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Aventure/Epopée
Cg : La lueur des balles traçantes
 Publié le 01/12/11  -  8 commentaires  -  49232 caractères  -  206 lectures    Autres textes du même auteur

De l’action, du suspens, un peu de bling, mais aussi du blang et des hormones : retrouvez les aventures de John Gourmette, le héros des forces spéciales de France.


La lueur des balles traçantes


1. Un genou à terre


– Tu sais, on en dit beaucoup sur John Gourmette. Moi je pense que c’est le genre de type à rouler des mécaniques quand il s’agit de charger des cailloux dans un pick-up, mais je ne suis même pas sûr qu’il sache compter jusqu’à dix.


Dans l’immense voiture de luxe qui longeait les quais de la Seyne, Dave Maureen ne ménageait pas ses efforts pour être rassurant.


– Non, il n’y a vraiment pas de quoi s’en faire. Le mec vient pour acheter une arme. Nous, nous lui vendons le SULFATOR : l’arme totale.


Le silence de Swellen Burger, son attachée commerciale, l’incita à continuer :


– Écoute, je sais qu’on ne t’a pas mise sur un dossier facile… Mais la directrice, voyant qu’il y aurait du lourd en face, m’a demandé de mettre mon meilleur élément. Je ne pouvais pas refuser.


Cet aveu qui cachait un compliment fit décrocher à Swellen un timide sourire. Bien sûr, elle en voulait à Dave de ne pas avoir su faire tête au Boss et de l’avoir rappelée au plus fort de ses vacances aux Bahamas ; alors qu’elle dégustait une boule glace à la vanille sur les abdominaux impeccablement taillés de son escort boy brésilien Domino, allongé langoureusement sur une planche de bois exotique.


Mais la perspective d’en découdre avec John Gourmette ne pouvait laisser indifférente la redoutable business lady.


Elle serait la vendeuse et lui le client. Gourmette, agent des forces spéciales il y a encore quelques mois, venait d’être reclassé dans les services d’intendance de l’Armée pour l’achat de nouvelles armes. La nouvelle avait provoqué une véritable onde de choc au sein de la communauté militaire et de défense, car la réputation légendaire de John Gourmette, « JG », avait largement dépassé le milieu des services secrets. En particulier auprès des femmes. Swellen se souvenait encore de la confidence de sa directrice : « Vous verrez, John Gourmette, c’est un peu comme la Camargue sans les moustiques. » Aujourd’hui, à l’occasion d’une réunion de négociation à l’état-major pour l’acquisition de SULFATOR GUN, Swellen pourrait se faire son opinion.


– J’aurais mieux fait de ne pas t’écouter, et amener Miss Boops.


La voix de Dave ramena une nouvelle fois Swellen Burger à la réalité de la confrontation qui se préparait. En temps normal, Miss Boops était un élément indispensable à toute négociation. Formée par Lova Moore, elle avait commencé par exposer des Sport-Elec au marché de Ploneour, dans l’État du Wyoming (29). Dave Maureen l’avait immédiatement repérée, et elle était devenue l’arme fatale de Maxi Gun Industry (MGI).


Elle s’occupait de la partie « présentations produits », où ses formes voluptueuses comme les poses suggestives qu’elle prenait en s’appuyant sur les modèles nouvellement sortis des usines MGI valaient tous les arguments techniques. Dans un monde où la testostérone se condensait sur les vitres, Miss Boops et son bikini rouge avaient sauvé Dave Maureen de plus d’une affaire mal engagée.


Mais Swellen Burger avait été catégorique : elle se doutait que John Gourmette maîtrisait mieux ses pulsions qu’un moine shaolin quand il s’agissait des intérêts supérieurs de la Nation. Ce ne serait peut-être pas le cas de Miss Boops : chassé qui était chasseur…


– Nous y sommes, déclara Dave en adressant un signe au chauffeur.


Réajustant une mèche blonde rebelle, elle descendit de la voiture non sans recevoir un dernier : « Je compte sur toi : tu es la meilleure. » Traversant Royal Street, elle présenta son laissez-passer au militaire de faction et s’engouffra dans l’état-major.


On la conduisit dans une salle sans fenêtre où la modestie du mobilier, l’absence de décoration et l’allure austère des trois hommes attablés laissaient plus imaginer à un interrogatoire de la police est-allemande qu’à une négociation sur un contrat de plusieurs millions de dollars.


Le premier homme se présenta comme un ingénieur d’armement qui assurait l’expertise technique. Le second était un militaire en uniforme qui représentait les forces spéciales, celles qui seraient amenées à utiliser le SULFATOR sur les champs de bataille. C’était le colonel Bernard Mac Gregor, directeur adjoint du Sea Land Operational Board (SLOB). Le regard franc, l’air assuré, le torse large où s’entassaient plusieurs rangées de médailles : le colonel était un homme de terrain et d’action, et l’on se doutait que les décorations qu’il arborait n’avaient pas été acquises en remportant des tournois de badminton. Enfin c’est à peine si Swellen saisit la présentation « John Gourmette, chargé d’études et responsable marchés » du troisième convive.


Un costume bon marché et trop petit, un regard fuyant, une voix mal assurée : Swellen avait du mal à croire qu’elle se trouvait face à la légende militaire qui avait permis à la France d’asseoir sa domination sur le monde. Comment était-il tombé si bas ? Loin de s’apitoyer, elle regrettait déjà de ne pas avoir écouté Dave en emmenant Miss Boops.


L’ingénieur technique ouvrit la négociation :


– Je vous propose de commencer par revoir ensemble l’offre technique que vous nous avez adressée par le courrier intitulé 975/MGI/SDT/…


Swellen le coupa sans ménagement.


– Écoutez, ce dossier fait 773 pages, je vous propose de faire court, afin de nous éviter à tous de perdre du temps. Nous parlons d’une arme unique au monde. Soyons clairs : si Coyote avait acheté le SULFATOR, Bip Bip aurait fini en nuggets !


L’ingénieur resta sans voix, John gardait les yeux rivés sur son stylo Bic, le colonel eut un léger rire avant de confier à son compère :


– Elle me plaît cette petite, on dirait qu’elle en a dans le slip !


Swellen, comme à son habitude, avait adopté une attitude offensive qui lui avait permis de prendre immédiatement le contrôle de son auditoire. Elle qui s’attendait à un échange de plusieurs heures avait maintenant la certitude de la signature imminente d’un contrat bien juteux. En s’y prenant bien, elle serait de retour ce soir aux Bahamas. La glace à la vanille aurait certainement fondu sur le corps de Domino, mais ce n’est pas ce qui allait calmer l’appétit de Swellen – bien au contraire.


Posant le projet de contrat sur la table, elle était restée debout pour dominer ses trois interlocuteurs. Il était maintenant temps de donner le coup de grâce. Elle s’adressa directement au colonel :


– Vos hommes ont testé notre arme, et je sais qu’elle a brillamment passé l’épreuve du feu : pourquoi s’encombrer de rapports d’essais ? Nos soldats ont besoin du SULFATOR pour défendre ce pays. Maintenant, il ne reste qu’à savoir jusqu’où leurs chefs sont prêts à aller.

– Et vous, Swellen, jusqu’où irez-vous ?


John Gourmette avait relevé la tête et s’adressait à la business lady avec une voix rugueuse et déterminée. Et Swellen Burger n’oubliera jamais ce qu’elle vit dans le regard azuréen du héros français.


Les montagnes enneigées se profilaient en arrière-plan d’une plaine désertique. Le décor grandiose aurait pu convenir à un dépliant touristique si les hélicoptères de combat n’avaient pas déchiré la pureté du ciel en délivrant leur déluge de feu et d’acier. Un nuage de poussière. Un pur-sang arabe. Un cavalier sans peur. Les boutons de sa chemise rayée trop étroite n’avaient pas résisté aux efforts athlétiques de John Gourmette, et laissaient entrevoir des muscles trempés de sueur.


