Page d'accueil   Lire les nouvelles   Lire les poésies   Lire les romans   La charte   Centre d'Aide   Liens Web 
  Inscription
     Connexion  
Connexion
Pseudo : 

Mot de passe : 

Conserver la connexion

Menu principal
Les Nouvelles
Les Poésies
Les Listes
Recherche


Réalisme/Historique
alvinabec : Croissant dominical
 Publié le 23/10/16  -  13 commentaires  -  23762 caractères  -  77 lectures    Autres textes du même auteur

Mon poussin, mon Amour...


Croissant dominical


Toutes fenêtres ouvertes sur la canicule à l’heure du croissant dominical, elles s’insultent déjà. Campées l’une en miroir de l’autre, la mère, chemise boutonnée jusqu’au col, et sa fille décoiffée s’invectivent vilain.


– Tu fais chier à bailler sur ton bol. Mange ton croissant au moins, je ne sais pas pourquoi je m’échine à respecter la tradition du croissant le dimanche, t’en fais des mouillettes…

– M’emmerde pas tu veux, attends un peu que je me casse.

– C’est toi qui dis ça, mais vas-y, barre-toi, la porte est ouverte, j’en ai ma claque de te voir tourner en rond chez moi. Vingt et un ans, en fac de je ne sais quoi. Et d’abord est-ce qu’on va à la fac dans la famille ? Non ! Mais voilà, on s’est débrouillée pour avoir une bourse et traînasser à l’université, je me demande comment tu l’as eue, ta bourse, hein salope ? T’as couché, je ne vois que ça… J’imagine bien un vieux prof lubrique pour qui t’as eu des attentions sous le bureau et puis voilà, t’as récolté un chèque…

– Arrête, ça ne se passe pas comme ça, je te l’ai déjà dit mais tu veux absolument avoir raison sur quelque chose dont tu ignores tout. Comme d’habitude ! Ça ne m’étonne pas que mon géniteur t’ait quittée si vite, tu n’es pas supportable.

– S’agit de ton père imbécile, et tu sais bien que tu es un accident. Il était marié ailleurs, il est reparti chez sa régulière, normal.

– Mon père si tu veux. Jamais vu le bonhomme. Je suppose que tu lui as fait peur et qu’il a pris la tangente dès sa crampe tirée. Je le comprends, si tu as été aussi odieuse avec lui que tu l’es avec moi, je lui pardonne largement de ne pas me connaître. Il a eu l’élégance de me reconnaître, c’est déjà beaucoup.

– Suffit, saloperie, pourquoi t’es pas encore partie, j’ai pas mérité ça, une môme qui s’incruste comme une moule à son bouchot.

– C’est toi qui dis ça, mais tu n’as plus que moi pauvre brêle, je reste parce que j’ai pitié. Un jour je partirai, en fait dès que possible, c’est devenu inferno ici.

– C’est ça, cause en latin pendant que t’y es. On prend ses grands airs… et ça sert à quoi ? À rien sinon de se croire au-dessus des autres. Dans la famille on est employé municipal, on fait son loto le vendredi, on boit de la binouze et puis c’est tout. Au lieu de ça, cette petite merde lit des livres et ne picole qu’un porto le dimanche. Pour faire genre qui se la pète. La lecture ça bousille les yeux, je t’ l’ai dit cent fois. Les mots savants ça a jamais rempli le caddie au Leclerc.

– Je ne me crois pas au-dessus de ma condition, j’ai envie de changer de condition, nuance. Ta médiocrité ne me fait pas planer. C’est bien pour ça que je vais à la fac, pour échapper à ce vide.

– Ouais c’est ça, tu foutras le camp le jour où tu te s’ras entichée du premier connard venu… petite pute. Tu te croirais canon que ça m’étonnerait pas mais t’es simplement passable, espèce de traînée.

– Élégant, tu l’as piquée à Shakespeare celle-là ? Tu peux rajouter ‘arrière salope’ pour être complètement dans le coup. Bon maintenant ça ira comme ça, je ne veux plus me faire insulter gratis, je n’avais pas demandé à venir au monde. Tu es obsédée par le cul des autres, surtout le mien parce que le tien, tu l’as juste oublié.

– C’est ça, on entend n’importe quoi. J’aurais dû te saigner à la naissance ou t’abandonner, te filer à une famille d’accueil, vu tout ce que tu m’as fait endurer merdeuse.

– Super, jamais entendu mieux. En fait ce que tu aurais aimé c’est posséder un mec mais tu n’as pas pu et tu te venges sur moi. À part me gueuler dessus, tu n’as rien dans la vie, même pas d’amis.

– Pauvre pétasse, un de ces jours tu s’ras en cloque, je sais de quoi je parle, tu s’ras jamais bonne qu’à écarter les cuisses, c’est plus rémunérateur qu’un vrai boulot sale pute, dit la mère en brandissant une fourchette.

– Tu es complètement barrée avec tes fantasmes de cul, il n’y a pas que ça sur terre. Tu veux que je te dise, c’est toi qui es obnubilée, pas moi… Tu as déjà eu la peau de mon géniteur, ça suffit comme ça, je me barre. Je bosserai ailleurs, je n’en peux plus.

