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Fragment delta numéro 13 : explications et remerciements.
Maître Onirien
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09/07/2007 19:16
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Bonsoir à tous et toutes !

Je remercie comme toujours (et avec beaucoup de retard) le comité éditorial d’avoir accepté le Fragment Delta numéro 13 dans son catalogue. Je remercie également les lecteurs et particulièrement les commentateurs : Myndie (en EL), Polza (x2 !), jf2, Passant75, Pussicat, Donaldo75, Laurent-Paul.


Explications de la démarche labo :

Les fragments delta sont une suite de textes dans le prolongement des fragments du crépuscule, voulant ponctuer la démarche, mais dans une vision plus radicale, plus pessimiste sur le fond, plus « désintéressée » sur la forme, car c'est avant tout de la poésie qui fait son introspection. Ils explorent dans une sorte de spirale sémantique la condition humaine et la fonction profonde de la poésie à l'aune de ce nouveau millénaire… Ainsi la forme se veut radicalement nouvelle, s'éloignant des canons de beauté de la poétique traditionnelle sur la forme pour dénoncer sur le fond ce qui n'apparait plus que comme une notion esthétique dépouillée de sa substance… Comme toute introspection du sacré et de la mystique humaine, Dieu est aussi interrogé. Pour cela, pour toutes ses « missions » (car les fragments delta ne sont pas une exploration gratuite, mais ont un objectif, faire réfléchir sur la condition humaine et sur la poétique), l'écriture automatique est parfois utilisée, les phrases ne cherchant pas forcément le beau, mais à démontrer cette errance de la pensée à une époque où tout a été dit et démontré…

Ainsi le rythme est souvent arythmique, la syntaxe peut être malmenée, l'impact se trouve au-delà des images, peut-être bien dans la répétition constante d'un langage brut, synesthésique qui affirme pour interroger le sens de la vie au-delà de la poétique traditionnelle… Les fragments delta, ce sont des poésies qui s'émancipent de la poésie… Comme pour tout projet à suite, le sens des fragments delta ne se livre qu'une fois ceux-là reconstitués : ils suivent une progression et une logique d'expression qui se comprend avec les derniers fragments…


Je serai bref dans le résumé des explications de ce fragment en particulier, je vais essayer de les développer quelque peu dans mes réponses aux commentaires. Je dirais juste que c’est un des plus radicaux de la série, et que ce qui suit ne sera pas aussi ravageur pour le moral, si ça peut en soulager certains et certaines ! ... ;)

Je constate avec plaisir que celui-ci a occasionné davantage de lectures et de commentaires (même si à ce sujet Polza a truqué le décompte !) que ses prédécesseurs. Le format assez court (tout est relatif !) doit y être pour beaucoup.


Avant de vous remercier tous et toutes individuellement et de répondre à vos remarques éventuelles, je vous conseille de vous replonger si vous en avez l'envie et le temps dans vos commentaires, car j'y réponds directement mais je m'en excuse, sans les reprendre en citation à chaque fois (ça serait trop de travail ! ;)). Et vu le délai très long entre ceux-ci et ma réponse, vous avez dû oublier ce que vous avez dit… C'est le problème quand on n'est pas dans le même espace-temps ! ;)


Salut Myndie,

Merci encore et toujours d’être là, merci donc de ta lecture attentive et pertinente, comme toujours là encore, et de m’avoir gratifié d’un com en EL.

Oui, ce texte est un coup de poing, un regard radicalement et implacablement critique de notre monde social. J’apprécie le terme d’OVNI, c’est pour moi un très beau compliment, car ça veut dire au moins que mon travail est relativement singulier et c’est une bonne chose à mes yeux de proposer quelque chose en art qui puisse encore être un tant soit peu « original » ou innovant.

Manifeste nihiliste, complètement. À la genèse de ce fragment, il y a justement un petit texte dadaïste (encore !) complètement nihiliste que l’on attribue à Jean Arp, mais qui serait en réalité de F. Picabia et qui sonne d’ailleurs autant manifeste que poésie. Il s’intitule "Manifeste cannibale dada". Le voici :

Dada est comme vos espoirs : rien.

Comme vos paradis : rien.

Comme vos idoles : rien.

Comme vos hommes politiques : rien.

Comme vos héros : rien.

Comme vos artistes: rien.

