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Policier/Noir/Thriller
calouet : Le festin des oiseaux
 Publié le 09/04/08  -  6 commentaires  -  18015 caractères  -  26 lectures    Autres textes du même auteur

Pfff ! que dire? On va dire que c'est un genre d'histoire du vilain petit canard, qui canarde méchamment. Pfff ! c'est nul. Tant pis, faut lire ;)


Le festin des oiseaux


Saint-Jean de la Ruelle, 19 rue Abbé de l’Épée, 7 septembre 1986


Ouf ! J’ai eu les boules mais finalement ça va. La rentrée s’est bien passée. Je me retrouve dans la même classe que Sonia et Rachel, c’est cool on va bien rigoler. Il y a aussi Quentin Stévenon, le plus beau gars de la Terre, mais j’ai fait comme si de rien. Je crois que des fois il me regarde en cachette ; c’est Sonia qui l’a vu, mais moi j’ai même pas réagi. On verra bien.

C’est moi qui suis de corvée de brosses cette semaine, parce que Jennifer Bouchez, ben c’est en début de liste. On va les taper contre le mur tous les jours à une heure et demie avec l’autre imbécile de Nasser. Comme on y va ensemble, on est un peu obligés de parler tous les deux. Finalement, il est sympa.


Sinon, il y a un nouveau qui a dégobillé dans le couloir, juste en entrant dans la salle. Il s’est fait engueuler, et il a pleuré aussi. On s’est foutu de lui, parce que c’est trop la honte de vomir. Ça sentait un peu comme du vinaigre qui aurait tourné.


Le matin c’était génial, on n’a presque rien fait. La maîtresse, Madame Tabardeau a discuté avec nous, et nous a présenté le nouveau. Il s’appelle Thierry machin, mais nous on l’appelle Aspégic, parce qu’il est tout blanc bec. Il paraît qu’il vient de Lille, et qu’il a emménagé par chez nous le mois dernier… L’après-midi, on a fait des maths, puis un peu de français. C’était nul, super facile. Par contre, on va en baver avec Madame Tabardeau : pour demain elle nous a déjà donné un truc à lire en histoire, je crois que c’est sur les Gaulois… Nul à chier.



Saint-Jean de la Ruelle, 26 rue Abbé de l’Épée, 7 septembre 1986


J’ai vomi partout. J’en avais plein mon pantalon, mes chaussures. Je me suis fait engueuler, mais j’ai rien dit à Maman. J’ai planqué mes affaires dans le linge sale, elle verra sûrement rien… Ils se sont foutus de moi, parce que j’ai une tête bizarre. Et parce que je pue le vomi.

Je ne connais personne. Il y a un gars qui est venu me parler au début, mais après il est parti avec les autres jouer au foot pendant la récré. Il ne m’appelle même plus Thierry.


Madame Tabardeau a l’air d’être gentille, mais elle m’a fait lever devant toute la classe pour que je dise d’où je venais. Comme si elle avait pas vu qu’ils se moquaient de moi. J’avais peur, ça se voyait je tremblais, et j’ai bégayé. Et puis j’ai vomi, bien sûr, parce que j’étais nerveux. Dès que les autres me causent, j'ai peur alors je bafouille, alors ils se marrent. Et du coup je bafouille encore plus.


À la fin j’ai eu encore plus honte, parce que la maîtresse m’a demandé de rester un peu pour me parler. Elle m’a dit qu’elle aimerait bien voir ma mère si c’est possible, mais je lui ai dit que non. Je lui ai raconté des conneries, que ma mère elle s’occupait des vieux malades à l’hospice et qu’elle les surveillait même la nuit, parce qu’ils peuvent mourir n’importe quand. Je crois qu’elle m’a cru. Je mens super bien, au moins un truc où je suis bon. Et Tabardeau, elle a l’air conne finalement.



