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USS-AMÉRION II : Continuation
Sebastien : USS-AMÉRION II : Continuation  -  Frayeur et discussions
 Publié le 10/07/10  -  1 commentaire  -  15468 caractères  -  17 lectures    Autres publications du même auteur

Une demi-douzaine d’heures plus tard, Guignoletti déclencha un broadcast de repli par radio à tous les biomodules, provoquant ainsi une éjection généralisée des membres de l’équipage de l’USS-Amérion hors de leur abri. Boïng.


L’air était chaud, et le soleil, quel qu’il fût, haut dans le ciel. Des tinines à aigrette plate faisaient un chahut de tous les diables dans les arbres environnants. Kroustibat fut le premier à râler.


- Pfff... C’est quoi cette planète où il fait tout le temps jour, là...

- P’tite planète, sourit Danet qui avait visiblement réussi à dormir.

- Ouais. Bah nous on a dormi dans le Grügrü, et avec les gronflements de Vikeutor, c’était pas une signature, hein, ronchonnèrent les trois mécanos.

- Une signa... Bon enfin bref. On se remet en route, messieurs, brailla Guignoletti. Et ramassez-moi ce fût de grauzé. Il va se gâter.

- Euh mon capitaine mon capitaine !

- Oui, sous-lieutenant ?

- Ben voilà, mon capitaine, avec Plaureur on a regardé le chemin, et en fait on a peut-être un raccourci, le problème c’est que ça passe par une forêt sombre et impénétrable.

- Sombre et imp... Comment ça ?

- Bah je veux dire qu’on a de bonnes chances, si le scénariste est un peu fourbe, que ça tourne au vinaigre, voyez-vous.

- Hm. Je vois, fit Guignoletti alors qu’il ne voyait pas du tout.


Le capitaine s’absorba un instant dans ses pensées, laissant Dugommier comme deux ronds de flan.


- Bon, ben va pour le raccourci.


Plus tard… Plan fixe sur un petit chemin perdu et calme. Au loin, un bruit de moteur en surrégime se fait de plus en plus présent. Un Grügrü fait soudain irruption dans le champ, bondissant au gré des nids de poulpes dont la piste est constellée. Un grognement sauvage retentit derrière le véhicule malmené.


- Je vous avais bien dit que c’était pas une bonne idée !!! brailla Guignoletti en tentant de couvrir le bruit des rafales de défouraillettes.

- Mon capitaine, oui mon capitaine ! fayotta Dugommier en s’accrochant tant bien que mal à la rambarde du Grügrü.


Wou, qui pilotait l’engin, fit faire au Grügrü l’embardée de sa vie, secouant par la même occasion ses passagers comme autant de clefs anglaises dans une boîte à outils trop grande. À l’arrière, chacun tentait de son mieux de rester sur la plateuforme, et en vie. Le titanodon à rondelle palpitante qui leur galopait après était plutôt de mauvais poil, et avait apparemment décidé de boulotter de l’explorateur au petit-déjeuner. Le fameux raccourci proposé par Plaureur avait amené le Grügrü à rouler sur une sorte de petit promontoire, qui s’était avéré être une roubignole de titanodon en parfait état de marche. Le titanodon n’étant pas à la base un animal franchement du matin, le réveil brutal imposé par la fine équipe n’avait rien arrangé.


L’énorme bestiau, dressé sur ses deux pattes postérieures pour l’occasion, poursuivait d’un pas lourd le Grügrü, non sans arracher la moitié des arbres de part et d’autre du chemin, et ce dans un vacarme infernal. Il poussa un hurlement puis baissa la mâchoire vers le véhicule qui zigzaguait devant lui. Un claquement sourd fit bondir le cœur des amérionautes, et ils eurent la chance d’apercevoir de très près les dents pleines de bave du titanodon.


- Plus vite ! hurla Guignoletti aux pilotes qui tentaient tant bien que mal de maintenir le Grügrü sur une trajectoire raisonnable. Kroustibat, c’est le moment de sortir une de vos armes favorites, je pense !

- Oui mon capitaine ! fit l’armurier en se cramponnant à sa valoche.


Dugommier gesticulait des ordres à Plaureur qui couinait des instructions à Danet qui lançait sans réfléchir tout ce qu’il trouvait au titanodon, c’est-à-dire des godasses, un siège de Grügrü, du saucisson, un tonneau vide de sens et de grauzé, et même Goudd’Aug qui beugla et effectua un très joli retournement bicroisé avec persillade des pattes antérieures pour se rattraper au bastingage, in extremis. Les branches basses des végétaux de part et d’autre du chemin fouettaient tout ce qui dépassait du Grügrü, en largeur comme en hauteur, et Guignoletti commençait à avoir un fort goût de pelouse dans la bouche à force de bouffer des feuilles. Kroustibat sortit un colossal kazooka de sa musette magique, et épaula, fermement campé au milieu de la passeurelle sur ses grosses bottes.