Comme vos religions : rien.


J’ai trouvé ce petit texte qui, finalement, est certainement plus « militant » que poétique, très impactant et assez juste, sans débattre du pourquoi je le trouve pertinent. Je crois que je l’ai déjà dit plusieurs fois et j’en parlerai peut-être un peu quand j’aborderai le fond de ce fragment 13.

Ainsi je me suis servi du ton et de la forme pour ce fragment qui abordait la vie sociale avec le même axe nihiliste effectivement. Seulement, j’ai bien remarqué qu’en dehors de la scansion, la poétique de ce propos était très minimaliste, pour ne pas dire nulle.

Je me suis retrouvé devant un dilemme qui m’a fait un peu cogiter et que je développerai dans ma réponse à Passant75 : d’abord, comment garder l’idée nihiliste de ce texte qui va jusqu’à rejeter les artistes (et non l’art, c’est important !) et par extension les poètes et leurs poésies, tout en exprimant ce rejet justement dans un poème ; Et ensuite, comment arriver à créer une cohérence qui préserverait l’aspect poétique du « poème » revendiqué comme tel tout en gardant cet aspect radicalement nihiliste dans son propos mais également dans sa partie structurelle (pas d’images, pas de métaphores, pas d’envolées) sans créer une rupture ni une contradiction trop « manifeste » ?

J’ai donc décidé d’abord de pallier l’absence d’images poétiques de la dernière partie, celle radicale de la liste d’escroquerie, en accentuant la scansion pour créer un effet "litanique" à ce "maelström", comme tu l'as remarqué très justement, et donner au moins du rythme, qui, avec la répétition du terme « escroquerie » et d’autres passages, apporterait une musicalité et une sonorité, apportant ainsi deux éléments essentiels pour pouvoir, malgré l’absence d’images poétiques, revendiquer légitimement l’appellation de « poème » pour ce texte.

Ensuite j’ai inséré un premier paragraphe, lui complètement dans la ligne de mon expression poétique habituelle, qui aurait pour but de poser le décor et d’expliquer le constat qui suit. Voilà comment je m’en suis donc sorti avec le dilemme évident que me posait ce fragment.

Je te remercie pour ton appréciation globale, aussi pour « la force et l'éloquence », et je suis désolé de t'avoir sapé d'un seul tenant moral et illusions. Je comprends tout à fait, car c'était presque le but (surtout pour les illusions… ;))… Mais promis, je ne le referai plus, ou presque, enfin pas autant, enfin pas souvent… ;)

Plus sérieusement, comme je le disais, ce fragment est pour l'instant un des rares à être aussi nihiliste dans sa radicalité. Il y a un second comme ça, que je soumettrai à la publication au moment opportun du cycle, mais c'est tout ; les autres imaginés jusqu'à présent sont beaucoup plus contrastés, moins jusque- boutistes dans le pessimisme global. :)

Enfin, je te remercie pour avoir apprécié, comme souvent, les images et métaphores ou les jeux de son (et de lumière) sur la première partie, celle réellement poétique dans son aspect conventionnel… ;)

À bientôt, j'espère, sur de mes textes ou sur un des tiens (patience, j'y suis presque !). …





Bonjour Polza !

Arf, c'est vrai que ces fragments attirent peu le chaland lambda, il faut s'y faire ! …;)

Et encore, après votre premier passage, le compteur des lectures et même des coms. c'est affolé !... Et bon gré mal gré ce fragment arrive à dépasser les 150 lectures, c'est presque exceptionnel. Je pense encore une fois que je le dois plus au format court qu'au réel intérêt du public onirien pour ce genre de « production », mais bon, allez savoir, il y a aussi peut être de gros timides sur le site….;)

Oui pour le côté escroc que je dois avoir moi même en dénonçant également l'escroquerie de l'art qui inclue donc quelque part la poésie, encore que comme vous l'avez justement noté dans votre second commentaire (vous ne connaissez pas le bouton édition ?...;)), si la poésie ici est taxé de vaine éruption, elle est préservé du rejet total et n'est pas intégré à la longue liste litanique des escroqueries socio-culturelles.

