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Sentimental/Romanesque
antonio : La permission
 Publié le 16/02/17  -  12 commentaires  -  12182 caractères  -  94 lectures    Autres textes du même auteur

Pendant la Première Guerre mondiale, un jeune soldat en permission.


La permission


Il marche. Il marche d’un pas léger sur la chaussée de terre où traînent encore quelques ornières blafardes souvenirs des dernières pluies, mais le ciel est si clair maintenant. Il marche, habité par une joie énorme qui le pousse, le soulève, c’est à cause d’elle que ses godasses cloutées ne pèsent pas sur le sol, c’est à cause d’elle que son cœur cogne dans sa poitrine, qu’il sourit, mais il ne pense à rien. Il a trop de joie pour penser, l’esprit n’a rien à voir là-dedans, c’est tout son corps, toutes ses fibres qui exultent, et ce ne sont pas ses pieds qui le portent, mais la joie.

Le silence ambiant est donc à peine troublé par le frottement étouffé de sa marche et le choc sourd de sa musette qui, à chaque pas, bat ses flancs.

Sous le képi, posé de travers, une petite mèche de cheveux blonds flotte aussi, au rythme de sa marche. La capote, aux pans relevés sur les cuisses, n’entrave pas la liberté de ses jambes. La permission est arrivée si soudainement et le camion qui l’a emmené à la gare est parti presque tout de suite, mais dans le train, il a pris soin de gratter les plaques de glaise qui collaient au tissu militaire et, au cours d’une halte, il a couru faire quelques ablutions à la pompe sur le quai. Il a encore sous ses ongles noirs un peu de boue des tranchées. Il aura tout le temps de terminer sa toilette à la maison.


La maison ! Elle est là-bas, au cœur du village dont les toits d’argile miroitent sous le soleil encore pâlot d’avril. Le feuillage à peine naissant des grands platanes de l’avenue de la gare ne peut encore cacher aux yeux de l’homme le vieux clocher carré de l’église, qui personnifie le village, qui atteste qu’on est bien arrivé, que c’est bien ici Cauchoy-le-Grand.

Elle est longue, cette avenue de la gare, qu’elle est longue ! Mais on arrive bien au bout quand même, et, d’un seul coup, les pas sonnent clairs sur le pont de fer qui enjambe la Méronne, la rivière lente et verte qui rappelle tant de souvenirs.

Sur la place du marché, la première rencontre, le vieux Colin : « Salut bien mon gars ! Te v’là donc revenu, elle va être contente la mère Jolivot ! » Eh oui. Elle va être contente, la mère, qui ne se doute de rien, et le père, qui rentrera tout à l’heure du travail. Jean n’attendra pas qu’il rentre, il ira le chercher à la sortie de l’usine.

Et puis, il y a quelqu’un d’autre qui va être content et Jean n’ose pas s’avouer que c’est cette joie-là qu’il attend avec le plus d’impatience.


La Promenade Publique, la ruelle du Canal, et sa rue à lui, cent mètres encore, le voici devant sa maison. Il gratte à la fenêtre, aperçoit dans l’obscurité de la pièce la silhouette lourde de sa maman. Il ouvre la porte bien vite et… ah ! la joie, la joie immense de sa mère qui pleure, la tête sur son épaule en répétant : « Mon petit ! Mon petit ! »


Il s’est lavé soigneusement, tout nu devant l’évier de la cuisine, pendant que sa mère allait jusqu’à l’épicerie et chez le boucher pour acheter de quoi faire un petit festin. Après le repas, il a raconté, raconté… Et maintenant, il se lève de table, sourit à sa mère et dit : « Je vais voir papa » et il ajoute en baissant la tête : « Je passerai aussi voir Marie. »

