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Babefaon : Plus que 4 %
 Publié le 11/06/20  -  8 commentaires  -  12847 caractères  -  80 lectures    Autres textes du même auteur

Elle m'avait donné rendez-vous au pied de la tour Eiffel, comme à chaque fois qu'elle venait passer quelques jours dans la capitale. Elle était aussi attachée à elle qu'elle l'était à nos souvenirs d'enfance... Je ne sais pas pourquoi j'ai accepté. Probablement parce qu'il n'est pas si facile de prononcer « je n'ai plus envie de te voir ».


Plus que 4 %


Elle m’avait donné rendez-vous au pied de la tour Eiffel, comme à chaque fois qu’elle venait passer quelques jours dans la capitale. Elle était aussi attachée à elle qu’elle l’était à nos souvenirs d’enfance. Je me suis toujours demandé pourquoi. Pas pour la tour Eiffel. Sur ce point, je la rejoignais. Pour les souvenirs d’enfance, j’entends. Il m’avait pourtant toujours semblé qu’elle n’y était pas plus attachée que moi. Pas plus du reste, qu’elle ne l’était à notre région d’origine que nous avions désertée de concert et sans regrets à peu près à la même époque, 25 ans plus tôt, pour tenter notre chance ailleurs. Elle à Londres, moi à Paris, pour concrétiser le rêve que je poursuivais depuis que j’avais interprété un extrait du Petit Prince à l’occasion d’un spectacle de fin d’année, en sixième : celui de monter sur les planches et de pouvoir enfin me réaliser en tant que comédien.


Je ne sais pas pourquoi j’ai accepté. Probablement parce qu’il n’est pas si facile de prononcer Je n’ai plus envie de te voir. Nous n’avions plus grand-chose en commun depuis quelque temps déjà, et je ne comprenais pas ce qu’elle trouvait d’épanouissant dans cette relation insipide qui s’était installée sournoisement au fil des ans. Nous n’échangions presque plus rien à part quelques messages par WhatsApp, principalement pour les anniversaires ou les vœux de bonne année. Des messages très courts la plupart de temps, sur un mode expéditif : « Coucou, ça va ? », « Oui et toi ? », « Ça va, merci. Je pars en vacances bientôt ! », « Tu vas où ? », « En Thaïlande. », « Ah, super ! », « Oui. », FIN. Inutile d’en attendre davantage. Des messages peu profonds, qui finissaient souvent ainsi, sans plus s’épancher. De toute façon, je sentais qu’il m’était inutile de m’épancher sur quoi que ce soit, car j’avais l’impression qu’elle n’était plus vraiment à mon écoute, qu’elle ne pouvait s’empêcher de porter un jugement péremptoire sur ce que je faisais ou pensais, qu’elle aurait bien entendu fait différemment et certainement mieux que moi, à n’en pas douter. C’est pour ces raisons que je ne faisais pas plus d’efforts pour me rendre disponible lors de ses visites, prétextant une fois sur deux une occupation mensongère pour éviter une rencontre que je pressentais des plus pénibles et stériles. Peut-être que ça lui suffisait, après tout. Pas à moi. Ça n’a jamais été ma conception de l’amitié. J’ai toujours aspiré à parler librement à mes amis, sans contraintes ni tabous, à pouvoir exprimer ouvertement mes états d’âme, à me sentir libre de toute entrave. Pourquoi devrait-on toujours feindre, s’évertuer à être quelqu’un d’autre ? Et puis je ne cherche pas particulièrement à jouer la comédie dans la vie. La scène me suffit. Qu’en était-il de son côté ? Était-elle la même avec les autres qu’avec moi ? Ceux avec lesquels elle s’affichait souriante sur les réseaux sociaux comme en témoignaient ses nombreux posts ? Si oui, que lui trouvaient-ils de si extraordinaire ? Car des amis, à moins qu’il ne se soit agi que de simples relations, elle semblait en avoir un nombre conséquent à en juger les photos qu’elle publiait. C’est à croire que les personnes qu’on pense le mieux connaître peuvent vous échapper, avoir une double personnalité. Qu’elles peuvent être capables de réserver leur côté solaire aux uns et leur face sombre et ennuyeuse aux autres.


