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Réalisme/Historique
Cairote : À la clinique Amen
 Publié le 08/04/24  -  5 commentaires  -  17178 caractères  -  30 lectures    Autres textes du même auteur

À la clinique médicale Amen, on n’arrête pas le progrès.


À la clinique Amen


À la clinique médicale Amen du Caire (où manifestement cette référence à la fatalité suscitait moins de circonspection que chez moi), si on attendait d’être appelé pour pénétrer dans le bureau du docteur Maged, on risquait de passer des journées entières à se tourner les pouces. Il fallait faire comme tout le monde, glisser la tête – ou même le reste – par la porte entrebâillée (elle l’était toujours), et attirer l’attention du grand homme.


Ce jour-là, comme à son habitude, il me fit signe d'entrer dès qu'il m’aperçut :


Itfaddal, itfaddal habibi !


sans que cela ne paraisse le moins du monde incommoder la patiente qui lui faisait face, et qui continuait allègrement son papotage. Le docteur profita de ce qu’elle reprenne un instant son souffle pour faire les présentations, comme s’il s’agissait d’une rencontre fortuite dans un café. Le farrash1 arriva d’ailleurs justement à cet instant avec une tasse de mazbout2 pour la dame, et me demanda ce que je voulais boire : haga sukhna walla sa’a3 ? Je déclinai, réticent à ce qui pourrait faire durer ma consultation au détriment du temps précieux du médecin et de ses patients. Une impulsion malvenue, un scrupule sans objet en Égypte. La conversation entre Maged et sa cliente se poursuivit en effet sans qu’on semblât se soucier le moins du monde de l’eau qui coulait entretemps sous les ponts.


Je me demandai tout de même si de laisser ainsi entrer le patient B alors que le patient A est encore là ne serait pas un peu un moyen d’inciter ce dernier à songer au départ. Quoi qu’il en soit, son breuvage terminé, mais seulement après m’avoir dûment adressé les questions d’usage – Vous êtes d’où ? Comment trouvez-vous l’Égypte ? Vous avez des enfants ? –, la dame éteignit sa cigarette, me serra la main et celle du docteur, puis quitta le bureau.



Je l’aime bien, mon docteur Maged. Sa bouche édentée, où seuls quelques chicots brunâtres survivent dans un épouvantable désordre, ne l’empêche pas de sourire à tout vent, beau temps mauvais temps. Son apparente désinvolture cache un réel dévouement, et surtout une disponibilité qui résiste à toutes les épreuves. Chef du département de gastro-entérologie à la clinique Amen, il a pourtant fort à faire, et son bureau est constamment pris d’assaut par des patients et des plaignants en tous genres. Comme le veut encore la coutume – bien qu’elle tende à se perdre dans certains milieux –, il laisse entrer les gens à mesure qu’ils se présentent, de sorte que deux ou trois problèmes qui n’ont aucun rapport entre eux sont souvent traités, ou maltraités, en parallèle.


Véritable virtuose de cet art, le docteur Maged peut répondre à vos doléances tout en ayant le téléphone à l’oreille, un œil à l’ordinateur, et en faisant signe au farrash de lui apporter un autre café. Toutefois, et malgré mon admiration pour sa dextérité, je lui fus reconnaissant ce jour-là de se concentrer un instant sur mon cas en me faisant passer de l’autre côté d’un rideau pour m’examiner.


Gamiiil giddan4, very nice !


Bien que flatté qu’on s’extasie ainsi devant mon anus, je fus avant tout soulagé. Je n’avais nulle envie de me faire tronçonner un autre bout d’hémorroïde, ni surtout de revivre les jours de tourments qui avaient suivi l’opération quelques mois plus tôt. L’intervention à peine terminée, Maged m’avait fièrement exhibé, les gants pleins de sang, la pièce de viande dégoulinante qu’il avait mis une bonne demi-heure à charcuter, à cause de sa « taille gigantesque ». J’en rêve encore.


