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Réalisme/Historique
CitizenErased : Mais les oiseaux s'en foutent
 Publié le 26/01/13  -  11 commentaires  -  3428 caractères  -  154 lectures    Autres textes du même auteur

Je m'oublie dans mes comptes. Je t'oublie dans mes comptes. Je compte le nombre de preuves que j'ai du contraire.


Mais les oiseaux s'en foutent


Jour trois. Cigarette soixante-treize. Briquet numéro deux. Quarante-deuxième café. Je compte tout. J'ai mangé deux fois, dormi quatre heures, donné trois coups de poing dans le mur depuis soixante-sept heures. J'ai jeté un portable par la fenêtre quand il a sonné pour la huitième fois. J'ai claqué quinze fois l'interphone sur la commode. J'ai eu trois fois plus de gens tentant de prendre contact avec moi que d'habitude. Je m'oublie dans mes comptes. Je t'oublie dans mes comptes. Je compte le nombre de preuves que j'ai du contraire. Je compte les choses que j'aurais pu changer. Zéro. Je sais, zéro. Les choses que j'aurais voulu changer. Une. Toutes, mais une.


Je dis des nombres comme ça. Quatre, mille deux cent quinze, dix-sept. J'aime bien dix-sept. Même si je sais que c'est faux, j'aime bien. Je m'en fous. La vérité, ça va, je connais aussi. Combien de fois ? Une fois, tous les jours, trois fois par jour. J'essaye de comprendre pourquoi j'aime bien dix-sept. Et très vite, je n'aime plus dix-sept. C'est bête, j'aimais bien aimer dix-sept. Je suis triste maintenant. Maintenant. Combien de fois ? Toutes les fois. Ça fait beaucoup, trente et un mille vingt-six ou plus. Sûrement plus, et moins. Parce que, toutes les fois, j'exagère. C'est pas possible, je pense. C'est simplement un fantasme, même si c'est un triste fantasme. Mais il y en a beaucoup, des tristes fantasmes. On peut pas les compter. Peut-être que c'est toujours triste en fait. Peut-être que c'est seulement moi.


Zéro. Gouttes d'alcool. Je ne veux pas oublier, parce que je ne veux pas me souvenir. Je ne veux pas de la chute entre les deux. Une fois, c'est tout. Je regarde les choses qui ont perdu leur sens, leur vie. Je les touche, je les sens, je les compte vaguement. Une, deux, cinq. Toutes pareilles. Froides. Je ne les comprends plus. Sans bouger, elles ne sont plus à leur place. Importantes jusqu'à ce qu'on se demande ce qu'elles foutent là. Elles ne sont pas hostiles, mais bon, il faut quand même que les choses aient un sens. Un. Sens. Ou pas, zéro, zéro, zéro. À l'endroit, à l'envers. Pourquoi, pourquoi pas. Alors j'en brûle un peu. Sept, huit, onze. C'est égal. C'est, ça n'est plus. Reste l'odeur et l'idée que ça a été. Et le briquet s'use. Il est plus léger déjà. Je le mords un peu, ça l’abîme. C'est pas vraiment le mien, mais c'est égal maintenant. Ça abîme les dents, mais elles sont à qui, ces dents ?


Le bruit, c'est quelque chose aussi. Il y en a qui bougent, autour. Derrière les murs. Mais pas trop. Plus que moi, mais pas trop. En silence. Un bruit, deux bruits. S'ils en font plus, je crie. Il n'y a que les oiseaux qui en font vraiment. Pas un bruit ou trois, non, trois heures oui. Je crie aussi. Mais les oiseaux s'en foutent.


Je fais semblant de me couper. Une, deux, trois lignes. Ça doit faire mal. Ça doit faire du bien. Quatre, cinq, six lignes. Et pas une pour de vrai. Je veux pas vraiment savoir. Je veux surtout pas oublier. Je veux vraiment pas me souvenir. J'ouvre la fenêtre. Ça doit faire peur, ça doit faire rire. C'est pas très malin, ça sert à rien. Mais je sers à quoi, maintenant ? Dans l'arbre. Il y a douze oiseaux. Non dix. En fait, ça change. Il me reste une seule cigarette, c'est pas normal. Soixante-treize plus une ça fait pas un nombre normal. Tout ça, c'est pas normal. Un œil, deux yeux. Je pleure.

