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USS-AMÉRION II : Continuation
Sebastien : USS-AMÉRION II : Continuation  -  Vraoum Vroap Vroup Pett Blang
 Publié le 09/07/10  -  2 commentaires  -  18700 caractères  -  19 lectures    Autres publications du même auteur

La plateuforme arrière du Grügrü était plutôt spartiate, mais les six fauteuils, de bonne qualité, remplissaient parfaitement leur office. Disposés en deux rangées face à face, ils ne laissaient de place que pour deux gros coffres collés à la cabine de pilotage qui, fantaisie du constructeur, était sur pilotis. Tout autour du poids lourd, ce n’était que jungle humide, mangroves non moins humides, plantes exotiques et probablement vénéneuses à n’en plus pouvoir. Parfois, un gros bidule sur pattes traversait in extremis devant l’essieu avant du Grügrü en grognant. Le plus souvent toutefois, les gros machins sur pattes n’avaient pas le temps de traverser jusqu’à l’autre côté de la route, et un cahot supplémentaire secouait le sommeil déjà agité des explorateurs qui avaient réussi à s’endormir. Danet rompit en premier le relatif silence qui régnait.

- Et donc c’est encore loin ? beugla-t-il en tentant de couvrir le raffut du moteur.

- J’en sais rien, Danet, répliqua Guignoletti. Plaureur, vous avez une idée ?

- Euh je regarde, chouina le dodu suraigu en consultant son Naillepad. Ah bin j’ai plus de batterie, mon capitaine, ajouta-t-il niaisement.

- Bon, d’accord, vous faites des progrès, Moz, soupira le capitaine. D’après l’autochtone, reprit-il, on en a pour trois jours, quatre maximum en Grügrü, donc d’après notre vitesse, ça doit être à trente ou quarante bornes, pas plus.

- Ah je me disais aussi qu’on se traînait la b... tenta Kroustibat.

- Oui oui merci sergent, coupa Guignoletti, on a compris.


Plus tard.


- Bon j’irais bien changer l’eau des pommes de terre, moi, brailla Danet.

- Hein ? T’as fait des pommes de terre ? demanda Kroustibat en se réveillant.

- On roule le plus possible, Danet, répondit Guignoletti, inflexible. Cette jungle ne me dit rien qui vaille. D’ailleurs en général les jungles ne disent rien, qui vaille ou qui ne vaille pas.


Encore plus tard. Le poids lourd s’arrêta sur la piste, réveillant tout le monde sauf Danet qui ne s’était pas endormi. Il bondit vivement de la plateuforme pour répondre à l’appel de la nature et s’enfonça dans les massifs de graujasmins renâclants à canules télescopiques.


- Capitaine ! braillèrent en chœur les trois pilotes qui s’étaient relayés au rythme de un qui dort, un qui conduit et un qui dit qu’on n’aurait jamais dû passer par là. On va devoir s’arrêter un moment, y a un gros tronc qui bloque la piste !

- Un tronc d’arbre ? demanda Dugommier.

- Non, sûrement un tronc de fougère, sous-lieutenant, rétorqua Guignoletti.

- Bah vous allez rire, not’capitaine, mais ça ressemble plus à un tronc de fougère qu’à un tronc d’arbre.


Guignoletti descendit de la plateuforme, suivi par Plaureur et Dugommier. Ils rejoignirent les trois synchrones mécaniciens devant le capot rouillé du Grügrü, et examinèrent d’un œil expert le problème.


- Bon, réfléchissons, messieurs, fit le capitaine. Que proposez-vous ?

- C’est un gros tronc, mon capitaine, affirma Dugommier d’un ton docte. Je ne pense pas qu’on puisse forcer le passage. Enfin, on peut tenter, mais je pense que la fougère gagnera.

- Oui d’ailleurs c’est pas vraiment une fougère, couina Plaureur. A priori ça vient plutôt de l’ordre des Urticales, et je dirais même de la famille des Cannabaceae. Bon on reste dans le végétal, hein, je vous l’accorde.


Guignoletti se retourna vers le navigateur, étonné.


- Bin comment vous savez ça, vous ?

- J’ai fait Fougère deuxième langue, mon capitaine, répondit fièrement Plaureur.

- Ah. J’ignorais. Kroustibaaat ! brailla Guignoletti.


L’armurier s’était rendormi, vautré dans son fauteuil et un petit filet de bave, bien décidé à marquer son territoire sur le veston d’icelui, avait attaqué la descente du revers gauche par la face sud. Kroustibat s’éveilla dans un sursaut.


