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Remerciements pour L'Auvent Bleu
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27/09/2014 00:27
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Mes premiers remerciements sont pour le CE, lecteurs, lectrices, d’avoir retenu cette brièveté en publication. Grand merci à GLOEL, Passant75, Cyrill, Corto, moschen et Louis pour leur lecture et commentaires ; je ne dirai jamais assez combien ils m’importent.

Il s’agit de la première nouvelle que je propose sur Oniris, ici en section « Brèves littéraires », une catégorie choisie par manque de confiance plus que tout autre motivation. Je pensais, à tort sans doute, qu’écrire un texte court allait m’aider à me frotter à ce registre que je ne maîtrise pas – je sais mes faiblesses.

Je lis les nouvelles sur Oniris mais en commente peu, comme une absence de légitimité. Je ne sais pas chausser la prose comme vous le faites. Déplier une histoire, installer des personnages, leur offrir une épaisseur, dessiner des ombres, des creux, des pleins, des plis, déployer des actions, des interactions, une intrigue, inclure des dialogues, ou pas, définir un temps, plusieurs temps, époques, construire un décor, un paysage… un travail au long cours que je reprends, encore et encore, sans en trouver satisfaction, aussi ce texte court a fini par me convaincre que c’était le bon choix… et les ennuis ont commencé.

J’ai parcouru le fil « Brèves littéraires » (Cyrill : « Nocturne », j’ai pris une claque / Passant75 : j'ai bien aimé cette rencontre en rouge et bleu / mais aussi GLOEL, Donald75, époustouflée par le conte absurde de BALDR), j’avoue que le doute grandissait – je ne sais pas si il est bon de lire des textes qui vous fichent la trouille par leur excellence… donc, j’ai parcouru le fil avant de me lancer, non pas dans l’écriture de cette brève brève (un brouillon existait - trois pages !), mais pour me donner un petit supplément de confiance. Et comme je travaille actuellement sur un projet de série bouclée et plusieurs poèmes, j’ai voulu prendre une respiration, ce texte redécouvert en a ouvert les voies.

Le brouillon partait sur une longue introduction pour installer le personnage de Paul, suivie d’un dialogue dans l’ascenseur avec son collègue de bureau : « Alors, c’était elle, elle t’a appelé ? Tu vois, je te l’avais dit… », et encore des dialogues, et encore du blabla. Je m’éparpillais… Tout retiré, l’introduction, pour ne laisser que cet appel téléphonique, bref, très bref ; il devait entrer dans le projet.

Je me souviens fort bien du départ, avoir commencé par le titre : « Love en bleu » a été mon premier choix, puis « Love en bleus », genre chagrin d’amour, pour en venir à « L’Auvent Bleu », ce sera le nom d’un café, le point de rendez-vous. Quel genre ? Un rendez-vous amoureux, et là, une idée m’est venue : il y aura bien rendez-vous, mais personne pour y répondre sinon l’attente, et les souvenirs pour combler l’attente.

Ce souvenir de week-end – important dans le récit – a été pioché dans un souvenir de baptême près de Saint-Emilion, un week-end mémorable au cours duquel nous n’avons pas quitté la table, nous étions une trentaine, du déjeuner jusqu’au dîner, deux grands gaillards d’une septantaine d’années me présentaient chaque vin avant de me servir, des bouteilles sans étiquettes, si ce n’est un tout petit rectangle blanc avec le nom et l’année écrits à la main : « Ah celui-là, c’est celui du voisin, ses vignes sont juste là, tout là-bas, en bas, voyez, Saint Emilion, année 1989… »).

Autre souvenir d’écriture, c’est la petite satisfaction d’avoir trouvé « Angle mort sous L’Auvent Bleu », je ne sais pas pourquoi ces mots, cette petite musique à fait tilt comme une confirmation de la fin du texte, une petite musique à la fois signifiante et poétique. J’ai des petites bouffées de joie perso quand je pense avoir tapé juste ; c’est puéril ? M’en fiche

GLOEL
En vous remerciant pour vos encouragements : « Les phreses sont courtes mais fluides. Elles renforcent ce sentiment d'impatience dans l'attente. », c’est ce qui a guidé l'écriture de ce texte : tailler, tailler, et tailler encore et encore.

Stricte intimité 
J’ai fermé ce court texte sur, comment peut-on nommer ceci : hyperbole ? Extrémité ? Solitude bouclée ? Enfermement involontaire ? Le personnage se retrouve seul face à ses interrogations, sa solitude, ce rendez-vous manqué, sans écho-s : mais était-il vraiment manqué ? Tout n’était-il pas déjà scénarisé ? Comme une lâcheté consommée jusqu’à sa fin, elle ne viendra pas au rendez-vous qu’elle a elle-même fixé, comme un non-dit genre : je ne peux te l’avouer, pas même au téléphone, pas même sur un message, mais cela se termine, ici et maintenant.

