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Humour/Détente
andrejalex : Narcisse
 Publié le 08/04/17  -  9 commentaires  -  19782 caractères  -  68 lectures    Autres textes du même auteur

Chronique (à peine outrée) de l'autosatisfaction ordinaire. La première personne est jubilatoire…


Narcisse


Devant mon berceau, mes parents ne cherchèrent pas à contenir leur joie et leur fierté. Toute la famille et tous les amis, même les plus éloignés, furent conviés à venir s'extasier devant la petite merveille qui leur était envoyée, sans nul doute par le ciel. Je n'en veux retirer aucun mérite : mon père était déjà un fort bel homme, grand et athlétique, et dont le visage, aux traits fins et réguliers quoique virils, exprimait une vive intelligence. Ma mère était ce qu'il est convenu d'appeler une femme séduisante, d'une grande beauté physique et plastique, ainsi que d'une finesse intellectuelle surprenante lorsqu'on la rapprochait des qualités précédentes.


Ils n'eurent aucun mal, on s'en doute, à obtenir des visiteurs les compliments et félicitations méritées qu'ils en attendaient. Aux dires des témoins de l'époque, j'étais mieux qu'un joli bébé : un bébé très réellement beau, avec de splendides cheveux bouclés et d'irrésistibles anglaises venant souligner encore le délicat contour des oreilles. Le nez et la bouche étaient d'incontestables réussites de la nature mais ce qui apparaissait comme le plus remarquable, c'était sans doute les yeux, marron à reflets verts, et le regard, d'une vivacité et d'une mobilité très grandes laissant augurer d'ultérieures facultés intellectuelles d'exception.


Je fus un bébé adorable. Je ne pleurais jamais et évitais, d'une manière dont je ne garde pas une mémoire précise, de souiller mes couches. Ma mère était très fière d'avoir un nourrisson devenu propre si vite, alors que de nombreux autres se complaisent longtemps dans leurs excréments. Elle prenait plaisir à ajouter qu'elle n'avait rien eu à faire dans ce sens, j'étais comme ça, voilà tout. Dès l'âge de six mois, ma maturité étonnait déjà.


Des témoins, trop peu nombreux à mon goût ou trop réservés, se souviennent encore de la manière, goulue certes mais pleine d'une délicatesse innée, dont je prenais la tétée au sein maternel, sous l'œil admiratif de mon père et de mes grands-parents. Ma précocité alimentait déjà les conversations familiales et je franchis rapidement et avec aisance les stades des Blédine premier âge et second âge, ainsi que toutes les étapes nutritionnelles de la première enfance.


Je fus un élève brillant de la maternelle, puis de l'enseignement primaire. Tous mes différents instituteurs et institutrices m'apprécièrent beaucoup, non sans une certaine jalousie de mes petits camarades, qui prétendaient que j'étais le préféré des maîtres (à cette époque-là, on disait le chouchou). Je ne leur en veux pas tant il est vrai qu'à leur âge, il était impossible de percevoir ce qui allait devenir vite chez moi une dimension charismatique.


Mes études secondaires se passèrent sans histoire, si l'on accepte de passer sous silence certaines divergences d'interprétation que je rencontrai de la part de professeurs et de jurys d'examen malveillants ou tout simplement incompétents.


À vingt-quatre ans, juste après avoir brillamment décroché mon baccalauréat, j'entrais à l'Université. J'étais alors un splendide jeune homme, à la fois svelte et musclé, au visage énergique, et doté d'une assez rare élégance de traits, d'allure et de comportement. Mes parents étaient morts et j'en avais ressenti un très vif chagrin : c'est sans doute chez eux que j'ai rencontré la perception de ma personnalité la plus proche de l'image que je m'en faisais moi-même.

Lorsque je quittais l'enseignement supérieur quelques années plus tard, cette large palette d'atouts s'était encore enrichie des avantages de la maturité. Certains très beaux jeunes hommes restent mièvres : ce n'était certes pas mon cas. J'étais, si l'on me permet cette expression qui semblerait immodeste chez d'autres, pleinement beau.