Saint-Jean de la Ruelle, 19 rue Abbé de l’Épée, 10 septembre 1986


C’est trop la honte, Aspégic il habite dans ma rue ! Presqu’en face en plus, dans une maison toute pourrie… Je l’ai vu partir ce matin, on est passés devant chez lui en voiture. Il m’a même fait un signe, pour me dire bonjour. C’est nul à chier, mais y a que Sonia et Rachel qui le savent, elles ont juré de rien dire. Faut surtout que personne ne le sache, sinon c’est mort avec Quentin. J’ai dit à Papa que je ne le connaissais même pas…


J’ai bien fait de mentir d’ailleurs : Quentin est venu me parler à la sortie ; j’étais toute rouge, mais lui aussi, alors ça m’a fait plaisir et j’ai rougi encore plus... Il voudrait qu’on sorte ensemble, enfin il me l’a pas dit mais je le sais. Je ne sais même pas ce qu’on fait quand on sort avec quelqu’un. Je crois que je l’aime.



Saint-Jean de la Ruelle, 26 rue Abbé de l’Épée, 10 septembre 1986


On revient de chez le docteur. Il est tard… Maman, elle n'a rien dit du tout en rentrant. Il m’a donné encore d’autres médicaments, et il a dit à Maman qu’il fallait qu’elle surveille mon poids. J’en ai marre d’être malade, surtout que c’est même pas une maladie normale. Personne ne l’a ce truc-là, c’est les hormones il paraît. Et c’est pour ça que je suis petit et tout pâle. J’ai une tronche de cake ils m’ont dit les autres, avec plein de petits trous comme si les piafs ils étaient venus manger dessus. Ils m’appellent Aspégic, alors j’ai gueulé hier. Et je me suis fait casser la figure à la sortie. J’en ai marre. En plus en maths je ne pige rien, sûr qu’elle va encore me demander des trucs la prochaine fois. Ils ont dit que demain j’allais encore ramasser. Je vais m’habiller en sale.


Hier j’ai vu Jennifer. En voiture, elle habite juste à côté dans une maison, mais pas une comme nous. La sienne elle n’est pas collée aux autres. Je lui ai fait un signe, parce qu’elle ne se moque pas encore de moi, enfin pas trop ; mais elle m’a pas vu, je crois. Elle est jolie.

Je passe plein de temps à la regarder, enfin à essayer de la voir. De ma fenêtre, j’arrive à voir un bout de son jardin. Et moi je suis planqué derrière un arbre, je crois que c’est un cerisier a dit Papa, on verra l’été prochain. Il est balèze en bagnoles mon père, par contre en arbres et en fils, il est vraiment nul.


Maman m’a demandé si je m’étais fait des copains, parce que c’est bientôt mon anniversaire. Je lui ai dit que oui, mais que j’ai pas envie de les inviter. Je lui mens tout le temps.



Saint-Jean de la Ruelle, 19 rue Abbé de l’Épée, 9 décembre 1986


Quentin est un connard. Un obsédé sexuel ! En plus, il a été raconter à tout le monde qu’on avait fait l’amour… Il a voulu qu’on s’embrasse avec la langue, mais moi j’ai pas voulu. N’importe quoi. En plus, c’est carrément dégueu’, je ne ferai jamais ça, je lui ai dit, et il m’a larguée. C’est fini entre nous deux. Je n’irai plus le voir au foot non plus, ça craint le sport de toute façon. Il s'est mis avec Rachel hier, je le crois pas.

J’ai eu quatorze en Français, c’est pas mal, et pourtant la mère Tabardeau elle m’a dit qu’il faudrait peut-être que je me réveille. Quelle vieille peau… Je vais encore me faire engueuler si elle dit ça à mes parents. Faut dire que tout le monde a eu des bonnes notes, même les plus nuls. Aspégic a eu quinze ou seize je crois, c’est dire…


Demain on va au ciné avec Sonia et sa mère. Elle est vachement plus cool sa mère depuis qu’elle prend des cours de yoga. L’autre jour je l’ai vue en ville avec un bonhomme. Il l’aidait à remettre son col.



