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1 Utilisateur(s) anonymes
Re : Fragment delta n°8 : explications et remerciements |
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Expert Onirien
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Bonjour Lariviere,
J’attendais que vous me remerciiez personnellement (je veux dire pas dans le sens « avec impatience ») pour rebondir sur votre post #4 Je comprends votre déception, vous nous donnez énormément de vous dans toutes vos poésies et ce n’est pas toujours « récompensé » comme cela devrait l’être ! Comme je l’évoque dans mon commentaire, l’effort intellectuel à fournir pour vous commenter peut rebuter certaines ou certains dans un monde où tout doit aller à mille à l’heure, en un coup de clic sur son ordi, beaucoup de nous sommes devenus impatients, voire fainéants, il faut que tout nous soit servi sur un plateau d’argent ! Personnellement, et même si l’on peut avoir l’impression que je passe beaucoup de temps sur Oniris (j’en passe un peu tout de même), j’ai énormément de choses à faire à côté (le boulot, ça va, il n’est pas chronophage en ce qui me concerne). Commenter des poésies comme les vôtres demande que je me pose, que je réfléchisse, que je fasse travailler ma mémoire, mon intellect, mes émotions… je ne peux pas toujours, mais quand tout cela est possible, le jeu en vaut vraiment la chandelle, que je sois d’accord ou pas avec vos propos, avec votre raisonnement n’est finalement pas le plus important à mon sens… Je trouve dans vos récits une profusion d’idées, de rebondissements, de mots en écho et réflexion faite, de poésie ! Par contre, si le dernier Laboniris est bien de vous comme je le crois, vous allez être furax, il n’a reçu aucun commentaire en EL me semble-t-il ! Vous commentez assidûment, avec éclectisme et ouverture d’esprit, je vous le confirme si besoin en était ! Votre aversion affichée et revendiquée pour le classicisme brut ne me pose aucun problème, ce n’est pas et ce ne sera jamais un critère qui fera que je commente ou que je ne commente pas l’un de vos Laboniris ! Il me semble comprendre que vous échangeriez volontiers quelques plumes contre plus de commentaires quand pour ma part, j’échangerai volontiers quelques commentaires contre quelques plumes de plus, peut-être pouvons-nous trouver un terrain d’entente ! Blague à part, il faut comparer votre œuvre à du cinéma d’auteur. Les films les plus récompensés sont souvent les films les moins vus du public, peut-être parce que le grand public, tout comme pour vos poésies, ne veut pas faire d’effort, qu’il trouve cela trop intellectuel, pour ne pas dire élitiste… Le déchirant film « L’histoire de Souleymane » avec Abou Sangaré et multiprimé au festival de Cannes et aux César a été vu par environ 600 000 spectateurs au cinéma, quand « Bienvenue chez les Ch’tis » a fait plus de 20 millions d’entrées !!! Pourtant, si un jour vous voulez m’offrir un DVD, sans aucune hésitation, c’est le premier que je choisirai ! Alors continuez donc à écrire comme vous le faites, sans vouloir plaire à la majorité, ni à la « masse vorace », vous n’aurez peut-être pas énormément de commentaires et moi-même je ne vous commenterai peut-être pas toujours, mais j’apprécie pourtant vos écrits, simplement, parfois, je n’ai rien à ajouter à mon silence méditatif après vous avoir lu… Je vous remercie pour ces remerciements personnalisés qui apportent des précisions sur vos fragments, comme je le disais sur Oniris à je ne sais quel auteur, quand je lis « fragment », je pense à « Fragments d’un enseignement inconnu » d’Ouspensky, un des nombreux disciples de Gurdjieff…
Contribution du : 04/06 10:42:04
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Re : Fragment delta n°8 : explications et remerciements |
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Merci pour votre intervention Polza.
