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Sentimental/Romanesque
Coline-Dé : Peinture à l'eau
 Publié le 16/01/11  -  21 commentaires  -  7138 caractères  -  193 lectures    Autres textes du même auteur

Entre l'image et la réalité, l'espace d'une prise de conscience...


Peinture à l'eau


Il avait installé son chevalet en aval de l'écluse, pour bénéficier de rayons obliques. Il n'aimait pas les lumières frontales.


"Le contre-jour, Mine… ce qui illumine la périphérie, en laissant obscur le sujet… la seule chose qui puisse durer, c'est le mystère. Le grand jour est d'un ennui !"


D'ici, je ne voyais pas ce qu'il faisait, seulement sa silhouette gracile et le geste élégant du pinceau tenu presque à bout de bras. Je n'avais pas ouvert mes volets. Le lucarneau de la salle de bains était moins repérable.


Mon reflet consulté, aussi indécis que moi, ne m'aidait pas ; d'ailleurs, je n'arrivais pas à me voir : je revoyais ce qu'il avait peint, une grande forme compacte, auréolée de lumière blonde. En contre-jour, bien sûr.


Et je ne me reconnaissais pas. Le portrait dégageait une impression de tranquillité rassurante. Étais-je ainsi ?


Il l'avait très vite emporté. Je n'en avais même pas une photo. Je me scrutai. Ce que je voyais m'emplissait d'incertitudes : une assez belle femme de quarante-huit ans, teint clair, yeux clairs, cheveux clairs, l'air un peu bovin… Comme cela correspondait peu à ce que je me sentais intérieurement ! J'aurais dû être une petite chose brune, vive et fragile, pleine de passions contradictoires. Mais je sais depuis longtemps qu'on ne peut pas se fier à son miroir : même pour soi seul, on compose, on relève les sourcils, on retend la peau, on se sourit, l'image est apprivoisée. Pour trouver une image sauvage, il faut la rencontrer par hasard, dans les démultiplications qu'offrent certains magasins : tout à coup, on se voit sous un angle inhabituel, sans y être préparé ; c'est un choc. Comme se voir avec le regard de quelqu'un d'autre.


Il m'avait vue comme le canal, lente, paisible, sensuelle, peu profonde.


Cette image menteuse faisait une jolie carrière : presque grandeur nature, la toile avait amorcé une nouvelle manière, encensée par les critiques. Il devait gagner beaucoup d'argent.


Qu'était-il venu faire ? Me rembourser ? Vérifier que son charme opérait encore ? Me demander de poser de nouveau ? Le soleil était plus vertical, il n'allait pas tarder à cesser de peindre.

Allons, je pouvais peut-être me faire confiance. Prise d'une frénésie subite, je tâchai de composer l'image d'une femme qui va retrouver son amant pour un pique-nique romantique au bord de l'eau, robe légère, regard amoureux.


Arnaud.


Il m'appelait "ma blanche Hermine". C'était le nom qu'il avait donné à la toile.


Lorsque, ma toilette finie, je me décidai à le rejoindre, il avait disparu.


Ce fut une journée bizarre, comme vécue par quelqu'un d'autre, quelqu'un dont la vie ne m'intéressait guère que par une superficielle politesse. Je me souviens avoir marché le long du canal. Les peupliers libéraient une bourre duveteuse qui s'amoncelait dans les creux abrités. On aurait dit des nids. Cela seul me paraissait avoir un sens. Un nid, oui.


J'ai pris un café avec Marthe. Petit Jean m'a demandé si j'allais à la battue du lendemain. Je ne sais plus ce que j'ai répondu, mais le soir, j'ai graissé mon fusil.


J'ai dormi lourdement. Dès le soleil apparu, j'ai filé au lucarneau. Il était là.


Pourquoi peindre là, juste en face de mes fenêtres, et ne pas venir sonner à ma porte ? Quel diabolique jeu de cache-cache avait-il inventé ?


J'ai bu un café amer. Dans ma tête s'enchevêtraient souvenirs, regrets, colère, un magma de sentiments confus : trois ans sans nouvelles, j'ironisai "sûrement il n'en peut plus de vivre sans toi, il a eu le temps de réfléchir !..." J'étais trop vieille maintenant, d'ailleurs j'étais déjà trop vieille pour lui il y a trois ans, ça n'avait pas changé. L'argent qu'il m'avait pris revenait en boucle - pour masquer une blessure plus douloureuse ?