Il avait noué sa cravate à carreaux en bandeau sur son front. De sa veste de costar en laine, il avait fait un bandage apposé sur la blessure de son bras (gauche). Sur son visage reluisant on ne lisait ni la peur, ni la douleur et c’est à peine s’il semblait gêné par le sable qui s’était invité dans son abondante toison. Derrière lui sur le cheval, Swellen Burger se cramponnait à sa ceinture abdominale, qui aurait pu facilement accueillir un bac entier de glace à la vanille. Comme pour confirmer qu’il s’agissait bien d’un rêve, un fusil mitrailleur SULFATOR trônait sur le pommeau de la selle…


Le silence qui régnait dans la salle de réunion la ramena peu à peu à la réalité, et, acceptant la chaise que lui proposait maintenant le colonel, Swellen comprit que la négociation ne faisait que commencer…


– Je t’assure, je suis franchement convaincu que tu as fait du bon boulot.


Dans la limousine qui les ramenait maintenant à l’aéroport, Dave Maureen ne parvenait pas à dissimuler sa déception. Il tenait le contrat signé entre ses mains, un dossier bien équilibré et abouti, avec ses faux airs de win-win qui horripilaient l’homme d’affaires.


Il avait pris l’habitude de voir les militaires sortir en caleçon des négociations avec Burger, et il n’arrivait pas à se contenter d’un marché honnête pour les deux parties.


– Tout de même, je reste sur l’idée qu’on aurait dû amener Miss Boops.


Swellen soupira. Boops aussi aurait vu dans le regard de Jonn de longues chevauchées endiablées sur le sable, mais d’un autre genre…


– Écoute, la prochaine fois, je te laisse te coltiner les bidasses et je reste aux Bahamas.


Dave Maureen ne releva pas, trop déçu des millions perdus, et se contenta de lancer comme pour lui-même :


– L’armée envoie un Rambo fin de série au placard, faut que ça tombe sur moi…


Mais Swellen était déjà perdue dans ses pensées, contemplant le paysage parisien qui défilait. John Gourmette semblait certes fatigué et ne faisait plus peur à personne, mais dans ses yeux la jeune femme avait vu brûler le feu sacré de la liberté.


Un jour songea-t-elle, le ciel s’assombrira, les hommes de ce pays auront peur pour leur famille et leur propre vie. Le gouvernement enverra alors un général, la queue entre les jambes, supplier John Gourmette de renfiler le bleu de chauffe.


Ce jour-là n’arriverait peut-être jamais mais déjà, pour Swellen Burger, la glace à la vanille n’avait plus le même goût.




2. Raison d’état


Le Colonel Mac Gregor ne s’était jamais senti en confiance dans le palais Présidentiel. Son âge respectable l’avait éloigné du terrain et orienté vers les états-majors, mais ni les galons, ni la gloire ne l’avaient fait sombrer dans le monde énigmatique et insidieux de la politique. C’est justement cette intégrité, et quelques bonnes bouteilles de scotch, qui lui avaient valu la totale confiance et l’amitié du Président.


Aussi n’était-il pas surpris d’avoir été convoqué au pied levé par le maître de la Nation. Même si, de manière objective, Mac Gregor se serait bien passé de cette réunion au sommet. Car il savait qu’en haut lieu les critiques à son égard étaient acerbes, et que plusieurs réclamaient sa démission du SLOB. En particulier le nouveau conseiller spécial Christian O’veill, expert auprès du Président des questions de défense et de technologie.


Alors qu’il traversait la cour d’honneur du palais, Mac Gregor se remémorait les termes du rapport de prise de fonction du conseiller O’veill : « Les méthodes dites “de terrain” du colonel Mac Gregor appartiennent à un autre âge. Notre pays doit en finir avec le renseignement de comptoir, les bagarres au saloon et les secrets d'état récoltés sous la couette ! L’effort doit maintenant porter sur les nouvelles technologies, les analyses amont, la maîtrise des risques et l’exploitation raisonnée du retour d’expérience. »


John Gourmette avait été le premier à faire les frais de la réforme mise en place par le conseiller spécial, et Mac Gregor ne devait son salut qu’au soutien appuyé du Président. Mais il se méfiait du conseiller comme d’une entraîneuse bulgare, d’autant qu’il ne comprenait pas la moitié de ses discours.


Il tentait encore de chasser l’appréhension qui le gagnait quand on l’introduisit dans le Bureau Ovale.


Le Président reposa les dossiers qu’il consultait avec un air studieux et invita immédiatement le militaire à s’asseoir. L’accueil fut, comme de coutume, chaleureux :


– Allons donc, mon cher colonel ! Vous en faites une tête de déterré ! Les affaires en cours vous tracassent-elles à ce point ?


La bienveillance du Président finit de mettre à l'aise Mac Gregor et le militaire se risqua à un trait d'humour :


– Eh bien, monsieur le Président, entre les pirates, les dictateurs et les terroristes, les nuits sont courtes ces derniers temps. Et pour tout vous dire, le matin je me sens un peu comme une pute de Bangkok après une permission de Marines AHAHAHA !


Comme surgie du fond d'un tombeau, une voix métallique glaça le sang de Mac Gregor :


– Gardez ces blagues putrides pour vos bordels de campagne, colonel.


Le conseiller spécial avait pris soin de rester hors de vue du visiteur pour mieux le surprendre. Il était incontestablement l’homme politique le plus influent du palais, et avait un droit d’accès unrestricted au Bureau Ovale. Certains prétendaient que le Président lui-même craignait ses réprimandes. D’autres qu’il n’avait jamais bu la moindre goutte d’alcool et qu’il ne dormait guère plus de deux heures par nuit. Il y avait un point sur lequel tous étaient formels : un sac de ciment au milieu d’un parking avait plus d’humour que le conseiller O’veill.


Pour le moment, ce dernier avait surtout coupé l’effet de la blague du colonel, quand celui-ci était bien décidé à attaquer l’enchaînement classique avec l’histoire du pingouin qui respirait par le c-l. Ce crétin de conseiller avait tué dans l’œuf la célèbre passe de deux qui avait valu à Mac Gregor quelques bonnes poilades avec le premier homme de France.


Comme lui-même rappelé à la dure réalité de la situation, le Président s’adressa au colonel avec un air grave :


– Bernard, si nous vous convoquons c’est que la sécurité de l’État est en jeu.


Puis s’adressant au conseiller :


– Christian, je vous laisse exposer la situation.

– Merci, monsieur le Président. Colonel, il s’agit de traiter une prise d’otage qui a eu lieu dans les eaux intérieures d’un pays riverain du golfe persique, dont le nom s’écrit en 4 lettres : la première est un I, la dernière un N.


Le conseiller doutait continuellement de la sûreté de son entourage, et avait l’habitude de s’exprimer par énigmes. Celle-ci fit sourire le colonel en son for intérieur : au SLOB, ses ingénieurs analystes bardés de diplômes et leurs ordinateurs surdéveloppés auraient vite fait d’en venir à bout.


Mais il préféra ne rien laisser paraître de son amusement.


– Envisage-t-on de traiter avec le pays en question ?

– Inenvisageable.

– A-t-on envoyé une unité navale marquer le client ?

– Il n’y en a pas sur zone.

– Un avion de surveillance ?

– Le seul aéronef pré-positionné dans la région est actuellement en réparation.

– Un satellite d’observation ?

– Non car leurs trajectoires elliptiques ne permettent pas de survoler l’objectif en raison de…

– Et Rambo, vous allez me dire qu’il avait piscine ?

– Colonel, j’exige que…


Le Président coupa court au débat :


– Christian, je crois que le colonel a compris qu’on ne lui dit pas tout sur cette affaire.