La crise de l'emploi n'était pas encore ce qu'elle est aujourd'hui et, mon dynamisme aidant, il ne me fallut pas plus de cinq ans pour trouver un poste administratif chez Matécon, une firme de matériaux de construction. On y fabriquait et vendait tout un tas de produits, des ciments pour coulis, des bétons ou des mortiers prêts à l'emploi en sachets ou en sacs de toutes les dimensions, de toutes les contenances et pour toutes les utilisations possibles allant du bouchage de trou de souris à l'édification d'un château de trente pièces principales. Je donne toutes ces précisions sans prétention à l'exhaustivité puisque, je le précise, j'étais un administratif.


En parlant de prétention, j'en profite pour dire au passage que les cadres techniques de la boîte étaient sans exception exhaustivement prétentieux. J'en ai connu qui estimaient – je n'affabule pas puisqu'ils me l'ont dit – m'être très largement égaux pour ne pas dire supérieurs. C'est toujours avec un très grand étonnement que je constate le défaut d'objectivité de mes collègues et leur manque de mesure quand ils parlent d'eux-mêmes, et souvent même leur propension à parler d'eux-mêmes, d'autant plus grande qu'ils présentent moins d'intérêt. Je les trouvais d'autant plus désagréablement suffisants – la fierté ne peut être à mon sens tenue pour un défaut quand elle est justifiée – que notoirement insuffisants pour ce qui est de l'envergure intellectuelle et professionnelle. Qu'on me comprenne bien : je suis content de moi et j'en suis fier parce que je sais que je dispose pour cela d'excellentes raisons, d'arguments légitimes et incontestables de surcroît, sauf par des imbéciles bien entendu. Un des problèmes de la société dans laquelle nous vivons est que cette catégorie de fiers sans bras, type cadres Matécon, y est, et de loin, la mieux représentée.


Cependant et d'une façon un peu incompréhensible, mes rapports avec la gent féminine n'ont jamais été gratifiants. Comme je pense l'avoir laissé entendre précédemment, je dispose d'un physique avantageux que met parfaitement en valeur une démarche souple et sportive. Si l'on ajoute à cela une rapidité intellectuelle assez peu courante, un sens inné de la badinerie de bon goût et une habileté foncière à trousser le compliment adéquat, on conviendra que je peux, sans forfanterie aucune, prétendre à la qualité d'homme intéressant. Les femmes n'ont pourtant jamais paru intéressées par une telle panoplie de dons. J'hésite à penser qu'elles sont totalement dépourvues de goût ou encore qu'elles sont jalouses de ce qui leur paraît inaccessible. Mais il se peut qu'elles soient tout simplement connes. Ce n'est qu'une hypothèse mais j'en veux pour preuve leur propension à se vautrer avec des individus minables et ce, d'autant plus qu'ils sont plus inintéressants. Bref, c'est comme ça, il faut les prendre (ou dans mon cas les laisser) telles qu'elles sont, je ne leur en veux pas et ne peux les contraindre à un effort de réflexion. Je suis convaincu que, si j'avais été femme, je n'aurais sans doute pas su résister à l'attrait, ou plutôt aux multiples attraits d'un homme tel que moi, tant on peut y découvrir de facettes différentes et constamment renouvelées. La nature féminine n'est donc pas bien faite, c'est la conclusion à laquelle je suis parvenu mais pour être tout à fait équitable il faut dire que la plupart des hommes de mon entourage sont également de fameux crétins.


L'inconvénient de cet aveuglement féminin est qu'il a un coût, auquel je suis sensible, puisqu'il me conduit à satisfaire auprès de spécialistes à rémunérer certaines pulsions bien compréhensibles chez un mâle avantageusement pourvu. Mais comme je suis sans rancune, je regrette très sincèrement pour ces ignorantes une expérience dont elles ne connaîtront pas l'enrichissement. Je le regrette aussi pour mon porte-monnaie.