« C'est pas normal ! » Je crie.

Mais les oiseaux s'en foutent.


 
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   socque   
7/1/2013
 a aimé ce texte 
Bien
Un drame dont on ne saura rien à part qu'il y a quelqu'un qu'on veut ou ne veut pas oublier, un narrateur (j'ai l'impression d'un homme, même si grammaticalement, si j'ai bien lu, rien ne le précise) complètement à la ramasse, un discours obsessionnel, ressassant... Si, supposant qu'on parle d'une rupture, je trouve le sujet franchement ressassé, je dois dire que la manière me paraît efficace, expressive... mais rien à faire, je ne suis pas enthousiaste à cause du sujet.

Le mouvement du texte est bon pour moi, la longueur aussi. La manière bonne, mais pas exactement inédite non plus ; le procédé de narration un peu voyant à mon goût.

   macaron   
7/1/2013
 a aimé ce texte 
Pas
Je ne comprends pas votre texte.J'ai d'abord cru à un TOC et puis non un prisonnier. Là, je suis peut-être un peu dans le vrai-prisonnier de lui-même- mais la fin me laisse pantois: pourquoi les oiseaux s'en foutent? Il aurait fallu laisser entrevoir quelque chose, un indice, une idée dominante.

   Anonyme   
26/1/2013
 a aimé ce texte 
Bien
C'est pas un drame, c'est un mal-être, une sorte de lumière exacerbée. Une tristesse, quelque chose qui rend vive une vieille douleur ?

Ici, l'intérieur de soi est décliné à l'envi, le nombril regardé de près. Mais le pari du texte, une écorchure, est réussi. Surtout cette phrase dite aux oiseaux : c'est pas normal. Non, la dérive n'est pas normale, mais la clairvoyance est déjà un accès vers le mieux.

Un texte bien troussé.

EDIT pour Widjet : le 17, si ce n'est le numéro d'urgence mais ce n'est pas ça, le 17 :

"On n'est pas sérieux quand on a 17 ans / et qu'on a des tilleuls verts sur la promenade", Arthur Rimbaud, de mémoire :)

   widjet   
26/1/2013
 a aimé ce texte 
Un peu ↓
Phrases courtes. Cuttees. Le rythme est bon pour renforcer le caractère obsessionnel limite autiste. Mais à part çà rien pour nous donner l'ombre d'un indice sî ce n'est qu'il y a quelqu'un qu'il (j'ai pensé à un homme pour le heros) ne veut pas oublier. C'est sans doute assez comme élément, mais je reste sur ma faim quand même.
Y a t'il un indice cache derrière le 17? Date de rencontre ? Sais pas....

Widjet

   Miguel17   
26/1/2013
 a aimé ce texte 
Un peu ↓
Je suis peut-être passé à côté du sujet mais je n'ai pas vraiment aimé. Quoique le style soit bien installé, les phrases courtes et les chiffres qui reviennent donnent une impression de folie ambiante. C'est presque hypnotique et on lit très vite. De ce côté là j'ai bien aimé, mais pour l'histoire et le narrateur, j'ai pas trop accroché. Merci quand même =)

   AntoineJ   
26/1/2013
 a aimé ce texte 
Un peu
Dérangeant et obsédant
Si c'est effectivement l'effet recherché alors bravo et le fait de laisser de côté la cause y contribue.
Régression enfantine vers le comptage rassurant, blues dépressif du vide, tout y est ...
Ceci étant ce 'cri' me laisse sur ma faim : et après ? Manger des oiseaux ? Dénombrer les étoiles ?
Dis autrement, pas assez orientée vers le lecteur (juste sur ses émotions) a mon goût

   brabant   
26/1/2013
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour CitizenErased,


Il doit avoir beaucoup à se faire pardonner celui-là. Mais il ne semble pas prêt à faire l'effort. Il compte les vétilles, innombrables, mais il sait quelle est sa faute, et là elle doit être énorme. Pareil ! Il n'est pas prêt à retourner en arrière. C'est un orgueilleux, un obstiné...