Mais c'est un fait, il y a un paradoxe relatif puisque j'utilise moi même un art qui est la poésie pour dénoncer cette notion. J'ai expliqué dans ma réponse à Myndie que j'avais été confronté intellectuellement à ce dilemme au moment même ou j'ai eu l'idée de concevoir ce fragment, donc avant sa conception formelle. Je répondrais aussi mieux à ce paradoxe en apparence dans ma réponse à Passant75, mais d'ores et déjà je peux dire qu'il ne faut pas confondre ce que je dénonce comme des faits observables et ce à quoi j'aspire sur ces notions « sociales » que je ne rejette pas dans l'absolu. La nuance pour moi est de taille. S'il y a rejet ce n'est pas de l'essence de ces éléments socioculturels, mais c'est bel et bien de ce que nous en faisons… Mais je n'en dis pas plus pour l'instant à ce sujet.

Vous citez un passage qui fait un peu écho à ma démarche ici, tiré de « Se libérer du connu » de Jiddu Krishnamurti. Effectivement… Je ne connais ni l'ouvrage ni le philosophe. Merci, ça me donne envie de m'y intéresser.

Ensuite je vous réponds sur votre deuxième commentaire :

Oui je me moque un peu de la philosophie dans l'entame. Voir même beaucoup. Je n'ai jamais aimé, ça peut surprendre, la philosophie pure. C'est trop froid. Trop clinique. Trop désincarné. En plus d'être à mon avis complètement prétentieux et hors sol. Ça en donne à mes yeux un côté assez inutile et vain. D'où ma saillie qui se voulait férocement caustique… Pour moi, dans le domaine, il n'y a que Marc-Aurèle, Pascal et Nietzsche (que vous citez comme nihiliste à juste titre) qui m'impactent et qui me semblent intéressants, dans leur faculté à apporter une plus-value réflexive et métaphysique au sens profond du terme et accessible à l'homme (s'il a envie d'y accéder, car la lecture de Pascal, par exemple, est encore plus violente qu'une chanson de hard-métal, il me semble).

Votre remarque sur la poésie qui est sauvée des flots de l'escroquerie se trouve là… Oui, la poésie est splendide, même si elle est vaine, et surtout si elle part d'une sincérité d'expression. Et la poésie, plus que tout, devrait être une partie intégrante de nos sociétés et pour toujours. Pourtant l'on constate à regret que les poètes sont en voie d'extinction… Heureusement, j'ai espoir que comme la lave couve en silence dessous le volcan (qu'on croyait trop vieux !...;), la poésie est toujours là au fond de nous, même quand on ne la voit pas au grand jour. Mais je crois que je ne m'étendrai pas davantage sur le sujet, car je l'ai déjà fait à maintes reprises. Je ne peux que répéter mon amour inconditionnel pour celle-ci. Et comme je sais que vous aimez bien la musique et que vous citez le regretté Mano Solo, je vous offre une chanson d'un autre grand qui est G. Roussel sur ce thème. C'est une chanson que je trouve fort belle, comme très souvent chez lui, et qui résume bien, surtout dans son refrain, ma conception de la vie :

https://www.youtube.com/watch?v=azfOHiBWjnc&list=RDazfOHiBWjnc&start_radio=1

Sinon, oui Dieu est toujours présent, car n'oubliez pas qu'il est même omniprésent… ;) D'ailleurs, comme il est dit que plus Dieu est absent plus il est grand, on peut dire que moins on le voit plus on en parle… ;) Pour ceux que ça intéresse, la notion plus large de ma réflexion sur le sujet se trouve dans le Fragment delta numéro 11 et sur ses explications (voilà, pub faite!).


Ah ! la vengeance du serpent à plumes ! … C'est pas le meilleur de G. Oury (ni de Coluche d'ailleurs) qui est pourtant le meilleur réalisateur de comédie française de tous les temps jusqu'à aujourd'hui en tout cas… Et dire que « Bienvenue chez les Ch'tis » a battu « La Grande Vadrouille » au box-office ! ... Tout fout le camp, vous ne croyez pas ?...;)

Plus sérieusement, l'image vient bien sûr du Quetzal (c’est aussi un hôtel à La Grande-Motte que je recommande au passage), car si je suis particulièrement sensible au mythe grec et romain qui sont mes racines culturelles étant européen, je me passionne également pour les autres récits mythologiques et ceux d'Amérique latine bien évidemment, vu les civilisations des loustics !… De plus, étant un grand admirateur du courant du réalisme-merveilleux, je ne peux qu'aimer les mythes qui se retrouvent dans l'univers sublime de leurs productions littéraires.