L’homme d’état marqua une pause. Il quitta son fauteuil pour se rapprocher de Mac Gregor. Il lui faisait maintenant face en s’appuyant sur son bureau.


– Bernard… Vous et moi nous connaissons depuis plusieurs années, et j’ai envie de vous faire confiance. Le puis-je vraiment ?

– Monsieur le Président, depuis vingt-cinq ans que je suis dans la boutique, j’ai vu et entendu assez pour pouvoir me vanter de tenir vos prédécesseurs par la peau des rouleaux. Votre confidence s’ajoutera à la longue liste des petites cachotteries que j’emporterai dans ma tombe.

– Merci Bernard, et je pense qu’il est nécessaire que vous sachiez que cette affaire doit être tenue secrète en raison de la nature même de l’otage.

– Une connaissance à vous monsieur ?

– Pas vraiment. Enfin peut-être… Bernard : il me faut un homme capable de ramener l’otage sans mettre en branle toute la cavalerie ni provoquer une crise diplomatique avec les locaux.

– Quelqu’un qui soit capable de travailler proprement et discrètement, ajouta le conseiller spécial.


Le colonel n’eut pas besoin de réfléchir longtemps. Il réalisa même qu’il connaissait la réponse avant même d’entrer dans le palais.


– Monsieur le Président, je ne connais qu’un seul homme capable de se sortir d’un tel bourbier : John Gourmette.


O’veill ne put s’empêcher d’intervenir :


– Monsieur le Président, ce mercenaire low cost, c’est de la folie pure !


D’un geste, le Président imposa le silence au conseiller. Il savait que le choix d’envoyer John Gourmette transformerait la région en véritable poudrière. Il savait aussi reconnaître les situations qui n’avaient pas de solution raisonnable.


Son regard quitta le colonel et se dirigea vers la fenêtre qui donnait sur la cour d’honneur. Dehors le temps était à l’orage, le ciel était bas et sombre, et sur le bâtiment d’en face le drapeau tricolore faseyait sous l’action du vent.


Cette image rappela au Président un souvenir de jeunesse qui lui était souvent revenu, mais jamais avec une telle intensité : celui du billet de cent francs, et de la peinture d’Eugène Delacroix.


La liberté guidant le peuple.


– Colonel, dites à John Gourmette qu’il revient jouer dans la cour des grands.




3. La chasse au naturel


Il s’aperçut qu'il avait peu à peu repoussé vers la vieillesse, pour « quand il aurait le temps », ce qui fait douce la vie des hommes. Comme si réellement on pouvait avoir le temps un jour, comme si l'on gagnait, à l'extrémité de la vie, cette paix bienheureuse que l’on s’imagine. Mais il n’y a pas de paix. Il n’y a peut-être pas de victoire.

John Gourmette ne manquait jamais de se rappeler ces bons mots de Saint-Exupéry au cours de ses vols de nuit. Sauf qu’il ne s’agissait pas d’atteindre la Patagonie dans un coucou brinquebalant, mais d’un vol tactique pour gagner une zone de combat en échappant aux surveillances ennemies.


Son regard d’acier perdu dans l’immensité de la mer Méditerranée, John profitait des derniers instants précédant l’action pour se remémorer le briefing dispensé par le colonel Mac Gregor quelques heures auparavant.


– Messieurs, comme vous le savez, le dictateur K, bien qu’acculé par le mouvement rebelle, continue de proclamer que sa destinée est « la victoire ou la mort ». Pas besoin de sortir du troufion de Jupiter pour deviner que le Président préfère la seconde option. Il a ainsi décidé d’appliquer les bonnes vieilles méthodes et de faire appel à nos services. Cette opération est évidemment extrêmement délicate. C’est pourquoi je l’ai baptisée l’opération « comme papa dans maman » : au début on y va tout en douceur, puis, une fois au lit, on se sort les tripes ! D’où l’expression : tripes-au-lit AHAHAH !!!


John comprit qu’à défaut d’être un trait de génie tactique, le plan de Mac Gregor serait simple à retenir :


– L’hélicoptère vous larguera ici.


Le colonel désignait l’entrée d’un carré schématisant la résidence du dictateur K.


– Anaconda 1 assure la couverture depuis l’hélico, Anaconda 2 s’occupe de sécuriser l’entrée, John tu rentres avec le SULFATOR et tu déroules : pieds-bouches, viande sur les murs, etc. Des questions ? Non ? Ah si ! Une chose importe : pas question que les médias pensent que ça vient de nous, il faut faire croire à une mort naturelle.


Anaconda 2 fut le premier à relever :


– Quelle cause ?

– À vous de voir. Si vous voulez une piste, on sait juste que le dictateur souffrait de problèmes gastriques.


L’hélicoptère arrivait maintenant sur la zone ciblée, et quelques secondes séparaient maintenant notre héros du fatidique « top action ». L’opération « comme papa dans maman » marquait une reprise après une inactivité trop longue, mais John avait suivi un régime spécial et s’abstenait de toute activité sexuelle depuis maintenant plusieurs heures : terriblement affûté, l’agent Gourmette était prêt au combat.


L’entrée dans le bunker ne posa aucune difficulté, Anaconda 1 et 2 n’étaient pas venus cueillir du muguet. C’est à peine si JG eut le temps de réaliser qu’il se trouvait dans l’antre du diable. L’infâme dictateur K était entouré de sa garde personnelle, soldats d’élite armés jusqu’aux dents. En face, John Gourmette et son SULFATOR GUN.


– Ça va faire une sacrée gastro ! pensa-t-il avant d’appuyer sur la détente.


Absence de détonation, raté de tir, matériel étranger : avec la pétoire à Pépé Plougonver, il aurait au moins pu truffer le despote de gros sel. Ce dernier riait aux éclats en pointant son revolver vers le héros français.


– Va en enfer, John Gourmette !


Mais déjà Shirley Gourmette appelait les enfants à table, extirpant ainsi son mari de ce mauvais rêve devenu récurrent, rappel incessant d’une douloureuse nature qui allait bientôt, et à son insu, le rattraper.




4. Coup de poker sur Yvonne Lane


– Bordel, on se croirait dans une pub Kinder !


Petites ruelles pavées bordées de haies fleuries, aucun bruit de moteur mais le doux gazouillis des oiseaux : l'impression de quiétude et de sérénité qui se dégageait d’Yvonne Lane, quartier résidentiel de Santa Toulona, contrastait fortement avec l'humeur du colonel.


Arrivant devant ce qu’il reconnut comme la maison de la famille Gourmette, il sonna à la petite porte en fer. L’odeur de cuisine qui se dégageait lui rappela qu’aujourd’hui était dimanche, le jour du Seigneur et du poulet-frites. Cela ne fit qu’augmenter le poids qui pesait sur sa conscience.


John Gourmette ouvrit. Il fut surpris de trouver le militaire chez lui, mais l'accueillit avec joie, car le colonel était un homme de parole, qui avait soutenu John dans les moments difficiles.


– Colonel, quel plaisir depuis tout ce temps ! Mais vous n’avez pas tellement changé : vous arrivez pile à l’heure de l’apéro ! plaisanta John avant de laisser entrer le militaire.


La maison des Gourmette n’avait pas la prétention des grandes demeures : c’était une petite villa aux dimensions harmonieuses et aux couleurs claires. Son jardin était simple mais l’herbe comme les plantes étaient soigneusement entretenues. Et d’apercevoir par la fenêtre du salon Shirley servir le repas aux petits Gourmette qui riaient finit de remplir le colonel d’amertume. Cet endroit pue le bonheur, pensa-t-il.


Ce que John possédait : une femme merveilleuse, des enfants adorables, une maison charmante avec un grand lit et des draps lavés à la lessive Soupline.


Ce que le colonel lui offrait : un hôtel putride au fond d’un pays ravagé, des draps qui sentent l’urine de cheval, une fille miséreuse prête à offrir son corps trop maigre pour un pack de bières.


