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Le silence des bigorneaux
leon : Le silence des bigorneaux  -  Chapitre 9
 Publié le 06/07/12  -  4 commentaires  -  7721 caractères  -  33 lectures    Autres publications du même auteur

Abigaël se réveilla sur les coups de six heures, en fin d'après-midi, et s'avisa de préparer le repas du soir, pour celle qu'il aimait en secret depuis si longtemps. Un beau secret de Polichinelle, apparemment ! Il avait prévu de faire un sauté de veau aux petits légumes et ses champignons, et avait ramené tout ce qu'il fallait de Fleury pour réaliser sa recette. Il éplucha les légumes et les champignons, les détailla et les mit à cuire à l'étouffée avec quelques épices, pendant qu'il faisait revenir le veau en lamelles dans l'huile d'olive, pour le faire dorer, avant de l'envoyer rejoindre sa garniture. Il prépara aussi une salade à la tome de chèvre, aux pignons de pain et au basilic, dont il avait réussi à se procurer un pied à prix d'or, à cette époque avancée de l'année. Il sortit encore les fromages du frigo et les disposa sur un plateau, mais laissa les tartelettes au citron au frais. Enfin, il prépara des canapés au saumon, au guacamole et au tzatziki, pour l'apéritif.


C'était de la cuisine vite faite, il en avait bien conscience, mais il y avait tout de même de quoi réjouir le palais. Tout était prêt depuis longtemps, quand, vers vingt heures, la sonnerie retentit. Le cœur battant, il alla ouvrir, pour accueillir Natacha, qui s'était mise sur son trente et un. Il regrettait presque de l'avoir invitée à seule fin de lui tendre un piège, à elle aussi, pour faire avancer son enquête.


Elle était vêtue d'une robe de coton noire, avec un motif de fleurs brodées multicolores à la poitrine, par-dessus laquelle elle avait enfilé un superbe châle de laine rouge. Bon sang, qu'elle était belle ! Pour l'apéro, il leur servit un chablis premier cru, agrémenté d'une pointe de crème de mûre, pour accompagner les toasts. Elle semblait ravie, et ne se méfiait pas du tout. Ils bavardèrent ainsi tout le repas, tranquillement, comme de vieux amants, ce qu'ils auraient effectivement dû être depuis un bon moment déjà, si monsieur l'inspecteur n'avait eu les principes rigides qui le retenaient de faire le premier pas. Natacha se régala de sa cuisine, et de l'excellent bourgogne qu'il lui servit pour l'accompagner, et c'est ainsi qu'ils arrivèrent parfaitement détendus à cette fin de soirée, où Abigaël avait prévu de coincer la belle.


En y réfléchissant bien, il ne ressentait aucun scrupule à agir de la sorte, lui qui avait placé la recherche de la vérité au sommet de tout ce à quoi il croyait. Il proposa donc un café à Natacha, bien décidé à lui proposer ce pousse-café assez inattendu que représentait la gnôle du père Longrain, dans sa bouteille très spéciale…


– Tu sais quoi, Natacha, j'ai adoré cette histoire que tu racontais l'autre jour à ces gamins, au sommet de ton phare d'Alexandrie.

– Ah oui ?!

– Oui, vraiment. Ça m'a parlé, cette rivalité entre deux frères, qui va jusqu'à la mort, poursuivit-il, en prenant soin d'observer les réactions de son invitée à cette provocation.


Elle accusa le coup en plongeant son nez dans sa tasse de café, visiblement très mal à l'aise. Oui, il y avait anguille sous roche, ou, pour mieux dire, il venait de ferrer un beau loup. Quelque part, il se sentait bien plus malin que tous ces bigorneaux cachottiers et soupçonneux, dont Natacha elle-même faisait partie, finalement. Se réjouissant par avance de la chose, avec un rien de sadisme dont il était parfaitement conscient, il décida de porter l'estocade. Fielleux, il proposa un digestif à celle-ci, d'un air innocent. Elle sauta sur l'occasion, espérant peut-être que ça lui donnerait l’occasion de reprendre contenance, de se requinquer. Si elle avait su, la pauvre… Il se rendit jusqu'à la cuisine, et en revint avec deux verres et la bouteille qu'il avait fait remplir par le père Longrain. Il fit claquer les deux verres sur la table, et la bouteille, et la regarda droit dans les yeux : un, deux, trois, soleil !