Il n’est pas fiancé à la Marie, pas encore, mais tout s’est décidé quelques jours avant son départ pour la guerre. Il avait dansé avec elle au dernier bal du 14 juillet et ils s’étaient revus ensuite tous les jours avant ce fameux 2 août de la mobilisation générale. En fait, il la connaissait depuis longtemps, mais c’était le soir du bal qu’il s’était jeté à l’eau pour une déclaration timide, embarrassée, qui, à sa grande surprise, avait été bien accueillie. Et il se souvenait d’avoir pensé alors qu’il avait perdu beaucoup de temps. Seule l’urgence devant la montée des périls l’avait forcé à s’ouvrir du grand secret qu’il cachait dans son cœur depuis au moins deux ans. Depuis le retour de Reims de la Marie, qui avait passé trois autres années à aider sa grand-mère, veuve, dans son commerce de lingerie. La grand-mère était morte et Marie était revenue au pays dans la beauté de ses vingt ans. Et Jean l’avait aimée en silence, entretenant avec elle, de loin en loin, au hasard des rencontres et des fêtes, des relations superficielles et anodines, comme en avaient entre eux tous les gars et les filles du village. Mais maintenant, le pas avait été franchi. La Marie partage ses sentiments, il n’y a plus qu’un obstacle : la guerre. Et aussi, accessoirement, le père de Marie, le Morin, qui sait tout et ne veut rien savoir. Son attitude oblige simplement les amoureux à se rencontrer dans une relative clandestinité qui ne manque pas de charme, d’ailleurs.


Jean a de la chance. Il a pris par le petit chemin qui longe les jardins, et il aperçoit Marie, seule, étendant du linge sur une corde tendue entre deux pommiers. Il s’arrête un peu, retient son souffle, pour qu’elle ne devine pas tout de suite sa présence et pour se donner le temps de jouir de cette vision : le visage rose et sain sous le gros chignon serré droit sur la tête, la silhouette que l’on devine sous la longue robe à plis qui tombe jusqu’au sol, et, lorsqu’elle lève les bras, cette tension émouvante qui fait jaillir la poitrine sous le fin tissu comme dans un geste d’offrande.

Et puis il appelle : « Marie ! », elle se tourne vivement vers lui, en disant comme la mère : « Oh ! mon Dieu ! », puis en criant : « Jean ! » et en s’envolant pour franchir le portillon qui troue la haie et se jeter dans ses bras.


On les a vus partout. À Verrières, au Ponthau et dans les hauts des Muges, courant dans les prés, marchant dans les bois, s’embrassant souvent, tour à tour radieux et graves, riant de rien et s’émouvant d’un mot, serrés l’un contre l’autre ou les yeux dans les yeux.

On les a vus partout. On aurait pu les voir, du moins. Car le village a détourné son regard, il s’est fait pudiquement complice de ces deux-là, en fugue de l’existence, en congé du réel. Et le père Morin a fait comme les autres. Il a senti qu’il ne pouvait rien contre cette soif d’amour.


Tout de même, Marie ne peut toujours s’échapper pour rejoindre Jean et celui-ci, quand ils sont séparés, reste auprès de la mère le plus souvent. Elle a besoin de lui, elle aussi, non de son aide qu’elle refuse toujours, mais de le voir là, dans la maison, d’entendre son pas, de le servir à table. Elle s’efforce elle aussi d’oublier que le temps est compté, elle veut imaginer que rien n’est arrivé, qu’il est là comme autrefois et qu’il ne repartira jamais.


Parfois Jean va voir le Julien, le seul de ses anciens camarades qui ne soit pas mobilisé, parce qu’il a eu un pied brûlé dans un ruisseau de feu, à l’usine. Tout le monde a plaint le pauvre garçon au moment de l’accident. Maintenant, certains le regardent de travers, il est le veinard de sa génération. Jean, lui, n’est pas jaloux de l’infirme.

Il lui arrive aussi de se promener seul. Ses pas l’ont amené une fois jusqu’au champ de ses parents, un grand hectare de friche que monsieur Jolivot n’a pas le temps de cultiver. Il s’est couché dans les herbes hautes, sous un cerisier bourgeonnant, et il a regardé longtemps les nuages blancs qui couraient vers le sud, comme s’ils avaient voulu fuir la guerre. Il se sentait ici loin, très loin des batailles. Le silence était absolu, la terre pas souillée par les obus et les hommes, sentait bon, tout était immobile, serein, rassurant. Et puis il a pensé aux copains qui, là-bas, continuaient à vivre leur martyre et il s’est senti un peu honteux d’être heureux, comme si le bonheur, en ces temps, était une trahison.


C’est le dernier jour qu’ils sont allés avec Marie jusqu’à la table des Amoureux. C’est une vraie table, faite d’un énorme rondin de hêtre cloué sur un billot, installée au milieu d’une petite clairière, à l’extrémité d’une allée bordée de mûriers. Il y a, devant, un banc de bois. La table est constellée d’initiales, d’inscriptions, de cœurs enlacés et c’est à eux, bien sûr, qu’elle doit son nom.