– C’est ça, vas-y, raconte n’importe quoi. Comme si t’allais bosser… Tu vas plutôt gratter sur la toile, trouver de quoi te remplir la figue. Moi je sais que t’es une goulue petite salope. Et égoïste avec ça, me laisser toute seule alors qu’on pourrait jouer aux cartes, hein ! Mais voilà, on m’abandonne comme un chien.

– Fallait y penser avant, dit la fille enfilant un blouson de jeans trop chaud pour la saison et des tongs à fleurs qui rappellent la côte brésilienne.


Elle sort de l’appartement sans claquer la porte, sans courir, juste comme ça. Calme, les cheveux défaits. Elle longe le trottoir, compte ses pas, se laisse happer par le silence alentour, le canal est là. Elle s’assoit sur un rebord de ciment. Soupire, triture un coin de son T-shirt, essuie des larmes amères. Un instant elle envisage de nager la brasse coulée mais l’eau brune l’en dissuade. Elle se lève, continue à marcher, surtout à réfléchir. Manque de visibilité total, n’empêche qu’il faut partir sinon cela finira par un couteau dans la cuisse de l’une ou le ventre ou l’autre. Ne sait pas, ne sait plus, descend du trottoir.


Trop de chaleur engendre un malaise vagal au milieu de la chaussée ce qui lui vaut successivement les honneurs des pompiers et des urgences hospitalières où on la garde pour la nuit. Des constantes à vérifier, une mobylette vous a heurtée lui fait savoir l’interne.


– Quelqu’un pourrait-t-il venir vous chercher, vous n’êtes pas très vaillante, les examens sont rassurants mais tout de même, ce serait mieux que l’on vous raccompagne chez vous.

– Personne en ville en juillet à part ma mère.

– Bon, je vais l’appeler, dit l’infirmière.


Il fait aussi chaud que la veille. À midi la mère est là, pose des questions, qu’est-ce qu’elle a ma fille, comment ça un accident, c’était pas plutôt une I.V.G. des fois. Vous me racontez pas des salades là, parce que je la connais ma fille, une petite grue. Ah, te voilà, toi, je suis venue, je sais pas si j’ai bien fait. J’aurais peut-être dû te laisser chez eux, te démerder toute seule. Allez on rentre.


Les jours se succèdent en injures sur fond bleu. La fille pense à un de ses potes de fac, Thomas, à l’autre bout de la ville. Il a hérité d’un énorme appartement où, c’est sûr, il troquerait bien une chambre contre des fiches de lecture et autres devoirs. À la perspective de ce départ possible, elle s’englue moins dans les rets de haine maternelle, elle attend de réussir à joindre Thomas qui ne tergiverse pas, qui dit oui, cinq pièces c’est bien trop grand. Viens. Tu sais faire un peu la cuisine aussi ? Oui aussi, pas trop mal, répond-elle.


– Qu’est-ce que tu fais connasse ? Tu vides les étagères de ton placard je vois. Elle s’est trouvé un loub’, la petite pute… un mec qui a du flouze j’espère parce que de moi tu n’auras rien.

– Tu vois, je fais mon sac. Pour le fric, ça fait longtemps que je sais que tu ne me donneras rien. Tu n’as pas la générosité collée sur le front.

– Ouais, c’est ça, fais ton sac, raclure.

– Je n’en peux plus que tu me traites de pute, tu n’as que ce mot à la bouche mais je ne couche pas comme toi tu l’as fait. Tu te souviens, tu te prenais pour une étoile le samedi soir, tu attendais le prince charmant comme tu me le disais… et tu n’as réussi qu’à te faire sauter par des gus sur le parking de boîtes déprimantes. Les mecs sentaient l’huile de moteur et les oignons sur la couverture du break parce qu’ils maraîchaient de-ci de-là, tu me l’as raconté. Comme si c’était malin de dire ce genre de choses à sa fille. Tu voulais un roi à ton service et tu m’as eu moi. Maintenant c’est fini nous deux, tu ne me reverras plus. Je m’en vais. C’est ce que tu voulais. Moi aussi.

– Sale pourriture, garage à bites, fille de rien du tout, barre-toi, oui, barre-toi, hurle si fort la mère que tout l’immeuble enregistre l’heure de la dispute.


Puis plus rien comme si elles avaient disparu de conserve.


La fille rejoint Thomas dans un lointain quartier assoupi d’orgueil et troque un flot d’injures contre de maigres obligations culinaires, de plus épaisses rédactions de fiches et des conversations nocturnes. Tout va si bien chez les deux étudiants que l’horizon se dégage pour les concours dont elle se voit l’impétrante ravie. Enfin. Elle se retire de la scène d’un pied léger. Nous ne pouvons que lui souhaiter bonne chance pour son avenir, elle nous quitte exactement là.


