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Re : Remerciements pour « L'Espace »
Maître Onirien
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@ Tome, j'emploie le terme de poésie engagée dans le sens très large de poésie avec des engagements comme vous dites, et non pas strictement engagée comme pourrait l'être un tract versifié qui n'a de poésie que la forme. (Et il en existe probablement beaucoup de ce genre).

Le poème que je vous propose dessous est pour moi engagé dans une belle idée d'humanisme mais vous le connaissez certainement. On peut également penser à de nombreux poèmes de Jacques Prévert, à la poésie de Jean Richepin...


L'affiche rouge, Louis Aragon.

Vous n'avez réclamé ni gloire ni les larmes
Ni l'orgue ni la prière aux agonisants
Onze ans déjà que cela passe vite onze ans
Vous vous étiez servis simplement de vos armes
La mort n'éblouit pas les yeux des Partisans

Vous aviez vos portraits sur les murs de nos villes
Noirs de barbe et de nuit hirsutes menaçants
L'affiche qui semblait une tache de sang
Parce qu'à prononcer vos noms sont difficiles
Y cherchait un effet de peur sur les passants

Nul ne semblait vous voir Français de préférence
Les gens allaient sans yeux pour vous le jour durant
Mais à l'heure du couvre-feu des doigts errants
Avaient écrit sous vos photos MORTS POUR LA FRANCE

Et les mornes matins en étaient différents
Tout avait la couleur uniforme du givre
À la fin février pour vos derniers moments
Et c'est alors que l'un de vous dit calmement
Bonheur à tous Bonheur à ceux qui vont survivre
Je meurs sans haine en moi pour le peuple allemand

Adieu la peine et le plaisir Adieu les roses
Adieu la vie adieu la lumière et le vent
Marie-toi sois heureuse et pense à moi souvent
Toi qui vas demeurer dans la beauté des choses
Quand tout sera fini plus tard en Erivan

Un grand soleil d'hiver éclaire la colline
Que la nature est belle et que le cœur me fend
La justice viendra sur nos pas triomphants
Ma Mélinée ô mon amour mon orpheline
Et je te dis de vivre et d'avoir un enfant

Ils étaient vingt et trois quand les fusils fleurirent
Vingt et trois qui donnaient le cœur avant le temps
Vingt et trois étrangers et nos frères pourtant
Vingt et trois amoureux de vivre à en mourir
Vingt et trois qui criaient la France en s'abattant.


Pour une réponse plus complexe sur le sujet de l'engagement, je vous invite à vous adresser à des esprits plus éclairés, des crus d’exception et davantage que moi tournés vers la philo. Moi je suis resté très basique.

Contribution du : 15/07 13:50:38
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Re : Remerciements pour « L'Espace »
Maître Onirien
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Cyrill a écrit :
Allez, j’y retourne, une dernière fois.
Citation :
LeChevalier a écrit :

Un autre aspect très important, très présent dans vos commentaires et dans cette discussion-ci, c'est votre exigence d'un jugement moral, « humaniste » comme vous dites, Cyrill. C'est quelque chose que je refuse de faire, je n'aime pas l'art qui fait la leçon. C'est un penchant très humain, on a une certaine nécessité de dire, pour chaque chose, « c'est bien, c'est mal ». Cela nous rassure de notre propre vertu. Cependant, dans mes tentatives poétiques, je ne m'y intéresse que très rarement. Je préfère développer des aspects de notre comportement sans juger.

Je n’aime pas non plus comme vous l’appelez l’art qui fait la leçon ni les donneurs de leçons en général. J’aime bien en revanche l’art, et puisqu’on est ici sur Oniris, la poésie engagée, quand elle n’oublie pas d’être poésie.