Le retour de l’hôpital, une affaire longue et compliquée, me laissa tout le temps de réfléchir à mes autres soucis de santé. Dans le tramway d’Héliopolis, un invraisemblable amas de ferraille qui me bringuebala jusqu’à la plus proche station de métro, je revis défiler les examens auxquels mon orthopédiste m’avait soumis au cours des dernières années. Après les ultrasons, les rayons X, les rayons gammas du scan osseux et les ondes radio de l’IRM, restait-il encore une longueur d’onde qu’on n’avait pas utilisée pour découper ou bombarder ma pauvre carcasse ? En dépit de mes douleurs chroniques – et du bon sens –, l’ortho m’assurait que je possédais une constitution de jeune homme. À bout de ressources, il me suggérait maintenant la psychanalyse ou la méditation transcendantale… Je m’étonnais qu’il n’ait pas songé à la prière ou à la danse de la pluie.


***


Une décennie plus tard, le tramway d’Héliopolis a disparu, terrassé par les assauts du temps et de la rouille. En attendant le super monorail futuriste que promettent les propagandistes gouvernementaux, on doit se contenter du minibus ou du taxi.


Sale et vétuste comme elle était, la vieille bête métallique avait pourtant quelque chose d’attachant. Sa lenteur permettait souvent d’y sauter sans façon en marche, parfois aidé par un passager qui prenait le vent sur le marchepied. Rarement bondée, Dieu sait pourquoi, il régnait à l’intérieur une atmosphère particulière : on s’y sentait un peu comme en famille, ou entre initiés, à observer tranquillement la cohue du dehors. Et puis il y avait cette façon décontractée dont le préposé circulait entre les passagers pour collecter la demi-livre5 en échange du billet. On aurait dit un animateur qui passait vous souhaiter la bienvenue dans son wagon. Quelle que soit l’intensité du va-et-vient, il semblait toujours reconnaître son monde, et revenait éventuellement vous rendre la monnaie un peu plus tard sans apparemment jamais se tromper ou vous oublier. Qui sait ce qu’il est devenu aujourd’hui ? Je peine à croire qu’il ait pu se recycler en ce chauffeur de taxi bourru qui tente de m’extorquer dix fois la somme habituelle, un prix pour touristes qu’il me chiffre en dollars. Et qu’il n’obtiendra pas.


Me revoici donc aujourd’hui devant la clinique, fortement incité par ma prostate qui, après soixante-quinze ans de labeurs assidus, réclame l’assistance de la science médicale. Les forces maléfiques qui m’ont depuis longtemps pris en grippe semblent s’être lassées de mes os, et ont résolu de s’attaquer à plus mou. Et les meilleurs spécialistes des parties molles en tous genres, à ce qu’on m’en dit, se trouvent justement chez Amen. N’ayant pas revisité le lieu depuis tout ce temps, je constate que l’institution a ajouté quelques lettres à son nom, devenu maintenant Amenities, le manager – ou son conseiller en communication – ayant sans doute perçu que la soumission à la fatalité suggérée par « Amen » cadrait assez peu avec un établissement censé lutter contre elle. Joignant cette utile précaution aux agréments de la mode, la nouvelle appellation s’est en même temps anglicisée, et on a pris soin de l’écrire exclusivement en lettres latines, confirmant ainsi hors de tout doute le sérieux et l’absolue modernité de l’établissement.


La réception a aussi radicalement changé d’époque : derrière un grand bureau trônent quatre préposés se tenant droit devant leur écran d’ordinateur ; ils servent les clients qui doivent prendre un numéro rendu par une petite machine capable de les cracher dans les deux langues. Lesquels préposés seront néanmoins fort surpris et dépourvus lorsqu’un patient, qui n’aura pas compris la véritable intention derrière cette anglophilie affichée, aura l’idée saugrenue de s’adresser à eux dans la langue de Shakespeare. Ils pourront tout de même pointer un doigt en direction de la pléthore de panneaux d’indications et de règlements, rédigés presque exclusivement en anglais, et presque sans fautes.