Revenons auprès de la mère. Elle est seule, c’est une nouveauté. Tout de suite elle choisit une coiffure blonde et des vêtements colorés, une certaine fébrilité la pousse à tenter de nouvelles aventures, elle essaierait bien quelques amants mais rien ne se présente, elle abandonne l’idée ; du fond de ses reins mesure la vacuité de cet espoir. Puis elle se teint en brune pour être raccord avec ses pantalons noirs. Ça dure un moment. Et brutalement elle cesse. Des cheveux de cendre lui camouflent bientôt le haut du visage, elle les démêle sans plus les coiffer, adopte des tenues de sport tirebouchonnées aux chevilles, joue sans bien le savoir au ‘Piéton de Paris’ le long du canal. Quelquefois elle s’aventure le long de la Seine, elle trouve cela trop vaste, très bruyant et revient dans son quartier endormi comme à la niche. Elle se lasse, se tasse, s’ennuie sans personne pour faire écho à ses dires, sans réponses à ses questions. Elle fulmine et ce n’est pas bon pour le moral. Elle pleure un peu sur son sort, se sent, se dit victime des circonstances, de sa fille absente, de cet attachement rompu, de ce lien fort où elle était si naturellement là pour faire grandir sa petite mignonne dans un environnement de tendresse et de symbiose… Bien sûr le verbe était coloré, bien sûr les invectives, bien sûr… mais comme dans toutes les familles et puis ça façonne le caractère. Tout ceci pour le bien de la petite, l’ingrate qui n’a rien compris, a parlé de servitude. Servitude, laquelle ? J’étais tout pour elle.


Bientôt elle va chez les commerçants quémander du soutien, disant ‘ma petite fille’, pleurniche, que vais-je devenir sans ma petite, seule, toute seule sans elle, mon bébé. Ah, c’est sa faute aussi de m’avoir quittée, moi, sa mère, vous vous rendez-compte dit-elle à l’envi, on n’en a qu’une de maman, elle, elle ne sait pas. Je l’aimais tellement ma petite, oui c’est fini, je sais bien qu’elle a disparu. Elle m’a abandonnée. La boulangère compatit, tout comme la guichetière de la banque, bien sûr, bien sûr ma pauvre dame, ça vous cause du souci cette séparation… Sur le trottoir, chacun l’entend comme au marché où, pour choisir ses légumes, elle grimace comme dégoûtée d’avoir à se nourrir. De dîner seule l’ennuie. Le soir elle se gave de séries TV accompagnées d’un sachet de chips au vinaigre.


Elle place tout son espoir dans une visite au prêtre de la paroisse. Elle le supplie, pleure, renifle, désire sa compassion, veut qu’il la plaigne dans son malheur, cette solitude insupportable, l’absence de sa petite chérie, mon bébé, mon amour, vous me comprenez n’est-ce-pas ? Elle m’a abandonnée comme un chien, moi sa mère, sa petite maman. Je n’en peux plus monsieur le curé. Dites-moi ce que je vais devenir, seule, si seule avec mon désespoir. Je suis une maman sans enfant désormais. Tenez, j’ai apporté son T-shirt rose, celui que j’ai gardé de quand elle était gamine, toute potelée, mignonne avec ses dents de lait. Je voudrais que vous le bénissiez mon Père, ça me soulagerait, je serais en paix.


En direction du tissu et de la mère, le prêtre fait un geste vague qui pourrait signifier une bénédiction mais il est possible que ce soit un geste d’agacement. Bénir un chiffon, non, ce n’est pas dans les attributions d’un ecclésiastique. Le curé a des choses plus délicates à régler comme de mettre la main sur le bocal à hosties pour la messe de tout à l’heure. Et la mère de gémir mon bébé, mon bébé, oh c’est trop cruel, que vais-je devenir sans elle.

Le prêtre, sans doute emporté par la charité chrétienne et parce que la cloche appelle déjà les ouailles à l’office, lui suggère de participer à un groupe de prières le temps que la disparue peut-être se manifeste. Le dépit comme un masque sur le visage, la mère se dirige vers la sacristie ébranlée de la désinvolture avec laquelle elle est traitée. Des prières, tout de même ! Et pourquoi pas du bénévolat ou de l’accueil… Elle s’assoit, s’éponge le front en observant sur le mur qui lui fait face la sculpture de saint Roch à Montpellier reproduite sur un poster grand format. Elle soupire songeant qu’il a l’air inspiré, lui.


Son régime sans saveurs la rend maigre et, les épaules affaissées, elle promène un visage creusé de rides toutes neuves, accompagné de laisser-aller vestimentaire, traduction d’un je-m’en-foutisme mélancolique. Elle soliloque dans la rue, ignore la viennoiserie dominicale qui la tenait encore droite. Elle rétrécit, murmure faiblement, semble un peu atone mais réfléchit à l’image de saint Roch et en glisse un mot à la boulangère, dites voir, qu’en pensez-vous ?


Parce qu’elle se sent flattée d’être consultée, la boulangère cogite vite. Bien sûr… si les humains déçoivent la mère, qu’à cela ne tienne, on se tournera vers la compagnie des bêtes. Elle intervient d’un : demain matin je suis de congé, je vous conduirai, chut, ne dites rien, c’est décidé. Et où ira-t-on, interroge la mère ? Eh bien nous allons suivre votre intuition, un chien c’est une compagnie et c’est ce qu’il vous faut absolument. La mère hoche la tête.