Nous nous sommes embrassés sans plus d’effusion et avons échangé des banalités d’usage, de celles qu’on échange généralement lorsqu’on se retrouve, avant de prendre la direction du pont d’Iéna pour rejoindre un restaurant du côté du Trocadéro. Comme elle n’arrivait pas à se décider, elle m’a laissé le soin de choisir la table. Je n’ai pas hésité une seconde. Je l’ai choisie près de la baie vitrée. Il y aurait au moins les passants à regarder, dans le cas où les pauses en viendraient à s’éterniser entre deux sujets. Une échappatoire comme une autre après tout, pour combler les temps morts, pour remédier à l’ennui. J’ai profité du temps que nous avions devant nous pour recharger mon portable, qui arrivait à court de batterie. Il était indiqué sur l’écran qu’il serait complètement chargé d’ici 1 heure 37 minutes. Ça peut faire peur 1 heure et 37 minutes quand on appréhende un face-à-face, qu’on ne sait pas ce qu’on va pouvoir se raconter, qu’on redoute les silences à venir, remplis de sous-entendus dignes d’une pièce de Pinter.


Les premiers échanges ont été pour le moins tendus. J’ai entamé la conversation en évoquant les dernières grèves et aussi celles en prévision. Je lui ai relaté à ce sujet l’attente que j’avais dû subir en gare de Bordeaux lors de mon dernier séjour dans le Sud-Ouest, suite à une suppression de train à la dernière minute. Près de 6 heures, avant de pouvoir enfin monter dans un TGV et espérer rejoindre Paris au terme de 2 heures et 04 minutes supplémentaires qui m’ont étonnamment paru les plus longues. Elle m’a répondu sans détour que j’aurais dû me rabattre sur d’autres moyens de transport, trouver une alternative pour éviter d’avoir à poiroter autant. C’est ce qu’elle aurait fait. Elle semblait fière de m’apprendre qu’il y avait d’autres moyens de voyager de nos jours, qu’il n’y avait pas que le train. « Bien sûr ! Comment n’y ai-je pas pensé ? » lui ai-je concédé d’un ton irrité. Puis j’ai enchaîné sur les mésaventures qui m’arrivaient sur place, presque à chaque fois que je descendais, comme si cet endroit ne voulait plus de moi, comme s’il m’était hostile et que je devais en payer le prix. Elle m’a écouté sans plus d’empathie, comme toujours. Mais je ne m’attendais pas à autre chose de sa part, le contraire m’eût d’ailleurs étonné.


Le ton ne s’est pas apaisé, lorsqu’elle a commencé à évoquer d’anciennes connaissances retrouvées via Facebook, qu’elle semblait trouver extraordinaires aujourd’hui alors qu’elle avait toujours partagé mon avis à leur égard jusqu’à il y a peu de temps encore. Des connaissances que j’avais bannies et presque oubliées, qu’elle prenait apparemment plaisir à retrouver lors de ses séjours occasionnels là-bas et qui, pour des raisons qui continuent à m’échapper, avaient récemment gagné son estime. C’est à ce moment que j’ai compris que quelque chose était cassé, que nous n’avions pas vécu la même histoire, que nous n’avions pas le même rapport à ce lieu qui nous avait vus grandir et qui était désormais le dernier lien qui nous unissait. Elle osait me faire l’article de tous ces gens qui, pour des motifs sensiblement identiques aux miens, lui avaient toujours été indifférents jusqu’ici ; me reprochant de ne pas savoir voir leurs qualités, de ne pas suffisamment m’ouvrir à eux et par extension, au monde. Ce retournement inattendu m’a laissé perplexe sur le moment, et je me suis demandé comment quelqu’un qui voyageait autant pouvait être aussi obtus, si peu enclin à accepter une façon de penser différente de la sienne au point de vouloir imposer sa seule vision des choses. Je l’aurais pensée plus à l’écoute, plus ouverte. Ce n’était visiblement pas le cas.