La raison d’État. Ou comment sacrifier le bonheur d’un homme, la paix d’une famille pour une cause qu’une paire de politiciens vous garantissent comme vitale à la sécurité du pays. Pour la bonne conscience, il faudra se la mettre derrière l’oreille.


Mac Gregor ne laissa pas à John le temps de lui proposer un fifty-one :


– Fiston, je ne suis pas venu depuis le Pentagone pour jouer avec des noyaux d'olives, vous le savez bien.


Il amena John à l’écart.


– Le Congrès a voté votre retour au cœur de l'action.


La mine de John s'assombrit. Le colonel savait que la partie allait être serrée.


– C’est une affaire extrêmement délicate, et je vous la sers sur un plateau : prise d’otage au Middle-East.

– Mon colonel, ce genre d’affaire n'est plus mon business. J’ai décroché, réellement. Il y a ici des tas de raisons qui ne me font pas regretter les opérations. Et il y a des tas d'autres soldats qui ne sont pas moins valeureux que moi et qui rêvent d’en découdre.

– Bullshit ! Rien que des bleubites qui se pavanent dans les réceptions et se passionnent pour la rédaction de rapports de service. Regardons les choses en face, John, il me faut un homme d'action, un expert du terrain, une bête de guerre.


Le colonel s’enflammait, mais il avait misé toute sa carrière sur le retour de John Gourmette. Si ce dernier préférait le jardinage et le poulet de maman, il était bon pour récurer les latrines de la villa de fonction du conseiller spécial.


– Vous savez mieux que moi d’où vous venez, et ce que vous avez fait. Du pouponnage et des gouzi-gouzi : mon œil ! Vos états de service dans la lutte contre le terrorisme sont plus connus à Washington que la blague du pingouin qui respirait par le c-l ! Prononcez « John Gourmette » et c'est tout Guantanamo qui fait dans son froc ! Pas un militaire ne pourra le contester : vous êtes une véritable machine de destruction et on ne compte plus…

– Gardez vos flatteries pour les bureaucrates, interrompit brutalement John. Cette guerre n'est plus la mienne. Je ne me battrai plus pour remplir l’escarcelle d’une poignée de capitalistes, qui font peu de cas de notre planète. Je préfère rester auprès de ma famille et m’occuper de mon jardin avec du désherbant issu de l’agriculture biologique !


Bon sang, ce con tourne au vert : le meilleur élément de l'armée française est en train de se perdre dans l’idéologie bobo ! pensa amèrement le colonel.


Mais il savait que l'homme d'action qui sommeillait en John Gourmette ne pouvait disparaître aussi facilement :


– John, ce n'est pas qu'une question de profit. L'équilibre mondial est en péril.

– N'insistez pas, mon colonel.

– John, des vies sont en jeu.

– Pas autant que la mienne si j'annonce à ma femme que je repars faire le zouave à l’autre bout du monde.


Il tenait bon, mais le colonel n’avait pas joué son dernier atout. Il sortit une feuille de la poche de sa veste.


– Mon garçon, le Président a signé hier cet ordre de mission. J’ai peur que vous n’ayez pas le choix. Je vous retrouve dans deux heures en salle de briefing. Ne soyez pas en retard.


Puis adressant un salut discret à Shirley qui déjà s’inquiétait, Bernard Mac Gregor quitta ce qui ne serait bientôt pour John que le doux souvenir d’un foyer chaleureux.


En rangeant dans la poche de sa veste la note de service qui désignait le personnel technicien habilité à intervenir sur la photocopieuse du SLOB, le colonel savait bien que John découvrirait bientôt que personne n’avait eu le courage de signer l’ordre de sa remise en service – et pour cause. Bah ! Il en serait quitte pour quelques gnons, et John Gourmette aurait déjà renoué avec sa drogue de toujours, le risque.


Qui plus est, le colonel connaissait trop bien son protégé pour ne pas savoir qu’au fond de lui-même, John se mourait dans cette vie trop tranquille. Tous les voyants étaient au rouge – les poignées d'amour qui ornaient ses hanches, la calvitie qui gagnait du terrain, et le plus angoissant : ne plus sentir, lors des trop rares sorties en ville, se poser sur lui le regard gonflé de désir des femmes.


Il était temps que le lion sorte de sa cage.




5. La morsure du cobra


C'était une belle journée d’été qui s'annonçait sur la Golden Coast, plus propice à se prélasser sur le sable de Mourillon Beach qu'à s'enfermer dans une salle de briefing conférence aux odeurs de vestiaire de fin de match. Pourtant ce matin le SLOB était comble, et il y régnait depuis l'aurore une effervescence qui n’avait pas été observée depuis la première guerre du Golfe.


Il n'était pas encore neuf heures, et l'on finissait de préparer une mission d'envergure sans précédent dans le monde des forces spéciales, que dirigeait personnellement le Président.

Jeune stagiaire toute fraîche émoulue d'une grande école de la capitale, Ophélie Silverstring ne maîtrisait que partiellement les enjeux de cette opération, mais comprenait déjà qu’elle était aux premières loges d'un rendez-vous décisif pour l'équilibre du monde.


Chacun prenait place afin d’assister à la présentation faite par le conseiller spécial. Miss Silverstring n’était arrivée au SLOB que depuis quelques jours, mais elle en pinçait déjà pour le conseiller O’veill. Sa tenue irréprochable, son esprit d’analyse et de synthèse, sa maîtrise des nouvelles technologies et son profil de carrière galactique étaient autant d’atouts qui forçaient l’admiration de la jeune femme. Les yeux brillants, elle s’assit à la troisième rangée, usuellement destinée au personnel féminin.


Que les femmes soient cantonnées à une même rangée exaspérait profondément Silverstring. Féministe convaincue, elle était choquée par cet ultime vestige d'une époque où le personnel du sexe faible ne se voyait confier que les tâches de secrétariat et de dactylographie. Mais tout le monde semblait l'accepter ici, et elle devait s'y résoudre.


L’agacement de Silverstring ne fit qu’augmenter au contact de l’euphorie qui régnait chez ces dames du centre. La nouvelle de l’arrivée imminente de John Gourmette s’était répandue plus rapidement qu’un secret d’adolescente, dès lors que sa voiture, la Citroën Tiger, avait franchi les premiers barrages de contrôle de l’enceinte hyper-sécurisée. Miss Backfire, la doyenne du SLOB (« 35 ans de boutique, quelques tours d'hélice au cul, mais une machine qui ronfle comme un adjudant-chef ») avouait elle-même être excitée comme une « petite puce », ce qui finissait d’exaspérer miss Silverstring.


Elle n’avait jamais vu John mais en avait l’image d’un ringard rustre et inculte : « Des poules à l’approche du coq ! » avait-elle pensé.


– Je vois que tout le monde est arrivé, avait entonné vigoureusement le conseiller spécial, comme pour attirer l'attention générale, avant de rajouter cyniquement : ou du moins ceux qui comptent.


Le conseiller O’veill n'avait pas résisté à l'envie d'exprimer son mépris pour le colonel Mac Gregor, qui comme à chaque réunion, était en retard.


Il prit alors une profonde inspiration comme pour mieux le chasser de ses pensées avant de commencer son allocution d'un air magistral :


– Monsieur le Président, mesdames et messieurs, je tiens d’abord à attirer votre attention sur le caractère ultra-confidentiel de l’opération que nous préparons. Chacun d’entre vous a normalement signé une clause de non-divulgation des données…

Le raffut qui agita soudainement la salle, et en particulier les soupirs du personnel féminin, ne permit pas au conseiller de terminer son propos. Irritée par l'interruption du discours de son idole, Silverstring se retourna, bien décidée à lancer un regard désapprobateur à celui qui avait provoqué ce désordre.


C’est alors que, comme toute femme qui découvrait John Gourmette, sa vie changea.


