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Relèvement_Remerciements et explications
Expert Onirien
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07/08/2014 15:38
De À même l'écorce des peupliers
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Merci à tous ceux qui m'ont lu ! Merci à ceux qui, m'ayant lu, ont commenté ce sonnet !

En vérité, je ne pensais pas présenter un texte à ce concours. Mais j'ai eu le malheur de lire les poèmes de Supervielle et d'Aragon. Sournoisement, un cheminement chronologique s'est imposé. Il m'a fallu sortir le stylo... ou plutôt le mémo (car mon écriture me désespère).

J'ai décidé de me prêter à un exercice de style en écrivant un sonnet...

- sous une forme contemporaine
- avec des rimes riches distribuées "à rebours" aux jonctions des quatrains et des tercets
- avec un certain équilibre entre rimes féminines et masculines / consonantiques et vocaliques
- avec des mots de nature grammaticale différente à la rime
- sans "et"
- avec toute la palette de la ponctuation
- avec des jeux d'allitérations et d'assonances
- avec un minimum d'adjectifs qualificatifs
- avec une bonne répartition entre adjectifs possessifs et démonstratifs
- avec une bonne répartition entre articles définis et indéfinis
- avec plusieurs adjectifs indéfinis

Le résultat demeure un compromis acceptable au regard de ces exigences un peu folles.

Le passage du vers 1 au vers 2 a déconcerté certains lecteurs. Je crois que le travail de commentateur me porte souvent, presque machinalement, parfois à tort, à la lecture métaphorique des textes. C'est peut-être ce travers qui m'a rendu évident le glissement impromptu de l'arbre vers l'homme...

Quelques commentateurs ont trouvé que la forme écrasait le fond. Je ne les en blâme pas. Je comprends parfaitement que la ponctuation a pu leur sembler pesante, peut-être même artificielle par endroits. Cependant, le thème de l'insomnie se prêtait, je crois, à une expressivité maximale. Il invitait pareillement à jouer sur la tension du vers.

Je me permets de revenir au vers 12, sur lequel je suis longtemps resté encalminé... J'étais sûr d'une chose : il n'était pas question de renoncer à la rime riche. Orgueil mal placé ? Obsession du défi ? Les lecteurs apprécieront... Au bout de quelques temps, une idée a surgi qui m'a permis de parvenir à mes fins... Une idée qui allait m'obliger à une drôle de contorsion syntaxique : antéposer le complément du nom ("de la chair que l'on broie"), le positionner non seulement devant le nom dont il dépend ("l'hallali") mais aussi devant le verbe ("révoque")...

révoque l'hallali de la chair que l'on broie -> de la chair que l'on broie / Révoque l'hallali"

Désolé pour la fausse piste, Hersen ! Ta bonne volonté n'a pu en venir à bout.

Merci à Larivière pour l'hommage rendu à cette dernière strophe ! Le compliment me touche.

Merci à Pouet pour cette troisième place inespérée dans son classement personnel !

--------------- ----------------------------------------------------

Le premier vers, catégorique ("Un vide vertical dit tout arbre abattu"), signale une évidence : la position allongée porte l'image de la défaite.

Un lien implicite s'établit avec le locuteur qui éprouve l'aliénation de sa condition de dormeur potentiel ("Enchaîné à mon lit"). Comme l'ont judicieusement fait remarquer Hersen et Plumette, le sommeil ne va pas de soi : il n'est pas ici une libération mais une contrainte, un obstacle à affronter ("je vaque à cette affaire : Dormir"). Au coeur de l'obscurité, l'écran noir des nuits blanches va alors projeter toutes les hantises du locuteur. La personnification du vers 3 ("l'horizon ployé") lève l'image subliminale du vieillard à qui une fin prochaine est promise. Mais qui peut bien être le terrible organisateur de cette mise à mort qui s'annonce, ce "quelqu'un" qui "rameute" ? Éclaircie a bien perçu l'écho ironique du martèlement douloureux qui suit (vers 4 à l'assonance obsédante : "Des loups, des loups, des loups"). On attend les moutons calmes de l'ensommeillement... et on voit surgir, au loin, des prédateurs tout prêts à vous dévorer. L'adverbe ("interminablement"), qui occupe la moitié du vers 4, traduit, par le long cortège de ses six syllabes, l'impuissance totale du locuteur devant l'assaut à venir.