Les aléas du trafic cairote ayant mystérieusement accéléré le débit habituel de la circulation ce matin, je suis un peu en avance chez Amenities, et je décide d’en profiter pour faire une petite visite amicale au docteur Maged. Il y a trop longtemps que je ne l’ai vu, et j’aimerais bien me faire offrir un café – que j’accepterai, cette fois –, en partageant quelques souvenirs du bon vieux temps. Les départements d’urologie et de gastro-entérologie étant voisins l’un de l’autre, tout comme leurs objets d’étude respectifs, je n’ai que quelques pas à faire pour passer de l’un à l’autre, et me voici devant le bureau de mon cher ex-toubib. Mais la plaque dorée sur la porte indique, en anglais bien sûr, « Dr Ahmed Mostafa, Director », dans une calligraphie tarabiscotée que je peine moi-même à déchiffrer. Voulant savoir où on aurait relogé Maged, et plein d’illusions sur la permanence des bonnes habitudes, je frappe à la porte tout en tentant de l’ouvrir, mais la poignée ne se laisse pas faire. Ayant remarqué mon manège, un infirmier aux traits asiatiques accourt avec une précipitation qui m’effraie un peu dans un pays qui m’a accoutumé à moins d’empressement. Assez sèchement il me lance, dans un arabe laborieux :


– On peut vous aider, monsieur ?

– Je voulais simplement voir le directeur, pour…

– Montrez-moi votre numéro s’il vous plaît.

– Mon numéro ? Ah, c’est que… je voulais seulement lui demander si…

– Si vous avez une réservation avec le docteur Ahmed Mostafa, allez prendre un ticket à la réception s’il vous plaît.


Et il ajoute :


– Il y a un système ici, monsieur ! S’il vous plaît.


Surpris par cet argument incongru, je me demande si ce jeune homme, sans doute fraîchement arrivé de quelque contrée lointaine, s’attaque en toute connaissance de cause au dogme « mafish nizam ! » (« il n’y a pas de système ! »), cette expression que les Égyptiens lancent invariablement pour dénoncer (ou célébrer) la désorganisation chronique des services dans leur pays ? Je ne serais pas autrement étonné de l’entendre ajouter : « On n’est pas en Égypte ici ! » La phrase doit lui brûler la langue.


– Dites-moi au moins où est le bureau du docteur Maged.

– Ce nom ne me dit rien, désolé. Demandez à la réception. S’il vous plaît.


Le valeureux tartare se tient courageusement devant la porte, prêt à contrer tout assaut de ma part. À grands coups de « s’il vous plaît ». Je n’insiste pas et lève le siège.


À la réception de l’unité de gastro-entérologie, je constate que le préposé y est aussi sous la protection d’un distributeur de tickets. En attendant mon tour, je pense avec nostalgie au joyeux déficit de système de la clinique Amen, qui permettait toujours de lancer une courte question au-dessus de la tête des clients agglomérés au comptoir (suivant la logique du « dernier arrivé, premier servi »). L’annonce de mon numéro me tire de ma rêverie, et je m’avance au comptoir avec ce qu’il me reste de confiance et d’énergie.


– C’est pour un renseignement…

– Le bureau des renseignements est à l’entrée, rez-de-chaussée. Ici, c’est pour les patients qui ont une réservation.


Ah non ! Pas question de céder cette fois. Il me faut une réponse :


– Euh… bien sûr, j’ai rendez-vous avec le docteur Maged.


La préposée me demande mon nom, tout en pianotant à une vitesse stupéfiante sur son clavier. J’ignore la question, espérant avoir sa réponse avant de subir un nouvel aiguillage. Mais on ne berne pas si facilement une employée qualifiée chez Amenities :


– Mmmh… Laissez-moi vérifier l’orthographe du nom. Montrez-moi la confirmation que vous avez reçue sur WhatsApp ou en SMS.


Inutile de demander ce que ouatsappe et essemesse signifient, je suis piégé de toute façon. Il ne me reste qu’à battre en retraite, dans le déshonneur :


– Merci madame, au revoir.


L’heure de mon vrai rendez-vous ayant sonné, je me résigne à me rendre en urologie, laissant le destin – ou une attaque contre mon appareil digestif – statuer sur d’éventuelles retrouvailles avec le docteur Maged.