Qu'il patauge dans sa mouise puisqu'il lui est impossible de se remettre en question !

Pas sympa le gars ! Elle a eu raison de partir... Il me semble qu'elle a dû faire preuve de beaucoup de patience. Qu'il fume sa dernière cigarette ! C'est foutu pour lui et c'est bien fait ! Que ses jérémiades lui tiennent lieu de compagne !

Géronimo va !

Moi Cochise :D hugh ! :D

A+

Belle écriture bousculée télescopée, en soufflet écrasé, s'est pris une porte en pleine poire votre héros ! D'où le faciès désaccordé ! Boeing ! Boeing ! Lol :))

   Anonyme   
27/1/2013
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour CitizenErased,

Ton texte m'a assez plu. J'ai aimé le style concis propre à la nouvelle. En tous cas, pour moi, c'en ai une car pas de fioritures, rien de trop qui ne traîne en longueur...et c'est ce que j'aime ! D'autre part, j'ai aimé ce côté implicite qui laisse une place à l'analyse. Pour moi, c'est un Bien +
Et, pour finir, je citerais cette phrase de Christophe Donner qui me semble résumer assez bien ta nouvelle : "Il y a deux sortes d'écrivains, celui qui raconte ce qu'il a vécu et celui qui raconte ce qu'il n'a pas vécu."

Salutations,
Bonnie

   Palimpseste   
27/1/2013
 a aimé ce texte 
Un peu
J'ai bien aimé le procédé, de structurer une nouvelle autour du dénombrement. ça m'a fait penser au magnifique film "Un homme d'exception" sur le thème des nombres et de la folie (et d'un autre film dont je ne me souviens plus du titre)...

Par contre, le procédé pourrait être mis au service d'une histoire et là, c'est un peu frustrant...

"les oiseaux s'en foutent", je comprends cette dernière penser avant de sauter dans le vide, mais c'est avant que ça pêche. La descente aux enfers. La nouvelle est un peu trop courte pour donner la profondeur du sujet, c'est dommage.

Sinon, de bonnes idées et une écriture qui se laisse lire, avec un rythme bien assorti à la trame. Du bon boulot sur la forme !

   Anonyme   
2/2/2013
 a aimé ce texte 
Beaucoup
L'important pour moi ici est le chiffre 17. On ressent que ce chiffre a une importance capitale : il purge 17 ans de prison, il a tué sa fiancée de 17 ans... Il est italien. Les Italiens craignent les 17, car 17 s'écrit XVII en chiffres romains, qui est l'anagramme de VIXI, qui veut dire "j'ai vécu" donc je suis mort. En Italie, les immeubles n'ont pas de 17ème étage, les hôtels n'ont pas de chambre 17, et les avions d'Alitalia n'ont pas de place 17 [les avions d'Air Inter et les Concorde de British Airways non plus]. Lorsque Renault a commercialisé sa R17 et qu'il a été question de l'exporter en Italie, il fallut la rebaptiser "Renault 177". Napoléon Bonaparte, plus italien que français dans son éducation, se refusa à donner le signal de son coup d'Etat le vendredi 17 brumaire et il l'ajourna au lendemain.
Pour moi le centre est le chiffre 17 donc j'ai trouvé une histoire. La force de ce texte est de nous faire trouver notre propre histoire.

   Damy   
6/2/2013
 a aimé ce texte 
Beaucoup
J'ai beaucoup aimé cette lecture et l'originalité de l'écriture qui fait que j'ai été essoufflé à chaque point final de chaque "phrase". J'ai dû m'en griller cent vingt douze.
J'ai beaucoup aimé aussi le passage sur le rapport avec le nombre 17 et celui sur le rapport avec le sens unique des choses.

C'est une belle expression de l'inanité.
Les oiseaux n'iront qu'à se coucher pour mourir.


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