Et moi, qu'est-ce que je voulais de lui ?


Je voulais qu'il me rende ce qu'il m'avait pris. Mon cœur, mon argent, mon image. Et qu'il aille se…


Non. D'abord le tuer, et ensuite seulement lui pardonner, serrer sa tête contre moi, caresser ses boucles…


J'ai chaussé mes bottes, pris mon fusil et je suis sortie par derrière.


Une battue, c'est particulier. J'aime cette âcre fraternité du sang à verser. Elle me venge. Toute la journée, j'ai couru après un sanglier, qui avait parfois les yeux verts. Sur les quatre heures de l'après-midi, Pierre Dandieu l'a abattu. C'était une laie. J'avais les larmes aux yeux. Je suis rentrée chez moi sans m’arrêter au bistrot pour les traditionnelles libations.


T’es bien pressée, m'a jeté Petit Jean goguenard, t'as un rencart ?"


Non.


Non, Petit Jean, j'ai seulement à regarder quelque chose. Et pas à contre-jour, cette fois.


J'ai d'abord aperçu le blanc de l'enveloppe, à la hauteur de la poignée. Puis le long rectangle appuyé contre la porte, enveloppé de papier kraft. Je ne voulais pas supposer, et je ne voulais pas savoir. J'ai failli faire demi-tour.


C'était elle."La blanche Hermine". Infiniment plus belle que dans mon souvenir et que dans les revues. Lumineuse. Tendre.


Je tremblais. Il n'y avait personne le long du canal, ni sur la route. La lettre m'hypnotisait. J'essayais de l'apprivoiser, je pressentais sa nocivité, je voulais espérer encore, la contraindre à m'annoncer du bonheur, je la caressais du bout des doigts, elle avait quelque chose de doux et de terrible…


J'avais rentré "la blanche Hermine", je lui souriais, heureuse comme de retrouver une amie.


Elle allait m'aider à affronter le reste. Je passai un long moment à mettre tout en ordre : la lampe, le grand fauteuil bleu, enfiler le peignoir qu'Arnaud m'avait offert, avec ses larges ramages bariolés, régler le contre-jour, puis j'ouvris la lettre.



"Mine,


Je ne sais pas ce que je voulais en venant ici. Te voir. Te parler.


J'ai peint en attendant que tu reviennes, ce canal qui te ressemble tellement. Et j'ai réfléchi : c'est peut-être mieux que tu sois absente, ça me donne la force de repartir. Je ne suis pas quelqu'un de courageux, j'aurais sans doute cédé au désir de me faire consoler, materner…Tu vaux mieux que cela.


Je t'ai rapporté "la blanche Hermine", elle te revient de droit. Je ne pourrai sans doute pas te laisser l'argent que je te dois, la trithérapie coûte cher.


Adieu, ma belle Mine, j'ai un cuisant regret de ne pas t'avoir aimée comme tu le méritais, tu es une femme merveilleuse.


Je retourne à mes errances parisiennes comme dit ma sœur. Je vais essayer que la vie soit gaie jusqu'au bout. Ne sois ni trop triste ni trop sévère en pensant à moi…


Arnaud"


Si j'avais ouvert mes volets…


Oh mon Dieu, si j'entamais cette litanie de si, j'allais basculer dans un monde magique et cruel dont je ne sortirais plus…



La blanche Hermine dressait face à moi son inébranlable certitude d'exister. J'ai passé la nuit à la regarder. Et au petit matin, j'ai célébré ses noces avec le canal. Elle a flotté paisiblement. Une femme comme ça est insubmersible, j'aurais dû m'en douter.


Alors je suis allée décrocher mon fusil. Il y avait un reflet éblouissant sur le canal ; j'ai tiré, à contre-jour.