- Hein euh non merci je viens d’en fumer une, bafouilla-t-il en aspirant bruyamment son filet de bave, ruinant ainsi les espoirs de conquête de ce dernier.

- Sergent, sortez-vous les doigts du cru, et rejoignez-nous à l’avant. Avec le matériel de bûcheronnage, je vous prie, intima Guignoletti depuis l’avant du véhicule.


Kroustibat se leva péniblement, et alla ouvrir l’une des caisses de matériel issues de l’USS-Amérion. Sur ces vieilles cantines militaires figurait en lettres non moins militaires le nom du vaisseau, peint à la bombe noire. Il actionna d’un geste las le mécanisme à cliquetis alternatif qui commandait l’ouverture, et souleva le capot. Un bruit de métal raclé le surprit, et un quadrupède jaillit de la caisse dans un vacarme de gamelles. Le bestiau se mit à tourner frénétiquement autour du mécanicien, visiblement comblé d’être enfin délivré.


- Bin, qu’est-ce que tu fous là, mon gros pépère ? dit affectueusement Kroustibat en tapotant dans un klong-klong sonore ce qui devait être le flanc du bestiau.


Le sympathique droïde s’arrêta subitement, et ses senseurs olfactifs palpitèrent. Il sauta au sol pour disparaître dans les buissons, laissant Kroustibat comme deux ronds de koukouye.


- Bon. Il m’a pas l’air d’être bien fini, celui-là, murmura l’armurier, toujours complètement dans le cirage.


Le capitaine fit irruption en bas de la plateuforme. Plutôt petit, Guignoletti dépassait le plancher de la plateuforme uniquement grâce à sa casquette. Du point de vue de l’armurier, une casquette militaire volante non identifiée semblait donc aller et venir d’un bord à l’autre de la plateuforme. La voix de Guignoletti s’éleva bientôt du couvre-chef devant les yeux encore embrumés de sommeil de Kroustibat.


- Bon finalement laissez tomber, sergent, la nuit va bientôt tomber, et je n’ai pas envie d’établir le bivouac dans le noir.


Danet rejoignit Guignoletti. D’une demi-tête plus grand que ce dernier, il dépassait de la plateuforme sans toutefois être franchement plus haut que celle-ci. Kroustibat contemplait à présent une demi-tête de Danet parler à une casquette brune. Il se frotta les yeux, médusé.


- J’ai traversé une clairière pas très loin, on pourrait être bien pour la nuit, déclara le demi-Danet. Non parce qu’ici, sincèrement... ajouta-t-il en désignant la mare de boue dans laquelle le Grügrü s’enfonçait tranquillement.

- Ah bin voilà. Bwa, Wou, Bss, allez garer le Grügrü dans la clairière. Danet, vous ouvrez la marche, Plaureur, vous la fermez, et je...

- Mais j’ai rien fait, moi, piailla Moz, penaud.

- ... à l’arrière avec Kroustibat qui n’a pas l’air dans son assiette, termina Guignoletti.

- Au fait j’ai croisé un machin à quatre pattes, là, je crois qu’il était dans l’Amérion. Un truc en ferraille. C’est dangereux ? fit Danet.

- A priori non, déclarèrent les trois mécaniciens. Mais bon, on ne sait jamais, il n’a pas l’air de savoir très bien qui il est, donc dans le doute...


Les trois synchrones montèrent dans la cabine du Grügrü, puis démarrèrent non sans copieusement recouvrir Plaureur de boue. Danet passa devant, et le groupe s’enfonça dans la jungle perpendiculairement à la piste. Quelques minutes plus tard, ils débouchèrent dans une clairière de petite taille. Guignoletti sauta à terre.


- Bon. Kroustibat, vous… qu’est-ce que vous mangez, encore, sergent ?

- Bin *mountch mountch* c’est des lasagnes aux oreilles de prozacosaure, c’est ‘achement bon, mon capitaine. *Gloump*

- Bref. Finissez vos lasagnes, et installez les biomodules, Bwa, Wou et Bss, vérifiez que le Grügrü est en état. C’est triste à dire, mais nous n’avons que ça pour nous sortir de cet enfer vert, fit le capitaine qui, à ses heures perdues, cédait volontiers aux lieux communs.

- Bien notre capitaine, répondirent les trois similaires en ouvrant tout ce qui pouvait s’ouvrir sur le véhicule, jusqu’à la boîte à glands.

- Je me demande s’ils éternuent en même temps aussi, marmonna Kroustibat qui observait la scène depuis la plateuforme.