La nuit, comme dans un rêve éveillé se faufile la pertinence d’un animal. Après tout cela pourrait avoir des avantages. Des heures l’idée la taraude. La mère s’en arrange à ce moment, un chien… oui un chien, pourquoi pas, comme le saint sur l’affiche du curé.


Au matin, elle n’attend pas la voiture qui, déjà là, l’achemine en banlieue proche. Derrière les grilles, les chiens aboient pas mal. C’est normal, crie le soigneur du chenil. Ici, même si l’on fait au mieux, les animaux sont en manque de repères, c’est le quotidien de la S.P.A. Bon, je vous laisse les regarder, quand vous aurez choisi, vous me direz. À peine a-t-elle jeté un œil sur les chiens que son attention se porte sur une boule de poils grise isolée, tassée loin de la grille au fond de la cage, une boule de suif muette dont seules les oreilles émergent au-dessus d’un regard morne.


– Attendez, dit la mère, je crois que je veux celui-là, son regard me plaît. C’est une chienne lui fait-on savoir. C’est parfait, je l’adopte tout de suite répond-elle en redressant d’un coup la tête et le dos.


On aurait dit que son corps se dépliait après un sommeil forcé, une hibernation citadine. Il s’allongeait jusqu’à devenir si haut que la boulangère eut l’étrange impression que la mère était une charpente colossale. Le retour à la maison fut une formalité parmi d’autres, papiers, visite vétérinaire, vaccins, toilettage.


Deux fois par jour, la mère sort la chienne pour l’hygiène autant que la promenade. Elle tire sur la laisse tout en arrosant la bête de mots choisis : ordure, charogne, salope, une habitude spontanément transposée jusqu’à entendre des couinements plaintifs suivis d’un regard apeuré, soumis. Là elle se penche vers la boule de poils et chuchote quelques injures supplétives… avec le sentiment de comprendre parfaitement l’animal dans son œil douloureux, quasi triste. Enfin ! Un être vivant à qui parler sans risquer une rébellion narquoise, c’est presque le bonheur, le compliment, le retour d’affection efficace. Elle peut exiger, crier et câliner tout ensemble. On ne peut pas tout à fait parler de jouissance, plutôt d’une volupté où la vengeance s’estompe.


Chienne et maîtresse s’habituent l’une à l’autre. Sans risque de fausse donne, il semble que la mère s’attache à cette boule de poils grise qui l’accepte telle qu’elle est. Le discours évolue, c’est alors des mots doux, des tendresses qu’elle sert pour la première fois de sa vie. Un dimanche, après avoir entendu Bobby Lapointe à la radio, elle achète un croissant à la chienne et ça lui rappelle l’autre, l’égoïste enfuie depuis longtemps. L’animal devant la viennoiserie au beurre la regarde comme reconnaissante, lève la truffe vers elle qui voit son enfant, son bébé, mon chaton, mon poussin, mon Amour, maman est là, elle te protège, c’est le rôle d’une maman. Tu m’aimes n’est-ce pas, oui je vois bien que tu m’aimes dans tes yeux… Elles s’apprivoisent, se reconnaissent, ne se quittent plus. Toute affection pour la chienne, elle lui fournit des croquettes achetées chez un spécialiste qui ne fait que du bio, des jouets, un panier rempli de coussins où rêver, un petit manteau et des bottines roses dans lesquelles la chienne patine tant bien que mal sur le trottoir, le plus simple étant alors de soulever et de prendre la boule de poils contre sa poitrine. L’une l’autre se réconfortent à la tiédeur de leurs corps confondus. La chienne abandonne son panier la nuit pour dormir avec sa maîtresse, elles se réchauffent, se serrent sous les couvertures. Bien souvent au matin la touffe de poils est collée au ventre de la mère pour qui vivre cet attachement tardif semble comme une renaissance, une vie paisible dont elle ignorait le bénéfice. Elle cuisine pour elles deux, chantonne, reprend du poids, prépare des plateaux-repas qu’elles avalent de concert sur le canapé face à la télévision. Lasse des séries, la mère fouille l’étagère haute d’une armoire, en extrait des livres d’enfants. Elle commence l’éducation de la chienne avec un ‘Imagier du père Castor’ : reconnaissance des objets en langage canin, décide-t-elle. L’animal renifle, agite la queue ou au contraire ne bronche pas et la mère est certaine des acquis de son bébé, mon poussin, mon Amour, c’est très bien.

Elles vivent fusionnelles à souhait, ceci renforcé par la visite à la boulange et le croissant dominical auquel on ne déroge plus jamais. Chaque jour, la maîtresse et son Amour se promènent au bord du canal. On abandonne la première laisse au profit de quelque chose de plus sophistiqué, non pas une laisse télescopique, objet trop vulgaire aux yeux de la mère, mais un lien de cuir agrémenté de perles d’un ton rosé.