Je ne suis pas parvenu à me contenir et lui ai rappelé ce fameux jour lorsque nous étions au collège. Ce jour où, une fois de plus, j’étais harcelé pour ma différence, et que près d’une dizaine d’élèves plus ou moins complices – dont ceux-là mêmes qui avaient trouvé grâce à ses yeux, dernièrement – se moquaient de moi dans l’indifférence générale, y compris celle du professeur qui n’avait pas jugé opportun d’interrompre le cours, le temps de réprimander le harceleur qui n’était autre que le fils du proviseur. Je n’avais eu d’autre choix pour me soustraire à cette tension que de quitter momentanément la classe avant de devoir la réintégrer presque aussitôt, contraint d’obéir à un professeur visiblement plus soucieux de dissiper les flammes que de chercher à les éteindre. Ni d’autre choix que de ravaler ma fierté au moment de reprendre ma place, pour permettre au cours de se terminer comme si de rien n’était, comme s’il ne s’était agi que d’un banal incident, d’une plaisanterie entre ados sans conséquence. Ce n’étaient que des paroles, après tout ! Elle m’a dit qu’elle savait ce que c’était. Je suis littéralement sorti de mes gonds, lui rétorquant que non, qu’elle ne savait pas, et qu’à ce propos elle ne m’avait pas particulièrement soutenu ce jour-là d’après le souvenir que j’en avais gardé. À l’instar des autres élèves qui, pour certains, se laissaient régulièrement entraîner et amuser par cet esprit retors qui me tourmentait depuis le début de l’année scolaire, dans l’indifférence générale des adultes censés vous protéger. Qu’elle ne savait pas ce que c’était de devoir composer avec quelque chose qu’on n’a pas choisi, de devoir essuyer en permanence « les lazzis et les quolibets », comme le chantait si bien Aznavour. De n’avoir personne à qui se confier en rentrant, ne pas oser dire la vérité à ses parents par crainte de ne pas être compris et rejeté, parce qu’il est des choses difficiles à avouer parfois. Je lui ai soutenu avec véhémence qu’elle ne savait pas, qu’elle ne pouvait pas savoir et qu’il était impossible de le savoir à moins d’y avoir été directement confronté.


C’est à cet instant précis, que le silence s’est invité à notre table. Un silence lourd et pesant. Je n’arrivais plus à supporter sa présence ni à soutenir son regard, et me suis aussitôt détourné vers les passants qui défilaient de l’autre côté de la baie en solution de repli. Puis je me suis levé, prétextant une envie d’aller aux toilettes, histoire de reprendre ma respiration et de souffler un peu. De relâcher la pression. À mon retour, je me suis rassis un instant sur le bord de ma chaise sans chercher à m’y installer plus confortablement, le temps de jeter un œil à mon portable, impatient que notre rendez-vous touche à sa fin. Il ne me restait plus que 4 %. Ça tombait bien, c’était le temps qu’il nous fallait pour demander l’addition, nous lever, enfiler nos manteaux, régler et passer la porte. C’est pas beaucoup 4 %, et pourtant ça m’a paru très long, presque interminable sous le poids du silence qui se faisait de plus en plus oppressant depuis mon retour des toilettes. Je n’ai pas pris la peine d’attendre que le voyant vert soit allumé avant de débrancher le chargeur. Ni de la raccompagner jusqu’à la station de métro, comme il m’arrivait généralement de le faire les fois précédentes. Je ne m’en suis pas même excusé et lui ai dit que j’étais pressé de rentrer, que j’étais un peu fatigué et que je devais me lever tôt le lendemain. Je me suis demandé au moment de nous dire au revoir, si elle avait compris, si elle allait chercher à me recontacter, malgré le malaise qu’elle avait grandement contribué à installer.


Une fois rentré, j’ai fait un dernier tour sur Instagram plus par réflexe que par envie, et me suis arrêté quelques secondes sur une photo qu’elle venait juste de poster. Une photo sur laquelle se détachaient deux silhouettes de dos qui empruntaient une direction différente au bout d’un tunnel, dans une station du RER. Une photo prémonitoire, qu’elle avait dû prendre un peu plus tôt dans la journée, qui faisait certainement écho à ce qu’elle avait dû ressentir à l’issue de cette soirée, même si elle n’avait rien laissé paraître, même si elle était restée impassible comme à son habitude. J’ai eu du mal à trouver le sommeil cette nuit-là, je l’avoue, et j’ai eu besoin d’en parler le lendemain à quelqu’un qui ne la connaissait pas, quelqu’un de neutre, qui m’a suggéré de lui demander comment elle envisageait notre relation aujourd’hui, comment elle se positionnait par rapport à elle. Mais je n’en ai pas vu l’intérêt. Je n’avais tout simplement plus envie de la voir ni de sauver ce qui ne pouvait plus l’être de mon côté, de m’accrocher à ce qui avait été et qui n’était plus. Pourquoi s’entêter quand on estime que c’est terminé ? Trop de distance, d’incompréhension, de non-dits, nous avaient séparés depuis trop de temps et je n’avais pas envie d’essayer de rattraper une bouée de sauvetage à la dérive et si éloignée du point d’ancrage initial. C’était terminé en ce qui me concernait, et j’avais déjà réfléchi au message que j’aurais pu lui envoyer dans le cas hypothétique mais peu probable où elle se serait de nouveau manifestée, où elle aurait cherché à me revoir à son retour de Thaïlande ; car il était prévu qu’elle repasse par Paris pour y fêter le Nouvel An. J’aurais répondu : Désolé, je n’ai pas le temps de te voir. Je suis trop occupé à m’ouvrir aux autres et au monde ! Je n’ai pas eu à le faire car elle ne m’en a pas donné l’occasion. J’étais loin de m’imaginer au moment de nous quitter que c’était la dernière fois que je la voyais et que quelques semaines plus tard, une déferlante de 10 mètres romprait à jamais le fil ténu qui nous reliait encore au passé.