Saint-Jean de la Ruelle, 26 rue Abbé de l’Épée, 13 décembre 1986


L’arbre n’a plus de feuilles. Un prunus. Ma mère ne travaille plus. Le docteur lui a fait un papier pour qu’elle arrête de travailler pendant un mois. Je ne sais même pas pourquoi, elle n’a pas voulu m’en parler. Ça veut sûrement dire que c’est de ma faute… Je lui ai demandé si j’allais mourir ; elle m’a dit non, t’es bête, et s’est remise à pleurer.


On est allés au cinéma mercredi, comme elle ne travaille pas. C’était nul ce film, que de l’amour. On avait emmené des Haribo de chez Leclerc, parce que c’est super cher de les acheter au ciné. Et j’ai vu Jennifer et Sonia. Mon cœur a failli éclater, mais personne ne me voyait dans le noir. Elles étaient assises pas très loin, mais cette fois j’ai pas fait de signe. Je sais bien qu’elle ne m’aime pas. Faut dire que je suis super moche, c’est normal.

En sortant, j’ai encore eu envie de vomir, heureusement qu’elles ne m’ont pas vu cette fois.



Orléans, 15 janvier 1990


J’en ai marre. Je suis la seule de ma bande à ne pas avoir le droit d’aller en boîte. Je suis une femme maintenant, y a que ma vieille qui ne s’en est pas aperçue. L’autre jour je l’ai traitée de conne. Alors elle s’est énervée, et papa m’a cognée. Une méga gifle, j’ai même cru qu’il m’avait cassé le nez. Il s’est marré quand je lui ai dit ; même lui il devient con. Ils ne s’aiment plus je crois. Lui il lit L’équipe, et elle mate des trucs bien nases à la télé en grossissant du cul. Elle me fait honte, des fois.


Je vais arrêter l’équitation, c’est un truc de bourges. J’en ai rien à cirer en plus, c’était juste pour leur faire plaisir que je m’y suis mise.


Rien ne va dans ma vie, alors j’ai écrit un poème pour me vider, pour faire couler ma rage au bout de mon crayon. Ça n’a rien changé mais le poème est pas mal. C’est l’autre nase qui m’a donné l’idée, Aspégic, enfin Thierry. Mes parents veulent pas que je l’appelle Aspégic depuis qu’ils sont copains avec cette pauvre femme, comme ils disaient avant de l’appeler Françoise. L’autre jour elle nous a même invités à l’apéro, j’avais trop la honte d’aller chez eux, mais ils sont sympas finalement. Thierry est moins tarte qu’en cours, mais toujours hyper moche et timide. Il m’a filé un poème, vachement beau… Je l’ai balancé, parce que je crois qu’il en pince pour moi, et faut pas qu’il ait d’espoir.

Ce soir je me casse dormir chez Samya. Au moins je serai tranquille jusqu’à demain. Par contre, faudrait pas que mes parents retrouvent mon paquet de clopes, je l’ai paumé. S’ils mettent la main dessus, je suis morte.



Pithiviers, 19 janvier 1990


"Bonne année" tu parles… Je ne sais pas comment je vais la finir, l’année. Je pensais que de partir en CFA ça serait moins galère que de rester en cours. Tu parles ! Je suis entouré d’abrutis, et mon patron est un sale con. Il me fait faire toute la merde au restaurant. Je balaye, je récure, je lessive, j’astique tout. Mon manche aussi. Ça en devient une maladie.


Ma mère devait m’envoyer du fric, mais elle a pas pu. Depuis que papa s’est barré, elle galère pour finir les mois… Pas grave, de toute façon je ne sors nulle part, j’ai aucun ami.


Je pense à Jennifer tout le temps. J’aimerais bien l’oublier, mais ça me bouffe les tripes rien que d’essayer. Quand elle est venue avec ses parents l’autre fois, j’ai cru que j’allais jamais réussir à lui dire un truc. Et tout ce que j’ai réussi à faire, c’est lui donner une feuille de merde avec dessus un poème de merde de ma composition de merde. Je me suis grillé. Je l’aime. Je lui écris tous les jours, je la mate tous les jours par la fenêtre. Je vois ces gars qui défilent devant son portail en espérant un jour la serrer dans leurs bras. Certains y arrivent. Sûr que je pourrais moi aussi… Elle, elle s’en fout, elle ne sait même pas que j'existe encore si ça se trouve. Je suis allé la voir l’autre jour au centre équestre. Elle n’était pas là. Je me suis quand même branlé en rentrant.