Ils se sont assis sur le banc. Jean a posé ses deux mains, paumes en l’air, et il a demandé. Lui le pudique, le timide, il a osé demander ce qu’il aurait pu prendre dix fois ces jours passés, lorsqu’ils se roulaient dans les prés ou lorsqu’ils se perdaient ensemble dans les bois de Seignes ou de Lerangeville. Mais Jean aimait trop Marie pour se permettre de la culbuter comme une fille de rencontre, en profitant de l’occasion et de l’herbe tendre. Si elle consentait à se donner toute, il voulait qu’elle se livre avec lucidité, comme on dit « oui » devant le maire et le curé pour un engagement définitif et libre qui les lierait jusqu’à la mort.


Marie a rougi et baisse la tête. Elle aussi, peut-être, se serait abandonnée dans l’excitation animale d’un moment fou. Sans oser se l’avouer, elle avait bien, elle aussi ressenti dans sa chair ce même désir dont la morale admise veut faire le privilège de l’homme. Mais là, maintenant, à froid, elle est redevenue une jeune fille de 1915 que l’idée du sacrifice fait frémir. Ce dernier trésor qu’il n’a pas pris d’elle, il est réservé à Jean aussi longtemps qu’elle vivra. Mais qu’il patiente, la guerre finira un jour.

Ils sont revenus en se tenant par la main, silencieux et tristes. Jean n’en veut pas à Marie, il est assez fort pour la comprendre.

Simplement, il a en lui une impression de frustration, celle qu’on ressent quand on devine qu’on vient de passer à côté de quelque chose d’exceptionnel.


Sur le quai de la gare, il tient Marie dans ses bras et il ne la lâchera pas un instant. C’est le moment des silences.

Mais un timbre se met à grelotter. Deux minutes encore et le train surgit, glisse le long du quai. Un dernier baiser, une ultime crispation des mains autour des chères épaules.

« En voiture ! » C’est un ordre impérieux. Par la voix de ce modeste chef de gare. Jean s’arrache à Marie et saute sur le marchepied au moment où le train démarre, puis se penche à la fenêtre. Il n’y a plus sur le quai que le chef de gare et Marie.


Dix jours encore se sont passés, le temps d’une permission, dix jours pas plus.


On frappe à la porte. Madame Jolivot va ouvrir et se met à trembler. C’est le maire qui est là, avec ses vêtements du dimanche, et il a l’air bien navré, comme toujours dans ces cas-là. Avant qu’il ait parlé, elle a compris et elle se cramponne à la porte pour ne pas défaillir .

« Le plus pénible devoir de ma charge… votre fils… le 9 mai… à Lorette… glorieusement tombé… la Patrie. »

Madame Jolivot a fermé les yeux, ses genoux ont plié et le maire a tout juste le temps de la retenir avant qu’elle ne s’écroule.

Un peu plus tard, pendant qu’elle sanglote sur une chaise, le maire lui remet un petit paquet qui contient d’humbles choses sur lesquelles elle va pleurer pendant bien longtemps encore…

Il est tard quand la mère se reprend et dit : « Mon Dieu ! Et la Marie ! Il faut la prévenir. » Et elle part dans la nuit, encore plus malheureuse d’aller faire partager son malheur.

Elle n’est jamais allée dans la maison de Marie, et madame Morin qui lui ouvre, paraît bien étonnée, tandis que derrière elle, le Morin, debout près de la table, semble déjà sur la défensive. Il a toujours voulu ignorer Jean et il attendait qu’on lui parle officiellement de fiançailles pour manifester son hostilité. Mais ce soir, il n’aura plus que l’envie de se taire et de commencer à regretter lorsque Marie, qui s’est arrêtée net en entrant et en voyant madame Jolivot, n’a pu écouter que les premiers mots prononcés à voix basse par la mère de Jean, et s’est enfuie vers sa chambre en hurlant sa détresse comme une bête blessée.


Elle va seule sur la route de Chevilly. Il fait beau. Le printemps dérisoire fait jouer tous ses charmes, mais l’hiver est dans le cœur de Marie et pour longtemps. Elle va commencer, jour après jour, les pèlerinages déchirants : « Ici, il… C’est là que… »

Elle s’est engagée dans la petite allée des Mûriers, elle est allée jusqu’à la clairière, s’est assise devant la table des Amoureux.