Une certaine immobilité temporelle les protège, les fige aussi dans un espace rond jusqu’au jour où, au moment d’une déjection matinale, la chienne ripe le long du caniveau suite au zigzag hasardeux d’une moto qui s’évapore au bout de la rue. Sidérée autant par la violence que la soudaineté de l’accident, la mère est comme ahurie, elle ne peut faire un geste, se sent mal, une chaleur bizarre la submerge, enfin elle s’agenouille près de l’animal et hurle. Les cris de sa patronne couvrent les feulements rauques de la chienne en sang. L’une dans les bras de l’autre, elles vont à la clinique vétérinaire où cette urgence est tout de suite traitée. On place la chienne en observation après une opération pour ainsi dire compassionnelle.


La mère, tout entière habitée de sa fibre maternelle, s’inquiète de la santé de la bête. Obtenant du vétérinaire un permis de visite, plusieurs fois par jour elle vient, s’assoit face à la cage de plexiglas. S’inquiète. Elle parle doucement à son bébé, tu vois mon Amour, tu vas revenir très vite à la maison, tu vas guérir, je t’en supplie fais-le pour moi, je ne peux pas vivre sans toi, tu sais, tu te pelotonneras contre mon ventre sous la couette, on sera bien toutes les deux. En passant elle donne des nouvelles à la boulangère, le traumatisme a été trop violent, elle a l’arrière-train détruit, je ne crois pas qu’elle pourra de nouveau tenir sur ses pattes, en tous cas le docteur est pessimiste. Elle achète un petit pain individuel sans un regard pour les viennoiseries.


– Ah, ma pauv’ dame c’est terrible répond l’autre, le tablier blanchi de farine de meule.


Emmaillotée de pansements, un regard vitreux dû aux injections morphiniques, la chienne s’éteint en peu de jours. La mère porte du noir.


– Elle n’a pas souffert, c’est une chance, une vraie, je n’aurais jamais pu me faire à l’idée d’une euthanasie, raconte la mère.

– Bon, dit la boulange, je croyais qu’on parlait de ça pour les humains et qu’on piquait les animaux, mais ça change tout le temps, je m’y perds ma pauvre. Alors donc, vous disiez ?

– Chez le vétérinaire on l’a incinérée et j’ai récupéré ses cendres. J’ai fait faire comme un petit mausolée avec sa photo de face et son regard si gentil après le croissant dominical. L’urne, que j’ai voulue en métal argenté, est placée à l’intérieur avec tous ses jouets et ses chaussons roses que je n’ai pu ni donner, ni jeter. Je lui parle tous les soirs, je lui raconte le monde et mes jours vides sans elle, et que je ne reprendrai pas une autre chienne, ça non ! Jamais. Elle aura été le grand Amour de ma vie et je lui en suis reconnaissante. J’ai attendu ça si longtemps dans le regard vide et cupide des hommes… Finalement ce qu’on dit est vrai, le chien ne vous déçoit jamais, j’ai trouvé chez elle tout ce qu’il me fallait, une réponse à mes besoins. Elle me manque, elle me manque tellement, dit-elle en ravalant un sanglot.

– Tsss, allez, ça va aller… Je vous sers quelque chose ?

– Je me sens inutile d’un coup, je ne sais pas comment expliquer ça qui me vient comme une très grosse fatigue… Il me faut du repos, je crois. Peut-être une retraite, quelque chose comme ça, j’emmènerai l’urne, bien sûr. Il me serait impossible de partir sans elle. C’est ma compagne, mon enfant, ma tendresse, on ne se quitte pas. Même le soir on regarde la télévision toutes les deux sur le canapé.


La boulange acquiesce en silence, hésite et sourit de façon étroite. La mère lui semble un sujet de perplexité dont elle s’étonne vraiment. L’incongruité d’un monument à la gloire d’un chien la dépasse mais on entend des confidences de toute sorte dans le commerce de bouche. C’est un peu comme des bribes de psychanalyse imagine la boulangère, il faut savoir écouter tout en tranchant le pain.


– C’est une idée ça, allez voir la mer… ou même la montagne, ça vous ferait du changement, hein pourquoi pas, conclut-elle en tendant une demi-baguette à la mère.


Après avoir fait son choix parmi une kyrielle de destinations parce que l’arrière-saison offre des possibilités vertigineuses, l’air de Biarritz lui convient. Elle s’y installe pour quelques semaines, loue un appartement près du port. Arpentant la plage d’une chaussure timide puis plus assurée, elle tend le bras, face à l’océan dirige l’urne, regarde ma fille, mon bébé, mon Amour, c’est la mer, attends je m’approche encore un peu, tu sens ce vent, tu entends ce concert que font ces vagues énormes, je suis sûre que tu l’entends. Qui aurait dit que nous nous installerions ici, hein ma belle ? Elle rit… on se sent bien dans le vent. Berçant l’urne, sa voix prend un ton plus intime. Ni toi ni moi ne connaissions la côte basque, c’est pas mal ici. On est bien là ma fille, fait doux aujourd’hui, profite, oui ma toute belle, je t’achèterai un croissant après la promenade, c’est dimanche je sais, on garde nos habitudes. Je t’aime, je te le jure, il n’y a que toi dans ma vie, mon petit, mon bébé, mon Amour.


