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Réalisme/Historique
calouet : Des papillons en enfer
 Publié le 29/05/09  -  10 commentaires  -  7669 caractères  -  42 lectures    Autres textes du même auteur

Quatre murs, beaucoup de vide, plus grand-chose à espérer. En enfer aussi, il y a des papillons. Mais ils font mal.


Des papillons en enfer


Vingt-six.



Je n'ai jamais pensé pouvoir tout perdre si rapidement. D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours voulu faire ce métier, minimisant les risques, exaltant les avantages dans ce qui m’a toujours semblé être la seule vraie passion de ma vie.


Reporter, en voilà un beau gagne-pain. Vivre de la vie des autres, être payé pour mater puis pour raconter ce que l’on a vu. Aller sur les points chauds, se faufiler, monter des planques, acheter, ruser, séduire, amadouer… mater encore et toujours. Plus près, plus vite. J’ai toujours voulu faire ça, je faisais déjà ça avant même que ça ne devienne mon boulot quand j’y repense…


Floc, fait la petite goutte qui suintait du robinet. Une de plus. Comme un compte à rebours, qui résonne sur mes quatre murs de solitude.


Au début, j’ai cru à une erreur. Pourquoi moi ? Je n’étais qu’un journaleux parmi tant d’autres, je n’ai pas été plus ou moins indiscret que les autres. Je n’ai pas une gueule pire que les autres. Pourquoi moi ? je me suis dit, quand ils m’ont embarqué dans leur fourgonnette… J’ai d’abord pensé à une erreur, c’est vrai, qu’ils me relâcheraient rapidement, se rendant compte que je ne suis que moi. Floc. Une autre.


J’ai pensé à ce que je ferais en sortant, me disant que cette arrestation au fond, c’était une chance. Oui, c’est une sacrée veine pour un journaliste de pouvoir approcher de si près les rebelles, la force de frappe des résistants tapis dans l’ombre. J’ai vu tout ce que nos reportages habituels ne permettent que de deviner. La masse immergée de l’iceberg, je l’ai face à moi. Mais je suis toujours sous l’eau aujourd’hui. Floc. Le robinet fuit toujours, pour me rappeler que le temps passe vite, sans répit. Je croyais que ça ne durerait que quelques heures, quelques jours, une semaine tout au plus avant qu’ils ne me libèrent. En sortant, j’aurais pu raconter ce que j’avais vécu, ressenti, discerné à partir du comportement de mes ravisseurs. Floc. Je ne sais pas où je suis, et les gouttes continuent de faire écho à leurs frangines, sans pitié. Une petite pièce carrée. Des murs trop lisses. Pas de fenêtres. Une chaise, un évier qui goutte. J’espérais sortir vite, mais le béton est impitoyable. Je recompte sans relâche mes petits bâtonnets, gravés avec une allumette usée. Ça fait presque un mois maintenant. Je compte les jours par les fissures de la porte. Même réduite, filtrée, camouflée, la lumière du jour se reconnaît. Plus j’y pense, plus j’ai peur de l’oublier.



Floc



Un bruit dans le couloir, de l’autre côté de la muraille. Un grattement à la porte. Je m’empare de mon écuelle, dans un rituel qui commence à être trop bien rôdé. Floc ! Une louche de bouillie indéterminée atterrit dans mon auge. Floc, une autre goutte au robinet, narquoise.


J’ai mal aux dents, depuis deux jours. Une molaire qui bouge. J’hésite à l’arracher, parce que j’y crois encore. J’ai encore l’espoir d’aller voir un dentiste un jour. De ressortir de là vivant. Floc, me martyrisent les gouttes d’eau, en me rappelant que j’ai tort.