Vous avez peut être raison. Comme Myndie et Cyrill, vous soulignez une raison peut être valable qui explique le peu de retour sur ces fragments. Je retiens donc que je ne peu pas exiger des autres ce que j'exige pour moi même. Je ne connais ni Ouspensky, ni Gurdjieff… Merci donc pour ce nouvel apport à ma culture ;)
Contribution du : 05/06 05:15:39
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Re : Fragment delta n°8 : explications et remerciements |
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Contribution du : 05/06 05:58:56
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Re : Fragment delta n°8 : explications et remerciements |
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Salut Cyrill,
Je te remercie beaucoup pour ta lecture et pour ton commentaire. Je ne rajouterai rien sur ce que tu dis sur la forme que prend cette prise de parole. Le précipité infiltré, les ramifications, les sensations en arborescence, tout ça traduit assez justement le style d'expression, je suis complètement d'accord avec ton ressenti sur la forme. « J’y ai lu le désir urgent d’humanité, dans toute sa fragilité. La crainte de perdre notre imaginaire alors que la machine nous le recrache standardisé. » Oui, c'est tout à fait ça. En plus du focus sur la notion de vérité, de faux-semblant, etc., qui est fait sur ce fragment, il y a toujours cette vision qui sert de cap : dénoncer notre aliénation dans une matrice consumériste, dans un rapport de dominants-dominés, qui nous prive de notre poésie naturelle, nous réduit à de pitoyables produits humains, à de bien tristes consommateurs… « Serons-nous assez songes-creux, fous, romantiques, amoureux, pour résister aux tissages de toiles et aux suceurs d’âmes ? » J'aime beaucoup ta présentation très poétique du phénomène ! ...;) Triple oui Cyrill ! Les écrivaillons et poétiseurs que nous sommes en sont la preuve indéniable. Tous les artistes (peintres, littérateurs, comédiens, etc.) au demeurant le sont aussi. Mais même au-delà, dans la société civile : De sœur Emmanuelle, pour brasser large, à Yves Coppens, Hubert Reeves, Edgar Morin (que des personnes exceptionnelles, hélas aujourd'hui disparues : petit hommage d'ailleurs à ce dernier qui nous a quittés récemment à un âge canonique !), il y a des myriades de personnes qui nous rappellent et nous confortent (nous réconfortent ?) de l'aspect merveilleux de l'humanité. Et ma liste est loin d'être exhaustive. Alors ne les oublions pas, et gardons espoir ! Merci pour les passages riches et fort poétiquement. La poésie, c'est quand même aussi le but principal. « Sans relever d’un système structuré, j’ai senti l’inspiration guidée tant par l’argumentaire que par l’émotion exacerbée et la musicalité qui la soutient. Mais la prose ne se contente pas d’esthétique, elle est vindicative, c’est un cri d’alarme : « Les dénoncer. Sinon se taire… », et un aveu d’impuissance : « Nous voulons bien dire. Nous ne disons rien. » Oui. Merci pour ce ressenti sur l'émotion exacerbée et la musicalité et sur l'aspect vindicatif de la poésie. Pour l'aveu d'impuissance, c'est un fait. Nous parlons beaucoup, souvent pour ne rien dire. Ce n'est pourtant pas notre volonté. Peut-être qu'enfermés dans notre organisation sociale et notre conditionnement inconscient, nous ne savons pas bien nommer et que notre expression est maladroite, perfectible, et qu'ainsi elle résonne comme un coup d'épée dans l'eau assez souvent… Je ne m'exclus d'ailleurs pas de cette constatation. Faut-il être fataliste ou espérer une « nouvelle ère » (pour faire un petit clin d'œil au dernier poème d'Esquisse) ? J'opte plutôt pour la seconde proposition, même si ça ne se voit pas toujours dans mon « inspiration née d'un pessimisme profond » (ce qui est exact !). « Il s’agit surtout ici de s’immerger dans le rayonnement de la parole. » J'aime bien cette réflexion aussi. C'est un bon résumé et c'est joliment dit… ;) Enfin, je suis content que tu aies apprécié l'aération… ;) Merci encore Cyrill... Et au plaisir de te lire, côté commentaire et surtout côté auteur !
Contribution du : 06/06 06:59:08
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Re : Fragment delta n°8 : explications et remerciements |
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Merci Lari pour ces retours en petits fragments, mon tour est arrivé, youpi !!