 
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   Anonyme   
23/5/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
joli texte sur l'amour , la nostalgie décrite à la Modiano, les amours anciennes,le temps qui passe...Les réseaux sociaux où il est désormais monnaie courante de se rencontrer alors que c'était tabou pendant longtemps...L'espoir aussi ...arrêté tragiquement par un tsunami d'eau. Tout est raconté avec délicatesse et justesse.
Tsunami d'amour versus tsunami d'eau...malheureusement c'est le second qui a emporté tout sur son passage au grand dam du lecteur...

   plumette   
11/6/2020
 a aimé ce texte 
Bien
le narrateur emmène le lecteur dans une sorte d'introspection qui peut tous nous concerner: est-ce que les amitiés d'enfance ou d'adolescence sont inoxydables? Qu'est-ce qui fait qu'on reste fidèle à certaines amitié malgré un malaise qui grandit en raison des chemins qui se sont écartés?
le narrateur a déjà fait le constat de sa "désaffection" pour "elle" dont on ne connaîtra pas le prénom, il n'a plus envie de faire semblant, et c'est un peu la rencontre de la dernière chance.

j'ai apprécié que soit distillé au fil du texte des informations sur ce narrateur, est-ce sa différence ( son homosexualité) le coeur du problème? Est-ce qu'en s'assumant mieux , il s'est inévitablement éloigné de leur petit microcosme étouffant dont elle s'est finalement rapprochée?

l'idée du temps de recharge du téléphone portable est intriguant et c'est une bonne trouvaille de l'avoir utilisé dans le titre.

je suis un peu restée sur ma faim avec la fin! La disparition brutale de celle qu'il ne considère plus comme une amie donne sûrement à penser et à réfléchir au narrateur qui ne livre rien de son ressenti : un regret, un remord, une culpabilité , une nostalgie? C'est au lecteur d'imaginer tout cela sans doute, mais cela contraste fortement avec le côté très introspectif du texte.

   Alfin   
12/6/2020
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour Babefaon,

Ton autre chemin... Elle est partie en vacances de vie, en vacances d'envie... merci JJG !
L'histoire est joliment racontée, sans emphase et dans la simplicité. Une histoire d'amitié rouillée, les roues crantées ne s'imbriquent plus. Mais il y a un grain de sable dans la mécanique, l'histoire tourne autour des 4% restants pour la charge du téléphone... en 2004 (l'année du tsunami qui a ravagé les côtes magnifiques de la Thaïlande, l'iPhone n'était pas encore sorti (2007), les téléphones n'affichaient pas le pourcentage de charge, mais 5 barres et encore moins le temps de charge (à l'époque plus de 5 heures), Instagram était un mot inconnu... cela peut sembler un détail, mais toute l'histoire tombe un peu sur la fin pour ce détail.
Si je retire le tsunami, il reste la belle narration d'une histoire banale, aux sentiments un peu tièdes, mais bien mené, je suis bien resté dans l'histoire, mais j'aurais aimé un peu plus de ce qui rapproche ces deux-là. Mis à part leur origine. En effet déjà dans leur jeunesse elle ne le soutient pas. Nous faisons pendant la lecture la constatation de ce qui est cassé sans connaître/comprendre ce qui existait. Ce qui est, par ailleurs, présent dans la chanson de Goldman.

Comme l'écriture est fluide, il y a un beau potentiel. Il manque encore la touche de surprise, la profondeur des sentiments qui permettraient de faire voyager le lecteur dans la vie des deux protagonistes sans nom.

Ceci dit, Je salue le travail que tout ceci représente.

Merci pour le partage qui m'encourage à découvrir les deux autres nouvelles déjà publiées.

   raphaelHarran   
12/6/2020
 a aimé ce texte 
Bien
Belle et touchante réflexion. Très agréable à lire.

J’ai aimé le traitement original de la technologie. Dans le texte, loin d’être un adversaire, c’est une aide aux relations humaines. Facebook aide à retrouver des amis, la batterie est un allié inespéré et que dire de la photo Instagram ? C’est magnifiquement trouvé.

J’aurais aimé moins de distance avec les sentiments du narrateur. Tout au long du texte, j’avais le sentiment que tout était joué et que ça ne le dérangeait pas plus que ça. Si je prends l’exemple de la photo, le narrateur la décrit, échafaude des théories, mais jamais il nous parle de ce qu’il ressent.