 
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   Bellaeva   
7/1/2011
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Oui à ce texte car il y a une réelle atmosphère, ce bord du canal, le lucarneau, la bourre des peupliers etc… et surtout de la poésie.…
Oui, car j’aime le féminin sauvage qui se dégage de cette femme (pas celui enfermé dans les magazines, on est d’accord).
Oui car il y a de très belles phrases comme celles-ci-dessous … :
« la seule chose qui puisse durer, c'est le mystère. Le grand jour est d'un ennui !"
« Comme cela correspondait peu à ce que je me sentais intérieurement ! J'aurais dû être une petite chose brune, vive et fragile, pleine de passions contradictoires. »
« Pour trouver une image sauvage, il faut la rencontrer par hasard, dans les démultiplications qu'offrent certains magasins : tout à coup, on se voit sous un angle inhabituel, sans y être préparé ; c'est un choc. »
« Ce fut une journée bizarre, comme vécue par quelqu'un d'autre, quelqu'un dont la vie ne m'intéressait guère que par une superficielle politesse. »
« Les peupliers libéraient une bourre duveteuse qui s'amoncelait dans les creux abrités. On aurait dit des nids. Cela seul me paraissait avoir un sens. Un nid, oui. »
« je voulais espérer encore, la contraindre à m'annoncer du bonheur, je la caressais du bout des doigts, elle avait quelque chose de doux et de terrible…. »

Non, car elle, cette femme, existe, mais lui n’existe pas …il ne s’incarne pas…Et du coup, j’ai dû mal à accrocher à cet amour.
Ou est-ce un amour que narcissique ? Elle s’aime elle à travers lui et ce portrait ?
Mais merci pour ce beau portrait de femme, pas loin de la Diane chasseresse.

   Anonyme   
8/1/2011
 a aimé ce texte 
Bien ↑
"La blanche Hermine dressait face à moi son inébranlable certitude d'exister. J'ai passé la nuit à la regarder. Et au petit matin, j'ai célébré ses noces avec le canal. Elle a flotté paisiblement. Une femme comme ça est insubmersible, j'aurais dû m'en douter."

Une écriture poétique comme les éléments de ce joli texte : l'eau, la peinture, les couleurs, la nostalgie, le vague à l'âme, les come back...

Beaucoup de lumière et d'ombre portée. Artistique et scintillant.

   Anonyme   
8/1/2011
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Très jolie histoire, un style sobre et délicat, une belle retenue.

Je regretterai simplement ces quelques détails :

"l'air un peu bovin" : cette expression m'a fait rire, rompant l'atmosphère du texte

"a toile avait amorcé une nouvelle manière, encensée par les critiques. Il devait gagner beaucoup d'argent." le : 'encensée par les critiques.", apposé comme ça à la fin de la phrase, est trop rapide, bâclé. Il donne une impression de résumé grossier.

"Je voulais qu'il me rende ce qu'il m'avait pris. Mon cœur, mon argent, mon image. " Hum, j'ai trouvé ça un peu trop mièvre, un peu trop facile.

Pour le reste, j'ai vraiment aimé, l'intrigue se tient, la narration est bien menée, les images sont évocatrices.

Merci !

   Jagger   
13/1/2011
 a aimé ce texte 
Bien ↓
C'est bien écrit, j'aime le style.

L'histoire d'une femme qui ne supporte plus sa propre image ou l'image qu'elle était ou même encore de l'image qu'Arnaud avait d'elle... Bref les images sont multiples et plaisantes.

Par contre, je dois avouer que je ne saisit pas bien ce qui a pu amener le personnage à redouter autant cet homme et l'état précis de leur relation me semble un peu nébuleux. Mais, au fond, peut-être n'est-ce pas le plus primordiale dans ce texte.

J'ai apprécié la fin mais je dois avoué que je ne me sens que difficilement concerné par ce texte, peut-être est-ce dû au fait que je ne ressemble en rien au personnage principal et que j'ai donc de la peine à la comprendre. C'est donc personnel.

Merci pour ce texte

   Perle-Hingaud   
16/1/2011
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Un très beau texte, triste, puissant, sur un thème qui résonne.

J’aime les phrases travaillées, sèches, nettes. L'écriture me semble maitrisée, autant que sensible. Aucune mièvrerie, et pourtant toute une palette de sentiments passe devant nos yeux. Les non-dits abondent, certains seront éclaircis, d’autres pas, et c’est tant mieux.
Je regrette l’adjectif « bovin », et en même temps je l’admets. Cette femme est sans pitié, dure envers elle-même : elle pourrait donc utiliser ce mot. Cependant, je ne sais pas, il est le seul de ce registre, alors, j’ai tendance à le trouver incongru. Peut-être une question de trop ou pas assez. Je regrette aussi le geste théâtral de la peinture à l’eau. Il justifie le titre, mais me semble un peu sur-joué pour cette femme.

Ce ne sont que des broutilles, je suis séduite.