Cela étant, le recours à des hétaïres ne saurait non plus être considéré comme totalement satisfaisant. En particulier je n'ai jamais rencontré chez ces dernières l'émerveillement que j'étais en droit d'attendre à la découverte de mes facultés copulatoires, ce qui prouve que même les spécialistes peuvent présenter des lacunes culturelles. La perfection n'est pas de ce monde…

Je n'insisterai pas davantage sur le volet sexuel de ma personnalité, je préciserai seulement que je ne me suis jamais marié. Le sexe est un sport auquel je me suis adonné avec une certaine modération, l'aspect financier modérant encore ma modération.


J'ai toujours été intéressé par le sport, encouragé en cela par mes aptitudes physiques. J'en ai pratiqué de nombreux mais rarement à ma satisfaction du fait de la nullité ou de la bêtise des autres compétiteurs.

Au football par exemple, que j'aime bien, je pense posséder de nombreux atouts : je suis rapide, incisif, adroit, et possède une excellente technique, un puissant tir des deux pieds, ainsi qu'un jeu de tête hors pair. Je sais être meurtrier sur coup-franc mais on ne m'en confie jamais l'exécution. Comment extérioriser ces qualités au milieu d'une dizaine d'imbéciles maladroits qui s'obstinent à jouer du côté du terrain où je ne me trouve pas sans jamais me passer le ballon sinon dans de mauvaises conditions ?

Le tennis est plus agréable car, en simple on n'est pas embêté par son partenaire. Par contre, que dire de la bêtise d'adversaires ne comprenant rien à la diversité de mon jeu et s'entêtant à pratiquer le leur, pourtant beaucoup moins intéressant ? Que faire lorsqu'un adversaire s'ingénie à ignorer vos contre-pieds, accélérations de coup droit, lobs ou montées au filet à contretemps et se borne à tout retourner bêtement ? Il est difficile, pour ne pas dire impossible, de gagner un seul set contre un imbécile. Et de fait je n'ai jamais pu dépasser le premier tour d'un tournoi en dépit de mes dons et de mon intelligence instinctive du jeu.

Au volley-ball, mes principaux atouts étaient une détente verticale assez remarquable et un smash canon mais je n'ai jamais vraiment réussi à les mettre en valeur car il y avait toujours un imbécile pour me contrer quand ce n'était pas un arbitre pour sanctionner ma légitime mauvaise humeur. Ajoutez à cela les débiles qui croyaient malin de "piquer" le ballon à l'endroit où je ne me trouvais pas et le tableau est complet. J'ai laissé tomber le volley.

J'ai rapidement renoncé à la boxe car je n'y ai rencontré que des adversaires brutaux, infatués d'eux-mêmes et qui refusaient presque systématiquement de se soumettre à mon incontestable supériorité technique. Certains, qui ne comprenaient rien à la subtilité de ma garde, en profitaient même pour me donner des coups et c'est profondément écœuré et meurtri que j'ai abandonné ce sport qui n'a rien d'un art et rien de noble.

Il en fut de même de la pétanque où mes adversaires n'avaient de hâte que de chasser mes boules lorsqu'elles étaient proches du cochonnet (j'étais un excellent pointeur) quand ils ne s'ingéniaient pas à me déconcentrer lors de mes tirs (je suis un tireur émérite mais malheureusement sensible à un environnement hostile en dépit de mes nerfs d'acier). Je pense que j'aurais pu devenir le meilleur joueur de boules du monde si mes adversaires m'avaient beaucoup mieux compris, encouragé et soutenu. Mais ce sont là des richesses de l'esprit que l'on ne peut demander à des imbéciles et c'est fou ce que la pétanque peut drainer comme imbéciles. Je l'ai abandonnée elle aussi.