- Euuuh... Danet ! Allez avec Kroustibat et trouvez quelque chose de comestible. Je vais m’occuper des biomodules, finalement. Allez allez, ajouta Guignoletti en voyant l’air absent des deux concernés.


Kroustibat saisit une lourde valise et descendit du Grügrü pour l’ouvrir. À l’intérieur, toute une panoplie d’armes précautionneusement rangées dont la puissance aurait fait passer un croiseur de la Cellule pour un canard de baignoire.


- Bon je prends ça, moi, dit l’armurier en saisissant une énorme arme d’assaut.

- C’est quoi ? Un accélérateur de choupinos ? interrogea l’intendant qui s’était rapproché, intrigué.

- Non non, c’est beaucoup mieux ! répondit Kroustibat crânement. En fait c’est une version modifiée du célèbre canon à triple impact du conflit des Finfoniens. J’y ai ajouté une visée à balancement latéral en contre-ut, un calibrage en série par induction de phase asynchrone, et surtout, surtout, j’ai changé les munitions. Je suis passé d’un calibre 92, assez conventionnel, à un calibre 124 modifié 134 à tête creuse antiblindage. C’est du lourd, hein, attention, dans le milieu on l’appelle l’agrafeuse à blindés. Bon par contre y a du recul, quand même, du coup j’ai été obligé de modifier mes godasses aussi, ajouta l’armurier en désignant ses bottes ferrées.

- Ah. Tu es au courant qu’on va juste chercher à manger ? L’objectif n’est pas de conquérir une galaxie ou un truc du genre, hein.

- Oui non mais on sait jamais. Tiens regarde, tu vas voir ça poutre velu.


Kroustibat épaula son tank portatif d’un ample mouvement du tronc, visa un arbre, et appuya sur la gâchette. Un énorme BOUDOUM secoua la clairière, aussitôt suivi par un double bang supersonique. Dans un rayon de trois kilomètres, tous les bestiaux capables de voler abandonnèrent leur perchoir pour des horizons plus cléments, tandis que les autres se terrèrent de terreur dans leurs terriers. L’armurier, fermement campé sur ses deux jambes, recula de plusieurs mètres en arrière, laissant dans le sol deux profonds sillons. Danet exécuta un magistral triple axel contre son gré avec finish dans les taillis. L’explosion désintégra l’arbre visé, et souffla la clairière. Guignoletti, qui essayait tant bien que mal de lire le plan de montage des biomodules Flåkødöj issus des mondes parallèles de Gruikéa, prit le souffle en pleine tronche. Son plan fut violemment rabattu contre lui, l’aveuglant du même coup. Il décolla, entraîné par le souffle, et termina sa course dans le Grügrü. Le véhicule tangua en grinçant, et Bwa tomba dans le moteur tandis que Wou faisait le drapeau, accroché à un échuiglache. Bss avait eu le temps de s’abriter derrière la trappe à carburant.


Quelques longs instants plus tard, le souffle était retombé, et les résidus du défunt arbre s’abattaient en une fine pluie.


- T’as vu ça marche bien, hein, rigola Kroustibat en sortant de ses ornières. Et encore je suis en semi-auto, là.

- Oui en effet, admit Danet en se relevant. Mais ça me semble un peu excessif, quand même.

- Tu crois ?

- Oui oui. Vraiment.

- Bon arrêtez de déconner, sergent, et allez chasser, brailla Guignoletti en tentant de se libérer du fourbe plan.


L’armurier déposa à contrecœur son jouet, et saisit une autre arme, plus légère.


- Bon ça, c’est peut-être plus adapté, concéda-t-il. Fusil “Téniké” utilisé par les gardes impériales du Mamahu. Canon tactique à fileutage en graulaunium, molette de réglage de la hausse revue à la baisse, lunette brevetée Dwadanleuye, projectiles “bim-bim” multi-étages à triple chambre fluorée. Et en plus y a une ouverture facile. Sur le côté. Pour mettre ses clefs de bagnole.

- Mouais. Bon tant que ça ne risque pas de raser la moitié de la forêt, hein, grommela l’intendant.

- ...

- Quoi ? Ça aussi c’est une arme de destruction massive ???

- ...

- Bon t’as pas un truc normal ? Un fusil de chasse ? Un truc fait pour tuer des bestiaux et qui ne risque pas de faire le tour de la planète et de nous revenir dans la rondelle à Mach 80 ?

- Euh... Peut-être, fit Kroustibat.