   Anonyme   
16/1/2011
 a aimé ce texte 
Beaucoup
La féminité sobre - ce qui la rend d'autant plus puissante - qui se dégage de ce texte me plaît beaucoup. Un récit tout en non-dits, en pointillés à remplir soi-même, un peu comme un texte à trous. J'aime ce genre d'exercice en littérature, quand on ne me met pas trop les points sur les i et que je peux colorier moi-même ce qui manque.

Une écriture à laquelle je n'ai rien à reprocher : légère, sans fioritures excessive, mais porteuse d'infiniment de poésie, dont certains passages ont déjà été soulignés plus haut dans les commentaires. Je les fais miens également.

Ah oui : le titre convient très bien à la "couleur" du texte en effet...

J'ai envie de souligner de façon particulière le talent de l'auteure pour dépeindre certains sentiments, comme dans :
"Ce fut une journée bizarre, comme vécue par quelqu'un d'autre, quelqu'un dont la vie ne m'intéressait guère que par une superficielle politesse."
ou
"Pour trouver une image sauvage, il faut la rencontrer par hasard, dans les démultiplications qu'offrent certains magasins : tout à coup, on se voit sous un angle inhabituel, sans y être préparé ; c'est un choc. Comme se voir avec le regard de quelqu'un d'autre."
Sans avoir l'air d'y toucher, c'est une belle exploration de certains recoins de l'âme humaine.

   Strip   
16/1/2011
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bon équilibre entre le fond et la forme. Les éléments du récit s'enchaînent comme des touches de peintures, ces aplats de sentiments pénètrent l'âme du lecteur qui, en prenant du recul, verra un mystérieux portrait se définir. Un texte pétri de morosité certes, mais dilué dans un ton poétique qui sublime la tristesse en une mélancolie apaisante.

J'aime beaucoup la dernière phrase : "Il y avait un reflet éblouissant sur le canal ; j'ai tiré, à contre-jour." qui peut s'interpréter de différentes façons (suicide ?).

Touché.

Strip

   Chene   
16/1/2011
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour Colinede

Je n'ai pas décroché un instant de la lecture de ta nouvelle. Plutôt bon signe pour un lecteur qui n'aime pas trop lire de longs textes sur écran.
Oui, plutôt bon signe.

Signe que le style, le vocabulaire, le phrasé, le rythme m'ont agréablement surpris. Mais un style ne se suffit pas à lui-même, il lui faut un thème, une palette, un éclairage (en "contre-jour", oui) pour tracer sur la toile la relation ambiguë du peintre et de son modèle : le regard du peintre qui aime son modèle seulement à "contre-jour", et le modèle qui, elle voudrait être aimée pour ce qu'elle est, en plein jour, vivante, au quotidien près de ce canal dont elle apprécie tant le charme bucolique et romantique.
Elle en vient à détester cette image de "Blanche Hermine"... Au point de la jeter dans le canal et de tirer de dessus...

J'ai immanquablement pensé à la lecture de ta nouvelle à la chanson de Gilles Servat "La Blanche hermine" ("La voilà la Blanche Hermine / Vivent la mouette et l'ajonc ! / La voilà la Blanche Hermine / Vivent Fougères et Clisson !"). Pour ce qu'elle dit du pays breton (le canal, ses peupliers, la lutte et les armes).

Mais aussi pour la poésie qui s'infiltre dans les mots de ta nouvelle, malgré quelques petites imperfections que certains ont soulignées.

Une fort belle lecture sur un thème si particulier, si peu évoqué en nouvelles et en poésie.

Cordialement
Chene

   Margone_Muse   
17/1/2011
 a aimé ce texte 
Bien
Histoire étrange...
Il ne s'y passe pas grand chose mais elle est assez envoûtante.
C'est délicat, doux, léger, comme écriture. Ca m'a plu dans l'ensemble.
A la seconde lecture, ce paragraphe devient compréhensible, mais à la première, j'avais rien compris (et je ne visualisais rien) : Mon reflet consulté, aussi indécis que moi, ne m'aidait pas ; d'ailleurs, je n'arrivais pas à me voir : je revoyais ce qu'il avait peint, une grande forme compacte, auréolée de lumière blonde. En contre-jour, bien sûr.
J'ai adoré cette phrase "Je ne sais plus ce que j'ai répondu, mais le soir, j'ai graissé mon fusil." qui m'a "réveillée". Ca me casse l'image de la femme que je m'étais faite.
J'ai beaucoup aimé aussi le passage sur l'image apprivoisée dans le miroir, du choc quand on se voit sous un autre angle, sans être préparé.
Le thème soulevé avec ce que l'on est et ce que l'on parait est bien amené et mené, c'est pas lourd, c'est une nouvelle plutôt fine.
La toute fin est très réussie.
Une bonne surprise pour moi qui ne suis pas friande de ce genre de texte et de style.
Merci