Alors, lentement, elle s’est penchée en avant et a écrasé ses lèvres sur le bois de la table, à l’endroit même où Jean avait laissé reposer ses deux mains ouvertes…


 
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   socque   
25/1/2017
 a aimé ce texte 
Bien
En lisant ceci :
il y a quelqu’un d’autre qui va être content et Jean n’ose pas s’avouer que c’est cette joie-là qu’il attend avec le plus d’impatience
j'ai cru que Jean serait confronté à une bien mauvaise surprise, que sa dulcinée l'aurait oublié et fôlatrerait ailleurs. Tout faux. Les choses sont bien plus simples dans cette histoire, bien plus nûment tragiques.

Alors voilà, ce texte est une image d'Épinal, pleine de bons sentiments, tout en premier degré, ce dont, en principe, je me méfie beaucoup ; mais en l'occurrence, pour moi, il fonctionne. Il dit les choses avec, à mon avis, une candeur qui fait tout son charme. Je me croirais devant un tableau du Douanier Rousseau. De temps en temps, ça fait du bien de lire une histoire sans apprêt où tout le monde est bien brave. L'écriture me paraît peut-être un peu chargée en sentimentalisme par moments, ainsi :
forcé à s’ouvrir du grand secret qu’il cachait dans son cœur
se serait abandonnée dans l’excitation animale d’un moment fou. ressenti dans sa chair ce même désir dont la morale admise veut faire le privilège de l’homme.
une jeune fille de 1915 que l’idée du sacrifice fait frémir

Certes c'est dans l'ambiance, mais un chouille trop insistant à mon goût.

   matcauth   
16/2/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour,

C'est vrai qu'on attend un rebondissement, un retournement de situation, mais ici ce n'est pas le sujet, tout est raconté simplement de façon très réaliste, et c'est très bien, car, finalement, ce n'est pas si souvent.

C'est plaisant à lire, il n'y a pas de degrés de compréhension, c'est un épisode tragique mais très touchant, comme il y en a eu tant. Et c'est plutôt bien, de temps à autre, de lire cela, de lire la vérité sans grandiloquence, en gardant la puissance du réel.

Le récit et en outre bien structuré, le rythme est très bon, il n'y a pas grand chose à redire, juste lire et ne pas oublier tout ce que la guerre a pu donner de terrible.

Jusqu'au bout, on se dit que, non, ça ne va pas se terminer comme ça, comme on se dit toujours que ce malheur n'est pas pour nous, pas pour les gens qu'on aime. Et votre texte sait nous rappeler le tragique qui tombe ou il veut et qu'il n'y a pas grand chose à faire pour éviter ça.

Donc, cette simplicité dans le récit est trompeuse, à bon escient.

à part peut-être le début un peu long, et l'atmosphère du village un peu trop légèrement rendue, c'était une agréable lecture.

   plumette   
16/2/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Ce texte m'a beaucoup émue!
est-ce parce qu'avec la commémoration de cette "grande guerre" ses acteurs nous sont devenus plus familliers? Est-ce que le temps ayant fait son oeuvre, nous sommes aujourd'hui capables de faire émerger des souvenirs du silence gardé dans les familles sur tous ces drames?
ce texte est riche de sensibilité, l'écriture qui respecte complètement l'époque m'a régalée.
c'est une tranche de vie qu'on pourrait qualifier de banale, mais qui est complètement singulière parce qu'elle redonne vie à ces personnages simples et à leurs sentiments.

Merci pour ce partage

Plumette

   Dupark   
16/2/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Beau texte.
Un village, une usine, la pudeur de ce monde-là à cette époque-là, et Jean, un vrai gens.
Bisounours décomplexé, je me retrouve dans cette ambiance romantique.
J'ai pensé un moment critiquer le manque de figures de styles.
Et puis je me suis ravisé. Le style est pudique, à l'image des personnages. Rien d'ostentatoire, que du vrai, du sincère.
Une belle harmonie en somme.
Merci pour ce texte.

