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L'histoire de Brigitte et celle de Jean-Luc
NICOLE : L'histoire de Brigitte et celle de Jean-Luc  -  L'histoire de Brigitte - Chapitre 8
 Publié le 03/10/09  -  5 commentaires  -  9335 caractères  -  101 lectures    Autres publications du même auteur

Ce samedi matin, à sept heures, nous sommes prêts, à l’exception de Gérôme qui ne pourrait physiologiquement pas se réveiller aussi tôt, quand bien même sa vie en dépendrait.

Nous prenons un café rapide, et dressons une grande table accueillante pour le petit déjeuner.

La chaise haute, le parc et le lit pliable sont remontés de la cave, et n’attendent plus que Jules. Les jeux de société sont empilés sur la table du salon. Quand on y pense, tout n’est finalement qu’une question d’organisation.


Ils arrivent tous en même temps, dans une jolie pagaille. Jean-Marc et Sarah laissent les petits sans s’attarder, pour éviter les pleurs. Nathalie et Louis restent pour prendre le petit déjeuner avec nous. Au passage, je me renseigne auprès de ma sœur à propos des jumeaux :


- Ils font une tête les garçons !

- Ne t’en occupe pas, ils estiment qu’à dix-sept ans ils auraient pu rester seuls à la maison, alors ils ne desserrent pas les lèvres depuis deux jours.


Génial, ça s’annonce merveilleusement bien.


- Attends Mathilde, ne porte pas Jules, tu pourrais le laisser tomber.

- Mais non, laisse-les jouer entre eux, les filles sont de vraies petites mamans, elles étaient complètement excitées quand on leur a dit que Romain et Jules seraient là.


C’est Nathalie qui me dit ça, ma sœur en personne, la même que j’ai vue il y a quelques années prendre un papa au collet parce qu’il ne réagissait pas suffisamment vite lorsque son fils s’en prenait à sa petite Lili dans le rond de sable.


Tiens, d’ailleurs Mathilde revient déjà en courant, mais sans Jules.


- Maman, Lili m’a pris Jules, et elle veut plus me le rendre.

- Élisabeth, rends Jules à ta sœur ! À quatorze ans, tu ne crois pas que tu as passé l’âge de jouer à la poupée ? Qu’est-ce que je raconte moi. Vous n’avez qu’à jouer aussi avec Romain.

- Au fait il est passé où Romain ?

- Il est dans ma chambre Romain. Il vient de me réveiller en sautant à pieds joints sur mon lit.


Gérôme sort de sa chambre, ronchon, comme chaque fois qu’il est obligé de se lever avant midi. Après nous avoir gratifiés d’un vague bonjour, il attrape un croissant et part le manger devant la télé, avec les jumeaux, Julien et Lucien.


- C’est vrai que j’ai appris qu’il était retourné chez vous. Qu’est-ce qu’il fait comme études maintenant ?


Jean-Luc hausse les sourcils en m’adressant un geste d’impuissance. Je lui épargne d’avoir à répondre à Louis en leur rappelant l’heure de décollage de leur avion. Le sourire de gratitude de mon mari ne m’échappe pas.

Ils nous quittent après avoir embrassé les garçons toujours boudeurs et agglutinés devant la télévision, et les filles encore en train de jouer à la poupée vivante avec le bébé.


La matinée se déroule dans un calme relatif, et il nous faut bien toute la durée du repas pour décider du film que nous irons voir l’après-midi. Il y a assez peu de films qui ont le potentiel d’intéresser des enfants de trois à dix-sept ans, étant entendu que Jules doit faire sa sieste dans la poussette pendant la séance, et que Jean-Luc, Gérôme et moi sommes prêts à tous les compromis.


Notre choix se porte finalement sur un film ni trop violent, ni trop mièvre..., ni très intéressant non plus, mais au moins personne ne l’a déjà vu.

Comme en dehors de nous, nul ne semble avoir sérieusement envisagé d’aller voir ce film, nous n’avons aucun mal à installer la poussette de Jules à notre convenance dans la salle de cinéma aux trois-quarts vide.

Cette précaution se révèle à l’usage totalement inutile, parce que rien ni personne ne peut obtenir de Jules qu’il reste dans sa poussette. Il passe donc de genoux en genoux pendant toute la séance. Pendant ce temps-là, Romain nous bombarde de questions à propos du film : à trois ans, il y a beaucoup de choses qu’on ne peut pas comprendre, raison de plus pour essayer quand même. D’un autre côté, heureusement qu’il est là, avec son feu roulant de questions, parce que sans lui, le générique nous aurait tous trouvés endormis.