   widjet   
18/1/2011
 a aimé ce texte 
Un peu ↓
Un peu la même sensation que « Géographies secrètes », le premier opus de l’auteur ; celle qui me dit qu’il y a une vraie sensibilité à fleur de peau au travers de ces lignes, mais aussi un manque de rigueur, un certain relâchement au niveau de la relecture, bref quelque chose qui parasite un peu l’émotion et l’empêche de s’exprimer totalement. C’est franchement dommage.

Les premières lignes présagent du meilleur. Sobres, elles sont délicates, pudiques et on entre lentement dans le texte.
Puis viennent des petites choses, moins poétiques, des petits riens certes, mais qui apparaissent trop souvent et nuisent à ma lecture, voici pêle-mêle ce qui m’a gêné : « mon reflet consulté », « voir et revoyais » à la suite, cet « air un peu bovin » qui dénote par rapport à ce qui précède dans la description, il y a aussi cette phrase dont je comprends l’intention mais qui je pense pouvait être dit autrement « Pour trouver une image sauvage, il faut la rencontrer par hasard, dans les démultiplications qu'offrent certains magasins ». J’ai tiqué sur celle-ci aussi, confuse et un peu bancale dans sa construction: « Cette image menteuse faisait une jolie carrière : presque grandeur nature, la toile avait amorcé une nouvelle manière, encensée par les critiques. Il devait gagner beaucoup d'argent ». Pas friand aussi de la multiplication des questionnements de l’héroïne, cela nuit au mystère, je n’aime pas être trop bombardé de « ? ».

Un truc tout con aussi dans cette phrase : « J'ai dormi lourdement. Dès le soleil apparu, j'ai filé au lucarneau. Il était là ». Le positionnement de « il était là » (information importante) n’a pas sa place dans la même ligne que ce qui précède. Elle doit être détachée du reste pour avoir plus d’impact. Ici, elle passe presque inaperçue. Tu loupes encore une occasion d’hameçonner ton lecteur.

Je crois que l’auteur pêche dans le traitement « des moments clés » (comme la présence du type mal mise en valeur dont je parlais plus haut et celle de l’enveloppe et du tableau qui sont devant la porte qui n’est pas très bien mis en scène – c’est confus on a du mal à visualiser la scène), le suspense n’est pas très maîtrisé en somme et le lecteur risque d’être sinon décroché moins concerné par ce qui s'y passe.

Je regrette aussi le final avec son dialogue trop long, trop explicatif qui détruit l’aura de cet homme dont le mystère faisait aussi le charme. J'aurai aimé quelque chose de plus vaporeux.

Bon, j’arrête là car en dépit de ces ratés, je sens bien que Colinede a des choses à dire et une façon bien à elle de les dire, une façon qui est séduisante à bien des égards. Il y a de la subtilité dans l’intention, de la pudeur dans le traitement (assez fin) des émotions (rien n’est surligné), une intériorité des personnages – avec un humour très discret (le genre de phrase comme « Une femme comme ça est insubmersible, j'aurais dû m'en douter » en est la preuve) – qui me plait.

Colinede, mon évaluation est sans doute un peu sévère, mais il faut « juste » mieux travailler tes effets pour emporter l’adhésion.