Le nombre de sports auxquels je me suis adonné est certes élevé. Dans tous j'ai prouvé mes facultés d'adaptation, d'adresse, d'endurance et d'intelligence. J'ai ainsi pratiqué le badminton, l'haltérophilie, l'équitation (au passage les chevaux sont encore plus bêtes que les hommes), le squash, le cyclisme, le rugby. J'ai même fait un peu de pelote basque. Mais dans tous les cas je me suis heurté à la sottise de mes partenaires et de mes adversaires, ces derniers étant de surcroît le plus souvent vaniteux, ainsi qu'à la formidable mauvaise foi des arbitres et à leur partialité.


J'ai même un peu tâté de l'arbitrage mais j'ai vite renoncé, les deux camps paraissant toujours s'entendre pour contester mes décisions pourtant dictées par la sagesse et le respect de l'esprit du jeu. J'ai même dû une fois quitter le terrain entre une double rangée de CRS, les supporters de l'équipe locale ne me pardonnant pas d'avoir expulsé quatre de leurs joueurs, dont les maillots constituaient à mon sens une faute flagrante de goût. Or rien ne m'insupporte comme les fautes de goût et je pense que j'aurais été fondé à renvoyer toute l'équipe au vestiaire si on m'en avait laissé le temps. Pendant les quelques semaines qui ont suivi cet incident j'ai trouvé des étrons dans ma boîte aux lettres ce qui a confirmé, s'il en était besoin, le mauvais goût de ce club plus encore que son absence de goût.


À part les quelques réserves précédentes, ma vie est une réussite absolue, si l'on veut bien mettre de côté l'environnement professionnel fort peu reluisant tant les imbéciles y sont nombreux.


Mais le contexte domestique, ce qu'on appelle la vie privée (privée de quoi, au juste, si ce n'est des crétins du bureau), n'est pas franchement plus exaltant. Il a cependant un côté très positif : je suis célibataire et vis seul, ce qui me met à l'abri de la présence jacassante et encombrante d'une moitié à prétentions égalitaires tant il est vrai que la gent féminine, dont on sait la faculté de jugement réduite, a du mal à percevoir certaines transcendances. Cette existence solitaire a cependant un inconvénient majeur autre que celui, hygiénique et financier, que j'ai déjà indiqué. À la maison je n'ai personne pour promener sur moi le regard admiratif dont j'ai parfois besoin et que je mérite. Aucun commentaire laudatif non plus. De surcroît je n'ai personne à critiquer et engueuler, et cela, psychologiquement, n'est pas sain. J'arrive bien de temps en temps à me faire quelques reproches mais cela ne va jamais bien loin puisque mon objectivité, qui reprend toujours rapidement le dessus, me conduit à les balayer d'un revers de main. Je sais faire preuve de magnanimité envers moi-même.


On ne peut oublier la gardienne de l'immeuble, véritable modèle d'imbécillité et parangon de lubricité, une super feignasse qui ne sait pas que ne pas faire pour se rendre inutile. J'ai du mal à repousser les avances de cette matrone moustachue et mamelue, au parfum ail et échalote, même en utilisant à son encontre l'injure à laquelle elle est le plus sensible, celle de concierge. Je lui ai pourtant expliqué en long et en large la profondeur du fossé qui nous sépare, à la fois social, culturel et esthétique. Pour m'en débarrasser je lui ai abandonné un espoir, habilement reporté au jour où elle aura comblé son retard. Depuis elle s'est abonnée à VSD et s'est mise à jouer au loto. Je suis donc tranquille de ce côté-là.