Adolescente, Ophélie Silverstring aimait regarder les publicités pour les jeans Lewis, lorsque le cow-boy, dévêtu pour son bain dans la rivière du Colorado, sortait de l'eau pour récupérer son pantalon qu'il avait laissé négligemment sur la selle de sa fidèle monture. La musculature parfaite du cavalier, sur laquelle coulait un mélange d'eau boueuse et de sueur, avait provoqué chez la jeune Ophélie un délicieux frisson dont elle se souvenait encore.


Aujourd'hui, un véritable arc électrique foudroya Silverstring quand son regard se posa sur John.


Malgré une plastique moins éclatante, un visage que les embruns et le whisky frelaté n'avaient pas épargné, rencontrer John Gourmette était toujours une expérience unique, que certaines comparaient à croiser la course d'un pur-sang sauvage et puissant. Imprévisible, sans compromis, ne vivant que du moment présent et méprisant toute prudence, John Gourmette était l'essence même du mâle indomptable.


Et les femmes, à son approche, ne s'en sentaient que plus femmes.


– Bon, maintenant que chacun a repris ses esprits, et si ces messieurs daignent bien s'installer, nous allons pouvoir reprendre…


La voix du conseiller spécial retentit auprès de l'auditoire féminin comme la corne de brume d'un phare perdu dans un brouillard de phéromones.


– Je laisse maintenant la parole à miss Silverstring qui va nous présenter succinctement les éléments du dossier.


Reprenant difficilement ses esprits, la jeune stagiaire se raccrocha à ses notes.


– Il s’agit d’une opération de libération d’otages retenus à bord d’un voilier de luxe, situé au large dans le golfe Arabo-Persique. Les premiers éléments nous rapportent qu’il y a neuf ravisseurs pour un otage. Le facteur dimensionnant la réussite de l’opération est la maîtrise du temps : il faut agir vite. En effet, l’otage comme ses bourreaux sont soumis à des conditions très difficiles, et la situation peut dégénérer à tout moment : entassés à dix dans ce voilier, suffoquant sous une chaleur torride, sentant la proximité d’un corps athlétique et trempé de sueur, privé de tout réconfort moral, un être humain peut s’abandonner à des actes inconsidérés…


En prononçant cette dernière phrase, le regard de Silverstring avait inconsciemment quitté ses notes pour contempler John. Voyant la situation lui échapper complètement, O’Veill décida de couper court à l'exposé de la stagiaire.


– Merci, miss, nous aurons compris que nous sommes en face d'un cas extrêmement délicat. J’en profite pour vous signaler que le Président a décidé de baptiser cette opération Persian Rhapsodie, du nom du voilier attaqué. Nous devrons donc prendre en compte les données géopolitiques car l’intervention aura lieu à l’intérieur des eaux territoriales d’un pays avec lequel nous entretenons des relations compliquées, ainsi que les données tactiques et d’environnement en raison du ratio important ravisseur/otage, de la configuration du lieu de l’action et enfin des conditions météorologiques.


Brillant orateur, le conseiller spécial savait qu'il avait imposé sa marque sur l'ensemble de l'auditoire. Et qu'il était temps de savoir ce que ses adversaires avaient dans le ventre. Après un silence, il toisa le colonel :


– Mac Gregor, votre expérience va sûrement nous éclairer sur le mode d'action à adopter ?


Homme de terrain ordinairement peu à l’aise en réunion, le colonel Mac Gregor l'était encore moins ce matin. Il avait reçu le dossier marqué du sceau PERSIAN RHAPSODIE-CONFIDENTIAL-SLOB EYES ONLY quelques heures plus tôt, et avait pris la décision d'aller l'étudier aussitôt au Baty’s Paradise. C’était le club huppé de la ville situé sur les hauteurs de Faron Hill, et le militaire aimait venir y travailler dans une ambiance qu’il jugeait propice à conserver un certain recul sur les affaires les plus délicates. Quelques caipirinhas plus tard, il avait dû sauter précipitamment dans la Citroën Tiger de John Gourmette, oubliant le volumineux dossier au bord de la piscine du club.


Autant dire que le militaire voyait cette histoire de tapis et de bateau d'assez loin.


Mais même acculé dans ses derniers retranchements, le colonel Bernard Mac Gregor estimait en connaître suffisamment en matière de leadership pour sortir la juste répartie, celle qui renverrait le conseiller spécial à ses études. La cible était complexe, il s'agissait de viser juste.


– Eh bien, monsieur le conseiller, je pense qu'il faut donner une bonne leçon à ces fils de pute !


Ce discours, qui lui avait permis si souvent de rallier l'adhésion sans limite de sa section d'assaut dans l'enfer des rizières d'Indochine, ne semblait pas avoir reçu l'écho escompté auprès des technocrates de l’assistance. Exactement ce qu’espérait le conseiller :


– C'est un point de vue intéressant… Monsieur le Président, je vous propose plutôt d'étudier le modus operandi que nous avons élaboré grâce à notre nouveau logiciel de Conduite de l’Action d’un Groupe Opérationnel Localisé (CAGOL).


À l'instant même, une carte de la zone s'afficha au mur, montrant les différents mobiles que le conseiller comptait faire intervenir. Son équipe avait trimé toute la nuit pour élaborer sa présentation, qui était calée comme un concert de Dorothée.


– Les unités de la sixième flotte française seront placées sous mon contrôle opérationnel. Tandis que les frégates assureront la partie offensive de l'action en se positionnant selon une formation dynamique en étoile inversée, un satellite et deux avions de reconnaissance assureront le soutien renseignement. J'ai établi trois schémas directeurs s'appuyant sur des prérequis d'inter-connectivité…


Cette fois, c’est le Président lui-même qui interrompit le conseiller.


– Excusez-moi Christian mais j’aimerais que l’on revienne sur le mode d'action évoqué par le colonel. Bernard, pourriez-vous développer ?


Avant que le colonel ne se lance dans une nouvelle diatribe anti-bolchevik, John Gourmette décida de prendre la balle au rebond.


– Président, le colonel et moi pensons que cette opération se résume à une action de type blast shot, pour laquelle une unité CHI (Combat Haute Intensité) devrait suffire.


Sachant l'effet qu’avait produit son intervention, John lança discrètement vers la troisième rangée son célèbre regard de braise que les femmes du SLOB avaient baptisé MORSURE DU COBRA pour l’effet foudroyant qu’il provoquait en elles.


Nouvelle révélation pour Silverstring, qui sentait la température monter d’un cran et parvenait difficilement à maîtriser ses tremblements.


– Je vous propose d'envoyer notre unité sur un Zodiac en approche discrète de nuit. L’embarcation se maintient à une centaine de mètres, et je finis l’approche en plongée, afin de rester undetected. Une fois sous la coque du voilier, je fais un trou. Le bateau coule, les armes des ravisseurs aussi, et nous récupérons tranquillement les otages en surface.

– Mais n’y a-t-il pas un risque que les otages restent enfermés à l’intérieur du yacht et se noient ?

– Le risque existe, c’est vrai. Mais l’avantage d’une issue où les otages se retrouvent immergés par 300 m de fond est qu’elle répond à l’impératif de discrétion de cette opération…


Le Président approuva, visiblement mal à l’aise.


Le conseiller spécial, voyant l’homme d’état se rallier aux idées du héros français, décida de jouer son va-tout :


– Gourmette, le mode d'action que j'ai établi s’appuie sur une étude approfondie de la zone, des expertises tactiques, des calculs de probabilité, bref un véritable travail de fond. Sur quels éléments vous basez-vous pour établir une tactique aussi rudimentaire ?


Un silence pesant s'installa dans la salle. La tension entre les deux protagonistes était palpable. Le conseiller O’Veill, derrière ses lunettes, son pupitre et son ordinateur, faisait face à John Gourmette, cambré dans une position superbe, où l'on pouvait entrevoir (shirt state three : chemise entrouverte jusqu'au troisième bouton) toute sa puissance pectorale.