Je dois dire que devant un texte de cette exigence et de cette profondeur, l'exercice du commentaire m'a bien intimidé. J'aurais pu rester sans voix, et ça m'arrive, ne rien savoir dire d'autre que bravo pouce en l'air, mais je ne voulais pas céder à une certaine paresse devant la difficulté, ni à l'angoisse de ne pas être à la hauteur de ce que tu nous transmets. C'est un peu tout ça qui se joue dans la lecture de la poésie et le partage qui nous est proposé. Alors autant y aller à fond. Et je suis ici récompensé, et soulagé, par ton retour, je me dis que j'ai plutôt tapé juste. Quant à la "Nouvelle ère", je l'espère aussi ! Merci encore et au plaisir des prochains "Fragments delta" ![]()
Contribution du : 06/06 07:45:40
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Re : Fragment delta n°8 : explications et remerciements |
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Bonjour Provencao,
Merci beaucoup de votre lecture assidue et de votre commentaire. Je vous remercie pour la fragilité. C'est effectivement une notion qui ne saute pas toujours aux yeux, mais qui est infiniment présente. La vérité est fragile. La parole est fragile. La poésie est indissociable, par sa sensibilité sous-jacente, de la fragilité. Je ne fais pas exception à la règle… ;) Voir ici de la sérénité, c'est faire preuve d'une certaine extra lucidité qui me touche. En effet, la sérénité est présente. La tendresse aussi. Tendresse pour l'humanité. Pour la nature profonde de nos êtres, malgré nos maladresses et nos erreurs d'aiguillage. Tendresse pour la nature, aussi, tout simplement. Merci d'avoir su déceler et relever cet aspect persistant. « J'ai aimé cette orbe choisie qui nous propose un écho exaltant en liant l'inconstance du Soi et l'inclination à la création dans l'être unanime. » Oui, l'homme est un animal du ciel, ambivalent. C'est aussi ce que j'essaie de démontrer. Enfin, dans cette approche presque mystique, je reste persuadé effectivement que l'être unanime, farouchement poète dans son sang, jusqu'au bout des ongles, verra le jour, un jour radieux… :) Merci encore pour votre investissement sur le site et sur nos écrits, quels qu'ils soient !
Contribution du : 06/06 10:45:40
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Re : Fragment delta n°8 : explications et remerciements |
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Au fait, merci Cyrill, pour ton retour sur le retour !
Je suis ravi que tu es surmonté ta timidité devant ce texte. A très bientôt, donc... ;)
Contribution du : 07/06 07:01:23
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Re : Fragment delta n°8 : explications et remerciements |
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Coucou Myndie !
Merci beaucoup pour ta lecture et ton commentaire. Et merci d'être toujours là, pour l'instant ! ...;) « Je vois dans cette nouvelle méditation poétique aux accents surréalistes une critique sociale virulente, un véritable cri de conscience, un appel à réagir. » Oui, c'est exactement ça et c'est un très bon résumé de ce fragment sur fond et forme. C'est aussi le but de la démarche sous-jacente qui me motive sur l'ensemble, en plus de la poétique formelle. Ta traduction de cette volonté ensuite est très juste et très belle. « Trouver sa voie ou être proie » est effectivement une clé essentielle pour comprendre ce fragment et ma vision des choses en profondeur : soit on s'émancipe en investissant son champ de vie avec ses ciels et « la fantaisie de ses soleils » personnels, soit on se condamne à être réduits à des êtres passifs, sans ligne de force, des êtres dérivant, sans but, sans projet, devenant des objets de prédation pour ceux qui ont investi leur propre champ de vie et qui ont construit leur plaisir existentiel en opprimant et en « cannibalisant » leurs semblables. Et ils sont malheureusement très nombreux. « Cette dissonance est cependant pleine d'ambiguïté car si nous avons dans ce monde de prédateurs toujours un « refuge azuré » dans nos têtes et des aspirations à l'idéal et au sublime, alors pourquoi nous tourner vers l'inutile ou l'inaccessible ? » Ce que tu décris ici comme une ambigüité et qui est une constatation assez juste, me rappelle un aphorisme de R. Char : « L'homme est capable de faire