Mais il y a le voisin du troisième, un sale type stupide et cabochard. Figurez-vous une tête de mule, un âne bâté toujours persuadé qu'il a raison alors qu'il ne l'a jamais, du moins quand il discute avec moi. Je suis pourtant tout à fait sûr de mes arguments, comme de son imbécillité et de sa parfaite mauvaise foi d'ailleurs. Il m'agaçait tellement l'autre jour, avec sa prétention à me tenir tête, que je lui ai mis mon poing sur la figure. Croyez-vous qu'il ait pour autant baissé de ton et fait amende honorable ? Au lieu de s'écraser comme l'eût fait tout être normal conscient de sa bêtise et de son infériorité, il m'a au contraire rendu mon coup de poing, en m'ouvrant profondément la lèvre. J'étais furieux car si je ne supporte pas les gens qui prétendent à tort avoir raison, je supporte encore moins les coups et j'exècre au-delà de tout les mauvais coucheurs. Je n'ai pas insisté, mon bon sens et ma raison m'incitant à ne pas poursuivre le dialogue avec un individu de niveau inférieur qui ne comprend rien, même pas les coups pourtant donnés dans son propre intérêt. Cela étant, il reste le seul habitant de l'immeuble (on ne peut décemment pas compter la concierge) avec lequel j'ai des relations, même si elles sont mauvaises. Les autres sont tellement calamiteux que je ne prends plus la peine de les saluer. D'ailleurs ils sont si moches que j'évite de les regarder afin de ne pas courir le risque d'altérer mon optimisme : l'humanité n'est pas belle, il faut le dire…


Finalement le meilleur moment de la journée est celui que je passe le matin devant ma glace. C'est une heure privilégiée de la journée, où je me sens tout à fait à l'abri de la laideur, de la bêtise et de la méchanceté.


Je suis beaucoup trop sportif moi-même, je l'ai dit, pour trouver intérêt aux manifestations sportives où l'on voit s'agiter dans un désordre gestuel et intellectuel des individus autant sous-doués que surpayés. Je n'aurai pas la cruauté de passer en revue toute la palette de leurs lacunes, au moins aussi criantes que leur auto surestimation. Ces soi-disant sportifs sont en fait des bouffissures d'orgueil, de vanité, de fatuité et d'autosuffisance. Sans modestie superfétatoire j'estime me situer très au-delà et je ne parlerai pas davantage de ces tristes inutiles.


Un spectacle me plairait bien, à cause de son caractère à la fois sportif et humaniste : c'est la corrida, si je n'étais un peu las de la monotonie d'un scénario où c'est presque toujours le même qui gagne. J'en ai vu quelques-unes sur une chaîne de télévision espagnole. On a l'impression que c'est truqué. Le jeu gagnerait à être plus équilibré au niveau du résultat : un matador, un taureau, un matador, un taureau, un matador, un taureau, dans le désordre bien entendu pour entretenir le suspense. J'ai l'intention d'intervenir en ce sens auprès de la fédération tauromachique de ma commune, à Garges-lès-Gonesse. Cela dit je n'en attends pas trop, ils sont si nuls là aussi…


J'oubliais : il y a une activité dont je raffole : la conduite automobile. J'aime entendre rugir (ou hennir) sous la pédale de l'accélérateur les cent chevaux de ma 305, une sacrée voiture que j'ai achetée parce que c'est la meilleure. Je n'ai même pas eu à la faucher à ma femme, comme le suggérait à l'époque la publicité télévisée, puisque je ne suis pas marié. Je suis un pilote doué, j'adore négocier à grande vitesse les sinuosités des petites routes de campagne ou piquer des pointes pied au plancher sur l'autoroute. Par malheur il y a les autres automobilistes, de vrais imbéciles qu'on dirait attachés à me gêner et à me retarder. Ils ne paraissent pas tenir compte de mes coups de klaxon furieux ni de mes gestes pourtant éloquents. Non ! Ils continuent à rouler comme des veaux. Je ne veux pas parler de cette autre engeance qui vous double avec mépris sur l'autoroute avec une grosse voiture, comme s'il y avait un rapport entre le nombre de chevaux du véhicule et les capacités propres du conducteur. Mais le pire ennemi de ce dernier, c'est quand même les flics, avec leurs radars, leurs voitures banalisées et leur redoutable mauvaise foi. Il y a trois ans qu'on m'a retiré le permis, et je ne suis pas arrivé à repasser le code, en dépit de mes facilités, ce qui prouve bien l'incroyable parti pris des inspecteurs.