Widjet

   nora   
19/1/2011
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Je félicite l'auteure pour ce beau texte, qui propose un regard très personnel sur l'altérité, ce qui me convainc que ce thème est inépuisable. Heureusement.
Un croisement de regards et de miroirs bien maîtrisé, tout "l'arsénal" est là pour surprendre l'inconsistance de l'unité de soi: miroir, eau, tableau, regard(s) de la femme, regards multipliés de l'autre. D'ailleurs, le mot latin pour le miroir, "speculum", se prête parfaitement et au jeu spéculatif de l'écriture et à celui de la lecture.
Personnage féminin très intéressant, apparemment fort, mais bien vulnérable.
Je vois dans son geste final la vocation suicidaire de tout Narcisse conscient de l'impossibilité de se "rencontrer" réellement lui-même. Tout comme cette esquisse de nouvelle de Boris Vian, que je me permets de rappeler: 'Une nouvelle: Narcisse. Il aime à recevoir des lettres. Plein. Il n'en reçoit jamais. Un jour, il a l'idée de s'en envoyer. Il s'en envoie. L'idylle se noue. Le ton monte. Et il se donne rendez-vous à trois heures sous l'horloge. Il y va, bien habillé. Et à trois heures, il se suicide"
Hermine (Mine), très différente du personnage imaginé par Vian,
recourt à un "suicide" symbolique quand elle élimine "l'intruse" peinte, quitte à éliminer cette partie d'elle-même, étrangère, contrariante, non-acceptée, redoutée. Difficile à dire si c'est de l'amour de soi ou de la haine, peu importe.
Même s'il y a de petites "imperfections" d'écriture, je trouve qu'un texte est bon dans la mesure où il parle à beaucoup de lecteurs, qui ne sont pas toujours (grêce au ciel!) critiques littéraires.
L'important, pour moi, c'est ce regard réflexif que j'ai suivi avec plaisir, mais aussi le caractère poétique de l'ensemble.
Merci Colinède!

   victhis0   
22/1/2011
 a aimé ce texte 
Bien
suffisemment orginal pour être remarqué...Un thème rare, une belle sensibilité, beaucoup de poèsie et de retenue. Je suis incapable d'écrire un truc comme ça donc je tire mon chapeau pointu à l'auteur.
bon faut quand même chipoter : la trame narrative est un peu brouillonne et c'est un poil complexe mais voici tout de même un bon moment. petit fils de peintre, je suis sensible à cette belle image de contre-jour du début.

   Anonyme   
23/1/2011
Je n'accroche pas au style : trop... difficile à dire. Trop maniéré. Une impression de décousu qui me perd au milieu du texte et finalement m'en détache. Je n'ai pas pu aller au bout.
Pour cette raison, je ne mets pas de note. Mais je n'ai pas aimé.

   caillouq   
5/2/2011
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Ah, un texte qui fait cogiter ... J'ai eu du mal à le dater - effet manifestement voulu par l'auteur, et réussi. Renaissance, avec une femme hors-norme qui irait à la chasse (peut-être influencé en cela par "La dame à l'hermine" ...) ? De nos jours les portraits figuratifs ne rencontrent pas beaucoup de succès critique. Mais le café ... Pas possible. Dix-neuvième ??? Finalement, la mention des trithérapies règle la question. Et c'est peut-être un peu dommage, parce que l'histoire était bien, comme ça, hors du temps. J'ai un peu du mal à croire au côté contemporain. J'aurais préféré en savoir plus sur cette belle femme mûrissante qui chasse avec Petit Jean, sur ses rapports avec la société qui l'entoure. On serait alors en réalisme/historique. Mais le texte est très plaisant quand même.

   Roselcha   
13/2/2011
 a aimé ce texte 
Bien ↑
L'ambiance de cette nouvelle est intéressante, mais le début un peu lent.
Le texte est agréable à lire et on y est.
On se voit bien au bord du canal, dans cette atmosphère tranquille comme le peintre assis devant sa toile.
On aurait peut être pu en savoir un peu plus sur leur passé commun.

   Flupke   
14/2/2011
 a aimé ce texte 
Beaucoup
WOW, Beaucoup d’originalité, d’indevinabilité et de poésie dans ce texte.
J’ai beaucoup aimé.
On apprend au compte goutte, au fur et à mesure de la lecture, comme une silhouette qui se forme en pointillé.

Deux remarques mineures :

Une assez belle femme de quarante-huit ans. Cet « assez » me gêne un peu. Ça rend la description un peu plus vague, et dans la mesure où le point de vue est forcément subjectif, je ne suis pas sûr que cela soit indispensable.

Lorsque ma toilette finie. Pas trop fan de ce « lorsque » qui diminue la fluidité de mon point de vue. En scindant la phrase on aurait pu en faire l’économie. Par exemple :

Ma toilette finie, je me décidai à le rejoindre.

(Mais, )Il avait disparu !

Quitte à rajouter un « Mais » pour souligner le contraste.

Enfin, il ne s’agit là que de suggestions personnelles.

Amicalement,

Flupke

   mraya   
6/4/2011
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Un très beau texte, tout en contre-jour, reflets aquatiques et bourre de peupliers. Très belle écriture, précise, raffinée et violente. Ai beaucoup aimé le paragraphe sur le miroir et l'image et ton "j'aurais dû être". Moins adhéré à "comme se voir avec le regard de quelqu'un d'autre" qui, pour moi, n'est pas du même registre que la confrontation entre soi et soi.