La mère porte alors l’urne à sa bouche pour un moment de tendresse rare. Sentimentales, ses joues ruissellent. Les larmes la soulagent autant qu’elles brouillent sa vision. Heurtant un galet du pied, elle est déséquilibrée et précipitée sur son coude gauche. Le contact avec le sable dur provoque un craquement. Par réflexe à la douleur, couchée au sol, elle ouvre le poing libérant ainsi l’urne qui rebondit sur le gravier tassé. Happée par le ressac de la vague, la boite métallique s’échappe. Un instant elle brille comme suspendue au-dessus de l’écume. Un instant.


 
Inscrivez-vous pour commenter cette nouvelle sur Oniris !
Toute copie de ce texte est strictement interdite sans autorisation de l'auteur.
   Ora   
23/10/2016
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
J'ai bien saisi votre intention de nous montrer ce contraste entre la dureté au début de cette femme désoeuvrée envers sa fille puis son amour dégoulinant pour ce chien qu'elle personnifie.
Toutefois, la lecture de la première partie remplie d'insultes a été pénible, trop longue à mon goût et la description de cette relation au chien m'a également semblé trop longue.
C'est peut-être simplement le personnage principal, la mère qu'il m'a été pénible de côtoyer. Je quitte donc donc nouvelle sur un sentiment peu agréable, j'en suis désolée car vous avez parfaitement dépeint le portrait d'une femme profondément tourmentée et j'imagine que telle était votre intention.

   vendularge   
23/10/2016
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour,

J'aime beaucoup ce texte, son écriture et l'histoire qu'elle raconte. J'y vois la perversité de la dame, inconsciente de son désir de dominer, d'être l'unique recours d'un être soumis fut-il un chien qui s'habitue parce qu'il n'a pas le choix, lui. J'ai bien aimé aussi, ce départ sans suite de la fille qui sauve sa peau. Rien n'est expliqué, les raisons de cette personnalité destructrice, l'enfance de la dame ou son parcours.
Les choses sont seulement décrites et c'est cela qui les rend intéressantes. Quant à l'amour, les mots de tendresse, ils n'apparaissent que lorsque l'animal est complètement soumis, elle n'est sympathique à aucun moment, on la déteste d'emblée et aucune compassion ne vient pondérer cette idée que cette femme est toxique et que le salut n'existe que dans la fuite.

Un grand bravo
Vendularge

   hersen   
23/10/2016
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Une histoire très dure d'une mère qui est dans l'incapacité d'aimer sa fille mais fait un transfert de cet amour sur un chien.

La narration est crue, les échanges entre la mère et la fille sont quelquefois d'une grande violence dans le contenu.

Evidemment, cela amène la question de savoir ce qu'a vécu la mère pour être à ce point, non pas incapable d'aimer, mais d'aimer sa fille, précisément.

Et l'idée de ce qui va se répéter fait plus qu'effleurer l'esprit.

Que la mère choisisse de donner son amour à un animal, docile et sans réponse, montre qu'elle-même a sans doute été rabaissé maintes fois dans sa vie, probablement familiale.

J'ai lu une première fois ce texte il y a quelques temps et il n'avait pas été publié. je me souviens qu'alors je l'avais trouvé très difficile à lire, les échanges entre la mère et la fille étant retranscrits beaucoup plus crûment et je n'avais pas vraiment aimé, la forme m'avait découragée par rapport au fond.

Je constate qu'aujourd'hui, il ne se passe pas la même chose lors de ma lecture. Je ne suis pas rebutée par la forme et la tension entre la mère et sa fille passe à mon avis de façon beaucoup plus forte.

Histoire d'une grande tristesse.

Merci pour cette lecture.

   Proseuse   
23/10/2016
 a aimé ce texte 
Beaucoup
L' histoire est dure ! Je m' en doutais un peu, puisque je suis passée ( en douce!:-) ) voir les commentaires, du coup j' ai hésité longtemps avant d' attaquer la lecture , je ne suis guère téméraire quand il s' agit d' aller au devant de quelque chose que je soupçonne d' être un peu harde !
Je me suis jetée à l' eau .. votre texte est fort bien écrit , j' avoue avoir été rassurée de voir la fille partir, parce que les relations mère-fille étaient assez insupportables .. après on fait avec vous le tour du personnage qui n' est décidément pas "aimable" mais qu' on prend presque en pitié ... tout ça me dis-je en fait est un grand mal d' amour -
durant ma lecture, je ne pouvais m' empêcher de faire un parallèle avec une BD ( que j' ai d' ailleurs, beaucoup aimée) "Carmen Cru" si vous ne l' avez pas lue, lisez-là, votre personnage lui ressemble un peu !:-) désarmante de méchanceté et pourtant au final .. quand même un peu attachante !
Merci pour ce récit

   GillesP   
23/10/2016
 a aimé ce texte 
Un peu ↓
L'idée d'un portrait d'une femme à la fois désireuse et incapable d'aimer tient la route. Mais l'écriture ne me paraît pas totalement maîtrisée, notamment dans la première partie: le dialogue entre la mère et la fille me semble caricatural et répétitif. De plus, toutes deux s'expriment avec la meme vulgarité, alors qu'elles sont censées être opposées. La fille aime manifestement les livres, mais s'exprime tantôt comme la mère, tantôt d'une manière plus soutenue, sans que l'on comprenne bien le changement de niveau de langue. Et puis on apprend à la fin que la mère vient d'entendre du Bobby Lapointe et je l'imagine très mal en adepte des jeux de mots et de la chanson à texte!
Bref, pour moi l'idée est bonne, mais l'exécution en est maladroite.