Depuis je suis condamné aux transports en commun. Encore un fameux vivier de la bêtise et de la méchanceté humaines. J'aime bien, confortablement assis, y contempler le troupeau qui se dépense en gestes dérisoires vers des activités besogneuses et probablement inutiles. Dire que c'est pour ça que je paye tant d'impôts !…


Comme l'a dit un grand auteur (Teilhard de Chardin je crois, à moins qu'il ne s'agisse de Philippe Bouvard), l'ennemi pour l'homme c'est la présence des autres. C'est vrai que si les autres n'étaient pas là, ou s'ils étaient seulement beaucoup moins nombreux, l'humanisme serait beaucoup plus facile à pratiquer.


Je viens d'apprendre une dernière scorie des tarés du bureau, qui souligne encore l'incommensurable sottise de mes collègues : ces fleurs de navet n'ont rien trouvé de mieux que de me surnommer Narcisse. Moi !…


 
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   socque   
13/3/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
si l'on accepte de passer sous silence certaines divergences d'interprétation que je rencontrai de la part de professeurs et de jurys d'examen malveillants ou tout simplement incompétents
Voilà une phrase qui me fait sourire, qui me semble annoncer une suite savoureuse !

À vingt-quatre ans, juste après avoir brillamment décroché mon baccalauréat, j'entrais à l'Université.
Ah, dommage, je trouve le portrait trop chargé... Vingt-quatre ans, la caricature a de trop gros sabots à mon goût !

C'est toujours avec un très grand étonnement que je constate le défaut d'objectivité de mes collègues et leur manque de mesure quand ils parlent d'eux-mêmes
Oui, ça j'aime bien.

J'hésite à penser qu'elles sont totalement dépourvues de goût ou encore qu'elles sont jalouses de ce qui leur paraît inaccessible. Mais il se peut qu'elles soient tout simplement connes.
l'équitation (au passage les chevaux sont encore plus bêtes que les hommes)
Là, j'ai ri.

Dans l'ensemble, j'ai lu ce texte le sourire aux lèvres, j'en ai apprécié l'ironie. Le dernier paragraphe ne me paraît pas utile ; du reste, il me paraîtrait plus logique que le narrateur ne sût pas à quoi correspond le surnom de Narcisse ! En tout cas, j'ai passé un bon moment.

   Tadiou   
8/4/2017
 a aimé ce texte 
Bien ↓
(Lu et commenté en EL)

Voilà une vie racontée dans la continuité d’une admiration inébranlable de soi-même ; le génie commence dès le plus jeune âge :

«Je ne pleurais jamais et évitais, d'une manière dont je ne garde pas une mémoire précise, de souiller mes couches. »

« Dès l'âge de six mois, ma maturité étonnait déjà. »

Le premier échec scolaire est justifié de façon imparable !!! :

« Mes études secondaires se passèrent sans histoire, si l'on accepte de passer sous silence certaines divergences d'interprétation que je rencontrai de la part de professeurs et de jurys d'examen malveillants ou tout simplement incompétents. »

L’aveuglement continue :

« A vingt quatre ans, juste après avoir brillamment décroché mon baccalauréat, » : 24 ans, c’est moins que 30 ans et c’est moins pire que de l’avoir raté définitivement !!!

« il ne me fallut pas plus de cinq ans pour trouver un poste administratif chez Matécon » : même commentaire : 5 ans c’est moins que 6 ans.

Le narrateur commence à descendre en flèche son entourage :

« C'est toujours avec un très grand étonnement que je constate le défaut d'objectivité de mes collègues et leur manque de mesure quand ils parlent d'eux-mêmes, et souvent même leur propension à parler d'eux-mêmes, »

« Je suis convaincu que, si j'avais été femme, je n'aurais sans doute pas su résister à l'attrait, ou plutôt aux multiples attraits d'un homme tel que moi, tant on peut y découvrir de facettes différentes et constamment renouvelées. » : très belle phrase pour exprimer le summum de son auto-adoration.