Ophélie n'en pouvait plus, et il était temps que John réplique :


– Conseiller, je n'ai que deux choses : un brin de jugeote, et une paire de couilles bien accrochée.


Le Président conclut la confrontation :


– Messieurs, je crois en avoir entendu assez. Merci John. Bernard, je vous confie Persian Rhapsodie. Faites vite.


Mais déjà Ophélie Silverstring ne l’entendait plus : atteinte de ce qu’elle désignera elle-même comme son premier véritable orgasme, la jeune stagiaire du SLOB s'était évanouie.




6. Red point


La salle de conduite des opérations du SLOB était la fierté du conseiller spécial, qui avait lui-même dirigé son aménagement pour Persian Rhapsodie. Dans cette grande salle sans fenêtre ni décoration, des dizaines d’ordinateurs étaient répartis en cercle, sur lesquels s’affairaient des militaires en bras de chemise. Au centre, une estrade permettait au directory staff de dominer l’ensemble : s’y tenaient le conseiller spécial ainsi que le colonel Mac Gregor assisté par Ophélie Silverstring et Miss Backfire.


Un écran géant dominait l'ensemble, figurant une carte du golfe Arabo-Persique sur laquelle étaient reportées les unités opérationnelles déployées.


La scène aurait pu inspirer un mauvais film d'action, mais l'odeur âpre de transpiration et de café réchauffé rappelait que les fantasques hollywoodiens n'avaient guère leur place dans cette antre de la conduite des opérations real world, qui s’activait encore au milieu de la nuit.


Ophélie Silverstring se tenait à la console Warfare Coordination qui lui permettait de bénéficier de l’ensemble des informations et de communiquer avec les acteurs au front. Elle suivait ainsi directement les mouvements de Juliett Golf, selon l’indicatif qui désignait John Gourmette. Au côté de la jeune stagiaire, Miss Backfire, qui n’en était pas à sa première opération (« 35 ans de carrière, quelques nautiques au loch, mais un moteur qui tourne comme un pétard à Woodstock ! »), tenait le secrétariat tout en gardant un œil attentif sur le travail de sa protégée. Le conseiller restait en retrait, les yeux fixés sur son fidèle ordinateur équipé du logiciel CAGOL qui lui permettait d’analyser en temps réel les données du champ de bataille et de proposer des solutions. Enfin, Bernard Mac Gregor se tenait debout derrière Silverstring à qui il adressait ses directives.


S’il avait accordé au colonel la responsabilité de l’opération, le Président avait cependant signifié son souhait que le conseiller spécial puisse y exercer un contrôle direct. Le militaire voyait forcément la chose d’un mauvais œil, d’autant qu’il réprouvait ouvertement les méthodes de travail en état-major tactique de O’veill : « Foutaise que toute cette informatique : une carte, des punaises bleues (les gentils) et rouges (les méchants), un poste radio qui crachote, un Mon Chéri et au charbon ! »

Mais le conseiller O’Veill avait assisté chaque étape de la préparation et avait systématiquement fait part des remarques éditées par son logiciel.


– Colonel, Juliett Golf en immersion : début de la phase finale.

– Merci Ophélie. Les paramètres de plongée sont-ils corrects ?

– Tous les paramètres sont normaux, y compris la VT, répondit Silverstring avec un léger sourire.


VT était l’acronyme qui signifiait voilure testiculaire. Conçu par le conseiller spécial, ce dispositif utilisait des capteurs de volume directement implantés sur les parties intimes du héros français. Une liaison radio permettait aux états-majors de disposer d’une donnée qui, selon O’Veill, permettait de connaître l’état d’hypothermie du plongeur, mais aussi de stress voire même de panique.


Trois ans de développement et six millions de dollars pour connaître la taille des couilles de John Gourmette : on arrête pas le progrès, pensa ironiquement le colonel Mac Gregor.


Les quelques minutes de calme relatif qui s’ensuivirent furent interrompues par Silverstring :


– Mon colonel, le système signale une baisse significative de la VT alors que la température de l’eau n’a pas varié.

– C’est louche. Établissez le contact et demandez-lui ce qu’il se passe.

– Bien reçu. Juliett Golf ici central… Juliett Golf répondez… Juliett m’entendez-vous ? Colonel, je n’obtiens pas de réponse et la VT est passée sous son seuil critique.

– Bloody hell ! Faites équiper Anaconda 1 et 2. Qu’ils se magnent le popotin pour extraire John de ce…

– Colonel, interrompit le conseiller. CAGOL vient de donner son analyse de la situation. Le logiciel estime que nous sommes dans une situation critique, et préconise de prendre une décision immédiate en se basant sur une prise de risque mesurée.


Sur ces dernières paroles, le conseiller O’Veill adopta un petit air satisfait qui semblait demander « merci qui ? »


C’en était trop pour Bernard Mac Gregor.


– Monsieur le conseiller, je pense qu’un jour le logiciel préconisera que vous preniez votre ordinateur portable, que vous le rouliez très très fin et que vous vous le car…

– Colonel, John’s running towards a great danger !!!


La voix alarmée de Silverstring mit court à la querelle des deux officiers.


Il est rare qu’une situation dérape sans qu’elle soit accompagnée d’un instant d’une durée significative où personne ne parvient à prononcer le moindre mot, ni même à faire un geste. Ce que chacun connaît comme le grand moment de solitude.


Même l’ordinateur du conseiller spécial était muet, au grand désespoir de son maître. Silverstring attendait des consignes. Et s’il en fallait plus pour le déstabiliser, le colonel dut reconnaître qu’il était à court d’idées.


– Bon sang John qu’est-ce que c’est que ce foutoir !


Un silence. Un souvenir, recueilli au cours d’une des nombreuses bourlingues qui avaient lié les deux hommes. Et la voix du colonel paraissait soudain plus sereine :


– Annulez l’ordre de mise en route d’Anaconda 1 et 2. Coupez tous les signaux et communications avec Juliett Golf.


Surprise, Ophélie allait contester ce qu’elle considérait comme un abandon quand elle sentit la main de Miss Backfire sur son épaule. Ce contact lui rappela les mots que la doyenne du SLOB avait eu quelques jours plus tôt à l’égard de Mac Gregor : « Il est con comme une table mais pour prendre une décision, c’est le genre d’homme à poser ses attributs sur le comptoir. »


La coupure soudaine des communications provoqua une vague d’effroi qui gagna l’ensemble des opérateurs du SLOB. Tous regardaient sur l’écran géant le point rouge qui marquait la position de John Gourmette, et qui maintenant clignotait.


– J’espère que vous savez ce que vous faites, Mac Gregor, car je ne manquerai d’en référer au Président, souffla le conseiller avec sarcasme.


Le militaire ne fit pas l’effort de répliquer. Il était certain que John Gourmette s’était volontairement comprimé les testicules, afin de transmettre à son mentor un message que d’autres ne devaient recevoir.


Et qu’importe s’il avait tort : John travaillait désormais en toute autonomie et clandestinité, ce qui était finalement la meilleure des choses.


– Tu es dans ton élément. Good luck, Son.


John Gourmette.


Sur l’écran du SLOB, un point rouge qui clignote.


En réalité, l’espoir d’une Nation.




7. Une étoile pour les braves


C’était une nuit merveilleuse. Ni nuage ni lune pour gêner le spectacle grandiose des étoiles. La mer était d’huile, et l’embarcation pneumatique rejoignait son navire-base avec à son bord les trois militaires français et l’otage libérée.


Dans un souci de discrétion le moteur était éteint et le bateau avançait à la rame. Alors qu’il pagayait, John Gourmette s’enivrait de la légère bise de mer qui rafraîchissait l’air. Tout homme, même soumis aux obligations du service de la Patrie, doit savoir reconnaître les instants à savourer comme un fruit prêt à tomber de son arbre. La vie est trop courte, ou trop pleine de rapports circonstanciés et de réunions de copropriété.