« "stricte intimité" laisse planer le doute et semble exclure le lecteur : dommage! ». je pense saisir ce que vous entendez : cette fin exclut le lecteur par l’enfermement du personnage dans une boucle dont il ignore le pourquoi et l’issue.

Passant75
« Pas évident de mettre des mots sur une absence, voire de combler un vide. C'est ce que tente l’auteur, avec une écriture sobre et une atmosphère mélancolique. Les souvenirs, les silences et le décor du café traduisent avec justesse l'attente et le manque, sans jamais tomber dans l'excès. » Alors... pas mieux ! C’était « mon projet ! », je mets des guillemets l'expression est devenue célèbre.

« En revanche, après plusieurs lectures, je suis resté sur ma faim. Trois semaines peuvent raconter bien des histoires, mais ici le texte ne m'a offert aucun indice supplémentaire. »

Il n’y a pas d’à-venir, pas d’autres voies, c’est terminé, ça a duré, on ne sait pas d’ailleurs, le temps d’un feu, puis s’est éteint dans une impasse que le rendez-vous, sans l’arrivée de l’attendue, vient confirmer. Il n’existe pas d’autre interprétation sinon celle que l’histoire se termine après le point. C’est brutal, sans concession pour le lecteur à qui je ne demande pas plus, surtout pas de fin sur ce personnage féminin énigmatique. Les personnages sont par ailleurs sans consistance, comme si importaient seulement et uniquement le rendez-vous, l’attente et les instants partagés en souvenir pour emplir l’absence. J’ai voulu densifier l’essentiel : l'absence, la solitude.

Et merci d’avoir mis en perspective l’exergue proposé qui me touche particulièrement, et non pas seulement parce que je pose Eluard là-haut, tout là-haut.

Cyrill
Grand merci pour votre appréciation et vos commentaires, et particulièrement votre remarque sur le mouvement et le rapport à l’écriture cinématographique, cela a sauté hors du texte après relecture comme une évidence, bien vu, bien vu. Comme quoi, à l’insu…

« mais on ne saura pas. C’est dans l’angle mort peut-être. »
effectivement, le lecteur n’en saura pas plus, ni le personnage que j’ai abandonné, sans scrupules, dans l’« angle mort de l’Auvent Bleu », comme si l’histoire se retirait dans cet angle, s’effaçait, comme le serveur efface les traces d’avant avec son torchon.

« Si vous vouliez frustrer un lecteur avide d’histoires, vous y êtes ! »
et vous parlez bien. Je comprends que cela peut paraître frustrant mais il n’y a pas d’histoire, à proprement parler, à peine une tranche dans la journée de cet homme dont l’environnement, les décors, les dialogues, semblent se retirer, s’être retirés (traversant un marché ouvert, il regarde les femmes s’éloigner) pour ne laisser place qu’à un immense vide, à cette absence qui finit par tout manger, jusqu’au temps, jusqu’à cette après-midi qui s’étire jusqu’au soir, le lecteur n’aura droit qu’à ce seul souvenir de week-end à Bordeaux. J’ai pensé que l’économie de description (j’ai élagué, élagué jusqu’à la sécheresse), était un choix fort pour illustrer le thème de l’absence. Mais je veux vous rassurer Cyrill, mon objectif n’était pas de frustrer le lecteur

Corto
« Beau texte d'ambiance. […] Le refrain « La p'tite dame n'est pas là, aujourd'hui ? » pique l'attente, l'inquiétude, le désarroi. »

« La p'tite dame n'est pas là, aujourd'hui ? » repris en milieu de texte me semblait un bon compromis ou comment ramasser une sensation de : absence / solitude / se faire larguer / incompréhension / doute / vide… m’évitant de partir dans une description du ressenti de cet homme qui ne comprend visiblement pas ce qu’il lui arrive – le temps même semble s’écouler sans repères si ce n’est cette plongée dans ses souvenirs qui aura duré des heures et cette adresse du serveur : « Le dernier, après je ferme. »

Et merci pour cette remarque de fin qui m’encourage : « On est dans la vraie vie, celle qui se montre parfois cruelle. ».

moschen
Je comprends vos remarques, pertinentes. Comme il est précisé en introduction, c’est le premier texte que je propose sur le fil Les Nouvelle section « Brèves littéraires ». Je ne maîtrise pas ce registre et voulait m’essayer à l’exercice sous une forme que je pensais la moins risquée.