Enfin je vous remercie pour la belle citation d'Hölderlin (que j'ai lue plus jeune, autant dire il y a longtemps!). et vous souhaite une bonne continuation sur le site et dans vos propres productions !

A très bientôt donc, peut être !





Bonjour jf2,

Je vous remercie de m'avoir lu et de m'avoir gratifié d'un commentaire très positif.

Merci d'avoir fait intervenir Desproges que j'adore bien entendu, comme J. Yanne ou D. Prevost… De sacrés comiques, tout en esprit et en férocité… Votre référence, vu le ton du texte, est donc bien à propos.

J'ai trouvé l'image des poules assez parlante dans le contexte effectivement, et j'ai été séduit par cette image quand elle m'est venu.

Ah oui, les ratons laveur ! Et même les calamars géants et les castor-lapons !...;)

Merci encore !





Bonjour Passant75,

Merci de votre lecture et de votre commentaire.

Je suis content que vous ayez apprécié l'entame et la force poétique de la première partie (« une brillante démonstration de sa puissance, métaphores, images extravagantes, jeux de mots, accumulations »).

Je vais vous répondre sur le point intéressant que vous relevez, celui de la contradiction, même si j'ai déjà bien entamé mes explications avec mes réponses à Myndie et Polza sur le sujet.

Comme je le disais, vous avez raison quelque part, et je me suis posé la question de la contradiction, qui faisait partie du dilemme qui se posait à moi à l'écriture sur « dénoncer l'art avec l'art » : comment garder à la fois une crédibilité poétique et une posture intègre, c'est-dire-à comment faire un poème qui dénonce l'escroquerie de l'art et de ses artifices tout en proposant un poème digne de ce nom ?... Ça a été longtemps un casse-tête chinois. J'ai répondu en partie à Myndie sur la première partie de la question et sur comment, sur la forme, j'ai trouvé une solution qui me paraissait convenable personnellement…

Mais je veux en fait vous préciser pour répondre à votre remarque que si je n'ai pas poussé jusqu'au bout le raisonnement comme vous me le reprochez quelque part, c'est d'abord parce que, pour vous rassurer sur ma probité, je me serais inséré volontiers dans la liste des escrocs si je pensais en être un et si je trouvais cette vision authentique et donc honnête, intellectuellement parlant. Être un escroc qui s'assume ne me pose pas, en effet, de grands problèmes moraux…

Mais en fait, je ne pense pas être un escroc, et ce poème ne rentre pas dans le cadre de l'escroquerie telle que je me la représente. Alors, bien sûr, je crois comprendre ce que vous dites, car vous l'exprimez très bien : il y a une contradiction entre dénoncer quelque chose de l'ordre de la poésie ou de l'art, et se servir des moyens techniques de celle-ci (images, rythme, sonorité, pour cette poésie), ce qui reviendrait à prouver par le fait le contraire de ce que l'on prétend. J'entends ça… Ce fut encore une fois le dilemme. Mais aussi et surtout, ce qu'il faut bien comprendre, c'est qu'en réalité, ce que je dénonce, ce ne sont pas la poésie ou l'art, ce ne sont pas non plus toutes les autres « pratiques ou disciplines » que je qualifie dans ce poème d'« escroquerie » pour leur fonction fondamentale ou pour leur essence profonde. Non, ce que je dénonce et que je qualifie d'escroquerie, c'est la fausseté du comment et du pourquoi, en filigrane, elles sont utilisées ainsi dans la société, en laissant justement cette désespérante sensation d'escroquerie, de façon factuelle.

Ensuite, comme l'ont très justement noté Polza, Pussicat ou Laurent Paul, la poésie ne fait pas partie, pour moi, de la liste des escroqueries… Et de surcroît, ça me permet de l'utiliser pour dénoncer l'escroquerie, sans me considérer moi-même comme un escroc en le faisant.