En sortant du cinéma, Gérôme propose de ramener les jumeaux à la maison pour qu’ils puissent retrouver leur précieuse console de jeu.

Leurs sœurs choisissent d’aller goûter avec nous et les deux petits. Je connais l’endroit où on fait le meilleur chocolat chaud de la ville : un salon de thé au charme un peu désuet, tenu par deux vieilles dames hors d’âge, comme leurs clientes.

Je devrais plutôt dire « je connaissais » un endroit, parce qu’il est clair que maintenant, je n’oserai plus y retourner.


Sitôt installé, Romain croit indispensable de demander pourquoi les dames ont les cheveux bleus, et ceci assez fort pour que même les plus sourdes ne puissent pas manquer d’entendre.

Plus tard, il repousse son bol avec une grimace de dégoût, et à la dame qui vient lui demander gentiment pourquoi il ne le boit pas, il répond, péremptoire, que c’est mauvais et qu’il veut du Nesquik à la place. Quant à Jules, il s’est tellement époumoné que je crois avoir entendu une cliente pester contre « ces gens qui amenaient leurs enfants partout alors qu’ils seraient tellement mieux chez eux à faire la sieste ».


Merci Jean-Marc.


Pendant que nous sommes occupés à gérer la crise au mieux, Lili et Mathilde se tiennent très bien, elles finissent non seulement leurs gâteaux, mais elles raflent aussi ceux que les garçons ont abandonnés sur la table.

Si bien que le soir elles sont malades toutes les deux.


Jules s’endort quasiment dans le bain, et après plusieurs essais infructueux pour lui faire au moins prendre un biberon, il faut bien se résoudre à le coucher. Romain lui, attend d’être à table pour s’endormir d’un seul bloc, le nez dans sa purée.


Comme il s’est couché le ventre vide, Jules se réveille vers une heure du matin, et nous réclame un biberon. Ceci très peu de temps après que nous nous soyons endormis. Par la même occasion, il réveille son frère qui dormait dans la même chambre, et nous avons ensuite toutes les peines du monde à les persuader de se recoucher.

Vers deux heures trente du matin, épuisés, nous retournons enfin vers notre lit. Jean-Luc a oublié d’acheter les préservatifs, mais de toute façon, dans l’état de fatigue qui est le nôtre, qu’est-ce qu’on aurait bien pu en faire ?


Le lendemain, forts de notre expérience, nous décidons de concert d’alléger quelque peu le programme de la journée, notamment pour permettre aux plus petits de faire la sieste.

En début d’après-midi, Jean-Luc et Gérôme amènent mes quatre neveux au bowling, pendant que je reste avec les plus jeunes pour les inciter à se reposer.


Les gazouillis de Jules me réveillent vers quatre heures. Je le dépose dans son parc pour aller lui préparer un goûter, à mon retour, il n’est plus dans le parc, ni même dans la pièce. Je le retrouve dans la chambre où Romain a dormi.


- Romain je ne veux plus que tu fasses sortir ton frère du parc sans autorisation.

- Pas besoin, je n’ai rien fait, il sait sortir tout seul.


Non seulement il sait en effet sortir par ses propres moyens, mais ça le fait rire aux éclats.

On a vraiment bien fait d’aller chercher ce parc à la cave.


Après le goûter, on s’installe tous les trois devant le DVD de « La Belle et le Clochard ». C’est génial de regarder Romain, hypnotisé par cette histoire qu’il connaît pourtant par cœur.

Dès que la musique lui plaît, Jules va à quatre pattes jusqu’au poste de télévision, il se redresse à la force des bras, et il danse. Il a les doigts blancs tellement il tient fort la tablette pour pouvoir se maintenir en équilibre.


- Dis donc bonhomme, tu vas bientôt marcher, viens voir là, viens jusqu'à moi.

- Mamie Brigitte, regarde, il sait marcher le bébé.


Je le rattrape au vol, juste avant qu’il ne tombe, et je file avec lui à la cuisine pour que Romain ne me voie pas pleurer. Ça me touche qu’il ait choisi précisément ce week-end pour faire ses premiers pas, là, juste pour moi.


Quand ils reviennent du bowling, on est fin prêts pour une démonstration : je les fais asseoir sur le canapé, je pose Jules à trois pas de moi, et je l’appelle. Après plusieurs essais infructueux, et alors que mes spectateurs sont sur le point de se démotiver, il recommence : trois pas vers moi, sous les applaudissements. Comme la première fois, des larmes me piquent les yeux.