Quelques minutes plus tard, les deux chasseurs improvisés étaient sur la piste d’un oréausaure à coussinets pourpres, au plus profond de la forêt. L’armurier ouvrait la marche, et Danet jetait des regards inquiets alentour. La touffeur de la végétation atténuait à peine le vacarme des bêtes à plumes/poils/écailles. Kroustibat se retourna et déclara d’une voix sans faille :


- On est perdus. Et j’ai plus de lasagnes.

- Mais non mais non, rassura Danet. Regarde, c’eeest... c’est par là ? Non ?

- Non. Et ça règle pas le problème des lasagnes.

- Bon, quoi qu’il en soit, trouvons ce bestiau, et on verra après. Ça sert à rien de chercher à rentrer maintenant, hein.


Ils reprirent leur traque. Sur l’épais tapis de feuilles en décomposition, les pattes de l’oréausaure avaient laissé des empreintes aisément reconnaissables : les pattes postérieures et antérieures comportaient respectivement deux fois quinze et deux fois douze coussinets, chacun muni de sa griffe réglementaire. Ce qui fait donc...


- Cinquante-quatre griffes, murmura Danet.


Merci.


- Quoi ? fit l’armurier.

- Non je disais : un oréausaure, ça a cinquante-quatre griffes. Faudra faire attention.

- Boah vu la taille des empreintes ça n’a pas l’air d’être monstrueux non plus. D’ailleurs tu es sûr qu’on aura assez ?

- Bah tu verras. Mais sois vigilant : si tu le rates, lui ne te ratera pas.


Kroustibat suivait toujours consciencieusement la piste, et Danet passa la main sur un tronc de sékobab à flatulences biconcaves en pleine floraison. Le tronc de l’arbre était sauvagement lacéré, vraisemblablement par l’oréausaure. L’intendant lâcha un glurpl de circonstance. Tout à coup, Kroustibat se figea, le poing levé. Danet, qui n’était pas militaire mais qui avait tout de même vu Predator, s’arrêta à son tour, silencieux. Kroustibat indiqua la berge d’un étang, quelques dizaines de mètres plus loin. Un gros animal pelucheux s’y abreuvait, perché dans une position assez ridicule sur un rocher qui surplombait la surface de l’eau. Sous ses pattes, on pouvait apercevoir des nuances pourpres. L’animal se pencha un peu trop, faillit glisser mais sortit dans un chling métallique cinquante-quatre griffes et larda la moitié du rocher en tentant de se rattraper. Danet tremblait comme une feuille.


- T’as vu ? Il a découpé le rocher en rondelles, comme un sauciflard ! chuchota-t-il.

- Tcht ! intima aussitôt Kroustibat.


Trop tard. L’oréausaure avait relevé la tête et feulait, dévoilant ses crocs luisants.


- ... putainputainputainputain... fit Danet en se cachant derrière un gros youkaïdi moucheté.

- P-pas de p-panique, bredouilla Kroustibat. Je vais l’avoir.


L’armurier essaya d’épauler quelque chose, et se rappela qu’il avait laissé son fusil au Grügrü.


- Bordel, toi et tes idées, hein. J’aurais mieux fait de prendre ce que j’avais choisi au départ ! grogna-t-il.

- Bin je savais pas qu’on tomberait là-dessus, aussi ! chouina Danet depuis son youkaïdi.


Kroustibat saisit alors son koup’koup, prit une profonde inspiration, puis dit d’une voix calme :


- Bon. Allez.


Il fit quelques pas en brandissant son arme. L’oréausaure s’avança de la démarche tranquille du prédateur qui vient de tomber sur son dîner. Vif comme l’éclair, il donna un coup de griffe dans le koup’koup de Kroustibat. La lame du koup’koup tomba, découpée en treize morceaux ébavurés au micron dans la foulée.


- Ho flûte borgne, dit Kroustibat. Je crois qu’on est dans le caca jusqu’aux oreilles…


L’intendant, ayant retrouvé son sang-froid et son inspiration, avait arraché une longue tige de koukouye sèche. Pour bien comprendre la suite, il est nécessaire de savoir que la koukouye sèche est en fait une coque creuse contenant les graines du koukouyer sauvage (à tige barbotante). Danet avait donc dégotté en pleine jungle un énorme hochet, grâce à son savoir livresque des plantes graupicales. Il agita l’objet devant la truffe de l’oréausaure, peu confiant. Kroustibat observait la scène non sans copieusement serrer les fesses. L’oréausaure lâcha un mrou ? surpris en découvrant ce nouveau jouet, l’éventra d’un coup de griffe, puis tendit l’oreille et partit en sautillant dans la jungle.


- Bin... fit Kroustibat, incrédule. Il est cintré cet animal, ou quoi ???