"Un sanglier qui avait parfois les yeux verts" est une perle!

"J'ai seulement à regarder quelque chose". L'ordre des mots me gêne. Pourquoi pas "J'ai seulement quelque chose à regarder"?

A propos de la Blanche Hermine, je trouve le "tendre" après "lumineuse" un peu fade.

"Comme de retrouver une amie" un peu lourd peut-être.

Mais ce sont des détails qui ne nuisent pas vraiment à un ensemble parfaitement maîtrisé!

Merci pour cette image finale flottante.

   Bidis   
14/4/2011
 a aimé ce texte 
Bien ↓
La lecture d'"Attaches" m'a propulsée vers d'autres textes de Colinede, et mon attente a été relativement fort déçue.

Cette nouvelle m'a semblé un peu nébuleuse, avec des personnages secondaires mal dessinés - autant n'en pas parler alors... Trop de choses et de temps qui passe sans développement de l'histoire et un fusil qui apparaît avant que l'on parle de chasse. Et puis la lettre explicative, cerise sur le gâteau : pour moi, c'est LE cliché.

Pourtant, j'ai aimé la finale, poétique et triste.

   beth   
2/6/2011
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Très beau texte qui donne envie d’être lu, relu et lu à nouveau…pour tenter d’en saisir toutes les richesses, toutes les finesses…et souvent à contre-courant de l’écriture (par des retours en arrière) Superbe idée que ce meurtre final symbolique de la mariée (le tableau) reflet menteur de la narratrice et dernière trace tangible de leur histoire. Superbe idée que ce titre à double sens (voire triple) : « peinture à l’eau »
Pour apporter ma contribution et simplement compléter les commentaires déjà émis, voici quelques réflexions sur le temps du récit :
La relation amoureuse passée, actualisée dans le récit entre Mine et le peintre est évoquée à « contretemps », au passé (contre-jour du présent) avec l’éclairage « oblique » de la mémoire. Pour le narrateur (Mine) : l’imparfait
Le temps présent n’est utilisé,concernant la relation amoureuse que pour rapporter du passé les paroles d’Arnaud : « Le contre-jour, Mine….ce qui illumine la périphérie….le grand jour est d’un ennui ! » ou bien dans le contenu de la lettre laissée par Arnaud (« Je ne sais pas….ce canal te ressemble…..ça me donne la force de repartir….Je ne suis pas quelqu’un de courageux….l’argent que je te dois….tu vaux mieux….tu es une femme merveilleuse….Je retourne à mes errances….Ne sois ni triste, ni trop sévère…. ») Le temps présent, pour Mine est utilisé pour qualifier la chasse (« j’aime cette âcre fraternité du sang à verser. Elle me venge. », fait déclaré comme réel et actuel : son désir de vengeance.
Le temps est important dans la narration : d’une part dans les contretemps, les chassés- croisés qui font que leur rencontre n’aura pas lieu (« Lorsque, ma toilette finie, je me décidai à le rejoindre, il avait disparu. » « J’étais trop vieille maintenant, d’ailleurs j’étais déjà trop vieille pour lui il y a trois ans… il était là…..et je suis sortie par derrière…/t’as un rencart ? Non….»),
…mais aussi dans le parallèle entre le présent ( prosaïque voire brutal : « ce que je voyais….une assez belle femme….l’air un peu bovin… cet amant qui lui a volé son argent et dont elle attend un remboursement, cette scène de battue avec la mort donnée» ) et le grand jour, la lumière frontale (vision de l’ennui pour Arnaud , le peintre préfère laisser le sujet « obscur » dans le « mystère » faisant de Mine une femme….« merveilleuse » et donc irréelle , cantonnée dans le passé ou couchée sur une toile dans un reflet qui ne lui ressemble pas….d’ailleurs est-ce Mine qu’Arnaud a peint ou bien le canal….d’où les noces morbides finales entre le tableau et le canal.(reflet de leur amour)
Elle même, Mine s’est prêtée une dernière fois à la mise en scène du contre-jour, enfilant le peignoir bariolé offert par son amant, réglant l’éclairage : créant un « tableau »
Tout est en contre-jour, en reflet : « image menteuse de la toile», reflet mensonger de son image dans le miroir, le canal/Mine observe de loin de son lucarneau, l’écriture elle-même est en « contre-jour »(cf. : réflexions sur le temps dans la narration)
Finalement ce qui dure c’est le mystère, la mise en scène, le reflet…le passé
Le grand jour c’est l’ennui…la clarté/la chasse bestiale(Ah ! la mort de la laie aux yeux verts.)/ l’air bovin/l’argent volé/ la maladie/la mise à mort symbolique/ du tableau/de l’homme aimé/du passé/de l’amour…
Tout est jeu de regards dans ce texte, le regard du peintre, le regard de l’ex- amante sur le peintre/le regard de Mine sur elle-même/ le regard de la laie abattue : le regard posé sur l’autre.
Mais Mine voulait : qu’il lui rende ce qu’il lui avait pris, son image (les indigènes ressentaient qu’on leur volait leur âme par en les photographiant) et c’est cette « âme volée » que Mine tue symboliquement, mais cette femme rêvée est insubmersible, « merveilleuse » irréelle.
J’espère être suffisamment claire pour qu’il y ait un apport et il était inutile que je fasse des redites.
Merci Colinede, j’apprécie beaucoup la sensibilité de votre plume.