Longeant les corridors qui mènent à l’unité en question, mon attention est attirée par l’une des photographies encadrées sur les murs. Contrairement aux autres, celle-ci est ceinturée par une large bande noire. En m’approchant, je lis au bas du cadre « Docteur Maged Magdy Ahmed Ezzeldin, 1951–2023 ». Inquiet, j’examine le visage du bonhomme, et lui trouve une ressemblance certaine avec mon docteur Maged, mais dans une version nettement plus jeune que dans mes souvenirs, qui datent pourtant d’une dizaine d’années. Sa peau semble plus lisse, et ses impressionnantes poches sous les yeux ont disparu. Mais surtout, il a maintenant toutes ses dents, qu’il étale au milieu d’un sourire fabriqué que je ne lui connais pas. Et pourtant c’est bien lui, son nom complet ne trompe pas. Le blanc éclatant de sa moustache, qui est toujours là, écarte la possibilité qu’il s’agisse d’une photographie très ancienne, mais je me refuse à croire que Maged, qui est resté toute sa vie indifférent aux pressions des dentistes, ait subitement cédé sur le tard à leurs assauts, ainsi qu’à ceux des chirurgiens esthétiques. Je préfère penser que c’est ce cliché, plutôt que lui-même, qui a été trafiqué, dans un souci d’aligner jusqu’à l’apparence des disparus avec la nouvelle image de la clinique. Sous le coup de l’émotion, il me vient à l’idée que le spécialiste des communications chez Amenities a pu le faire assassiner, en 2023, pour mettre fin à toute résistance à la marche du progrès et à l’émergence du new look de la boîte.


Toujours sous le choc, je poursuis mon chemin jusqu’à la section d’urologie où, obéissant docilement à l’injonction, je prends un numéro. Sur ma chaise, mon petit papier à la main, je jette un regard vers mes collègues d’infortune autour de moi. Les têtes basses, immobiles dans le silence qui règne dans la salle d’attente, contrastent tristement avec l’animation très égyptienne du lieu de mes souvenirs. Qu’ils soient penchés sur leur téléphone cellulaire ou écrasés par leur soumission à l’ordre nouveau, les patients sont tous devenus parfaitement patients, et surtout muets, résultat cocasse de l’entrée dans l’ère des communications ; ainsi que, sans doute, du modernisme musclé de la nouvelle orientation.


Après avoir finalement accédé au comptoir, et y avoir décliné mon identité, le préposé me signale d’une voix neutre que je suis quatorze minutes en retard sur l’heure de mon rendez-vous.


– Malheureusement, vous devrez prendre un autre rendez-vous.


Je suis abasourdi ! Aurais-je dormi, ou changé de continent, depuis l’époque où se présenter à un rendez-vous par ici avec moins de quinze minutes de retard était plutôt mal vu, presque une incivilité ? Où suis-je ?


Trop abattu, vaincu, je ne peux que répondre :


– Bon, prenez-moi un rendez-vous le plus tôt possible.

– La procédure est de le faire par téléphone. Désolé monsieur. Vous pouvez utiliser WhatsApp, c’est le plus commode, et vous recevrez une confirmation. Avec un avis d’être à l’heure, si je puis me permettre.


Les mots me manquent devant un tel mélange de courtoisie et de cruauté. J’en reste comme anesthésié pendant quelques longues secondes, puis, toute résistance étant vaine, je quitte le comptoir et me dirige comme un automate vers la porte par laquelle je suis entré il y a maintenant presque une heure. Dernier outrage, un planton en uniforme m’y bloque le passage, me signalant que je dois emprunter une autre porte un peu plus loin, celle-là étant réservée aux entrants – qui sont pourtant inexistants à cet instant.


Sous le poids de ma croix, je m’incline pour la troisième fois. Maged, Maged, pourquoi m’as-tu abandonné ?