- Z’allez voir c’que vous allez voir, mon capitaine, brailla-t-il par-dessus le rugissement, enfin, le miaulement du moteur. Ce petit bijou est muni de la dernière technologie de chez Toumington, j’ai nommé le tore rhodium-ozone à génération d’ondes résiduelles, mieux connu sous le nom de TROGOR !


L’engin se présentait sous la forme d’un gros tube plein, avec un viseur sur le côté et toute une panoplie d’antennes, sans doute pour faire plus sérieux. Kroustibat visa vaguement, tira, et le Kazooka se mit à gigoter en bourdonnant sur l’épaule de l’armurier qui tentait toujours tant bien que mal de se maintenir debout, l’arme pointée vers le titanodon. Une onde de choc émise par le Kazooka fila vers l’animal qui reçut la décharge d’énergie dans les pattes postérieures, exécutant par là même un superbe salto avant avec vrille, pour terminer sa course la truffe dans les feuilles. Le titanodon, visiblement vexé, se remit debout et tourna la tête de côté pour mieux voir les assaillants (le titanodon, à l’instar du perroquet et de la sole meunière, est muni d’un œil de chaque côté du crâne, ce qui non seulement empêche la stéréoscopie, mais donne un air éminemment absurde). Wou stoppa le Grügrü en dérapant, ce qui eut pour effet d’immobiliser le véhicule de côté aussi, histoire que le titanodon se sente moins seul, peut-être. Les différents intervenants se jaugèrent mutuellement. À ma gauche, en écailles vertes, cagoule tachetée et papattes crochues, le titanodon. À ma droite, en carrosserie rouillée, chenilles boueuses et passagers ahuris, le Grügrü.


- Bok ? fit le gigantesque.

- Comment ça, “bok” ? s’insurgea Danet. Alors ça mesure douze mètres de haut, ça mange des blindés au p’tit déj’ et tout ce que ça trouve à dire, c’est “bok” ? Mais de qui s’moque-t-on ? Bientôt, on donnera dans le grand-guignolesque pendant les poursuites, dans le pas raisonnable, dans le larmoyant !


Ses compagnons l’observèrent un instant, interdits devant la pertinence d’une telle tirade.


- Bah quoi, c’est vrai… fit l’intendant.


Le titanodon reluquait toujours la fine équipe d’un air suspicieux, perché sur une seule de ses épaisses pattes postérieures. Un peu comme un flamant rose, en fait. Mais en plus gros, et en moins rose. L’œil du bestiau, rond comme une bille, était rempli d’incompréhension.


- Bon je comprends pas, murmura Kroustibat, y a deux minutes ce bidule nous courait après, sûrement pour nous boulotter, et là il nous regarde bêtement comme un clébard qui regarde son maître rouler le journal. C’est pas logique, quand même !

- J’ai lu quelque chose là-dessus, fit Guignoletti. Dans Raptor Magazine, un certain Boulet avait émis quelques hypothèses sur les capacités de raisonnement des grands reptiles. En fait, ils ont plus ou moins le même cerveau que les poulets. À peu de chose près. D’ailleurs...


Guignoletti sauta de la plateuforme, s’avança de quelques pas, et brailla un gros “BOUH” en direction du titanodon. Celui-ci courut se cacher derrière un bwakaubab en fleurs, bien trop petit pour lui, puis se remit à observer les explorateurs, l’air apeuré.


- Bok ?

- Z’avez vu ? rigola Guignoletti en se retournant. Le même cerveau qu’un poulet ! Bon enfin, voilà un problème de réglé.


Dugommier, amusé, dégaina son arme de service, qu’il avait délaissée au profit d’une défouraillette pendant la poursuite, puis tira en l’air. Le bruit de la détonation effraya le titanodon qui s’enfuit en sautillant dans la jungle.


Le reste du voyage s’effectua sans encombre, à l’exception toutefois de la rencontre fortuite avec quelques indigènes. Ce fut l’occasion pour la fine équipe d’échanger de la verroterie contre de la verroterie, les indigènes n’ayant désormais plus que ça comme monnaie de référence.