   Anonyme   
16/2/2017
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour Antonio,

Le récit est dense, trop riche en calories sentimentalistes. Il ne manque que la photo sur la commode. Je ne sais pas pourquoi les sentiments appellent souvent un style daté, d’un siècle révolu. Doit-on grommeler pour parler de l’homme des cavernes ?

A propos d’une phrase comme « Le silence ambiant est donc à peine troublé par le frottement étouffé de sa marche et le choc sourd de sa musette qui, à chaque pas, bat ses flancs », je ne sais plus quel auteur aurait dit:

« Nommer c’est expliquer, et tout ce qui explique offense. Du moins les lecteurs fins. Si vous en cherchez davantage, au contraire, faites-le, le plus grand nombre aime être guidé. Non qu’il soir servile ou bête, mais il est parfois lambin, et souvent timide. »

Et il aurait corrigé votre phrase par : « Le silence est donc à peine troublé par le frottement de sa marche et le choc de sa musette qui, à chaque pas, bat ses flancs ».

Je salue toutefois la maîtrise du développement narratif.
Dommage, vous écrivez trop bien.

Ludi
brocanteur de sentiments

   Zorino   
16/2/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Antonio,
D'une écriture très soignée et d'un style très approprié à la situation, avec certaines tournures très poétiques se mariant parfaitement bien avec cet amour pur et si poignant, vous nous racontez cette triste histoire vécue certainement par grand nombre de femmes lorsque cette connerie de guerre frappe à la porte d'une nation.
Je ne vous cache pas qu'au final, en guise de chute, je m'attendais à la présence d'un enfant à venir ou déjà né, ou pire, au suicide de Marie. Mais votre final me convient très bien, me laissant ainsi imaginer le lourd désespoir qu'à pu vivre par la suite cette jeune femme au cœur déchiré.
Un beau moment de lecture.
Merci pour ce partage

   vendularge   
16/2/2017
 a aimé ce texte 
Bien
Bonsoir,

J'ai bien aimé cette histoire simple pour tous ceux qui connaissent ou ont appris les grandes boucheries mais tout à fait indispensable pour rappeler l'absurdité de nos guerres infanticides aux autres.

L'écriture est soignée, agréable à parcourir. La mort est attendue, la jeune fille amoureuse. Un joli moment dans leurs vies qui n'a pas forcément besoin d'intrigues tortueuses.

merci du partage et du travail

vendularge

   PierrickBatello   
16/2/2017
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Voilà une histoire qui en devient étonnante tellement le scénario est attendu. Mais en effet, pourquoi toujours chercher les effets de surprise... là, je vous suis. Encore faut-il alors nous emmener par la main avec style. Et là, je ne comprends pas: vous avez des observations brillantes, de très belles images, et pourtant, elles sont souvent gâchées par une construction de phrases hasardeuse ou qui ne met pas en valeur vos mots.

Je ne m'attarde que sur le premier paragraphe dont je vous propose modestement un exemple de réécriture allégée (phrases plus courtes, redondances supprimées):

Il marche. Il marche d’un pas léger sur la chaussée de terre où traîne encore le souvenir des dernières pluies. Maintenant, le ciel est clair. Il marche, habité par une joie énorme qui le pousse, le soulève. Ses godasses cloutées ne pèsent pas sur le sol, son cœur cogne dans sa poitrine, il sourit, il ne pense à rien. Il a trop de joie pour penser. L’esprit n’a rien à voir là-dedans, c’est tout son corps, toutes ses fibres qui exultent. Ce ne sont pas ses pieds qui le portent, mais la joie.

En espérant ne pas vous marcher sur les pieds... Cordialement.

   Tadiou   
17/2/2017
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonsoir Antonio.

Cela commence comme une jolie histoire champêtre, fleurant bon le terroir. La très belle écriture me fait bien participer à la joie guillerette du soldat sur la route.

Ensuite cela continue à être simple et chaleureux. Les bons sentiments gomment les horreurs de la guerre qui sont à peine évoquées.

Et cela se développe de façon lisse et linéaire, dans le style et dans l'écriture.
Trop linéaire? Un peu superficiel?

Cette retenue, cette pudeur, c'est ton choix d'auteur.

Je ne suis pas trop étonné par la fin bien sûr : le moindre village a son Monument aux Morts couvert de noms.

Au total, pas d'émotion fulgurante mais c'est tendre et agréable à lire. Merci.

Un minuscule détail : je me demande si un clocher peut "personnifier "un village.

