Page d'accueil   Lire les nouvelles   Lire les poésies   Lire les romans   La charte   Centre d'Aide   Liens Web 
  Inscription
     Connexion  
Connexion
Pseudo : 

Mot de passe : 

Conserver la connexion

Menu principal
Les Nouvelles
Les Poésies
Les Listes
Recherche


Poésie libre
reumond : Retourner aux premiers mots
 Publié le 25/07/09  -  3 commentaires  -  4512 caractères  -  31 lectures    Autres textes du même auteur

J’aimerais retrouver les premiers mots, ceux de la pré-humanité, de la pureté à l'état sauvage ; remonter les mots les uns après les autres, mot à mot, d’aval en amont jusqu’à la création du monde.


Retourner aux premiers mots



J’aimerais revoir l’échafaudage originel fait d’ânonnements, de chair contre chair et recouvrir le vocable premier, ce cri primal du père pithécanthrope, phonème rare, premier signifiant tout cru. Je voudrais entendre la première vocalise du sinanthrope sous la voûte du ciel, quand tombe la neige pour faire broderie aux festons blancs des arbres. Je désirerais d'un vif désir, trouver de nouveau les premiers mots, au faîte des arcs-en-ciel voutés, et d’arcs-boutants engendrés par le pli du rein créateur, des jets ahanés dans un grand effort cosmique par un Univers en pleine gestation.


Avec des ouille et des aïe
Combien d’interjections exprimant la douleur
L’enfantement des préhominiens
L’effort la surprise l’ennui l’amour
Pour procréer ensemble les premiers mots
Pour dire à terre les premiers vers

Quand les poètes étaient nus et vêtus de bêtes
Et quand les animaux mangeaient les premiers poètes
Avant qu’ils ne prennent la peine de calligraphier
L’avenir au mur d’un Facebook rupestre

J’aimerais revenir sur les lieux des prémots
Remonter les prés jusqu’à la création du monde
Pacage où l’herbe se mêlait aux corps
À pleines mains à pleines cordes vocales
En des bouches démiurges relatant la vie
Naissante d’un sein pur donnant son miel

Que je voudrais respirer le Temps retrouvé
Remonter la pendule jusqu’aux premiers mots
D’amour celui d’une cosmogonie déployée
Comme parchemin au fil des termes
Des archaïsmes fripés par d’antiques combats

Je voudrais retourner au Principe
Retrouver l’esprit même des mots
Remonter à contre-courant
Ramant jusqu’à la source initiale
Où nagent les Diodons hystrix
Et les holocanthus colorés du sang
Des tout premiers vivants
Hominidés de tous cris

Remontant le cours des eaux violentes
Jusqu'aux lieux de provenance
De tous les balbutiements de l’animalité
Basique et préalable au langage parlé
Onomatopées de tous poils
Pour dire la lune l’arbre et le soleil

Mots nés d’une première boutade
D’un premier pet
D’une pierre lancée au vent
D’un rot libérant des voracités
D’un bruit de la nature
Des premiers mots croisés avec la terre
Le fer la vague et l’air
Mots volés aux mâchoires des prédateurs
Bredouillement de sons inarticulés
Entre deux regards échangés

Combien d’interjections d’interrogations
D’exclamations au sein du clan
Combien de noms donnés aux bruits
Aux fruits au feu à l’orage et à l’eau
Aux cris de l’aigle dans les nuages
Depuis la nuit des temps
Paradis aux lagons de la nature

Combien de mots dans l’inquiétude de la nuit
Combien de mots clés pour dire le tout nouveau

Combien de bruits nommés par l’homme
De ronflements entre cochons et chiens
D’appels de cris de questions
Pour nommer les pleurs du bébé
La colère et la rage de survivre

Avec quels mots bénir et maudire
Avec quels signaux d’amour
Ou de détresse dire exprimer
Avec quels gestes quels mots
Marquer les peurs et les bravos
Nommer l’innommable
L’inconnu la nouveauté l’autre
L’ennemi le sacré l’invisible
L’absence et la présence aimées

Comment décoder les mots
D’une inarticulation
Des espaces primitifs
Des plages muettes
Retrouver la page immaculée
Toute sauvage des premiers mythes
Et des écrits vacants

Comment expliquer les mots
Depuis la création du monde
Comment démonter l’abc du verbe
Jusqu’au vide du parler
Comment la voix se fit voie
Élocution sensée et capacité d’être
Comment expliquer les mots
Jusqu’au néant de la langue
Et retrouver l’innocence toute nue
D’un premier langage à vif
Des premières tentatives maladroites
Preuve de l’homme
À l’épreuve de la préhistoire

Là où les mots sont la preuve de l’épreuve
Les premiers essais de dialogue et d’échange
Grossiers comme un silex
Gauches comme un accouplement
Au temps où « communiquer »
N’était fait que de silence et de chair
Ponctués d’entre-mots


Je voudrais remonter les mots
Les uns dans les autres
Jusqu’à cet espace vide
Du verbe mécano
Où la parole peut se dire


 
Inscrivez-vous pour commenter cette poésie sur Oniris !
Toute copie de ce texte est strictement interdite sans autorisation de l'auteur.
   hayley   
25/7/2009
J’aime assez cette idée de remonter aux premiers mots, aux premières images, premiers signifiants d’un langage originel. « Dieu sépara les mots des images pour qu’elles ne fassent plus qu’une en la terre du milieu » peut-on lire dans un poème intitulé « Une autre histoire de la terre du milieu » où l’auteur fait probablement référence à Tolkien. Le temps de lire et j'ai tout revu à l'état brut, de l’origine de l'univers à celui de l'homme, comme un voyage vers les temps mythiques pour retrouver l'essence et reconstituer l'existence et entendre ce son premier, plus fort que tous les mots, dans le silence cosmique. C’est beau comme une orchidée qui dit l’histoire du monde végétal et l’avenir du beau, du premier au dernier, c’est toute la force du verbe créateur dont un poète fait son pain quotidien.

   FIACRE   
26/7/2009
 a aimé ce texte 
Bien
La dernière strophe me semble parfaitement suffire à ce rêve de simplicité.
Le texte est intéressant mais long à mon goût.

   David   
27/7/2009
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour Reumond,

"J’aimerais... " Moi aussi, pour le bruit, pour le sens esquissé, pour le brouhaha des premiers échanges, pour le détail qui trahit ce qui va advenir, pour ce vers là :

"Et quand les animaux mangeaient les premiers poètes"


Oniris Copyright © 2007-2020