La seconde strophe prolonge, par l'image martiale ("au roulement / Des tambours"), le thème obsédant de la guerre. Graduellement ("Certaine fièvre monte"), la fantasmagorie s'étend. Le "haro" qui "encourage la meute" renvoie implicitement au mystérieux, au cruel ordonnateur de cette chasse à l'homme. Un effet de grossissement traverse les vers 7 et 8 où la furie culmine ("une noce de sang [...] va satisfaire", "Dans la plaine affolée s'épuise une battue").

Au fil du premier tercet, le locuteur, à bout de forces, adresse à son tortionnaire ("Spectre de l'insomnie, fantôme qui me leurre"), dont il détaille le sadisme ("Prompt à ravir, étreindre, tordre, écerveler"), une prière de dernier recours ("Livreras-tu aux crocs ton innocente proie ?"), faisant implicitement appel à sa mansuétude. Espère-t-il donc ainsi fléchir son bourreau ?

Figure tutélaire du jour qui naît, le coq apparaît alors comme un sauveur. Roi au pouvoir absolu, il rend au monde des vivants ce qui semblait irrémédiablement voué à la destruction ("de la chair que l'on broie / Révoque l'hallali"). L'apostrophe ("Ô cri échevelé") manifeste l'indicible soulagement d'un locuteur tiré de sa passivité de proie, arraché aux griffes sanglantes de la nuit. Car le matin, par l'image de la verticalité, induit l'action, murmure la promesse d'une richesse sensorielle à venir et appréciée comme un trésor inestimable ("Poussé vers ce matin de toutes les couleurs !").

Contribution du : 12/01 15:14:01
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Re : Relèvement_Remerciements et explications
Maître Onirien
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Et voilà comment on nous fait prendre les couleuvres pour des vessies ! heureusement que tu m'éclaires de ta lanterne
Moralité : Un coq de sauvé !

merci pour ton retour si complet (mais un jfmood, finalement, y était un peu obligé !) et je prie pour que tu ne nous proposes jamais un concours ! ô les contraintes draconiennes...


Contribution du : 12/01 17:53:45
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Re : Relèvement_Remerciements et explications
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jfmoods a écrit :

Figure tutélaire du jour qui naît, le coq apparaît alors comme un sauveur. Roi au pouvoir absolu, il rend au monde des vivants ce qui semblait irrémédiablement voué à la destruction ("de la chair que l'on broie / Révoque l'hallali"). L'apostrophe ("Ô cri échevelé") manifeste l'indicible soulagement d'un locuteur tiré de sa passivité de proie, arraché aux griffes sanglantes de la nuit. Car le matin, par l'image de la verticalité, induit l'action, murmure la promesse d'une richesse sensorielle à venir et appréciée comme un trésor inestimable ("Poussé vers ce matin de toutes les couleurs !").


Perso, je ferais bien un poème de chaque partie d'explication !...

Merci beaucoup pour ce retour très intéressant jfmoods et merci surtout pour ces très bons moments de poésie !

(et oui, je l'aime beaucoup ce tercet final ; je le trouve très "talismanique", mais je me comprends... ;) !)

Contribution du : 13/01 11:11:12
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...  "En dehors du chien, le livre est le meilleur ami de l'homme. En dedans, il fait trop noir pour y lire"

Groucho Marx.
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Re : Relèvement_Remerciements et explications
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Bonjour jfmoods,

une bien agréable lecture pour ma part. Une ambiance bien particulière à laquelle j'ai adhéré.

Et puis rien que pour ce vers: "Des loups, des loups, des loups, interminablement", le poème ne pouvait éviter mon vote.

Au plaisir.

Contribution du : 13/01 12:14:02
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Mes larmes sont bleues tant j'ai regardé le ciel...

Mohammad Al-Maghout
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Re : Relèvement_Remerciements et explications
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J'ai décidé de me prêter à un exercice de style en écrivant un sonnet...

- sous une forme contemporaine
- avec des rimes riches distribuées "à rebours" aux jonctions des quatrains et des tercets
- avec un certain équilibre entre rimes féminines et masculines / consonantiques et vocaliques
- avec des mots de nature grammaticale différente à la rime
- sans "et"
- avec toute la palette de la ponctuation
- avec des jeux d'allitérations et d'assonances
- avec un minimum d'adjectifs qualificatifs
- avec une bonne répartition entre adjectifs possessifs et démonstratifs
- avec une bonne répartition entre articles définis et indéfinis
- avec plusieurs adjectifs indéfinis



Ah ouais, quand même !!! C'est là qu'on voit qu'il n'y a qu'un pas entre les contraintes "oulipiennes" et le masochisme.