ce qu'il est incapable d'imaginer. Sa tête sillonne la galaxie de l'absurde. » Plus prosaïquement, je citerais A. Souchon (que tu aimes bien, il me semble) et sa foule sentimentale pour expliquer ce phénomène : « On nous fait croire que le bonheur, c'est d'avoir, d'avoir plein nos avoirs » […] puis plus loin : « Attirés par les étoiles, les voiles, que des choses pas commerciales. » Nous pouvons voir ici de l'ambiguïté, nous pouvons y voir au contraire une certaine cohérence, en extrapolant. En fait, tout dépend de ce que nous mettons dans notre définition de l'inutile. Car je pense que c'est justement parce que nous sommes bien plus attirés par des aspects spirituels que matériels, par la beauté gratuite du monde, couplés à une curiosité sans limites, que nous ressentons un besoin d'idéal et du sublime et qu'ainsi nous recherchons sans cesse à accéder à "l'inaccessible" et à explorer l'univers, univers qui se trouve autour de nous, comme notre univers intérieur d'ailleurs. Ainsi l'aspiration à l'idéal et au sublime et notre attrait pour l'inutile ou l'inaccessible, n'est pas pour moi une ambiguïté ou un paradoxe, mais plutôt un certain prolongement de ce qui me semble être un désir de nous combler pleinement qui dépasse effectivement le simple contentement matériel. Ce sont les deux facettes d'une même volonté de repousser indéfiniment les limites de nos connaissances et d'agrandir notre espace de pensée pour transformer en transcendance notre existence souvent trop terre-à-terre. Ça engendre nos sciences dures, comme nos arts, et c'est je pense vivifiant, même si utiliser des fonds colossaux pour explorer les galaxies ou investir des millions dans une toile de maître alors qu'ici une grande partie de l'humanité vit dans une grande misère peut paraître assez absurde, voire aberrant et quelque part révoltant. Mais ta réflexion me pousse à constater par association ou prolongement un autre phénomène assez ambigu : nous voulons vivre d'amour et d'eau fraîche, pourtant dans les faits, dès que nous le pouvons, nous abandonnons l’amour et l’eau fraîche et nous accumulons des écrans plats, des iPhones, du high-tech, et un grand nombre de gadgets « inutiles » en tous genres. Pourquoi ? Je ne sais pas si tu connais ce comportement observé chez des souris que l'on emprisonne dans une cage, qui stockent compulsivement une quantité de graines qu'elles ne pourront jamais manger en totalité… Je pense que dans ce réflexe instinctif de l'animal stressé, enfermé dans un espace clos, il y a une réponse à trouver… « (Au lieu de cela nous déclamons avec ivresse des vers dans des déserts sans fin et avec des énormes télescopes nous scrutons l'univers à la recherche de la plus lointaine galaxie, de la plus inaccessible étoile, du plus petit signe de vie… » C'est bien vu et j'en aime la petite pointe d'ironie. » Merci pour le « bien vu » et merci aussi de soulever ici l'ironie… ;) Il y a donc un sentiment d'urgence que le rythme soutenu, les phrases hachées ou sans verbe et composées d'un seul mot, font bien sentir. J'ai été très sensible au poids des mots et au choc des images ^^ : « Dans la forêt paisible se trouve une clairière diaphane ; au centre, un énorme trou noir et, au-dessus, de longues écharpes de brumes et de doux voiles blancs… » Merci pour ce retour sur la cohérence de la construction sur la forme. Merci d'avoir été sensible (encore une fois ?) au « poids des mots et au choc des images ». J'aurais finalement pu être rédacteur à « Paris Match », au temps jadis… ;) Plus sérieusement, ta remarque appuie sur une chose importante : en dehors de traduire de l'intellect, il y a avant tout une grande volonté de produire de l'impact poétique. « Larivière, décidément j'aime bien tes conseils. Je vais prendre bien garde à ne pas devenir la gardienne de zoo de mon enfermement et à toujours m'attacher à voir dans la nature une manifestation du sacré. Enfin, je vais essayer » Merci Myndie ! Oui, ne nous laissons pas enfermer par le goût intemporel des cacahuètes dans notre propre zoo et attachons-nous à rester sensibles en permanence « à la manifestation du sacré », dans la nature ou dans notre cagibi céleste personnel… Et ne t'inquiète pas, je pense que tu y arrives très bien... ;) Au plaisir de te lire.