Arrivé enfin dehors, je retrouve avec un soulagement mitigé le chaos immuable du Caire. Je souffle un peu, avant d’affronter la périlleuse traversée du boulevard Sadate. Une fois en (relative) sécurité sur le trottoir d’en face, je me retourne pour jeter un dernier coup d’œil à l’élégante affiche lumineuse de la clinique. Dois-je croire que celle-ci finira par céder sous les coups de la joyeuse pagaille nationale ? Que le naturel y reviendra par la fenêtre, faute de le laisser pénétrer par la grande porte ?


Impossible, me dirait sûrement le manager. Ici comme ailleurs, on n’arrêtera pas de sitôt le Progrès !


Que Sa volonté soit faite !


Amen


Postface


Ce récit est bien sûr, comme il est de rigueur de nos jours, « basé sur une histoire vraie ». En fait, les seules libertés que l’auteur s’est autorisées sont les suivantes :


– Il existe bien une (ou plusieurs) clinique médicale Amen, mais elle se trouve en Tunisie, pas au Caire. L’auteur, dûment effrayé, n’a pas osé y entrer. Et elle ne semble pas avoir « modernisé » son nom en quoi que ce soit d’autre.


– La scène initiale de consultation a bien eu lieu (au Caire) telle que relatée, aussi étonnant que cela puisse paraître aujourd’hui, mais rien ne permet de croire que le docteur Maged ait maintenant rejoint son créateur.


__________________________________________________________________________________________________

1. Homme à tout faire dans les bureaux. On l’utilise en particulier pour préparer le café.

2. Littéralement « juste à point », l’expression désigne la quantité de sucre désirée dans son café turc, version égyptienne.

3. Quelque chose de chaud ou quelque chose de froid ?

4. Trèèès joli !

5. Environ 5 centimes à l’époque.


 
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   Neojamin   
22/3/2024
trouve l'écriture
convenable
et
aime beaucoup
Un grand merci pour cette plongée dans l’univers médical Égyptien d’hier et d’aujourd’hui. J’ai beaucoup apprécié ma lecture et si j’ai tiqué à quelques endroits, j’en garde en moi l’envie tenace de lire plus de vos anecdotes.
J’aime le ton que vous employez, même si l’écriture me semble perfectible. Je la trouve par moments un peu paresseuse, notamment avec l’usage de quelques expressions faciles dont la présence m’a paru décalée, comme si elles étaient trop françaises et nous éloignaient du Caire. (« se tourner les pouces», «l’eau qui coulait entretemps sous les ponts.» «Dieu sait pourquoi,», etc). J’ai en tout cas l’impression que vous pouvez faire mieux, d’autres passages montrent un style personnel et enjoué que j’ai beaucoup apprécié.

Votre humour est bien placé, juste et j’ai beaucoup souri (un peu plus et je riais!). Voici quelques exemples qui m’ont particulièrement plu:
«sont souvent traités, ou maltraités, en parallèle.» «Bien que flatté qu’on s’extasie ainsi devant mon anus,» «Je m’étonnais qu’il n’ait pas songé à la prière» «et ont résolu de s’attaquer à plus mou» «comme leurs objets d’étude respectifs» «On n’est pas en Égypte ici» «mettre fin à toute résistance à la marche du progrès».

Je n’ai en revanche pas compris le passage commençant par «Sale et vétuste comme elle était...» vous parlez du minibus, puis on termine sur le taxi, je me suis un peu perdu.

J’ai aussi tiqué avec «J’en rêve encore». Est-ce volontaire? Ça fait très positif, sans doute trop pour moi.

Et la toute fin ne me convient pas... le Amen un peu trop facile et pas nécessaire à mon avis. L’allusion au progrès non plus, je serais resté juste après «l’affiche lumineuse de la clinique» avec une phrase que je n’ai pas en tête, mais qui permettrait de rappeler la nostalgie qui transpire de ce texte d’une manière plus originale que «Que le naturel y reviendra par la fenêtre, faute de le laisser pénétrer par la grande porte ?».