- Chérie, tu as les yeux rouges, tu devrais enlever tes lentilles de contact.


Après le départ des enfants, je ramasse un canard en plastique oublié dans la salle de bains. En le rangeant, les larmes me montent aux yeux une fois encore.


Peut-être pour la première fois de ma vie de manière aussi consciente, l’intuition me vient qu’en n’ayant jamais eu d’enfant à moi, j’étais probablement passée à côté de quelque chose d’important.


- Bon sang, il y a vraiment un temps pour tout, et moi j’ai passé l’âge de m’occuper d’enfants aussi petits. Je n’ai plus la patience. Viens te coucher, tu dois être fatiguée toi aussi.


Jean-Luc se frotte le visage en bâillant.


Moi, je ne suis pas vraiment fatiguée, je me sens seulement triste et vide tout à coup.

Cette mélancolie ordinaire, que je viens de laisser entrer sans bruit dans la maison, vient à coup sûr de chasser la légèreté et l’insouciance qui étaient l’essence même de mon bonheur. Je le sens confusément, mais je ne connais aucun moyen de revenir en arrière.


 
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   jaimme   
3/10/2009
 a aimé ce texte 
Bien
Un chapitre qui a son unité, comme les autres d'ailleurs, mais je l'ai plus ressentie cette fois.
Franchement je me suis un peu ennuyé (un peu seulement!) lors de la première moitié. Mais il fallait sans doute mettre en place cette agitation du quotidien pour ressentir pleinement l'impact de la seconde partie, pour être plus fortement en empathie avec les larmes de Brigitte.
J'attends la suite!

   nico84   
3/10/2009
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Le probléme, ce n'est pas l'amour dans le couple mais bien la maniére dont il s'est construit. Luc et Brigitte ont deux passés et deux statuts différents.

Quand Luc est passé par le statut de père et ne peux élever de nouveaux des enfants, sa femme entre doucement dans un remord de ne jamais avoir eu un bébé.

Et sur ce point là, ils s'éloignent l'un de l'autre. Un remord qui pourrait se transformait en souffrance ou en colère. Et peut être une envie de changement.

Bravo pour cet épisode.

   Myriam   
4/10/2009
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Allez, je fais un tir groupé pour les derniers chapitres...que j'ai la chance d'avoir pu lire d'une seule traite!
... et j'en redemande déjà!

J'adore cette femme... elle me touche.
Tu m'embarques dans son histoire, qui avance à une allure soutenue, sautes d'humeur et d'ambiance comprises... la fin est très forte.
Merci de ces beaux moments de lecture Nicole, et à très vite!

   Anonyme   
10/11/2009
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Un chapitre étrange: à la fois ennuyeux et utile paradoxalement.

La première moitiée est longue, trop, elle s'éternise et le style est beaucoup moins alerte.

Mais la suite présente l'avantage de dévoiler certaines choses. cependant je ne suis pas convaincu par ce ppassage, il est trop....lent?

   carbona   
7/8/2015
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
"pleurer" dans la cuisine < je trouve le mot un peu fort

Les passages suivants me paraissent inutiles :

"Peut-être pour la première fois de ma vie de manière aussi consciente, l’intuition me vient qu’en n’ayant jamais eu d’enfant à moi, j’étais probablement passée à côté de quelque chose d’important."

"Cette mélancolie ordinaire, que je viens de laisser entrer sans bruit dans la maison, vient à coup sûr de chasser la légèreté et l’insouciance qui étaient l’essence même de mon bonheur. Je le sens confusément, mais je ne connais aucun moyen de revenir en arrière."

< On comprend bien ce qu'il se passe pour Brigitte, les faits parlent d'eux-mêmes alors je trouve redondant ou un peu lourd de les expliciter davantage.

Encore un très bon chapitre.

Les choses sont subtilement amenées avec les premiers pas du bébé donc vraiment j'insiste pour ne pas trop en dire comme vous le faites si bien avec le point de vue du mari distillé en quelques phrases : "Chérie, tu as les yeux rouges, tu devrais enlever tes lentilles de contact." et " Bon sang, il y a vraiment un temps pour tout, et moi j’ai passé l’âge de m’occuper d’enfants aussi petits. Je n’ai plus la patience. Viens te coucher, tu dois être fatiguée toi aussi." Procédé simple et efficace.


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