranchant perpétuel. L'accablant, l'éternel rejet.

Merci pour cette lecture !

   Antonin   
13/1/2022
 a aimé ce texte 
Pas
Description en vrac (normal : ce sont des notes de voyage, pas un récit) d'éléments d'un monde fantastique dont certains rappellent étrangement le nôtre.
Quelques remarques, en vrac :
– on dirait que les temps sont distribués aux propositions à pile ou face : un coup passé... un coup présent...
– on ne récolte pas le son ; c'est un déchet de la mouture du blé...
– ce sont les étoiles ou leur trajectoire qui sont (est) découpée(s) par la fenêtre ?
Bref, ce "melting-pot" sans queue ni tête, parfois amusant, souvent agaçant, ne semble avoir d'autre but que faire dans l'original.
C'est réussi – comme l'aurait fait n'importe quel cauchemar idiot – surtout que, pour couronner le tout – puisqu'il fallait bien finir la "check-list" dans le grandiose – la dernière phrase nous apprend qu'on était dans un corps... Difficile à avaler, et très indigeste

   jfmoods   
15/1/2022
Le texte s'apparente à ce que l'on nomme une relation, c'est-à-dire un récit réaliste et détaillé rédigé en prose par un voyageur qui découvre une terre inconnue et partage cette expérience nouvelle avec ses contemporains. Or, l'escale dont il est question ici déjoue les attentes. Il s'agit en effet d'un récit poétique dans lequel le fantastique le dispute au merveilleux.

Le lecteur se voit précipité dans une ville attirante et excentrique, une ville voué aux oracles du jeu et, donc, aux lendemains qui déchantent ; une ville inquiétante qui abrite la misère humaine, où la violence sévit, où la guerre civile couve, le conflit entre les sexes se présentant comme l'ultime avatar d'une société en décomposition. Est-ce une mégapole miroir de notre modernité, de notre "haut degré de civilisation" ?

La dernière phrase du texte laisse à penser que le voyageur n'est autre qu'un migrant en quête d'une terre d'accueil et qui se voit brutalement notifié une fin de non-recevoir.

Merci pour ce partage !


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