Savigny-sur-Orge, 5 mai 1996


La vie est parfois plus douce que la peau des fesses d’un bébé, plus sucrée que douze tonnes de fraises Tagada… Je n’y croyais pourtant plus vraiment hier soir ; il était tard, j’avais un peu trop bu sans doute, on allait rentrer.


Et il est venu, comme une fleur au sortir de l’hiver.


Il s’est assis face à moi, a lâché quelques mots comme on pose des objets rares et précieux sur une table ; de ceux qu’on n’ose pas sortir en général, de peur de les casser… Je ne sais même plus ce qu’il m’a dit en fait, mais j’en perçois encore l’effet ; et je m’en foutais ce matin, en me réveillant dans son odeur.


Il s’appelle Stéphane, et ses yeux me parlent plus que n’importe lequel des discours que j’ai pu entendre jusque-là. Il m’a dit que Jennifer, ça faisait un peu pétasse. C’était adorable.



Paris, 20 mai 1996


Une lumière sale de routine percole au travers des persiennes désarticulées. La tête du petit cheval en bois a pris feu sur la cheminée factice. La vie est parfois tellement insipide que je me demande si je suis bien vivant. Je suis malade d’être là. Ce putain de syndrome ne me tue pas, c’est bien pire encore. Rien que le nom de la bête me tétanise, s’étrangle dans mon ventre bien avant que je ne commence à le prononcer. Je suis crevé en dedans, depuis toujours. Ma mémoire n’est plus qu’un réceptacle à frustrations, un plein panier de honte et de mal-être, autant en finir de suite… C’est ce que je me suis dit avant-hier.


Je dois porter la poisse, ou quelque chose dans le genre, comme une malédiction. Le malheur me colle aux basques, il est bien le seul… Ma mère a passé son temps à pleurer ce que je n’étais pas, mon géniteur a passé son temps ailleurs. Ma perte serait une bouffée d’air pur dans un cas, une anecdote dans l’autre… J’ai commencé à me tailler les poignets, avec tout le courage que peut procurer le besoin de s’esquiver. Et puis j’ai flanché. Le sang a coulé suffisamment pour que je ressasse mon incapacité à vivre, pas assez pour que j’en meure. Je suis comme une merde farcie d’asticots ; je les laisse me ravager en silence. Mes dents claquent, comme claquent les pinces des crabes féroces dans mon panier.



Savigny-sur-Orge, 8 août 1996


On part en vacances ensemble demain. Je crois bien qu’il m’aime… Non : je le sais bien, qu’il m’aime.


Il m’a dit que sa vie lui semblait ratée jusqu’à notre rencontre… Et moi pauvre cruche je lui ai dit tout pareil. Quelle imagination ! Mais ça n’est pas si grave, puisqu’il est resté et qu’on part ensemble…



Paris, 15 août 1996


C’est incroyable. Jamais ce genre de truc ne m’était arrivé. On s’est croisés par hasard sur les Champs, au milieu de la foule clairsemée des fins d’été... Un truc de roman-photo : je l’ai aidée à ramasser ses papiers, on s’est regardés, elle a souri. Elle m’a trouvé gentil, charmant. On va se revoir peut-être, si elle continue d’être aveugle. C’est incroyable. Elle ressemble à Jennifer, ça aussi c’est du hasard.



Paris, 17 décembre 1996


Mon nouveau boulot au muséum me plaît bien. En plus, le conservateur est plutôt beau gosse, ça donne l’occasion à Steph’ de faire semblant d’être un peu jaloux quand je rentre tard. J’adore !… L’été prochain, on se marie.


Il fait froid, mais beau. Ce midi j’irai manger dehors, à la place habituelle, sous le vieux cèdre.