Ses échecs répétés sont expliqués par la bêtise de ses adversaires :

«Que faire lorsqu'un adversaire s'ingénie à ignorer vos contre-pieds, accélérations de coup droit, lobs ou montées au filet à contretemps et se borne à tout retourner bêtement? Il est difficile, pour ne pas dire impossible, de gagner un seul set contre un imbécile. Et de fait je n'ai jamais pu dépasser le premier tour d'un tournoi en dépit de mes dons et de mon intelligence instinctive du jeu. »

« la fédération tauromachique de ma commune, à Garges-lès-Gonesse ». : Belle connaissance de la géographie !!

« Comme l'a dit un grand auteur (Teilhard de Chardin je crois, à moins qu'il ne s'agisse de Philippe Bouvard) » ; quelle culture !! Quelle comparaison !!!Quelle hésitation !!

J’arrête là mes exemples.

L’aveuglement, la bêtise, l’auto-admiration du narrateur atteignent des sommets jusqu’alors inaccessibles…

La chute Narcissienne est intéressante .

J’ai été très amusé au début par une telle candeur inébranlable.

Malheureusement (à mon goût) tout reste sur le même registre et cela se déroule comme un tapis uniforme et sans surprise.
C’est un martèlement ininterrompu. Donc qui, assez vite, ennuie un peu.

Dommage que vous en soyez resté à une accumulation sans nuances.

Le sourire plein de plaisir du début a été remplacé par quelques soupirs de désappointement.

J’ai apprécié la correction et la limpidité des phrases.

   silvieta   
18/3/2017
 a aimé ce texte 
Un peu ↓
Je n'ai pas vraiment compris le sens de l'incipit qui expliquait
ceci :"la première personne est jubilatoire" puisque je n'ai pas spécialement trouvé la narration jubilatoire. Si l'on nous avait dit " le narrateur jubile", là d'accord.

A part "très réellement beau" qui est un segment de phrase dur à avaler ( ne serait-ce pas plutôt "réellement très beau" ?) peu de maladresses d'écriture m'ont sauté aux yeux.

Cependant j'ai éprouvé beaucoup de difficultés à venir à bout de ce texte qui se veut humoristique et je me suis peu amusée. La mayonnaise n'a pas pris.

Pour la suggestion des corridas aux vaincus en alternance , en voilà une idée qu'elle est bonne, seul paragraphe qui ait provoqué chez moi un sourire fendu jusqu'aux oreilles, je remonte d'un cran mon appréciation initiale.

   plumette   
18/3/2017
 a aimé ce texte 
Un peu ↓
dans l'incipit vous dites " la première personne est jubilatoire" : pour celui qui écrit alors?
Je me suis ennuyée dans ce récit, mais surtout, je ne l'ai pas trouvé très incarné, ce qui est un comble quant on écrit au "je".
Je me demande qu'elle était l'intention de l'auteur en écrivant ce texte: se défouler, dénoncer le ridicule de l'autosatisfaction?

Ce narrateur infatué a une existence très morne et assez désespérante!

Il n'a ni prénom, ni nom, peut-être est-ce voulu pour en faire une sorte d'archétype?

je pense qu'il est toujours très délicat de "raconter" un personnage et que pour être efficace dans le but poursuivi, vous auriez pu essayer de donner à voir cette autosatisfaction par des confrontations avec d'autres ( dialogues, mises en situation...)

A vous de voir bien sûr!