Mais ici dans votre poème il ne s’agissait même pas exactement de se dire engagé ni de brandir une banderole. Il s’agissait juste de se montrer conscient, par le mot, l’allusion ou je ne sais quel effet de style, du désastre anthropologique engendré par les conquêtes et pour lequel elles ont été spécialement envisagées, du mépris patent de l’homme pour son semblable dans cette entreprise. De se montrer au minimum informé de cela dans une tournure de vers, un choix de vocabulaire, me semblait le moindre des soucis pour aborder ce thème. Et ce ne me semble pas être se rassurer sur sa vertu, à ce moment-là on pourrait dire ça de toute conviction, ce penchant si humain auquel j’aurais la faiblesse de me laisser aller… Ça me semble juste nécessaire à l’heure où des territoires se monnayent au mépris des cultures.

J’ajoute que comme Donaldo j’ai bien ri devant votre peu de modestie dont vous faites montre dans le passage qu’il a cité. Êtes-vous bien sûr d’être le mieux placé pour relever les « subtilités formelles » de vos poèmes ? À votre place, je laisserais ce soin aux lecteurs et commentateurs, qui ont l’avantage d’un regard extérieur sur par exemple la valeur qu’acquiert une strophe ou l’autre par la présence d’autres qui la précèdent etc etc...



+1 sur toute la ligne !

Je dirais juste un mot concernant l'art engagé. Cette affirmation des partisans de l'art pour l'art m'a toujours fait sourire. Comme monsieur Jourdain, qui pratiquait la prose sans le savoir, ceux-ci pratiquent l'engagement sans s'en rendre compte. Dans l'absolu, le choix de traitement d'un thème est déjà de l'engagement, puisqu'il traduit toujours une approche dirigée, subjective, qu'elle soit volontaire ou non (apparemment) du sujet traité… L'art non engagé s'exprimerait par une absence totale de parti pris, même sous-jacent, ce qui serait une performance artistique en soi. Je serais curieux de lire un poème, de contempler une peinture qui n'exprime rien. Ça nous renvoie à la perception que l'on a, en fait, de notre perception de LA chose, de la réalité. Apparemment il y a encore des gens présomptueux qui pensent qu'ils décrivent juste LA réalité, la vérité neutre, alors qu'ils ne font que donner leur propre vision et perception d'un phénomène. Même la description d'une chaise, aussi basique que puisse être l'objet, n'est que le fruit de notre propre perception de l'objet, selon nos références culturelles et/ou personnelles. Ne pas réaliser qu'à partir du moment où on écrit un poème on délivre une opinion, à minima un sens personnel par le choix même des mots, des images, du propos développé et non des faits objectifs, sans "engagement", est assez surprenant.

Contribution du : 16/07 09:25:28
_________________
...  "En dehors du chien, le livre est le meilleur ami de l'homme. En dedans, il fait trop noir pour y lire"

Groucho Marx.
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Re : Remerciements pour « L'Espace »
Chevalier d'Oniris
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26/12/2025 17:32
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Puisqu'on rit et qu'on cite Molière, je vais le citer aussi : « Lorsque le médecin fait rire la malade, c'est le meilleur signe du monde ! »

Citation :

Lariviere a écrit :
Ne pas réaliser qu'à partir du moment où on écrit un poème on délivre une opinion [...] est assez surprenant.


Je suis d'accord et je ne vois pas qui vous combattez là, cher Lariviere. La poésie n'est pas dans les choses mais dans la manière d'agencer les mots. S'il n'en était pas ainsi, on ne les agencerait pas en vers, strophes, poèmes etc. Cette remarque m'emmène naturellement à répondre à Cyrill :

Citation :

Cyrill a écrit :
Êtes-vous bien sûr d’être le mieux placé pour relever les « subtilités formelles » de vos poèmes ?


Quand des autorités telles que GiL et Cristale les relèvent, je ne me fais que le relais de leur jugement. Vous me ferez donc la grâce de ne pas m'accuser de me louer moi-même.

On se rend véritablement compte à quel point on s'entend avec quelqu'un, lorsqu'on a précisément un désaccord avec cette personne. C'est ce dont je me convaincs, Cyrill, en discutant avec vous. Non, je n'ai pas besoin de « cocher la case » des conséquences de la conquête du Nouveau monde. C'est tellement bien connu qu'il faudrait être fou pour douter de ce que j'en pense.

Contribution du : 16/07 09:42:00
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