Contribution du : 08/06 08:38:59
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Bonjour EtienneNorvins,
Merci infiniment pour votre lecture et pour votre commentaire toujours aussi riche et bourré de références. C'est un régal. « On terminait le Fragment 7 sur une vision désespérée de « Putréfaction. Ultime épandage. Désert des pas perdus… Décomposition des tissus… ». Ici, il y a enfin comme le début d’une Aurore (elle a presque le dernier mot dans ce texte !) – qui ne masque nullement que, par sa phonétique même, elle demeure très proche de l’Horreur. » Oui, il y a effectivement l'évocation d'une aurore assez marquée, mais elle était présente aussi dans les autres fragments précédents, peut-être moins appuyée, à des degrés variables. Et c'est bien parce que, très prétentieusement, il peut en découler une aurore qu'il est nécessaire selon moi de dénoncer la noirceur actuelle de beaucoup de comportements humains. « On retrouve donc la méditation lyrique, philosophique, sur la condition aliénée de l’homme moderne, avec ses « maquillages », ses « teints trop fardés », toutes ces constructions artificielles qui empêchent de percevoir « le vrai velours des âmes ». » Oui, tout à fait. C'est bien l'axe principal développé dans ce fragment précis. « Dans la lignée de Günther Anders, le monde contemporain apparaît toujours comme un système de prédation : « Nous qui consommons avec frénésie, nous sommes leurs nourritures perpétuelles. » Une communauté humaine envoûtée par la marchandise ne peut envisager d’autre pratique du monde que la consommation-consumation, jusqu’à une sorte d’autophagie. De ce fait, le champ lexical de la dévoration est omniprésent (cannibale, s'abreuvent, aspirent, appétits gargantuesques…) tandis que la logique consumériste, qui oblige à passer, selon le mot de Saint-Simon, « du gouvernement des hommes à l’administration des choses », est traduite par les images de « guichets », « haies à sauter », « cadences d’automates »… » Oui, tout à fait, c'est ce que je crois. J'évoque comment le côté presque darwinien favorise ce système de prédation d'après moi dans ma réponse à Myndie. Pourquoi l'homme se cannibalise, mais pourquoi pas, en définitive, si on enlève le côté moral, le tabou social/religieux de la chose, ce sont des questions je pense excellentes à explorer… Merci d'avoir remarqué le lien entre l'idée et le registre lexical. « Le passage de cette société réifiante au stade debordien du « spectacle » est rendu par le style, si reconnaissable en EL, hélas, extrêmement riche en images. Les textes fonctionnent par accumulations, juxtapositions, fragments nominaux, rythmes incantatoires dont « Nuages et mirages. Prisons dorées. « Soleil véritable à l’agonie » ou « les cris, les pleurs, les cris et les pleurs, le sang et les cendres » offre comme un condensé. » Bien sûr, « la société du spectacle » de Debord est une thèse à laquelle j'adhère complètement. Et actuellement les talk-shows de Hanouna, les affres nombreux de la télé-réalité et autres « bigdil » ne font que me conforter dans cette vision sociologique du rôle dans lequel on a progressivement cantonné et instrumentalisé le monde du divertissement et du spectacle, particulièrement à la télévision. De nos jours, la domination d'une certaine classe a évolué, s'est affinée ; elle n'est plus forcément un rapport de force brut, direct, physique, c'est devenu plus insidieux, et quelque part assurément plus abouti. Car l'abrutissement culturel est plus efficace pour créer un peuple docile et servile qu'un millier de matraques et de policiers. C'est ce qu'Orwell avait déjà pressenti dans « 1984 », c'est aussi ce que Günther Anders, puisque vous le citez très justement, disait en 1956, dans « L'obsolescence de l’homme ». Je cite : "Pour étouffer par avance toute révolte, il ne faut surtout pas s’y prendre de manière violente. Les méthodes archaïques comme celles d’Hitler sont nettement dépassées. Il suffit de créer un conditionnement collectif en réduisant de manière drastique le niveau et la qualité de l’éducation, pour la ramener à une forme d’insertion professionnelle. « Un individu inculte n’a qu’un horizon de pensée limité et plus sa pensée est bornée à des préoccupations matérielles, médiocres, moins il peut se révolter. Il faut faire en sorte que l’accès au savoir devienne de plus en plus difficile et élitiste… que le fossé se creuse entre le peuple et la science, que l’information destinée au grand public soit anesthésiée de tout contenu à caractère subversif. Là encore, il faut user de persuasion et non de violence directe : on diffusera massivement, via la télévision, des divertissements abrutissants, flattant toujours l’émotionnel, l’instinctif. » « On occupera les esprits