J’ai maigri. Mes côtes ressortent un peu quand je me passe la main dessus. Je suis la preuve vivante de la merde dans laquelle je me trouve. C’est effrayant mais il faut tenir, je vais sortir. Ne pas se laisser aller… Floc. Ta gueule toi…


Ils sont trois à venir me voir. Un d’entre eux a l’air sympa, visiblement contraint par ses supérieurs à me tenir ici. Il me sourit souvent. Ou alors il est pédé, pervers peut-être, et va venir m’enculer un jour. Ou une nuit. Derrière la porte ça ne change presque rien. Floc. Il m’a amené un café hier, parce que je lui ai dit que j’allais mal. Il n’a rien compris sans doute, mais mes larmes l’ont convaincu. C’est universel ça. Floc, encore une. Salope. Demain je demanderai du rab de bouillie.



Vingt-sept.



Vingt-sept putain… J’ai entendu du bruit à côté, un gars qui gueulait comme si on l’égorgeait, comme un porc. Bizarrement ça m’a presque fait plaisir. Je ne suis pas seul. Enfin je n’étais pas seul. Le monde vit encore autour de ma petite cellule, il a hurlé sa douleur pendant quelques minutes, c’était pendant la nuit. Je l’entends encore. Son souvenir me rassure en même temps qu’il me terrorise. J’ai eu un peu peur tout à l’heure quand les gardes sont passés. Tous les trois, le gentil, le petit nerveux et le gros. Le gros est le pire, il ne faudra jamais rien lui demander à celui-là. Ses yeux parlent pour lui. Il aime ce qu’il fait, ne se pose pas de questions. Les deux autres semblent plus ouverts, il va falloir que je leur demande. J’ai toujours faim. Des papillons tournent dans mon ventre, me font mal avec leurs ailes. Floc. Il faut que je boive encore plus d’eau, pour les noyer.


J’ai mal à la tête, c’est sûrement à cause de mes dents. La molaire ne veut pas partir, il me faudrait un outil, pour faire levier, un bout de bois, quelque chose. Il faudrait que je dorme aussi. Que j’arrête d’écouter ces bruits de pas qui ne viennent pas. Que j’arrête de croire que ça ne durera pas. Floc…


Ils repasseront peut-être plus tard. Il faut que je leur demande. À manger ! J’ai des bestioles à tuer. Et un bout de bois.



Vingt-huit.



Les voilà, je les entends. Ils sont deux. Ouvrent grand la porte, la lumière me fait mal. Ils ont amené une bougie, et une grande boîte en métal… Ils sont souriants, le petit sec et le gros extrémiste. Ils se marrent, discutent… Le gros perle de joie. Même lui me parle, il me parle. Ils rigolent encore en me parlant, enlèvent le couvercle de la boîte, ça fume dedans. Ils m’ont apporté à manger, c’est de la viande, un genre de ragoût. Ils ont compris. Floc. Le gros pointe du doigt le robinet qui fuit. Et puis recommence à me parler tout en avançant le plat vers moi. Je ne parle pas sa langue, mais il me demande de manger, me souhaite bon appétit. Les nuées qui me rongent tourbillonnent comme des folles. Floc, tyrannique.


Ils me regardent tuer les papillons, avec une bienveillance toute nouvelle. J’y crois à nouveau, comme jamais. Je vais sortir ! Ils me nourrissent mieux, pour que je sois en forme. Ils ont vu que j’avais maigri, ils se sont rendus compte de leur erreur… De la pitié peut-être. Je m’en fous de leur raison, seul le résultat compte… Je vais m’en tirer, je le savais au fond. C’était juste une question de temps. Mais je n’avais rien fait de mal, après tout. Floc. Le gros barbu, s’éloigne un peu dans le couloir, la porte est restée entr’ouverte. Je pourrais essayer de m’enfuir, en kamikaze, mais ça n’est pas la peine. Ils me nourrissent, ils sourient enfin, je vais sortir. Floc. Je m’en fous des gouttes. Les papillons sont oubliés, les cris de l’autre aussi. Je mange et après je sors.