Paris, 17 décembre 1996


Le soleil saupoudre de jaune les allées désolées de décembre. Elle m’a donné rendez-vous. À treize heures au Jardin des Plantes, près du stégosaure, dit la missive chiffonnée dans ma poche. J’ai presque la nausée, déjà.


Après avoir vainement réfléchi à la tronche que pouvait avoir un stégosaure, je suis heureusement tombé nez à nez en arrivant avec une bête cuirassée qui ne pouvait que me rassurer quant à son hypothétique dénomination.

Assis sur un banc à proximité du monstre factice, au milieu d’un incessant ballet de joggeurs essoufflés, de visiteurs distraits, de gosses désœuvrés, j’attends que l’autre soleil pointe le bout de son nez. Mon Mac Do disparaît en silence, je balance de temps à autre des rognures de frites aux oiseaux apprivoisés. Les moineaux sont jolis de leur modeste beauté, leur port sympathique, leur discret apparat… Ils chient sur le front du stégosaure.


Elle ne vient pas, ma douce inconnue. Elle s’appelle Sophie, et je me demande bien ce qu’elle me trouve… Et je me demande aussi si je suis vraiment amoureux, ou juste content qu’on me regarde pour de bon…

Commençant à sentir les premiers affres de l’immobilité hivernale, après plus d’une heure d’attente en compagnie des petits goinfres incontinents, je me résous à aller me promener dans le parc, tout en gardant un œil sur le stégosaure. Le Jardin des plantes… Un nom évocateur, romantique sans doute pour un rencard. C’est mon tout premier. Un miracle inespéré. J'attends comme jamais je n’ai attendu.


Bien que la rectitude infinie des corridors graveleux et la coupe carrée des platanes militaires ne soit pas vraiment en accord avec l’idée que je me faisais de ce genre d’endroit, je me sens l’âme d’un tourtereau… Au milieu de l’océan, le moindre bois flottant prend souvent des allures de navire. Et toujours rien à l’horizon...


Je tourne en rond au milieu des touffes grillées par le gel, des bassins tristes, des noms latins improbables… Un pigeon crétin vient me voir, il veut bouffer mais je n’ai plus rien… Je suis ridicule, à me les geler ici alors qu’elle s’est visiblement foutue de moi. C’était trop beau. Je trépigne, je m’énerve. Non, elle ne viendra pas. Non, je ne suis décidément pas fait pour ces choses-là. J’ai l’air d’un con, question d’habitude.


Soudain, je l’aperçois… Jennifer !… Elle sort de la bibliothèque. C’est incroyable. Elle n’a pas changé, moi non plus visiblement, puisqu’elle me reconnaît. J’ai une de ces gueules qu’on n’oublie pas… Elle a l’air gênée, ou alors c’est encore moi et mon air bizarre qui la contamine… Elle me demande si je vais bien depuis tout ce temps, ses yeux me soufflent qu’elle s’en tape, depuis tout le temps...


Elle n’a pas eu l'occasion de me dire autre chose. Trop tard. Pas le bon moment, assurément. Il ne fallait pas qu’elle se pointe aujourd’hui, qu’elle me gratifie de ce sourire qui m’a tellement de fois paru inaccessible, hors de prix pour une gueule minée comme la mienne… J’ai senti au fond de ma gorge couler toute la ferraille d’une vie rouillée quand j’ai mordu sa bouche. Je l’ai dévorée. Elle a payé pour l'autre, et pour tous les autres aussi. Pour elle enfin... Quand on est malheureux, on en veut toujours à la Terre entière il paraît. Mais c’est faux. Moi je ne lui en voulais pas forcément quand je l’ai étranglée dans les broussailles, je ne lui en voulais pas non plus quand j’ai dégueulé de rage sur son chemisier… Enfin je ne sais plus… J’aurais juste tellement voulu qu’elle me regarde un peu plus. Être un peu plus qu’un voisin moche, que l’on planque comme un herpès ambulant… Je l’ai tuée par amour, au fond. Cette faim de vie qu’elle avait toujours eue n’était que de la gourmandise. Moi j’ai crevé la dalle depuis le début, comme un moineau raté j’ai rêvé de picorer ces reliefs de vie qu’elle ne m’a jamais offerts. Elle ni personne, putain. Elle en est morte. Moi, j’étais mort-né. Tout pareil au fond.