Certes, vous pouvez alors penser que cette réponse est une pirouette ou un artifice (un de plus) de mauvaise foi. Car pour extrapoler, j'aurais effectivement pu tout à fait l'insérer dans la liste, et vous pouvez penser que si je ne l'ai pas fait, c'est pour ne pas pousser le raisonnement et pour ne pas me mettre en difficulté devant la contradiction. Mais justement, j'ai réfléchi à tout ça, et encore une fois, oui, j'ai été en difficulté devant l'apparent paradoxe. Et puis j'ai compris ce qu'il fallait comprendre… Car on ne comprend pas toujours tout ce qu'on ressent d'instinct (les surréalistes pourraient vous le confirmer… ;)).

Ce que je voulais dénoncer, ce n'était pas la poésie, pas plus que l'art, pas plus que le reste, comme je vous le disais plus haut. Ce que je voulais dénoncer avec véhémence et taxer d'escroquerie, c'était bien encore une fois l'utilisation ordinaire, vulgaire, de toutes ces choses qui sont de bonnes choses à l'origine. Mais ce sont des choses qui sont détournées de leur sens profond, de leur aspect profitable au genre humain. Elles sont détournées, récupérées par le côté obscur de la force, c'est-à-dire par les dirigeants ou les « élites » (même si je n'aime pas ce terme) et ceux qui, plus ou moins consciemment d'ailleurs, deviennent leurs alliés voire carrément leurs sbires.

S'ils le font, c'est comme toujours pour manipuler les opinions, pour enhardir le soldat, pour exalter le patriotisme, ou pour encenser je ne sais quoi encore qui leur profite plus ou moins directement… Pour conditionner les êtres à leurs vies de misère et à accepter le sort qui leur est réservé.

Alors vous pourrez me dire : mais de quel côté se trouve le côté obscur de la Force ? Qui détermine ce qui est positif ou non au final dans nos positionnements sociaux ? Qui détient la vérité sur le sujet ? ... En réalité, je ne sais pas qui détient la vérité, mais pour moi ma grille de lecture est la suivante : celui qui utilise son art, son talent, son éloquence, sa force, sa richesse, bref, tout ce que vous voulez comme « qualités intrinsèques », pour dominer, manipuler, mentir, falsifier, simplifier, réduire, se trouve de facto du côté obscur, car s'il le fait, c'est au final pour asservir son prochain… Et c'est ici ce que je dénonce.

Bien sûr, la poésie est un art et un art se sert d'artifices, de rhétorique, de ce pouvoir qu'elle possède merveilleusement finalement sur les sens et les sensations de chacun, sur sa capacité à éveiller des sentiments ou des émotions, voire même des frissons à une multitude de personnes pourtant incroyablement différentes. C'est que, en fait, d'ailleurs, une force redoutable quand elle tombe dans des mains malintentionnées… Car, pour autant, elle n'a bien évidemment pas pour fonction initiale de manipuler ou de duper les personnes.

Enfin, pour moi, et peut-être que je me trompe ou que je ne veux pas voir que la poésie est un média comme un autre, mais la poésie est au-dessus de ça, elle est au-dessus de tout. Je l'ai dit dans ma réponse à Polza : la poésie devrait être la chose essentielle qui devrait être apprise dès le berceau, dans les crèches, puis dans les écoles, dans les usines, dans tous les recoins de la République et mise de façon constante en valeur à la plus haute place de la société, car la poésie éveille. Elle éveille les sens et la sensibilité et elle le fait dans tous les domaines et pour tout : pour être réceptif aux différences entre les êtres, à la beauté, à la curiosité au monde en général et donc aussi aux sciences, à la notion d'existence, donc à la philosophie, à la nature et à notre environnement, à tout ce que vous voulez. La poésie permet donc de se développer pleinement à la fois dans son individualité, mais aussi dans son rapport sensible au monde, et ainsi d'obtenir des citoyens concernés, éveillés et intelligents… Tout ce que le pouvoir des dominants redoute en réalité. Alors il oppose à la poésie naturelle qui vit en chacun de nous profondément, leurs mythes, leurs héros, leurs histoires, leurs « arts » de salon, leurs littératures de gare, etc., tout ce qui va, tout en divertissant et en construisant un univers commun et collectif, aboutir in fine à l'asservissement et au conditionnement des individus transformés en « masse vorace », comme disaient les dadaïstes…

En fait et pour aller plus loin, pour que ce soit clair, je ne qualifie pas les éléments socioculturels qui fondent une nation ou une civilisation d'escroquerie ; je ne suis ni anarchiste, ni antisocial (mais je respecte les personnes qui le sont, vu l'agressivité du monde qui nous est proposé)… Je crois même personnellement que pour le vivre-ensemble indispensable à l'animal social que nous sommes et pour notre propre harmonie, nous devons vivre dans un monde, dans une société qui construisent ses idoles, ses héros, ses mythes historiques ou originels, ses symboles, ses visions politiques communes. Tout ça, j'en suis persuadé.