- Absence de compréhension immédiate, répondit Danet. En gros tu le focalises sur autre chose et tu as la paix. Heureusement qu’ils ont des koukouyes, sur cette planète.

- Mais il est parti où, là ?

- Va savoir... Éventrer autre chose, je suppose. Sa proie favorite est le canapé à accoudoirs soyeux, et cette jungle giboyeuse doit en regorger. Personnellement, tant que je me fais pas éviscérer, hein... Tiens écoute ! fit soudain Danet en dressant l’index.

- Hein ?

- Tu n’entends pas ? C’est le chant d’amour du canapé ! s’extasia Danet, l’œil humide.


Effectivement, au loin résonnait un cliquetis aisément reconnaissable : “clic-clac ! ”. Mais un mouvement attira l’attention des deux chasseurs. Un épais massif de tütübes vivaces à collerette s’agita, et le quadrupède mécanique qui répondait au nom de Goudd’Aug en jaillit soudain. Il tenait dans sa gueule un gros sabot, attaché à une patte, elle-même raccordée à un gros bestiau à cornes. Danet regarda Kroustibat, puis déclara d’une voix sans faille :


- Ça, c’est un bon pépère, ça.

- Bon bah au moins il sert à quelque chose, ce bidule, fit l’armurier. On rentrera pas braukouye. En plus avec un peu de chance, il sait comment rentrer. Hein mon gros ?

- Je ne suis pas gros, rétorqua Danet, piqué au vif.


Les deux compères suivirent donc l’improbable droïde jusqu’au campeument, où le reste de l’équipage attendait autour d’un feu. Le jour déclinait, et ils eurent à peine le temps de dépiauter la victime de Goudd’Aug, qui s’avéra être un tauniblaire à oreilles décollées. L’animal, plutôt dégingandé sur ses trois pattes, présentait la particularité de ne présenter aucune particularité, ce qui est assez singulier pour être souligné. Danet arrangea le tauniblaire avec une sauce à la flatule persistante, et présenta même les oreilles et la queue sur un plateau séparé. La viande grillée au feu de bois avait comme un goût de vacances, aussi Plaureur suscita de vives félicitations lorsqu’il déboucha un fût de grauzé bien frais. Des bêtes farfouillaient à la lisière de la forêt, et le crépuscule était saturé de bruits d’insectes. Des escarbilles partaient du feu vers le ciel en zigzag. Pour un peu, on aurait cherché Assurancetourix ligoté à un arbre, tiens.


Lorsque le soleil se coucha complètement, chacun put rentrer dans son bio-module. Guignoletti avait finalement triomphé de la notice de montage, sacralisant ainsi la victoire de l’homme sur le meuble en kit. Le crépuscule céda la place à l’obscurité, puis... le deuxième soleil se leva, quelques minutes après.


 
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   conchiita85   
9/7/2010
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Ah, moi, j'adore !!
J'adore comprendre le pourquoi du comment et dans ce récit, je n'ai jamais à me demander comment ils sautent dans l'espace ou comment ils communiquent. Tout est dit et clairement expliqué ! Bien sur, je ne comprend aucune des explications, mais ça c'est normal... ça m'arrive aussi dans la réalité.
J'adore aussi le rythme, c'est rapide, on ne s'empêtre pas dans des descriptions de trois pieds de longs, et pourtant on a pas de mal à imaginer les décors, d'autant que les descriptions sont en général drôles ou ponctuées d'images (Pour un peu, on aurait cherché Assurancetourix ligoté à un arbre ( ça m'a beaucoup fait rire !)) .
J'aime le côté très sonore autant avec les verbes beugla,piailla... qu'avec les bruitages BOUDOUM,*mountch mountch*... je trouve qu'on a vraiment l'impression d'assister à la scène.
Bref, je trouve ça très bien (les canapés sauvages qui crient clic-clac, ça m'a particulièrement fait rire !) et j'attends la suite avec la plus grande impatience.

   Anonyme   
22/2/2015
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Ce chapitre est d'une toute autre facture. De l'action, enfin, ce qui rend l'intrigue plus vivante, donc la lecture plus attrayante. On ne s'ennuie pas ; les répliques fusent, nous faisons la connaissance d'une grosse bébête munie de 54 griffes et capable de déchirer en 13 morceaux un koup'koup. Une arme surpsuissante est utilisée dans cette jungle extrêmement dense où nos personnages évoluent, fendant un arbre en deux (heureusement qu'il n'y a pas d'écolos dans le coin), en référence au film "Predator", comme ne manque pas de le souligner très justement l'auteur.

Je tire mon chapeau pour cette imagination foisonnante.


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