Plus sérieusement, bravo pour ce travail, les explications que vous nous donnez me font aimer davantage votre sonnet… car je m'étais un peu perdu dans le foisonnement des images.

Contribution du : 13/01 13:24:12
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Re : Relèvement_Remerciements et explications
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Citation :

hersen a écrit :
...je prie pour que tu ne nous proposes jamais un concours ! ô les contraintes draconiennes...



Miam ! Oh oui ! Vite ! Un sujet à contraintes draconiennes signé Jfmoods pour un concours de poésie !

Hersen, fais tes prières !


Ce sonnet contemporain a reçu mon aval, à un ou dix deux détails près. J'adore les innovations, contrairement à ce que l'on peut penser, lorsque l'auteur fait montre de recherche et de travail. Ce qui est le cas dans "Relèvement".

Bravo cher confrère !

Contribution du : 13/01 19:09:50
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"Parce que la forme est contraignante, l'idée jaillit plus intense"
Charles Baudelaire
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Re : Relèvement_Remerciements et explications
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@Cristale,

J'ai jamais été trop bonne en catéchisme, je ne connais pas de prières entières.
Si j'avais su !

mais je ne me dégonflerais pas Cristale.
Tu le savais, non ?
T'as peur, maintenant, hein ?

Et n'allez pas vous monter le bourrichon entre confrères

Allez, tiens, un cadeau pour toi et jfmood


Contribution du : 13/01 19:44:19
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Re : Relèvement_Remerciements et explications
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Citation :

jfmoods a écrit :
(...)
J'ai décidé de me prêter à un exercice de style en écrivant un sonnet...

- sous une forme contemporaine
- avec des rimes riches distribuées "à rebours" aux jonctions des quatrains et des tercets
- avec un certain équilibre entre rimes féminines et masculines / consonantiques et vocaliques
- avec des mots de nature grammaticale différente à la rime
- sans "et"
- avec toute la palette de la ponctuation
- avec des jeux d'allitérations et d'assonances
- avec un minimum d'adjectifs qualificatifs
- avec une bonne répartition entre adjectifs possessifs et démonstratifs
- avec une bonne répartition entre articles définis et indéfinis
- avec plusieurs adjectifs indéfinis

Le résultat demeure un compromis acceptable au regard de ces exigences un peu folles.




Voilà pourquoi je ne serais jamais poète ! (soupirs)

La contrainte me hérisse le poil, et ne me donne qu'une envie : fuir, détaler à fond le train. Comme un met détesté dont on voit les autres se délecter, et qu'on envie ces autres car on aimerait se délecter avec eux, ou du moins, autant qu'eux...

Jfmoods, à lire ton ''Relèvement'', et peut-être à cause de ''(tes) exigences folles'' avouées, tu aiguises mes appétits de métaphores serrées dans leur corset d'exigences multiples. (un peu à peine, faut y aller mollo quand même !:)). Grâce aussi à Cristale qui a bien ouvert la voie, quand même !
Suffisamment pour que j'applaudisse ta si belle opiniâtreté et ton courage.

Suffisamment pour que j'aille relire ton poème...



Cat

Contribution du : 14/01 07:47:55
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Relèvement_Remerciements et explications
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Merci pour vos passages sur ce fil !

Je ne peux que citer cette lettre de Charles Baudelaire (dont la première phrase figure sur le profil de Cristale)...

À Amand Fraisse

19 Février 1860.

… Parce que la forme est contraignante, l’idée jaillit plus intense. Tout va bien au sonnet : la bouffonnerie, la galanterie, la passion, la rêverie, la méditation philosophique. Il y a, là, la beauté du métal et du minéral bien travaillés. Avez-vous observé qu’un morceau de ciel aperçu par un soupirail, ou entre deux cheminées, deux rochers, ou par une arcade, donnait une idée plus profonde de l’infini que le grand panorama vu du haut d’une montagne ?… Quant aux longs poèmes, nous savons ce qu’il en faut penser : c’est la ressource de ceux qui sont incapables d’en faire de courts. Tout ce qui dépasse la longueur de l’attention que l’être humain peut prêter à la forme poétique n’est pas un poème.

Contribution du : 14/01 09:03:37
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