Ce que je conteste avec fermeté et grande colère finalement (d'où le ton provocateur et virulent employé souvent dans ces fragments), c'est que tous ces éléments socioculturels, ces mythes, cette histoire commune, ces symboles, ne soient que des prétextes, des alibis au conditionnement, à l'asservissement et à la domination. Voilà pourquoi je qualifie tous ces éléments, tout ce décorum social mis en avant de façon constante et intempestive, exalté parfois, qui n'a pour but que la manipulation cognitive des foules et des individus, d'escroquerie… Et oui, je rajoute à mon grand regret : de tout temps, dans tous les pays, dans toutes les époques, dans tous les systèmes sociaux ou politiques connus à ce jour, à l'exception peut-être de quelques tribus reculées que nous ne connaissons pas et que nous ne connaitrons peut-être jamais…

Alors oui c'est radicalement désenchanté, et peut-être exagéré, et là encore, je suis le premier à le regretter… mais est-ce que quelqu'un peut m'affirmer avec honnêteté que j'ai tort entièrement sur le sujet ? Je ne crois pas... D'ailleurs de nombreux sociologues, historiens, écrivains (non corrompus), ou philosophes, pensent la même chose.

Enfin, pour finir sur une note optimiste et avec un peu d'espoir, si je dénonce toutes ces escroqueries qui construisent notre univers social, et qui corrompent même les arts quand ils se mettent à ronronner et à recevoir des décorations, c'est parce que j'aimerai qu'un jour nous arrivions à mettre fin à cette fausseté, à cette perversion de toute ces choses indispensables, pour que ces choses servent enfin à ce à quoi elles devraient servir : construire un monde meilleur ou chacun pourrait vivre avec chacun, à égalité, dans le respect de tous, sans que personne n'essaye d'assujettir par le biaisement, la manipulation, l'endoctrinement ou la fourberie son voisin... Et ce vœu pieux et certainement naïf que je fais, je crois que c'est un peu l'esprit de nos trois devises, si elles représentaient une quelconque réalité, ou une quelconque importance au lieu d'être un simple « décorum de mots » au fronton des édifices publics, et ainsi rester seulement une farce pathétique et grinçante…

Voilà ce que je pouvais répondre sur ce questionnement logique, que je comprends tout à fait. Je suis désolé pour la longueur exagérée, pour les redondances et peut-être pour l'aspect parfois décousu, mais en plus d'être en devoir d'apporter une réponse à une question essentielle (c'est de la politesse), ça m'a permis égoïstement de poser des choses importantes qui sont toujours utiles à sa gymnastique cérébrale et qui, de surcroît, me seront peut-être utiles plus tard… ;)




Bonjour Pussicat,

Je vous remercie infiniment de m'honorer de votre lecture et de votre commentaire cette fois très positif !

J'aime bien vos interrogations. Oui, la poésie est essentielle à nos vies, et je crois que tout ce qui est bon et beau pour l'homme découle de celle-ci finalement. J'en ai personnellement la certitude quand je vois non seulement l'acuité des poètes, leur propension à l'émerveillement, mais aussi quand je vois le regard posé par la plupart des scientifiques renommés et reconnus comme les meilleurs. Je constate alors le même regard. C'est étrange en apparence, car la science en tant que matière rationnelle et rigoureuse, logique et ordonné paraît être aux antipodes, voire en opposition avec ce qui est substantiel à la poésie...

Pourtant, en vérité, tout passionné est un peu poète, car les êtres passionnés font des rêves et les scientifiques rêvent aussi. Ce sont des poètes intrinsèquement avant d'être d'intransigeant chercheur raisonné et raisonnable et c'est finalement assez logique puisqu'ils doivent d'abord se servir de leur imaginaire pour appréhender des connaissances scientifiques qu'ils vont élaborer, et que de plus, pour en trouver des nouvelles, il faut d'abord pouvoir les imaginer....