   Pepito   
30/1/2014
Bonjour Colinede,

Forme : ouha, du grand art. Pas un poil qui dépasse.

Fond : j'ai choisi une "sentimental/romanesque" parce-que cela m'ennuie... généralement.
J'ai adoré la description des "vu dans le miroir", c'est très juste.
"la trithérapie coûte cher" çà c'est moins bon, abrupt, un poil cheveu sur la soupe. Mais en fait un compliment, par comparaison au reste de la nouvelle.
Le coté Diane chasseresse de l’héroïne est très intéressant dans une nouvelle pleine de sentiments romanesques.

Reste le titre... un vrai bonheur. Il condense à lui tout seul l'humour que je suis venu chercher ici ;=)

Merci pour la lecture.

Pepito

   jfmoods   
2/7/2017
Ainsi que le résume l'entête ("Entre l'image et la réalité, l'espace d'une prise de conscience..."), cette nouvelle repose sur une contradiction : celle qui existe entre le regard du peintre ("Le portrait dégageait une impression de tranquillité rassurante.", "Il m'avait vue comme le canal, lente, paisible, sensuelle, peu profonde.") et le premier ressenti du modèle ("J'aurais dû être une petite chose brune, vive et fragile, pleine de passions contradictoires.", "Cette image menteuse...").

Comme l'écrivait, avec un certain humour, Henri Jeanson...

"La première impression est toujours la bonne, surtout quand elle est mauvaise."

De fait, la relation entre les deux personnages de cette nouvelle est, d'emblée, entachée par un malentendu, malentendu que la narratrice attribue au dressage intime ("Mais je sais depuis longtemps qu'on ne peut pas se fier à son miroir : même pour soi seul, on compose, on relève les sourcils, on retend la peau, on se sourit, l'image est apprivoisée."). Ce faux-semblant, sensible par l'image obsédante du "contre-jour" et par deux points de fuite ("Lorsque, ma toilette finie, je me décidai à le rejoindre, il avait disparu.", "J'ai chaussé mes bottes, pris mon fusil et je suis sortie par derrière."), seule la destruction finale de la toile pourra définitivement le lever.

La narratrice nous apparaît comme une femme forte, peu encline à la sensiblerie ("Petit Jean m'a demandé si j'allais à la battue du lendemain. Je ne sais plus ce que j'ai répondu, mais le soir, j'ai graissé mon fusil.", "Une battue, c'est particulier. J'aime cette âcre fraternité du sang à verser."), utilisant l'ironie comme une carapace protectrice ("sûrement il n'en peut plus de vivre sans toi, il a eu le temps de réfléchir !..."). Cependant, en deux images fulgurantes, l'essentiel est dit : le besoin profond de se fondre dans le couple ("Les peupliers libéraient une bourre duveteuse qui s'amoncelait dans les creux abrités. On aurait dit des nids. Cela seul me paraissait avoir un sens. Un nid, oui."), le sentiment de détresse d'une femme mûre qui s'est trop longtemps leurrée sur une relation vouée à l'échec ("C'était une laie. J'avais les larmes aux yeux.").

La qualité des textes de Coline-Dé tient au fait qu'ils sont construits dans un souci constant d'économie. Charge au lecteur, avec sa sensibilité, de faire le reste du chemin.

Merci pour ce partage !


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