Les mots coupés : le premier est coupé par l’adresse que lui lance son collègue / le second simule le mouvement des personnages, il les regarde s’éloigner mais ne les entend plus. Un effet peut-être pas maîtrisé… je voulais rendre physique le langage qui semble échapper au narrateur, comme une fuite, comme une non-maîtrise des évènements, il subit.

"Et s'enfle”. Avez-vous envisagé d'écrire simplement “enfle” au lieu de cette forme réfléchie ? Du reste, cette forme réfléchie sonne étrange.
Je n’ai pas envisagé « enfle » pour « s’enfle », un choix que je trouve, après coup, plus agréable, doux à l’oreille que « enfle » qui aurait donné « et enfle » et-en ; ou sinon, retirer la liaison pour la virgule : « L’étoffe légère, vaporeuse, gonfle, enfle...» trop saccadé.

Un premier indice (sur le sujet central du texte) nous est donné lorsqu'il pousse la porte de “notre” café. Puis un second indice, “première fois seul”. Ce sont des ficelles un poil visibles.

Sur les indices “notre” café / “première fois seul”, ils sont à la mesure du texte, il me fallait condenser, alors peut-être sont-ils « un poil visibles » pour vous, à mes yeux ils sont signifiants parfaits.

« La section suivante où tout le monde est beau, tout est bien et qui s'achève par “quelle nuit” m'a quelque peu turlupiné. Tout cet agrégat de bonnes ondes à mettre sur le compte d'une rencontre qui change tout. La sérotonine ? N'est-ce pas exagéré ? »
Je ne saisis pas cette exagération que vous supposez. Il s’agit d’une relation non pas d’une rencontre, l’exagération est plutôt dans votre commentaire « où tout le monde est beau, tout est bien » alors que le personnage décrit ces instants avec les mots d’un homme amoureux, donc oui tout est beau dans ses souvenirs.

Puis vous supputez un récit qui n’existe pas : « Puis viennent les draps qui nous sauvent d'une errance exagérée. », une errance que vous imaginez et qui n’a jamais été envisagée. Combien je dois vous décevoir, cela aurait été pour vous du nanan à commenter, j’imagine ;) Et comme vous saluez « l'absence de sentimentalisme excessif. » de mon texte, je salue votre regret comme un excès de sentimentalisme : « C'est d'autant frustrant que l'on se doute qu'il ne la reverra plus. Pas de lueur d'espoir de ce côté là. »  

Je retiens votre note sur la recherche d’indices cachés comme autant de petits cailloux semés… « La réussite, à mon sens, se mesurerait au nombre de lectures faites à chercher un indice, à interpréter, à supputer,[…] on n’aura malheureusement pas le fin mot de l'histoire, la raison de l'absence, une séparation, une disparition, ???. »
Il n’y a pas d’explication à cette absence parce que je tenais à ce que le texte se termine dans cet « Angle mort sous l’Auvent Bleu » à la fois espace physique de ce café dans lequel se retire le personnage + espace de fin du texte qui mange tout espoir d’en savoir plus. Toute fin explicative est mangée par ce trou noir...

Alors cela peut paraître frustrant, une frustration déjà relevée, mais une brève doit-elle offrir une fin satisfaisante, avec ses clés ?

Quant à la fin de votre commentaire, je ne saurais vous répondre,  je me pose la même question :
« Et je me pose la même question de savoir comment, sur quels critères, un auteur se satisfait d'une fin et décide de mettre un point final à son récit et de le proposer à la publication ? »

Merci pour vos commentaires nourris, ils m’ont permis de vous découvrir et de lire vos nouvelles.

Louis
Que dire que je n’ai déjà écrit maintes fois. Il y a dans tes lectures, ton expertise, l’œil de celui qui soulève la phrase, les mots, pour regarder dessous, dedans, comme le mécanicien met les mains dans le moteur, et comprendre comment elle fonctionne, la phrase, sur quoi elle repose, comment est-elle charpentée, construite. Qu'est-ce qu'ils font, les mots, comment ça ricoche, ça fait des étincelles ou ça éteint des feux ?

« Cet appel inachevé, on va s’en apercevoir, ne marque pas le début d’une histoire, mais un bref parcours vers le vide et l’absence ; non pas le début d’une histoire, mais le constat de le la fin d’une histoire amoureuse. »
D’une phrase, tu as résumé le texte, son ouverture et sa fin.

« Aucun obstacle ne se dresse sur ce chemin, aucun évènement ne le perturbe, aucun "problème"[...], nulle difficulté donc qui pourrait constituer la péripétie d’une "histoire". Pas d’histoire donc, »
Il n’y aura pas d’histoire, c’est tout à fait ça, j’ai travaillé à dessiner l’absence, la solitude, fond et forme, avec la contrainte de la brève.