La poésie, ils l'ont aussi quand ils parlent de leurs découvertes, où on sent tout le merveilleux presque enfantin qui les anime souvent… Pour finir, le poète, par sa capacité intuitive et son don de « préscience » justement, envisage parfois dans ses fulgurances des choses incroyablement audacieuses et pertinentes qui ouvriront parfois bien plus tard à des compréhensions scientifiques avérées. J'ai comme exemple le grand E. A. Poe qui, sans le savoir, va révolutionner notre savoir sur la propagation de la lumière en se posant « simplement » des questions en contemplant la nuit étoilée et en constatant que les étoiles ne brillent pas toutes dans la nuit noire avec la même intensité… De cette contemplation au départ presque romantique, il a émis l'hypothèse que la lumière d'étoiles lointaines mettait plus de temps à nous parvenir et donc qu’elle "voyageait" à une certaine vitesse et que c'était la raison de leur faible luminosité… Ça a été bien sûr prouvé par la suite. Souvent le poète comprend des choses avant les autres… Et cette affirmation n’est ni de l'orgueil, ni de la vantardise,

Alors oui, la poésie est à la base de la vie humaine, et est à l'origine des plus grands projets autant qu'elle se trouve modestement en chacun de nous, à notre petite échelle, souvent nichée bien à l'intérieur sans que nous sachions d'ailleurs forcément que c'est elle qui nous anime… Et c'est parfois dommage… Un monde où la poésie serait en pleine lumière, présente aux yeux de tous, reconnue et admirée, nous ouvrirait assurément des avenirs meilleurs…

Je répondrais aussi par la positive à votre questionnement qui suit : oui, nous sentons dans nos chairs, dans nos vies, dans nos tracas matériels, dans nos malheurs terre-à-terre, que nous sommes pris pour de piteuses marionnettes, moqués et méprisés le plus souvent par les puissants qui se permettent même de nous traiter de « sans-dents » alors que c'est eux-mêmes souvent qui nous ôtent le manger de la bouche…

Enfin, je comprends pour la « bonne fatigue » du coureur, c'est celle que j'ai connue quand je pratiquais le trail ou même encore aujourd'hui dans mes longues marches au pays natal… Il y a aussi la bonne fatigue du travail accompli ou le repos du guerrier… ;)

Merci de ne pas considérer ce texte comme une escroquerie :)





Salut Don,

Je te remercie d'avoir pris le temps de la lecture et du commentaire de texte sur ce fragment, entre deux avions et trois continents ! …;)

Merci pour « le condensé de plein de choses et de la poésie en mouvement ».

Ta grand-mère était une brave femme, j'en suis sur !....;)

Oui, la prétention littéraire existe comme toute prétention, en poésie comme en philosophie, et l'escroquerie va malheureusement bien au-delà de la prétention…

Merci encore.





Bonjour Laurent-Paul,

Merci de votre lecture et de votre commentaire.

Je suis heureux que vous ayez pu rentrer dans ce texte en plus de l'aspect technique pour le ressentir un tant soit peu, malgré « l'effet de logorrhée incontrôlée qui a fini par lasser » votre appareil cognitif.

Laisser tomber la philo, je crois que ça n'est pas indispensable pour comprendre le monde ; bien moins en tout cas qu'une poésie… Par contre je ne vois pas où vous voyez des références sur le sujet, car je crois qu'il n'y en a pas.

Tiens, encore une histoire de grand-mère !... Je pense qu'on va vous mettre en binôme avec Donaldo75… ;)

Merci d'avoir apprécié « l'accumulation scandée » (que vous avez reconnue comme telle et c'était mes intentions) qui donne un effet redoutable » qui vous ravit en plus de vous chambouler.

Et content aussi que vous soyez d'accord sur le fond… Et moi je suis d'accord aussi quand vous dites « la poésie au moins permet d'espérer »…

Je trouve que cette phrase conclut très bien, avec pas mal d'optimisme et de belle légèreté, le sujet lourd et pessimiste de ce fragment delta numéro 13…



Merci encore à tous et toutes, et peut-être donc, à bientôt !

Contribution du : Aujourd'hui 20:54:14
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...  "En dehors du chien, le livre est le meilleur ami de l'homme. En dedans, il fait trop noir pour y lire"

Groucho Marx.
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