   Anonyme   
23/10/2016
 a aimé ce texte 
Passionnément
Un très beau texte, merci, ce que je comprends c'est la maltraitance qu'a subit la mère, cette femme a dû être utilisée toute sa vie, maintenue à une place dévaluée comme l'étaient les femmes à son époque, elle n'a pu ou su s'en libérer, c'était social depuis la nuit des temps et à l'heure ou sa fille devient une jeune femme qui se prépare à un avenir, libre, c'est à dire probablement dégagé de toutes les casseroles patriarcales et misogyne. C'est d'une grande injustice pour la mère vestale de fatalité : sa fille doit subir les même pressions assassines qu'elle c'est la loi.
Et puis le chien, qui a d'abord dû subir, pour absorber pour établir des liens pour que la mère puisse enfin être acceptée comme un être vivant, tout simplement vivant et puis l'accident et la mort. Bravo pour votre travail et votre ambition.
L'utilisation du présent est difficile, j'ai trouvé le style un peu saccadé, il faudrait travailler la rapidité, l'allégement, se méfier des conforts d'écriture, bref tuer le reste de pudeur. Merci pour cette lecture.

   in-flight   
24/10/2016
 a aimé ce texte 
Un peu ↓
Bonjour,
Je rejoins en tous points le commentaire d'Ora.

J'ajoute que les dialogues m'ont semblé peu naturel: On est dans l'invective et les insultes et le registre de langue employé par les personnages ne me semble pas toujours adapté.

J'ajoute également que la relation mère / chienne m'est apparue un peu incongrue. J'attendais une fin "mordante" ou ironique mais finalement, on reste au même étage. Loin de moi l'idée de dénigrer la relation parfois fusionnelle entre l'Homme et l'animal, cependant la fin de l'histoire sur le front de mer me semble pousser dans ses retranchements les clichés du mélodrame.

Moralité: Sa fille est traitée comme une chienne, la chienne est traitée comme sa fille. Animalisation VS personnification dans un texte qu'il serait bon d'élaguer.

   Pepito   
24/10/2016
Et bonjour Alvinabec !

Forme : du bon, comme d'hab. Pour chipoter, un manque de virgoules et queleques ch'tis trucs...
"canicule (virgoule) à l’heure..."
"Et d’abord (virgoule) est-ce qu'on va..."
"mon géniteur" ?! j'ai toujours du mal avec ce mot-là (Homard).
"connaître. Il a eu l’élégance de me reconnaître" ch'tite repépète, là.
"c’est devenu inferno ici." ... "inferno" c'est du d'jeune d'où, hein ? ;-)
"binouze" haaaa, la binouze ! Là, meme dans le noir, j'aurai reconnu Alvinabec. ;-)))
"Tu es obsédée par le cul des autres, surtout le mien parce que le tien, tu l’as juste oublié." haaaa, du calin tout plein, comme j'adore ! Belle répartie ! ;-)
"des tongs à fleurs qui rappellent la côte brésilienne." des Havaianas, quoi...
"Les jours se succèdent (virgouel) en injures sur fond bleu." jolie formule
"La fille pense à un de ses potes de fac, Thomas," hé, bé, elle a pas la détente rapide, la petiote...
"disparu de conserve" tss, tss, de "conserve" ?! Alors que chacune va de son coté ? tss, tss... ;-)
"impétrante" mazette, il a fallu que j'aille le chercher sur le dico, celui là !
"Nous ne pouvons que lui souhaiter bonne chance..." le narrateur qui s'invite dans la danse... d'un coup, comme ça ? ... mhhhh...
"endormi (virgoule) comme à la niche" expression sympa.


Fond : j'ai trouvé que le dialogue de la mère ne faisait pas vrai, par moments... et à certains autres, il était, malheureusement, la copie conforme de "déjà entendus".
"comment ça un accident, c’était pas plutôt une I.V.G. des fois." celle là, par exemple, je l'ai déjà entendu... avec "fausse couche" à la place d'"IVG", pour coller à l'époque... ;-(
"Elle m’a abandonnée comme un chien, moi sa mère, sa petite maman." idem pour le coté véridique... (moins le coté cureton). ;-(

Le coté apitoiement final m'a un instant terrorisé. Au formalités d'adoption du clébard, j'étais quasiment à l'agonie... puis :
"Elle tire sur la laisse tout en arrosant la bête de mots choisis : ordure, charogne, salope,..." haaaaaaa, je revis !!! Bravo ! ;-))

Haaa, si le texte avait pu s’arrêter là, quel bonheur ! J'a lu le reste en diagonale ( à éliminer à mon avis) pour pas perdre le bon gout resté en bouche.