avec ce qui est futile et ludique. Il est bon, avec un bavardage et une musique incessante, d’empêcher l’esprit de s'interroger, de penser, de réfléchir. » « On mettra la sexualité au premier rang des intérêts humains. Comme anesthésiant social, il n’y a rien de mieux. En général, on fera en sorte de bannir le sérieux de l’existence, de tourner en dérision tout ce qui a une valeur élevée, d’entretenir une constante apologie de la légèreté ; de sorte que l’euphorie de la publicité, de la consommation deviennent le standard du bonheur humain et le modèle de la liberté ». Ce qui est encore plus effarant, c'est que cette vision des choses, il y a cinquante ans, avait quelque chose de futuriste, presque d'anticipation abstraite et de science-fiction. On peut voir aujourd'hui à quel point cette approche visionnaire assez critique est devenue la réalité dans laquelle nous vivons. Nous sommes passés en quelques dizaines d'années du presque inconcevable au constat d'impuissance devant les faits avérés… C'est étonnant et assez épouvantable en fait, vertigineux, si on y réfléchit quelque peu. Et pour finir sur ce point, la mainmise effective et frappante de multimillionnaires comme Vincent Bolloré actuellement, pour ne citer que lui (il y en a bien d'autres !), sur les médias (propriétaire de Canal+, CNews, C8, Europe 1, Le Journal du dimanche (JDD) et Paris Match), prouve, s'il fallait le prouver, que cet abrutissement qui accompagne une vision très partisane des programmes télévisuels ou radiophoniques proposés à la masse, voire même la manipulation de l'information à des visées idéologiques à laquelle on assiste impuissant, est un acte conscient, voulu, réfléchi et qu'il n'est pas le fruit d'un glissement involontaire, sociologique d'une offre de service qui suit malheureusement l'air du temps, mais qu'il résulte bien d'une stratégie de contrôle et d'influence concertée par les classes dominantes, et que cette constatation n'est pas la marotte politique paranoïaque, complotiste, subjective d'un groupe de marxistes-léninistes déconnectés et/ou illuminés, mais bel et bien le reflet exact, aberrant, de la réalité du monde de l'audiovisuel actuel dans lequel nous vivons, résignés, sans plus exprimer de protestation que cela. « Cela produit un effet de débordement permanent qui rend sensible tant le chaos du monde que l’asphyxie de la pensée qu’il induit. On ne peut pas s’empêcher que vienne à l’esprit ces images de « scrolleurs » frénétiques, que la surconsommation d’images et de sons finit par rendre incapables de la moindre métacognition – et donc, de faire le départ entre illusion trafiquée par les réseaux et réalité… » J'ai trouvé cette remarque sur la forme particulièrement intéressante. Elle me rappelle ce que j'avais oublié depuis, c'est-à dire cette volonté dans le style d'expression choisi de coller à l'air du temps dans sa destructuration « fragmentée » de la parole qui faisait écho de façon plus périlleuse et dommageable à la destructuration de la pensée, effectivement, et que j'avais résumé ainsi sur un vers de conclusion d'un de mes fragments du crépuscule : « Être en antiphase totale avec ses contemporains et, comme personne, les représenter totalement… » « Et « pourtant » : ultime strophe-paragraphe ! Mais qu’annonçait déjà le « printemps » de la troisième : une « lumière » existe (« clairière diaphane », « pierre philosophale », « franges de rêves », « astre solaire ») … La nature apparaît (qui, me semble-t-il, était totalement absente des précédents opus) incarnée par ces « arbres » presque sacrés dont « les branches sont des bras musiciens ». Merci de relever l'existence effective de la lumière ici et l'apparition manifeste de la nature, même si elle est présente en permanence comme chez Char, dans la teneur même de la construction poétique par le choix du registre principalement et par les métaphores choisies, souvent en rapport direct avec des éléments naturels (qu'il soit eau ou feu, ou plus telluriques) ainsi que dans le rythme même des phrases, qui se veut parfois en écho avec la rythmique même que l'on aperçoit dans la nature (flot de la rivière, assèchement du sol, etc.) sur laquelle j'essaie de calquer les agissements et les ressentiments humains. C'est effectivement la première fois que je la convoque à l'état « naturel » et que je lui dédie un paragraphe spécifique dans ce travail fragmentaire. Pourtant, j'aime ça. Après avoir terminé ce travail poétique assez noir, je compte bien d'ailleurs faire un retour aux sources, plus contemplatif, plus merveilleux, plus gratuit en termes de beauté en exprimant ce genre de rapport au monde. « L’avant-dernière phrase, en forme de manifeste, est bien sûr particulièrement importante. La poésie