Le balèze revient dans la pièce. L’autre s’est accroupi, n’a pas cessé de me regarder en me faisant des signes de la tête pour me demander si c’est bon. Il m’explique que je vais sortir, sûrement. Je mange tout, le plus vite possible. Ne pense même pas à relever la tête en les entendant rigoler un peu plus fort encore. Leurs rires résonnent fort, je souris un peu à mon tour. Floc… Un mauvais pressentiment, tout à coup. Du coin de l’œil j’aperçois un éclair argenté. Furtif et assassin. Je fais un bond de côté. Touché. Ma tête. Il m’a touché à la tête. C’est une machette, ou un sabre. J’ai mal, ça tourne. Des papillons me reviennent, partout. J’ai mal. Partout. Ma tête. Du sang. Ça tourne, devant mes yeux. Des papillons. Devant les yeux. Ils rigolent. Je n’arrive pas à me relever. Leurs yeux pleurent de rage. Ils rient tellement fort. Ma tête qui tourne. Mon bourreau relève son bras armé… Floc.



Septembre 2004


 
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   Selenim   
29/5/2009
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Un texte assez déconcertant car il empreinte un ton assez naïf. J'ai été surtout dérangé par la candeur du narrateur. Pour un grand reporter, il n'est pas très perspicace.
Il manque de la densité à ce texte pour lui donner corps. Il se passe presque trois ans et 8000 signes, c'est bien peu pour ce genre d'exercice.
L'écriture déroule sans difficulté dans l'esprit du récit. Quelques belles trouvailles.

Selenim

   horizons   
29/5/2009
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Moi au contraire j'ai trouvé que ça sonnait trés juste . Pour avoir lu des témoignanges d'otages, ils croient tous jusqu'au bout qu'ils vont s'en sortir. C'est le propre de l'être humain,l'espoir, même qd tt tend à prouver que c'est la fin. C'est justement ce qui fait la force de cette nouvelle.
L'histoire est servie par une écriture soignée, agréable, sans lourdeur. Le "floc" est un fil rouge pertinent.
Je n'ai juste pas compris les 26,27,28: dates? nbre de jours?
Merci et bravo
H

   Anonyme   
29/5/2009
 a aimé ce texte 
Un peu
Le titre, génial, promet plus qu'il ne donne.
Je n'ai pas trop compris le 26 27 28 (merci Selenim ) Je croyais, au tout début que c'était le décompte des gouttes. Me suis aperçue très vite que je faisais fausse route. Il n'est pas suggéré dans ce récit (ou alors suis une buse) que le reporter vieillit. Il maigrit " mes côtes ressortent un peu"... mais à mon avis, même après un an, au régime bouillie, le corps se décharne carrément. Bref, ça pêche (à mon avis) ici. Je n'ai pas vu les cheveux et la barbe pousser. J'ai pas entendu parler de poux, de démangeaisons, de crasse c'est dommage.
Le style est carrément trop sage, trop calme, je n'ai pas ressenti la lassitude du reporter, je n'ai pas vu de crises de colère et en trois ans, donc, n'ai pas vu non plus de grosses crises de désespoir.
Par crainte de tomber dans le pathos ? Dommage, le pathos, à condition qu'il soit maîtrisé et non larmoyant ou plaintif (et ça tu sais faire, tes autres nouvelles en témoignent) aurait pu rendre cette nouvelle plus "vivante".
Il y a comme d'habitude de belles idées (ces papillons dans le ventre et le fait qu'il les nourrisse).
Bon ben voilà, désolée mais je suis un peu déçue.
Au plaisir de te lire.

   colibam   
29/5/2009
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Comme Sélénim, j'ai trouvé ce reporter de guerre un poil trop candide.
Une histoire sans réelle surprise, on subodore le dénouement dès le début.
J'ai bien aimé le titre, très poétique ainsi que le floc qui revient régulièrement et achève l'existence du journaliste.

Je trouve qu'il manque un petit quelquechose dans le ton pour s'attacher vraiment à l'histoire.