Merci pour la lecture

Pepito

   plumette   
24/10/2016
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Bonjour Alvinabec,

j'avais lu ce texte en El ( et commenté je crois) une première fois.
je le retrouve aujourd'hui avec d'autres développements me semble-t-il, surtout dans la dernière partie.

je reste mitigée sur le dialogue mère/fille. J'admet qu' une telle violence puisse exister dans la réalité mais il me semble que les dialogues ne sont pas assez "oralisés". Certaines phrases sont longues et trop démonstratrices.

EX
"C’est ça, cause en latin pendant que t’y es. On prend ses grands airs… et ça sert à quoi ? À rien sinon de se croire au-dessus des autres. Dans la famille on est employé municipal, on fait son loto le vendredi, on boit de la binouze et puis c’est tout. Au lieu de ça, cette petite merde lit des livres et ne picole qu’un porto le dimanche. Pour faire genre qui se la pète. La lecture ça bousille les yeux, je t’ l’ai dit cent fois. Les mots savants ça a jamais rempli le caddie au Leclerc"

Mais par rapport à ma première lecture, il me semble que le ton de la fille est différent et je trouve que cela fonctionne bien: elle veut sortir de sa condition, elle va en fac, et son langage est déjà influencé par cette aspiration.

sur le fond, j'ai du mal avec cette mère haineuse. et j'ai aussi un peu de mal à croire à son retournement sentimental en faveur de cette chienne ( qui n'a pas de nom?) qu'elle a commencé par maltraiter. c'est un peu " tout ou rien" et je trouve ( mais ça c'est personnel!) que cela manque un peu de nuances.


l'écriture est riche, le narrateur donne des détails sur son look à géométrie variable qui permettent de bien se représenter cette femme qui est au centre de la nouvelle et je ne me suis pas ennuyée.

Je reste tout de même mitigée, je me suis demandée ce que certains passages apportaient comme par exemple la visite au curé.

je reconnais un vrai travail d'écriture et un climat particulier qui me laisse un certain malaise.

Plumette

   MissNeko   
24/10/2016
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour
Le positif :
- une ambiance bien travaillée et dérangeante
- un travail d écriture notable
- portrait psychologique des personnages réussi.

Le négatif :
- trop de détails vulgaires tuent le détail vulgair. C est un peu too much et on perd en crédibilité.
- la visite chez le curé n apporte rien.
- je me serais arrêtée quand la mère découvre l amour maternelle avec son chien. Ca bouclait la boucle : elle traitait sa fille comme un chien, maintenant elle vit avec un chien qu elle traite comme sa fille.
Ça fait trop de pathos la mort du chien etc ...

Mais la lecture de votre texte laisse un goût de malaise : ce qui veut dire que c est en grande partie réussi.

   David   
24/10/2016
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour alvinabec,

Je trouve le récit cynique, quelle que soit la nature donnée au personnage de cette mère, elle n'est que cela ou presque, c'est quand même l'histoire d'une déchéance, une ironie sur des "prothèses sentimentales" que serait ce chien, ce croissant du dimanche, ces interlocuteurs d'occasions. Pourtant, c'est une bonne lecture, la froideur du style m'entrainait, je me demandais ce que la vieille dame allait subir au prochain passage. la fin ne m'a pas déçu et même j'aime bien sa sobriété, elle tombe comme une nuit, sans feux d'artifices ou ultime révélation, c'est bien le cœur du récit qui était à lire, on ne pourra pas le spoiler facilement.

   Annick   
25/10/2016
 a aimé ce texte 
Un peu
Tout est outré ! Le dialogue mère-fille, on n'y croit pas : les insultes, l'agressivité de la mère semblent gratuites.
Ou en tout cas, les raisons invoquées ne sont pas crédibles :

"- ...Et d’abord est-ce qu’on va à la fac dans la famille ? Non ! Mais voilà, on s’est débrouillée pour avoir une bourse et traînasser à l’université, je me demande comment tu l’as eue, ta bourse, hein salope ? T’as couché, je ne vois que ça… J’imagine bien un vieux prof lubrique pour qui t’as eu des attentions sous le bureau et puis voilà, t’as récolté un chèque…
– Arrête, ça ne se passe pas comme ça, je te l’ai déjà dit mais tu veux absolument avoir raison sur quelque chose dont tu ignores tout. Comme d’habitude ! Ça ne m’étonne pas que mon géniteur t’ait quittée si vite, tu n’es pas supportable."

Je n'ai pas réussi à entrer dans cette histoire.

   Anonyme   
26/10/2016
 a aimé ce texte 
Un peu
Je ne dirais qu'une chose : c'est trop long. J'ai vraiment eu du mal à finir une histoire qui aurait gagnée à être plus courte. La longueur peut se comprendre quand il se passe des choses, maintes péripéties, mais là on tourne en rond. Le propos ne varie guère, rendant votre démonstration trop appuyée. Une femme détestable néanmoins capable d'amour pour un chien. Bon, on a compris, fallait-il développer autant ?
Les portraits psychologiques ne sont, de plus, pas très crédibles. Trop d'injures chez la mère, peu de personnalité chez la fille.
L'écriture est correcte mais ne parvient pas à transcender une histoire qui s'enlise.


Oniris Copyright © 2007-2019