Mais dans l’ensemble, un très bon moment, merci pour cette tranche de vie, ce beau voyage ? Je retiendrais la difficulté d’apporter du cadre au chaos sans aller dans l’extrême. J’ai beaucoup pensé à certaines institutions mexicaines qui font de même, poussant la parodie à l’absurde parfois!

   cherbiacuespe   
23/3/2024
trouve l'écriture
aboutie
et
aime bien
Cette saga aurait presque mieux sa place dans la catégorie aventure/épopée que dans réalisme/historique.

Je trouve que le choix du style du texte, son écriture sont judicieux. Ils permettent de lui donner de la vie, du mouvement et un humour caustique. En balance, deux mondes qui se succèdent, avec chacun des avantages, des inconvénients. Néanmoins, il apparaît que le moderne, sous couvert d'organisation et d'efficacité, perd toute son humanité et jette un brouillard épais sur sa première raison d'être : soigner. On perd aujourd'hui ce que l'on gagnait hier. Du coup le texte expose un avis sur une problématique grave du monde qui vient et de celui que l'on quitte. Il faudra dorénavant se congratuler sur les excellentes statistiques, froides et impersonnelles, que l'on nous servira sous forme de tableur, tout en regrettant les temps poétiques et de chaleur humaine ou guérir un patient emportait tout les suffrages. Mais aujourd'hui, tout n'est que bilan, non?

Cherbi Acuéspè
En EL

   Cox   
1/4/2024
trouve l'écriture
aboutie
et
aime beaucoup
J'ai apprécié cette lecture, qui m'a paru être une évocation très réussie des tribulations d'un expatrié.

Let texte est dún exotisme bien dosé, avec juste ce qu'il faut d'éléments locaux qui s'intègrent naturellement dans l'histoire. Le personnage principal du texte, finalement, me paraît presque être Le Caire plutôt que le narrateur.
J'ai surtout bien apprécié la manière dont vous arrivez à rendre le déphasage constant de l'étranger avec le paysage local. On passe de l'étranger tout frais qui débarque et ne connaît pas encore les coutumes locales, à l'immigré d'expérience qui se désole de constater que les us qu'il croyait enfin avoir compris sont déjà anachroniques. C'est des situations que jái vécu souvent dans d'autres décors, et je me retrouve tout à fait dans le petit spleen du narrateur qui se désole de ces jolies traditions perdues (alors que c'est même pô les siennes de traditions). C'est très bien dépeint!

Je trouve l'écriture assez réussie également, qui parvient à prendre un ton de cynisme léger sans pour autant devenir un pénible one-man-show d'auteur qui veut faire de l'esprit. Ce n'est pas si commun.
Quant à l'histoire, elle est simple, elle est claire, et bien construite sur un contraste simple pour illustrer un fond qui me parle. C'est propre!

C'est donc avec un enthousiasme très subjectif que je termine ma lecture de cette anecdote, qui ressemble à mes petites aventures paumées.

Merci du partage!

   Robot   
8/4/2024
trouve l'écriture
aboutie
et
aime bien
Projeté en pleine contradiction culturelle le lecteur doit se fondre dans le récit pour pour accepter cette sorte de nostalgie qui semble vouloir nous dire que le mieux est l'ennemi du pas trop bien.
Le récit est truculent par moment et les deux consultations paraissent aussi surréalistes l'une que l'autre.
J'ai bien aimé le traitement entre humour et regrets. Je regrette un peu que l'histoire n'ait pas permis une rencontre dans cette nouvelle clinique entre le narrateur et son vieux docteur.
Que serait devenu le docteur Maged dans ce bouleversement ? Le thème aurait été intéressant à aborder.

   plumette   
13/4/2024
trouve l'écriture
convenable
et
aime bien
une lecture plaisante! Une plongée amusante dans un univers contrasté.
Il n'aura fallu que dix années pour transformer la joyeuse convivialité d'une consultation médicale en organisation absurde et déshumanisée.

Cette anecdote racontée avec une certaine distance humoristique en dit long sur les pratiques induites par nos nouvelles technologies.
j'ai beaucoup aimé l'évocation du tramway.
la langue utilisée par l'auteur colle bien à l'histoire avec sa tonalité un peu à l'ancienne.
Merci pour ce partage d'anectode.


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