Elle piqua un fard de la même manière qu'elle l’avait fait l'autre fois, quand il lui avait parlé du vieux Caillot, dont elle avait eu Yvan, ce fils mort en mer ou bien assassiné. Il en avait la certitude maintenant, elle savait quelque chose, et cette bouteille était loin de lui rappeler de bons souvenirs, apparemment. Il remplit les deux verres d'eau-de-vie à ras bord, comme tous le faisaient à Mélile, et porta un toast perfide :


– À nos femmes, à nos chevaux, et à ceux qui les montent ! lança-t-il, mi-figue, mi-raisin.


… Elle ne sut quoi répondre, et s'enfila le verre cul sec, au trente-sixième dessous.


Elle faillit s'étouffer, devant la force de l'alcool, et toussa en mettant sa main devant sa bouche. Abigaël décida de pousser encore plus loin son avantage.


– C'est une belle bouteille, qu'en penses-tu ?! Une rareté, non ?!

– Oui, peut-être, si tu le dis, parvint-elle à bafouiller.


Il leva son verre, et l'imita, le vidant d'un trait, lui aussi. Il remplit de nouveau les godets, d'autorité, et lança un nouveau toast, encore plus provoquant :


– À la vérité, et à la justice !

– À la vérité et à la justice, répéta-t-elle avec peine.


Et de nouveau, il but le contenu de son verre d'une seule gorgée. Elle se força à faire de même, comme sur un nuage. Il attendit un petit moment, alla mettre de la musique sur la vieille chaîne stéréo, un vieux disque de Nougaro, revint s'installer à côté d'elle, et lui susurra doucement à l'oreille :


– Qui a tué ton fils ? Tu peux bien me le dire, toi qui le sais, à moi qui sais très bien que tu le sais.


Et, en même temps, il sortit le courrier d'où tout était parti, et l'agita devant ses yeux. C'était plus qu'elle n'en pouvait supporter :


– Tu n'es qu'un salaud de flic, et j'espère bien ne plus jamais te revoir, lui lança-t-elle à la figure.

– Je ne recherche rien d'autre que la vérité et la justice, pourtant, je te l'ai dit.

– Tu ferais bien mieux de t'intéresser un peu à l'amour, grand con !


Et elle le planta là, remettant son châle sur ses épaules, et s'enfuyant dans la nuit. Amer, se resservant un verre de goutte, il fit le bilan de la soirée. Ils avaient passé un très bon moment ensemble, jusqu’à ce qu'il se décide à poursuivre son enquête, envers et contre tout. Bien sûr, il était maintenant convaincu qu’elle avait déjà vu ce courrier et cette bouteille, mais qu'est-ce que ça changeait ? Lui qui n'avait jamais su lui avouer son amour, ne venait-il pas par là-même de perdre son amitié ?! Il se sentait mal et il se sentait seul. Demain, ces marins qu'il appelait les bigorneaux et qu'il méprisait ouvertement, rentreraient chez eux, après une semaine en mer, et ils retrouveraient leur famille, le cœur content du travail accompli. Que possédait-il de plus qu'eux, pour se sentir tellement au-dessus ? Rien, conclut-il, absolument rien. Il n'était qu'un vieux flic à la retraite, complètement aigri.


Nougaro n'était visiblement pas encore assez triste et déprimant pour la circonstance. Il mit donc une compil de Léo Ferré, avec ses titres les plus beaux, mais aussi les plus flippants, et il la repassa en boucle, pendant qu'il noyait son blues dans la gnôle, à tel point qu'il finit par ne plus très bien savoir s'il écoutait de la musique parce qu'il souffrait, ou bien s'il souffrait parce qu'il écoutait cette musique.