Quelques heures plus tard, les explorateurs atteignirent un village. D’apparence plutôt rustique, le village n’en était pas moins relativement avancé technologiquement : les autochtones circulaient en trakeuteur à postcombustion, et Danet aperçut même une installation de biofermentation à palpitations secondaires. On pouvait lire sur un panonceau à l’entrée du bourg : “La Chaillochère”. La vue étant dégagée autour du village, on pouvait apercevoir au loin les neiges éternelles de hauts sommets. Partout ailleurs cependant, ce n’était encore que verdure, verdure, et verdure. Arrivés sur la place plus ou moins principale, Guignoletti envoya Dugommier qui, en qualité de communicant, devait récolter le maximum d’informations.


- Bon et rappelez-vous, Dugommier, l’objectif c’est de trouver le chef. Ça devrait aller, c’est dans vos cordes ?

- Aye aye, mon capitaine, fit le sous-lieutenant.

- Bon. Allez-y, et restez en liaison radio, hein. Maintenant qu’on est sortis de la jungle, ça devrait passer. Les autres, avec moi, on va tâcher de trouver un endroit où passer la nuit. Enfin l’absence de nuit. D’ailleurs quelle heure il est, bon sang ? rouspéta Guignoletti.


Dugommier erra quelques minutes, et aborda finalement un jeune homme. L’autochtone portait une hache sur l’épaule, et était vêtu de façon assez incohérente : il portait un pantalon trop court sous un pagne en peau de bête, une sorte de pourpoint en filet et un casque avec trois cornes. Chacun de ses doigts était muni d’un anneau, tandis que son front, sa taille et son cou étaient ceints d’amulettes diverses.


- Holà, mon brave, tenta le sous-lieutenant. Je cherche des informations sur ce village.

- C’toi l’village, fit l’énergumène en mâchouillant une branche de fleuarp.

- Euh… oui. Bon. Vous êtes vêtu fort étrangement, mon brave, dit Dugommier pour sympathiser.

- Bon alors déjà chuis pas ton brave, pour commencer. Et pis je suis vêtu comme je veux. Tu te mêles ou quoi ?

- Non mais je…

- C’est pra-gma-tique, comme façon de s’habiller, c’est tout. Le pagne, là, ça me fait +2 en furtivité, et le grimpant me donne un bonus sur mes jets de résistance. La cote en filet, ça me permet de pêcher plus vite, et le casque c’est pour éviter les coups critiques. Les cornes par contre c’est pour la déco, ça file du charisme en plus (mais ché plus combien, lol).

- Je…

- Quoi ? Bon, je te laisse, le noob, faut que je coupe des buissons, sans ça c’est pas demain que je vais level up.


L’indigène jeta sa branche de fleuarp, remit sa hache sur le dos et prit la direction de la forêt, non sans fouiller tous les coffres sur son chemin. Dugommier aborda quelqu’un d’autre qui passait à proximité, en l’occurrence une femme au teint verdâtre qui trimballait une épée plus haute qu’elle dans son dos.


- Bonjour, gente dame, fit le livresque. Auriez-vous...

- j00 9UyZ b3 teh 3Xp10r470rz ? fit joyeusement la femme.

- Hou bordel, lâcha-t-il avec un mouvement de recul.

- l0lkthx j00 teh S0X0rz l33v R ch4n plZ.


La femme n’avait même pas pris le temps de s’arrêter pour asséner ces violentes paroles à Dugommier, et elle passa son chemin en laissant le sous-lieutenant plutôt perplexe.


- Bon. Je sens que je vais galérer, murmura-t-il.


Guignoletti tourna un moment dans le village, suivi par Danet, Kroustibat qui avait acheté quelque chose de gras à manger, Plaureur, et enfin les trois mécaniciens. Goudd’Aug précédait la fine équipe, fnoufnoufant tout ce qui était fnoufnoufable, c’est-à-dire à peu près tout. Les rues du village, étroites et encombrées, ne disposaient manifestement pas d’un tout-à-l’égout convenable. C’était plutôt un rien-à-l’égout, vu l’état des routes pavées. De ruelles boueuses en avenues fangeuses, tout le monde en avait plein les bottes de tourner en rond. Un observateur fixe aurait pu voir une file indienne de militaires parcourant le village en long, en large et en travers. Il aurait même pu s’exclamer : “O’lé tou d’même pô si grin qu’çô, o’Chaillochère”.


- Le problème d’un village de cette taille, fit remarquer Danet, c’est que si on tourne pas en rond, au bout de deux cents mètres on est au milieu d’un champ.

- Mon capitaine, fit Plaureur en rattrapant la tête de file. C’est pas une auberge, ça ?


Il désigna une enseigne sur laquelle on pouvait lire : auberge.


- Bien vu, Moz, fit Guignoletti.