Et puis l’opération était un réel succès. Elle avait pourtant manqué de tourner au drame.


La première partie n’avait posé aucune difficulté : à la faveur d’une météo favorable, le commando avait pu sans peine approcher leur Zodiac à proximité du voilier. S’inspirant du film relatant l’histoire d’un champion russe de natation traversant la mer Baltique, John Gourmette s’était alors enduit le corps de graisse de phoque avant de glisser dans la masse sombre de la mer d’Arabie.


À peine avait-il franchi la moitié du parcours qui le séparait du Persian Rhapsodie que John avait aperçu une ombre gigantesque à mi-profondeur. À cette distance il pouvait difficilement en discerner les contours, mais il avait tout de suite pensé à un requin et, considérant la taille du bestiau, évalué les chances de succès d’une confrontation face to face.


Et John Gourmette avait vu son heure arriver : « Bon sang ce truc va me gober comme un anchois ! »


La différence entre le grand moment de solitude de ses compagnons et ce que vécut John réside principalement dans la perspective de finir en un ensemble éparpillé de chair sanguinolente et de graisse de phoque. Dans ce dernier cas, l’effroi laisse toujours une petite place aux réflexes de survie.


Rompant la procédure de discrétion, John avait allumé son phare de plongée et dirigé vers l’ombre menaçante. Quel n’avait pas été son soulagement en s’apercevant qu’il s’agissait en fait d’un sac plastique immergé entre deux eaux, et qui par l’action du courant avait pris la forme caractéristique d’un squale !


Retrouvant ses esprits, John avait repris son parcours, avant de s’apercevoir que les communications avaient été coupées avec le PC tactique. Bah, avait-il pensé, ce n’est pas plus mal.


Quand la légende prétend que l’on est capable de faire face à un régiment de Talibans sans reculer d’un pas, autant éviter de communiquer sur un sac Mobalpa qui vous envoie les parties au niveau des amygdales.


Le reste de l’action s’était déroulé de manière nominale : on fait un trou, le bateau coule, quelques bourre-pifs pour les méchants et on récupère l’otage. Celle dont on ne devait souffler mot.


John la regarda. Avec sa longue crinière blond platine, ses formes plantureuses et son visage taillé au laser, elle lui rappelait un mannequin qu’il avait vu sur un dépliant publicitaire pour fusils d’assaut. C’était certes une belle plante, mais il était difficile de croire qu’elle présentait un intérêt stratégique pour le pays.


Cela importait peu à John : il allait bientôt pouvoir rejoindre sa tendre épouse, sa fille aînée adorée et son sweet sugar baby avec la satisfaction du devoir accompli.


Oui, cette nuit était définitivement merveilleuse. Et parmi toutes les étoiles, entre deux coups de pagaie, John crut reconnaître la sienne, celle qui lui avait évité les balles perdues, la chaude-pisse et les séances de préparation à l’accouchement.


 
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   socque   
3/11/2011
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Ah, voilà de la bonne parodie, je trouve ! L'américanisation à outrance de la France m'a déstabilisée au début, mais finalement pour moi elle colle à merveille au texte. J'ai particulièrement apprécié la lente montée en puissance du délire (au début, on pouvait presque se croire face à du sérieux), le burlesque décidé mais à mon avis bien dosé. Du beau boulot, oui, et une mention pour le sac Mobalpa en forme de requin ! Les personnages sont caricaturaux, bien sûr, mais nettement campés et je trouve que le texte n'en fait pas des tonnes ; c'est d'ailleurs pour moi ce qui contribue à sa réussite : le dosage.
Un regret tout de même : je n'ai pas saisi la révélation sur l'identité de l'otage. Il doit y avoir une allusion...

"on ne t’a pas mise sur un dossier facile … Mais la directrice, voyant qu’il y aurait du lourd en face, m’a demandé de mettre" : dommage, pour moi, le même verbe utilisé dans deux phrases successives.
"Il réalisa même qu’il connaissait la réponse avant même d’entrer" : les deux "même".
"L’hélicoptère arrivait maintenant sur la zone ciblée, et quelques secondes séparaient maintenant" : les deux "maintenant" font lourd, je trouve.

"un pays riverain du golfe persique, dont le nom s’écrit en 4 lettres : la première est un I, la dernière un N ».
Le conseiller doutait continuellement de la sûreté de son entourage, et avait l’habitude de s’exprimer par énigmes. Celle-ci fit sourire le colonel en son for intérieur : au SLOB, ses ingénieurs analystes bardés de diplômes et leurs ordinateurs surdéveloppés auraient vite fait d’en venir à bout." : j'adore !
"La voix du conseiller spécial retentit auprès de l'auditoire féminin comme la corne de brume d'un phare perdu dans un brouillard de phéromone." : ça aussi.

   Anonyme   
4/11/2011
 a aimé ce texte 
Vraiment pas
Après des lectures et relectures pénibles, j’ai ressenti, de façon globale, un certain malaise devant ce texte. En effet, l’histoire parle de John Gourmette comme un héro de l’armée française. L’auteur situe la toute première scène à… La Seyne (sur Mer, peut-être ?). Puis il est question de Plonéour (en Bretagne, même si l’auteur indique Wyoming 29), du « premier homme de France », à Paris, du « meilleur élément de l’armée française », de « la Camargue sans les moustiques », tout ça mélangé au Bureau ovale, à des personnages plus américains les uns que les autres, à des sigles qui finissent par fatiguer. On ne sait plus si l’on est en France ou aux USA.
Cette américanisation complaisante m’a indisposé.
Les divers lieux où l’action est sensée se dérouler sont imbriqués les uns dans les autres, de telle façon que je ne savais plus qui était où, faisait quoi, à quel moment de la chronologie !
Les dialogues sont truffés d’expressions grossières, vulgaires, qui voudraient apporter une note virile mais ne font que discréditer ces scènes. D’autant plus que les éléments qui devraient être réellement « sérieux » (stratégie, tactique, logistique, codage) sont, eux, puérils.
Je trouve, par exemple, cet argument de vente d’arme :

« Soyons clair : si Coyotte avait acheté le SULFATOR, Bip-bip aurait fini en nuggets !». »

Sommes-nous dans un dessin animé ? Ou dans un entretien de haut niveau pour une transaction de plusieurs millions de dollars ?

Ou bien cette scène entre le Président, le Colonel Mac Gregor et le Conseiller O’veil :

« - Merci, monsieur le Président. Colonel, il s’agit de traiter une prise d’otage qui a eu lieu dans les eaux intérieures d’un pays riverain du golfe persique, dont le nom s’écrit en 4 lettres : la première est un I, la dernière un N ».
Le conseiller doutait continuellement de la sûreté de son entourage, et avait l’habitude de s’exprimer par énigme. Celle-ci fit sourire le colonel en son for intérieur: au SLOB, ses ingénieurs analystes bardés de diplômes et leurs ordinateurs surdéveloppés auraient vite fait d’en venir à bout. »

Faut-il vraiment des « ingénieurs analystes » et des « ordinateurs surdéveloppés » pour déchiffrer « l’énigme » du Conseiller à propos du nom de ce « pays riverain du Golfe Persique » ?

Sans compter les contradictions, comme celle-ci, dans le portrait peu flatteur de John Gourmette :

« Un costume bon marché et trop petit, un regard fuyant, une voix mal assurée : Swellen avait du mal à croire qu’elle se trouvait face à la légende militaire qui avait permis à la France d’asseoir sa domination sur le monde. »

et quelques lignes plus loin :

« -« Et vous, Swellen, jusqu’où irez vous ? ». John Gourmette avait relevé la tête et s’adressait à la Business Lady avec une voix rugueuse et déterminée. »

Alors, ce héros a-t-il une voix mal assurée ou rugueuse et déterminée ?