Enfin des petites remarques :
“Elle était aussi attachée à elle qu’elle l’était à nos souvenirs d’enfance”
“comment elle envisageait notre relation aujourd’hui, comment elle se positionnait par rapport à elle”

Première ligne, le “elle” renvoie à la Tour Eiffel. Deuxième ligne, il renvoie à la relation. Les deux fois, je me suis perdu avec cette double utilisation de “elle”.

Enfin, le mot “déferlante” m’a perturbé. Comme on ne parlait jamais de la mer avant, j’ai cru passer à côté d’un sens caché (j’ai même vérifié dans le dictionnaire !). Le mot tsunami, bien que moins poétique, ne m’aurait posé aucun problème de compréhension.

Merci pour le partage !

   Catlaine   
12/6/2020
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour,

Ce qui m’a le plus gênée dans le fond c’est l’attachement à ce portable et sa charge interminable.

Ce texte nous renvoie à des amitiés factices, peut-être, et pose surtout la question de nos relations aux autres qu’ils soient amis, frères, sœurs, parents, collègues jusqu’à l’inévitable. Et après… quels seront nos remords ou nos regrets ?
Le texte laisse le lecteur seul face à ses interrogations et l’entraine à faire un bilan.
Reste une impression de mélancolie, peut-être parce qu'il correspond bien à mon état d'esprit du moment.

   Corto   
13/6/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Cette nouvelle capture son lecteur dès son entrée en matière "Elle m’avait donné rendez-vous au pied de la tour Eiffel". On s'imagine dès lors une histoire amoureuse méritant attention. Oui mais...

Le déroulement de cette rencontre est présenté de manière très étoffée avec des passages clef bien amenés:"C’est à ce moment que j’ai compris que quelque chose était cassé, que nous n’avions pas vécu la même histoire".

Les sentiments, les souvenirs jouent chacun leur rôle, mais à rebrousse poil, pour construire une logique implacable aboutissant à l'échec de la relation: "lui rétorquant que non, qu’elle ne savait pas", renforcé par le savoureux "un professeur visiblement plus soucieux de dissiper les flammes que de chercher à les éteindre".

La tension monte de façon explicite avec d'autres formules "Je n’arrivais plus à supporter sa présence ni à soutenir son regard" puis "Je n’avais tout simplement plus envie de la voir ni de sauver ce qui ne pouvait plus l’être de mon côté, de m’accrocher à ce qui avait été et qui n’était plus".

Le final évoque le drame du tsunami et met une fin originale (et sans complaisance pour le lecteur) à la situation:
"J’étais loin de m’imaginer au moment de nous quitter que c’était la dernière fois que je la voyais et que quelques semaines plus tard, une déferlante de 10 mètres romprait à jamais le fil ténu qui nous reliait encore au passé."

Le décompte du temps de cette rencontre est présenté de manière moderne et plutôt provocatrice par le temps de recharge du téléphone
"Ça peut faire peur 1 heure et 37 minutes quand on appréhende un face-à-face".

Au total ce texte très bien écrit et de belle construction est riche de rebondissements, de sentiments, de souvenirs. Il est précieux dans sa description d'une relation passée, présente sans conviction, et au futur inexistant.

Bravo Babefaon.

   Donaldo75   
13/6/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Babefaon,

J’ai beaucoup aimé cette nouvelle dont le ton réaliste et doux-amer va bien avec la narration ; il est assez aisé d’imaginer la scène sans avoir même jamais vécu une telle situation. Et, contrairement à ce que j’aurais pu penser à l’origine, une histoire tirée du quotidien et finalement commune m’a donné envie de poursuivre ma lecture. L’empathie du lecteur m’a gagné. Et ça, c’est grâce à tes talents d’écriture et de narration.

Bravo !

   in-flight   
24/6/2020
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Un peu de mal avec le premier paragraphe qui m'a semblé confus (peut-être est-ce volontaire).

Jai toujours une appréhension sur les textes citant FB et autre Instagram ou parlant de téléphone portable. Cela marque un ancrage fort de l'époque et le risque est de créer un texte non intemporel, pour un sujet qui lui l'est.

La réflexion sur le rapport entre ouverture d'esprit et voyage dans le monde est interessante et j'adhère au constat.

L'incident en classe est narré tout en ellipse, c'est un choix, mais on sent que c'est lune des raisons pour lesquelles le narrateur est hostile à son interlocutrice. Alors, un petit indice serait le bienvenu (ou j'ai mal lu).

La fin est un peu brutale à mon goût : le mot "déferlante" oblige à recontextualiser la scène.


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