« Avec le temps, va, tout s'en va,

Et l'on se sent tout seul, peut-être, mais peinard… »


Il s'endormit sans même s'en apercevoir, dans son fauteuil, devant la bouteille d'eau-de-vie à moitié vide. Un optimiste l'aurait plutôt vue à moitié pleine, mais ça ne changeait rien à l'affaire. Lui était plein, et plein de ce chagrin qu'il s'était lui-même infligé, en faisant souffrir sa belle, à seule fin de découvrir une vérité dont bien peu se souciaient, au sujet d'un meurtre oublié de tous.



 
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   Marite   
6/7/2012
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Bon, là je trouve que ça s' étire un peu en longueur et finalement, pas grand chose de nouveau, à part que notre inspecteur semble aimer être aux fourneaux (je me serais bien invitée) et que Natacha est "tombée" un peu trop vite à mon sens dans le piège tendu par Abigaël. Reste maintenant à savoir de quelle façon elle a été mêlée au meurtre.

Notre inspecteur a été trop pressé, trop sûr de lui. Pourtant il semblait avancer avec finesse dans ses contacts mais là, il s'est planté. Il a trop misé sur l'effet de la goutte du père Longrain. Tout le monde ne réagit pas de la même façon à l' alcool.

Comment va-t-il renouer avec Natacha ? Car je pense qu'il en aura besoin dans la suite de son enquête.

   brabant   
30/7/2012
 a aimé ce texte 
Pas
Bonjour Léon,


Généralement c'est la vérité qui sort du flacon, ici il semble bien que ce soit la muflerie !


Ce que j'aime : la préparation, le mitonnage et la délectation des plats, le festoiement. On trouve cela dans les aventures de Nicolas Le Floch de Jean-François Parot (des chefs-d'oeuvre, un régal d'érudition) où l'auteur ressuscite la cuisine du XVIIIè, produits, ingrédients et vins, etc... sous Louis XV puis Louis XVI.

C'est bien ici aussi de procéder en parallèle, de nommer tout cela.

Mais, même si c'est voulu de votre part, il y a exagération sur les quantités, et caricature sur la façon de les absorber. La demi-bouteille de goutte en plus du reste c'est le coma éthylique, voire davantage, avec de plus ce qui a été ingurgité le matin.

Abigaël comme je le craignais vire à l'individu antipathique, voire très antipathique, sans tact et sans nuance, que ne justifie en rien sa quête de vérité.
Est-il par ailleurs directement concerné ?
Il jette au visage de Natacha la mort de son propre fils, je crains que, à cause de ce comportement absurde, le lecteur ne finisse par le lâcher.
"A nos femmes, à nos chevaux et à ceux qui les montent !", odieux dans la bouche d'un joli coeur, a-t-il de plus servi dans la cavalerie etc..., ce qui ne justifierait rien en outre.

Comment racheter une scène aussi embarrassante que celle que l'on vient de lire ? Pour ma part je place ce triste sire en cellule de dégrisement ! Sans Ferré ni Nougaro !
Allez ! Avec Gainsbar !

   Alexandre   
7/7/2012
Bonjour leon. Hors les petits plats préparés par l'inspecteur Abi..., pas grand chose à se mettre sous la dent au cours de cet épisode si ce n'est que le lecteur découvre qu'en plus d'être plus ou moins alcolo, plutôt plus que moins d'ailleurs, notre "poulet" à la retraite fait preuve d'un cruel manque de tact et d'une rare vulgarité.
J'avoue avoir été quelque peu "désarçonné" par l'expression :
– À nos femmes, à nos chevaux, et à ceux qui les montent !
N'étant pas un perdreau de l'année, je connais cette littérature de corps de garde mais je trouve cette expression plus que déplacée dans cette scène de soit disant séduction...
Je vais donc laisser l'inpecteur Abigaël poursuivre son enquête à sa manière en lui souhaitant bonne route...

   MissNeko   
6/10/2016
 a aimé ce texte 
Bien
Comment va t il rattraper son coup l inspecteur Abi ? C est mal
Parti avec la belle Natacha.
Il veut soûler tout le monde aussi. Peut être un peu trop pour être crédible


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