 
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   David   
9/4/2008
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Calouet,

Mon café a refroidis, il est moins noir que ta nouvelle, j'ai beaucoup aimé, bravo !

   widjet   
10/4/2008
 a aimé ce texte 
Bien
Il ne manquait vraiment pas grand chose.... Je ne sais pas quoi exactement (l'émotion peut-être tout simplement ?) mais vraiment pas grand chose pour que la nouvelle soit une TOTALE réussite...Pour autant, elle a un certain nombre de qualités et pas des moindres !

Déjà l'écriture...L'auteur a su s'adapter, en terme de vocabulaire, à l'évolution des personnages (dont on sent le travail appliqué de l'auteur....ENFIN quelqu'un qui prend son temps de leur donner de l'épaisseur !!), en fonction de leur âge...C'est excellent à ce niveau. Les mots choisis, les tournures volontairement adolescentes, les termes joyeusement légers au début gagnent au fur et à mesure en force, en noirceur (les mots deviennent amers, douloureux...) avec aussi quelques beaux passages poétiques.

J'ai également apprécié le changement de ton progressif dans l'histoire elle-même. On sourit au début avec ces souvenirs d'enfance familiers (qui n'a pas connu un Thierry dans sa classe ?)...Puis le sourire se crispe, le lecteur est moins à son aise....Jusqu'au final...Tragique (mais pas complètement réussi dommage).

Je me rends compte que j'ai finalement peu de remontrances à faire....:-)))....Pourtant, si j'ai lu cette nouvelle avec intêret, je n'ai pas été totalement happé....Alors je cherche le pourquoi et finalement je reviens sur mon hypothèse de départ....Ce petit supplément d'âme qui manque, cette émotion qui affleure mais n'explose pas quand il aurait fallu...Comme je l'aurais voulu....

En tout cas, Calouet confirme tout le bien que je pensais déjà de lui et de ses nouvelles....

Widjet

   Anonyme   
11/4/2008
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Je suis assez perplexe.
J'ai effectué trois lectures. Rien que ça.

bon j'ai saisi le sens général de cette nouvelle en forme de bouts de journaux intimes..
Le style est assez percutant, déroutant même.

Mais je me suis un peu perdu dans les lieux, dans les dates,..indiqués pourant comme des amers. Pour 10 ans de vie sur- volée

Merci en tout cas pour ce moment de lecture

   Anonyme   
11/4/2008
Bien écrit assurément.
Mais surtout dérangeant. Dans le bon sens du terme.

Widjet dit qu'on a tous eu un Thierry dans notre classe ... certains font peut-être plus que celà : certains l'ont peut-être été, ce Thierry ... et là, Calouet nous offre je trouve une belle vision du dedans de ce que peut être le désert affectif de quelqu'un qui n'a pas le profil du jeune premier, dans une société où les apparences comptent tellement plus que l'intériorité des choses.

J'ai bien aimé ce texte.

   aldenor   
13/4/2008
 a aimé ce texte 
Bien ↑
La fin me déçoit. Elle n’est pas bien préparée.
J’ai eu quelque peine à me retrouver tout au long du texte avec ces journaux superposés, mais l’idée est astucieuse. C’est bien écrit ; il y aurait quelques détails à rafistoler pour faciliter la compréhension.
Je pense comme widjet que ça passe près d’une réussite.
Mais pour moi tout est dans la conclusion. Elle surprend, ce qui n’est pas un reproche en soi, mais elle surprend dans le mauvais sens : la bonne surprise est celle qui éclaire, on se dit « Ah oui ! », ici on se dit « Ah bon… »

   Anonyme   
18/4/2008
 a aimé ce texte 
Bien ↑
le style est bien adapté aux personnage. L'auteur nous communique les émotions et on partage tout à fait leurs vie. J'ai bien aimé. Le découpage du texte permet une lecture agréable


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