Plumette

   Raoul   
8/4/2017
 a aimé ce texte 
Un peu
J'aime bien l'idée et l'angle d'attaque de ce « Tous des cons, sauf moi ».
Le style très satisfait de lui même est parfaitement choisi et bien mené - jusqu'à la référence Bouvard, ce grand penseur :) -. Pourtant, de Pécuchet, point ?
Dommage que ce soit un peu trop long et répétitif dans la multiplicité des digressions et exemples sportifs notamment, d'autant qu'ils n'éclairent pas d'un jour varié ou particulièrement révélateur, les qualités multiples du causeur.
Le texte n'est pas sans enjeux, puisque Narcisse, fini par se noyer en s'embrassant le reflet, si je ne me trompe…
M'a gêné à l'oreille : "Il en fut de même de/pour? la pétanque"
Lu sans déplaisir, souri par moment, mais pour moi pas assez resserré pour être incisif.

   vendularge   
8/4/2017
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour andrejalex,

Ce texte fort bien écrit m'a fait rire, le trait est tellement caricatural, surtout concernant la gent féminine, qu'on ne peut que sourire. On est là devant une personnalité pathologique à ne pas confondre avec la jeune fille qui se regarde sans arrêt dans les miroirs où elle cherche une certitude qu'elle ne contient pas.

Un petit bémol concernant les répétitions, on voit bien ici qu'une forme plus ramassée aurait rendu l'ensemble plus percutant.

Ceci-dit, c'est une description exacte de ce trouble bien particulier pour ceux qui voudraient savoir ce qu'est cette "pathologie" .

Je vois un petit rappel à la "Corrida", une raison particulière de ce rappel à votre texte précédant?

merci du partage

vendularge

   PierrickBatello   
8/4/2017
 a aimé ce texte 
Bien ↓
J'ai eu peur au début car mes premiers sourires ne sont arrivés qu'en milieu de texte. J'aime beaucoup la chute et l'expression "ces fleurs de navet". On retrouve vos thèmes de prédilection avec les différents sports énumérés (la boxe ridiculisée), jusqu'à la corrida qui est ici évoquée à juste titre. Un texte sympatoche qui aurait pu aller encore plus loin sans doute pour vraiment déclencher le rire.

   Somnium   
9/4/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Ah, le mythe de Narcisse poussé à son paroxysme, à tel point que cela en devient ridicule à souhait (jubilatoire, comme le souligne l'incipit). L'emploi de la 1ère personne est on ne peut plus pertinente : cela va de soi ! Au final, le pauvre Narcisse est seul face à son miroir, le seul ami qu'il possède. Attention toutefois à ne pas trop s'y attarder, au risque d'en mourir.

   Cox   
11/4/2017
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Ouf, c'est long !

Un peu trop long pour moi. C'est sincèrement rigolo au début, mais j'ai commencé à m'ennuyer avant a moitié. J'ai réussi à aller au bout, j'ai même souri encore un peu, mais je n'ai pas pu rester concentré pour tout lire d'une traite. C'est que ça tourne terriblement en rond. Au bout d'un moment, quand on a compris l'idée, on attend qu'il y ait une relance, un élément nouveau... Mais il ne vient pas.

Le côté comique n'est pas assez présent, pour soutenir cette monotonie. Si c'était très drôle de bout en bout, ça n'aurait pas posé de problème, mais ici, à part quelques plaisanteries de ci de là, l'humour repose toujours sur le même ressort, rouillé à force de faire...

Le personnage est super caricatural. Ca n'aurait pas été gênant si l'histoire avait été complétement déjantée. Mais là, on ne baigne pas dans le loufoque, et les quelques éléments trop exagérés sonnent assez mal.
J'ai eu aussi du mal avec vos choix en matière de niveau de langue. La plupart du texte est écrit dans un registre un peu cul-pincé qui correspond parfaitement au personnage. Mais pourquoi, alors, insérer quelques éléments de langage familier qui détonnent ? (je n'ai rien contre ça dans l'absolu, mais dans ce contexte je trouve ça un peu dommage)

Sinon, j'ai bien aimé l'idée, et j'ai tout de même souri sur certaines remarques. Mais il manque vraiment quelque chose pour que je puisse rentrer dans le texte...


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