ne doit pas seulement être passive, cloîtrée ; regarder simplement le soleil se lever suffit en effet à faire l’expérience du beau — « Cela a un très beau nom », dit le mendiant à la femme Narsès… Mais il en faut plus : il faut un acte poétique, qui trouve sa source dans une attention retrouvée au « monde inhumain », au sens de « hors des hommes », mais qui ne saurait s’arrêter là. Un « au-delà » existe, accessible par un « prisme » qui suggère que son accès n’est pas unique mais fragmenté en perceptions multiples – la poésie comme concert ? Les métaphores initiales du verre, de la glaise ou des sables mouvants soulignent combien cela est à la fois fragile et difficile à saisir. On attend donc le Fragment 9 ! » Et oui, l'aurore comme contemplation répondant à notre besoin profond de poésie pourrait nous contenter, mais l'au-delà, cette plus-value que l'homme apporte à la poésie naturelle, déjà par son besoin de communiquer et de partager cette admiration et certainement dans son désir d'en prolonger l'aspect merveilleux par ses interprétations et ses extrapolations en arborescence, est pour moi essentielle et donne toute la beauté et l'intérêt du phénomène. Je ne connaissais pas « Electre » de J. Giraudoux, duquel est tiré cet extrait. Je n'ai lu de Giraudoux que sa pièce « La Guerre de Troie n'aura pas lieu », il y a longtemps. Votre citation me donne grandement envie de lire cet ouvrage. Quand au fragment 9, il arrive à grand pas !... ;) « Au final, et pour boucler la boucle ouverte au début de ce commentaire, j’ai ressenti ici une grande proximité avec l’univers « animiste » de Miyazaki – « Il faut tenter de vivre », en français dans le film Kaze tachinu ! Mais c’est plutôt Chihiro qui me venait à l’esprit – la scène des parents devenus porcs et plus encore, celle de l’« esprit putride » qui se révèle être un très vieux kami bienveillant et bienfaiteur ». Je ne connais pas Miyazaki. Merci pour la référence, je n'ai plus qu'à le découvrir. Le manga est un univers que je connais pas. Je l'ai abordé à mon adolescence par des versants assez fantastiques sans plus aller en avant. C'est bien sûr un univers artistique et esthétique intéressant. Par mes goûts personnels et ma propre culture, je suis plus tourné vers la littérature et les tempéraments latins et/ou méditerranéens que vers les cultures orientales ou asiatiques, mais j'ai essayé d'appréhender un tant soit peu la littérature japonaise, qui s'inscrit dans une culture de civilisation ancienne et forte. J'ai beaucoup de lacunes dans le domaine, mais j'ai découvert et apprécié le grand écrivain Yukio Mishima, que j'ai lu avec intérêt dans plusieurs de ses romans. Voilà ce que je pouvais vous répondre. Je suis désolé si ma réponse n'est pas aussi développée que ce que votre commentaire m'inspire et mérite, mais je pense qu'il est inutile de faire des redites sur mes précédentes explications.
Contribution du : 10/06 05:51:53
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... "En dehors du chien, le livre est le meilleur ami de l'homme. En dedans, il fait trop noir pour y lire" Groucho Marx. |
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Re : Fragment delta n°8 : explications et remerciements |
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Maître Onirien
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31/01/2014 22:04 De quelque part entre ciel et terre
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Hello Lari !
Merci beaucoup pour ce retour dense et passionnant ! Et pour ces pistes de réflexion qui enrichissent encore plus ma lecture. Tu as frappé juste en redéfinissant « l'inutile » façon Souchon ; je ne le sens pas comme une contradiction (ce qu'elle est au fond) mais comme la vraie nature de mon (de notre) univers intérieur. L'inaccessible, ce besoin d'absolu, lever les yeux vers les étoiles, n'est-ce pas ce qui sauve du prosaïque ? Une respiration un réflexe, l'instinct de survie ? Quant aux fameuses souris emprisonnées, oui j'avais déjà lu quelque chose à ce sujet ; je me souviens que ça m'avait plus choquée (dans le sens indignée par ce genre d'expérimentations ) qu'impressionnée. Et je comprends maintenant que je ne m'étais tout simplement pas assez interrogée sur les raisons de ce comportement. Bon sans mais c'est bien sûr ! Stress de l'enfermement et stockage compulsif, c'est bien nous ça... Au diable les cacahuètes! Paris Match ne sait pas ce qu'il perd. Ta poésie dépasse de loin tous leurs slogans.
Contribution du : 10/06 07:10:48
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"Les mots peuvent être "impuissants" et pourtant ils sont tout ce que nous avons pour étayer nos ruines". Joyce Carol Oates |
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