Le groupe pénétra par une petite porte en bois dans une salle aux vastes dimensions où flottaient des relents de fumée, de vinasse et de transpiration. Guignoletti, en tant que capitaine, se dirigea vers le comptoir tandis que le reste du groupe s’installait à une table qui semblait moins collante que les autres. Danet et Kroustibat se chamaillèrent quelques instants pour une chaise, tandis que les trois mécaniciens commandaient auprès d’une serveuse dont le mégot semblait vissé au coin de la bouche. Plaureur couina un peu en découvrant que sa chaise n’avait que trois pieds, constata que tout le monde était plus ou moins logé à la même enseigne, couina encore, puis tenta de faire asseoir Goudd’Aug sous la table. Voyant qu’il n’arriverait pas à faire comprendre quoi que ce soit au quadrupède, il observa la salle. Quelques rares clients, affalés (ou collés) sur leurs tables, observaient les étrangers d’un regard vide. Plus loin, l’aubergiste se tenait derrière son comptoir, comme tout bon aubergiste, les mains sur le briochon. Derrière lui sur une étagère, une rangée de bouteilles graisseuses semblaient observer la salle. En tendant l’oreille, on pouvait presque les entendre commenter le moindre évènement, comme autant de vieux sur un banc. L’aubergiste était affublé d’un tablier qui avait probablement été de couleur claire dans sa prime jeunesse. Il déclara d’une voix étonnamment fluette pour sa carrure :


- Bienv’nue à la Couronne eud’Cuiv’, étrangers.

- Merci bien, dit Guignoletti.

- Qu’est-ce qu’il lui fallait ?

- À qui ? fit le capitaine en se retournant.

- À lui.

- Lui… Lui qui ?

- Bah lui, qu’est-ce qu’il veut ? s’énerva l’aubergiste.

- Euh, écoutez, je ne veux pas vous froisser, je ne sais pas de qui vous parlez, nous on veut juste des chambres. Pour sept.

- Ah bah voilà, il a retrouvé sa langue. Y a un dortoir de libre. Pour dix.

- Oui, très bien.

- Ça fera deux péhaux d'acompte. Merci, ajouta-t-il comme Guignoletti lui tendait la somme.

- Voilà, bon eh ben…

- Et sinon, il veut pas des informations ? Des rumeurs ? Il cherche pas une quête, des fois ?


L’aubergiste mit sa main sur le côté de sa bouche d’un air conspirateur.


- J’ai des infos de dernière minute sur un complot à lui fournir, souffla-t-il en jetant des regards vers la salle.

- Non mais sans rire, fit Guignoletti en se penchant sur le comptoir. Vous parlez à qui ?


Sur la grand-place, Dugommier envisageait une troisième tentative de communication avec un villageois. Il avisa un jeune homme imberbe qui sortait d’une sorte de boutique dont l’étal regorgeait vraisemblablement de nourriture. L’adolescent portait une tunique beige toute simple, maintenue en place par une corde nouée à la taille. Il était pieds nus.


- Bonjour, mon garçon, fit Dugommier d’un ton paternel.

- kikoo.

- Pardon ?

- lol t ki mdr ?

- Euh… Je ne suis pas sûr de bien comprendre, parlez-vous le galactique ?

- ^^ pk tu rep pa lol ?

- Bon… Je suis pas rendu, fit amèrement le sous-lieutenant.

- j v @+ lol !

- Pfff…


 
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   Anonyme   
23/2/2015
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Au bout de six heures de roulis en pleine forêt inhospitalière, nos fringuants héros décident d'emprunter un raccourci dans une forêt encore plus dense et tombent nez à nez avec un Titanodon. La grosse bébête - bien que mesurant 12 mètres de haut - est plus craintive que prévu et s'enfuit à toutes jambes (pour ne pas dire à grosses pattes) après avoir essuyé un coup de TROGOR, une arme redoutable à génération d'ondes résiduelles.

Nos charmants personnages parviennent ensuite dans un village où ils font connaissance avec le chef. Leur but ? Obtenir des informations. Sur quoi ? On n'en sait fichtre rien, mais ça viendra sans doute dans le chapitre suivant, ou un autre...

Ils rencontrent aussi une femme au teint verdâtre qui parle une langue incompréhensible avant d'arriver dans une auberge où l'aubergiste à des infos de dernière minute sur un complot à leur communiquer, dont on ne sait toujours rien...

Autre tentative de communication avec un troisième autochtone à l'extérieur de l'auberge, qui se traduit par un dialecte incompréhensible.

On est pas rendu, comme dirait Dugommier, pffff...

Le tout est pas mal, on s'amuse bien, et l'histoire avance à son rythme.


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