A te relire avec grand intérêt.

Tadiou

   Bidis   
19/2/2017
 a aimé ce texte 
Bien
J’ai toujours du mal avec les flash back. Le personnage est en permission exceptionnelle et, comme l’histoire est fort bien écrite et pleine d’atmosphère, on est avec lui, prêt à rencontrer Marie. Je trouve qu’il est maladroit de retourner en arrière, raconter leur idylle, etc. Du coup, on doit faire un effort alors que tout était en train de couler de source. Ce qu'il y a de vraiment important dans ce retour dans le passé, c'est ce qui va déterminer le refus de Marie de se donner, c’est-à-dire son éducation et bien évidemment le père. Je trouve que les circonstances de cette idylle ne sont pas intéressantes, toutes les rencontres amoureuses se ressemblent peu ou prou. Par contre, introduire le père est indispensable. Parler de lui, de son caractère autoritaire, de la quasi terreur qu’il inspire à sa fille, ce qui explique que Jean doit retrouver Marie hors de la présence paternelle.
Quand le personnage retrouve Marie, elle se jette dans ses bras et… paf ! le lecteur reste seul avec Marie tandis que le héros retourne de nouveau dans son passé avec un nouveau personnage en prime, le Julien, qui ne vivra dans le texte que le temps pour le lecteur de reposer Marie par terre. Quand le héros viendra la récupérer, l’intérêt pour leur histoire persiste mais elle a perdu de sa saveur.
J’aurais insisté sur les sentiments profonds de la jeune fille quand elle se refuse. Si ces sentiments ont bien été analysés, la finale que je trouve un peu bavarde peut être écourtée : il suffit que Marie rencontre la mère en pleurs. Jean est mort ? Oui, il est mort. Et elle retourne effectivement devant la table des Amoureux : son « non » est devenu un « non » définitif et elle va devoir vivre avec ça.
Deux petites remarques :
- « c’est à cause d’elle que ses godasses cloutées ne pèsent pas sur le sol, c’est à cause d’elle que son cœur cogne dans sa poitrine, » : j’aurais trouvé plus juste d’écrire « c’est grâce à elle »
- Je ne comprends pas bien cette phrase : « Dix jours encore se sont passés, le temps d’une permission, dix jours pas plus. »

   Marite   
21/2/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Une tranche de vie contée de très belle manière. Le soldat de retour du front avec la joie et l'espoir au coeur, l'avancée vers "La maison ! Elle est là-bas, au cœur du village dont les toits d’argile miroitent sous le soleil encore pâlot d’avril", les retrouvailles avec le vieux Colin, la mère, le père et aussi Marie !
Tout est bien dosé dans l'écriture : les descriptions de l'environnement qui s'offre au regard de Jean, les sentiments qui se bousculent en lui, la retenue tout en délicatesse de Marie "une jeune fille de 1915", la déchirure de la séparation cruelle, définitive et la tristesse dans la période qui a suivi l'annonce de la mort de Jean au combat : "l’hiver est dans le cœur de Marie et pour longtemps." Cette nouvelle m'a rappelé les histoires de vie contées par Giono.

   Anonyme   
17/4/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Antonio,

ce sont des moments difficiles à imaginer, ces parenthèses dans l'horreur, les permissions. Dans votre nouvelle, Jean montre une capacité à vivre pleinement le présent, seules quelques allusions ": sous ses ongles noirs un peu de boue des tranchées" " Comme si le bonheur en ces temps,était une trahison"... font référence à la guerre que Jean n'oublie bien sûr pas.
J'aime votre choix, car c'est un choix d'auteur de montrer un jeune homme qui prend le partie de la joie, des retrouvailles, de l'amour alors que d'autres ne devaient plus avoir cette force là.

J'attendais une scène racontant les retrouvailles de Jean avec son père: "...et le père, qui rentrera tout à l’heure du travail. Jean n’attendra pas qu’il rentre, il ira le chercher à la sortie de l’usine."

Je me suis doutée qu'un drame surviendrait, celui que vous avez choisi est puissant, parce qu'il est simplement authentique: celui qui a dévasté tant de familles.

Dans votre écriture, très fluide , il y a quelques petits points à revoir. Un commentaire antérieur l'évoque très bien.

Merci , au plaisir de vous relire très bientôt.

Nadine


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