   Anonyme   
29/5/2009
Beaucoup de répétitions (Toujours, encore, que, qui, trop, autres ...) alourdissant maladroitement le texte.
Une fin un peu mélo, un déroulement sans surprise. Je n'ai senti ni malaise, ni inquiétude, et en fait, pas de crescendo : le ton est presque monotone, ne permet pas assez de rentrer dans l'action, c'est dommage.
Il y a également certaines expressions passe-partout qui m'ont dérangée 'Du plus loin que je me souvienne'.
Les bâtonnets (allumettes ?) pour compter les jours, les personnages stéréotypés 'le gros et le maigre', les côtes de plus en plus visibles ... Un sentiment de déjà-vu.

Excuse-moi, ça ne m'a pas vraiment touchée. Je suis désolée ...

Au plaisir ^^

   Val   
29/5/2009
 a aimé ce texte 
Bien
Ce que je trouve particulièrement bien retranscrit, c'est l'oppression, la solitude et la terreur se muant en folie du prisonnier... Tout ceci allant crescendo jusqu'à la fin, terrible, mais à laquelle l'ambiance générale nous avait préparée, enlevant, enfin je trouve, toute surprise sur l'issue de l'histoire...
C'est mon seul bémol, sinon, j'aime bien le traitement, et le style d'une modernité cynique et vraie.

   FORTUNETTE   
29/5/2009
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Au début, j'ai pas trop apprécié le monologue un peu long. Et puis, on est vite pris dedans. On sent l'angoisse qui monte, la peur avec le prisonnier, on a envie de connaître la fin. Le rythme est rapide et captivant. Le final arrive un peut trop vite et sans surprise. Mais j'aime bien l'ambiance, je le relirais facilement une deuxième fois avec plaisir.

   widjet   
29/5/2009
 a aimé ce texte 
Un peu ↓
Un texte sorti de tes cartons poussiéreux camarade ? L’année « 2004 » à la fin du récit explique sans doute beaucoup de choses et notamment les progrès de Calouet qu’il a pu faire entre temps.
Dans ce texte pas désagréable en soit, il manque tout de même « la moelle » des récents opus de l’auteur ainsi que l’écriture que j’ai trouvée ici moins rugueuse, moins riche aussi, bref plus convenue et moins sèche qu’à l’accoutumée. La folie n’est pas si mal retranscrite, mais je n’ai pas ressenti cette claustrophobie due à l’isolement, et ni l’ambiance moite et crasseuse.

En résumé, un récit au thème pourtant fort…mais qui manque justement de force et d’âpreté dans son traitement.

Dommage car le titre lui est extra. Il claque bien.

Widjet

   florilange   
1/6/2009
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Le texte précise : "Ça fait presque un mois maintenant..." donc 26, 27, 28, c'est le nombre de jours (pas 3 ans).

La candeur du reporter ne me surprend pas. Séduit par le côté "exploit" du métier, il en a minimisé les risques, il le dit. Ça n'arrive qu'aux autres. Pourquoi lui? Une erreur. Quand il entend son voisin gueuler, il ne pense pas à sa souffrance, n'imagine pas qu'on lui fera la même chose. Espoir & égoïsme très humains.

Je vois la monotonie, l'angoisse du temps qui passe, la faim mais, effectivement, ni la crasse ni la misère de cet enfermement.

Texte net, bien rédigé & rythmé (floc), beaucoup de qualités. Ne manque pas grand-chose, à mon avis, pour qu'il soit superbe.
Florilange.

   victhis0   
4/6/2009
 a aimé ce texte 
Un peu
Pas le meilleur Calouet que j'ai lu...Je n'aurais pas allongé le temps de capture ausi longtemps, après tout, l'intrigue pourrait fonctionner aussi bien (mieux ?) sur deux jours. Car j'ai du mal à ne rien lire sur la folie grimpante, la crasse, etc. que je présume liée à une incarcération aussi longue et dans de telles conditions.
J'ai bien aimé l'ambiance et le cynisme du narrateur, la clostrophobie qui inonde ce texte assez angoissant et très visuel.
Du bon boulot qui aurait mérité un peu plus d'attention mais qui se lit facilement


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