Si l’auteur avait mieux travaillé son scénario, mieux situé son action, mieux campé ses personnages, nous aurions pu avoir un histoire captivante sur la libération d’un otage.
Mais là… L’auteur a cru faire du James Bond, peut-être. Mais c’est plutôt raté, désolé de le dire aussi carrément.

   caillouq   
20/11/2011
 a aimé ce texte 
Beaucoup
J'adore le style désinvolte, le déluge d'acronymes, le détournement de clichés que j'ai dévorés sourire au lèvres (j'avoue avoir particulièrement pouffé à la lecture de l'énigme à propos du pays en 4 lettres etc dont le SLOB viendrait -certainement- à bout). Et c'est parfaitement écrit. Heu ... serait-il possible de connaître la blague du pingouin ? (j'en connais une, de blague de pingouin, mais on y respire normalement, ça ne doit pas être la même ...)
Bref, une superbe réussite.
(et l'otage, à la fin, c'est qui ? Carla n'a jamais été teinte en blond platine ?!)

   widjet   
2/12/2011
Commentaire modéré

   widjet   
2/12/2011
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Ce qu’il y a d’assez remarquable dans ce texte, c’est qu’on navigue constamment entre deux eaux, celles du (relativement) sérieux et de la parodie. On ne tombe jamais véritablement dans la grande pantalonnade, mais l’humour est constamment présent avec des images drolatiques (intelligemment disséminés ça et là), les clins d’œil assumés (avec la visite du colonel à l’ancien soldat, de son prénom John, les phrases cultes qu’on se souvient tous comme –« Cette guerre n'est plus la mienne » – c’est bel et bien un hommage à notre Sly/Stallone/Rambo, d’ailleurs cité ici et un peu à James Bond également de par son succès avec la gente féminine).

J’ai donc aimé que l’auteur ne choisisse jamais véritablement son camp entre la blague (renforcé par les références modernes et le « name dropping » tout au long du récit : Lova Moor, Dorothée sans oublier les noms « à la con » des protagonistes comme « SilverString » ou « Miss Boops ») et le récit « sérieux », ne négligeant pas la forme (car c’est bien écrit de surcroit et il était important que l'écriture ne soit pas sacrifiée sur l'autel de la déconne) et sa mise en scène appliquée et détaillée (il y a des passages – le plan d’action – plutôt techniques, des descriptions qui ne font pas « rafistolages » mais renforcent bien l’immersion et l'utilisation des acronymes des différents services qui donnent un certain cachet réaliste à l’ensemble).

Les dialogues et les répliques fusent sec (même si dans le lot, certaines tombent à l’eau), il n’y a certes pas d’action (on sent bien que l’auteur se régale davantage dans le verbiage que dans le mouvement), mais jamais l’ennui ne pointe son museau car on est toujours en alerte d’un bon mot et puis, c’est très fluide, ça se lit tout seul.

Un premier texte prometteur donc, la meilleure surprise depuis des semaines.

Alors, joie.

W

   Perle-Hingaud   
3/12/2011
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Pour commencer, j’ai bien ri à cette lecture. Bravo ! Une parodie vraiment amusante, des trouvailles déjantées, des personnages à la Dujardin dans 0SS 117. On est dans le peu fin, mais c’est drôle, je ne vais pas bouder mon plaisir !
Ceci dit, je n’ai pas tout saisi :
-« Nous y sommes, déclara Dave en adressant un signe au chauffeur. Réajustant une mèche blonde rebelle, elle descendit de la voiture… » qui est le « elle » ? ou « Mais Swelen Burger avait été catégorique… » ce n’est pas plutôt la directrice qui impose Swelen ?
- Il est français, Gourmette, mais il travaille pour les américains, c’est ça ? « Bon sang, ce con tourne au vert : le meilleur élément de l'armée française est en train de se perdre dans l'idéologie bobo! pensa amèrement le colonel. » (sachant que le colonel travaille pour les USA : bureau ovale…).
Enfin, ce ne sont que des détails. Merci pour ce bon moment.

   Anonyme   
4/12/2011
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Une très belle réussite dans le registre difficile de l'humour, une grande finesse dans le second degré et un style très prometteur.
Une nouvelle qui se dévore.
Merci pour ce bon moment à quand la suite ...

   Cg   
7/12/2011
Commentaire modéré

   David   
28/12/2011
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Cg,

"En temps normal, Miss Boops était un élément indispensable à toute négociation. Formée par Lova Moore, elle avait commencé par exposer des Sport-Elec au marché de Ploneour, dans l’État du Wyoming (29). Dave Maureen l’avait immédiatement repérée, et elle était devenue l’arme fatale de Maxi Gun Industry (MGI)."

C'est cette Miss Boops qui serait la fameuse otage, peut-être après une démonstration de produit qui tourne court, les "terroristes" pouvant autant être de véritables guérilleros que les membres d'un "SLOB" moyen oriental :D

Y'a plein de sigles, et c'est tordant. Ça m'a fait penser à la PAF, la police de l'air et des frontières dont l'acronyme a encore été cité dernièrement, sans rire, aux journaux télévisés, à l'occasion d'une grève au moment de noël. Quand je pense qu'on fait chier les jeunes avec le sms alors que la "siglitude" a tant sévis et sévit encore... j'aime bien lire des trucs qui me rappelle à quoi ça sert la poésie : à prendre conscience des énormes pitreries de ce genre, l'homophonie idiote résultant d'une pratique pas bien réfléchie, mais sans doute réalisés par des gars salariés à 7 chiffres annuels, surdiplomés et suréseautés, mais borgnes manifestement, un peu comme ce "conseiller O’veill" peut-être.

Y'a un truc dans la narration, c'est pas du Audiard, si on prend ses dialogues comme une maitrise de l'argot pour le sublimer, mais c'est le contraire, une maitrise d'un langage de spécialiste pour le ridiculiser, avec un même but de créer une atmosphère captivante, surprenante, de donner le beau rôle aux lecteurs aussi. C'est même un peu mêlé avec les dialogues de Mac Grégor et O'Veill, et l'américanisation quasi-systématique aussi, c'est très bon.

Bref, encore !

Edit : Ou alors Miss Boops vendait le SULFATOR à l'Iran dans ce bateau, et elle n'est pas réellement otage mais impliquée dans une contrebande d'armes !?

   Selenim   
9/1/2012
 a aimé ce texte 
Un peu ↓
Un texte qui m'a semblé bien long. Cet alliage d'humour potache (un peu) et bas de ceinture (tout le reste) pendant 50.000 signes... épuisant.

J'ai eu l'impression de voir gesticuler les Inconnus au sein d'une de leurs parodies, l'irrévérence en moins. L'humour est presque exclusivement basé sur le graveleux et il manque à la longue d'inventivité.

L'écriture tire du côté années collège sans vraiment faire d'effort de mise en forme ou de finesse. C'est du divertissement, c'est assumé et ça remplit parfaitement son rôle. L'enchainement entre les phases narratives et les dialogues est bien équilibré. La lecture est dynamique, pour ce qui concerne le rythme.

Le gros point faible du récit vient du manque de surprises. Pour un texte catalogué en aventure/épopée, un comble. L'auteur tire tellement souvent et fort sur la grosse ficelle "humour pas fin" qu'elle se casse rapidement. Le cruel manque d'inventivité et de renouvellement est venue à bout de ma motivation. Entre greffe testiculo-robotique, acronyme slibesque et autres gravelosité érectiles, j'attendais comme une bouffée d'air pur poncif parodique suivant.

Alors oui, je ne suis pas client de ce genre de divertissement. Mais il me semble que l'auteur aurait pu gagner en percutions ce qu'il aurait perdu en longueur.

Selenim.



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