J’ai particulièrement retenu et apprécié ton arrêt sur ce « micro-événement » du marché ouvert en ce jour de soldes :
« Dehors il y a foule, c’est jour de soldes. « Penses-tu que j'ai fait une bonne affaire ? » demande une passante à sa voisine. Elles se connaissent, cela se voit : « Attends, c'est de la soie !… T'en es sûre ?… Non, mais touche, regar…
L'étoffe légère, vaporeuse, gonfle et enfle comme la toile hissée d'un bateau. Elle la froisse, rit et plonge dans le tissu carmin secouant sa tête, frénétique. Je les regarde s'éloigner. »


Il a été travaillé pour marquer la seule étape mouvante (le narrateur marche), le seul moment dans ce parcours le menant au café, leur café. Et pour lui offrir la matière suffisante pour épouser ce projet, il me fallait semer des indices signifiants forts, des indices que tu as extrait du texte avec une acuité qui caractérise chacune de tes lectures étoffées.

La réponse de la femme à l’étoffe s’évanouit « Non, mais touche, regar… » (on pense à un foulard, je voulais que le lecteur pense à un carré, un foulard sans le préciser), comme s’évanouit sa réponse au téléphone « 14 heures, même endroit ? J’y serai. Je t’emb... », les mots prononcés se dérobent, le langage s’absente, comme si l’absence était déjà là avant même que tout commence… absence d’histoire, de commencement, comment se sont-ils rencontrés, absence de l’être attendue, absence de fin… La passante plonge la tête dans le tissus carmin et le narrateur la regarde comme si il regardait un souvenir incarné, avec la passion «(« tissus carmin ») comme ressort, moteur, mais il ne sait pas encore que le feu est éteint, que son rendez-vous a pris le large pour un ailleurs inconnu, qu’elle est dans ce bateau imagé par le tissus qui enfle sous l’effet du vent, comme une voile, « comme la toile hissée d'un bateau ».

Comme je l’évoque en introduction, c’est une brève. Je me rends compte, c’est une impression, que certains passages tiennent plus du récit poétique que de la nouvelle.

Tu écris :
« L’attention portée à l’étoffe de la « passante », elle qui ne fait que "passer" très brièvement dans sa vie, ne peut donc faire sens que par association avec celle qui occupe ses pensées. Toutes deux auraient le tissu pour étoffe de leur être, dans leur relation à la fois aux liens et aux "partances". Toutes deux ne seraient, il le craint, que passagères. »
Cette attention que tu portes sur ce passage met en valeur, une fois de plus, l’investissement que tu places dans ton travail de lecteur-défricheur, une qualité renouvelée dans chacun de tes commentaires sur Oniris. Elle vient non seulement valider une intention d’auteur, mais ouvre également des portes, des voies nouvelles sur un texte et une écriture qui parvient à surprendre l’auteur. C’est précieux.

Et encore, plus loin :
« Le tissu réunissait leurs vies, leurs désirs, leurs corps, sur le modèle tramé de son étoffe, sur le modèle textuel et textile, et pourtant une absence déjà, un manque était éprouvé : « En cet instant (…) nous nous sommes regardés sans rien dire ; déjà elle me manquait »
Ce n’est pas un détail, c’est un fil rouge que tu tires qui n’avait pas d’intention préalable. Ces tissus ont sauté hors de ton commentaire pour me gifler : le foulard, le torchon du serveur, les draps, l’auvent du café… je me suis sentie prise à revers, comme mise devant le fait accompli d’une révélation. Alors Pussy, tu ne maîtrises même pas ce que tu écris ?

Tu insères des renforts à ton propos sur cette fin : Il n’y a pas eu de "déchirement’". Le tissu de leur rapport est juste apparu pour ce qu’il est dans l’étoffe-voile de la passante, dans l’auvent bleu, dans le chiffon du serveur qui n’apparaissait pas tout carmin

Ce n’est pas dit, écrit, elle se rend compte que cet homme est empli de vide qu’elle ne tient pas combler. Il n’y a pas d’échange, c’est elle qui donne et lui qui reçoit. Le week-end se déroule dans la maison deses parents, les parents de l'inconnue du rendez-vous.

Mes remerciements Louis pour tes commentaires éclairants, riches, qui offrent à moije, comme à chacune de tes présences, comme à chacun d'entre nous, un regard neuf sur ce qu’il pensait avoir écrit.


P.

Contribution du : Hier 16:48:31
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« Écrire, c’est aussi ne pas parler. C’est se taire. C’est hurler sans bruit »
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