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Fantastique/Merveilleux
Cortese : Même pas de lunettes
 Publié le 10/08/11  -  11 commentaires  -  14334 caractères  -  117 lectures    Autres textes du même auteur

Êtes-vous certain d'exister ?


Même pas de lunettes


Je n'ai jamais été remarquable. Je suis gros. Un peu. Pas assez pour être mémorable. Juste assez pour être désagréable à regarder. Je passe inaperçu, jusqu'à ce qu'on s'aperçoive de ma présence, déplaisante. Quand je parle à des gens, si j'essaye de me rendre quelque peu signifiant, drôle ou attachant, je vois bien, dans les plis de leur visage, apparaître la marque du dédain. Ce n'est pas de la détestation, non. Juste le regard qu'on porte sur un être terne qui essaye de se colorer de quelque chose de sympathique, et qui en devient carrément pénible.


Bref, j'échoue.


J'aurais pu être ce genre de petit gros à lunettes qu'on voit au cinéma, doué d'une intelligence de génie et qui termine le film en héros, sauvant tous les autres d'une fin tragique. Mais non. D'ailleurs, je n'ai même pas de lunettes. Je suis juste là, depuis si longtemps je ne cherche plus à me donner un sens.


Depuis peu, je boite, en plus. Un problème de dos, bête et méchant comme un cadavre de souris. Un truc petit, mais insidieux, et qui finit par occuper le plus clair de mes pensées. Un nerf minuscule, écrasé par de la chair gonflée, coincée entre deux de mes vertèbres grasses, et qui irradie une douleur diffuse, impalpable, mais lancinante dans ma jambe. Des élancements à l'aine quand je marche ou m'assieds. Je claudique, l'air d'un héros de série cynique et minable, du haut de mon mètre soixante-dix poussif et de mes quatre-vingt-dix-sept kilos bien accrochés.


Donc, aujourd'hui, je vais chez le kiné, pour remédier à mon malheur. J'ai bon espoir que quelques séances me soulagent, et surtout me permettent de me concentrer à nouveau sur mon absence de vie sociale et amoureuse.

Je marche péniblement dans une rue de banlieue, ocre et grise. Un bus énorme et bruyant me longe, m'effrayant au passage. Je suis chaque fois épouvanté par ce bruit massif des bus en ville. Par leur carrure impressionnante, leur vitesse et leur puissance. Comme si transporter une cinquantaine de personnes, parfois bien plus, leur donnait raison sur tous ceux qui marchent et cherchent juste à profiter de la sérénité des trottoirs. Attention : je n'ai rien contre les gens qui prennent le bus. C'est juste que tout petit, à l'âge où on tient encore la main des adultes dans la rue, ils me faisaient déjà sursauter. Tout petit - et déjà rond - je regardais leurs gros pneus passer à hauteur de mes yeux en me disant : "Imagine que ta tête soit là, juste en dessous sur le macadam ; imagine ton corps désarticulé, démantibulé par la roue, imagine ta jambe qui s'enroule autour de ce caoutchouc noir qui tourne à toute vitesse, imagine ton bras projeté violemment contre le bord du trottoir. Ça ferait mal, hein !". Adolescent, en regardant les autres garçons jouer avec la mort en traversant la rue juste devant le bus, j'espérais secrètement que l'un deux se fasse prendre, pour voir. Aujourd'hui, devenu adulte, je me dis seulement : "Si t'avais le courage, ça ne ferait pas beaucoup de peine autour de toi. Mais tu es un lâche, parce que tu as toujours peur que ça fasse mal.".


Ce trajet est long et douloureux. Marcher ne m'ennuie pas, d'habitude. Mais là, ça me fait mal. Et je dois traîner ma jambe, comme un poids presque mort. J'ai parfois l'impression que je deviens handicapé, petit à petit. Pourtant il n'en est rien. Je ne suis pas en train de perdre mes moyens physiques. Il ne manquerait plus que ça ! Juste la sensation importune d'une jambe inutile et épaisse, plus longue que l'autre et lourde à porter. Un peu comme une gencive anesthésiée et pourtant douloureuse, en guise de cuisse.


Bref. Je vais chez le kiné. Il est tôt. Il tombe une sorte de grésil sale sur la ville. La ville : on ne peut pas dire ça ici. On devrait dire les villes, mais ça n'aurait pas de sens non plus puisqu'elles s'étendent à l'infini. Ils sont obligés de mettre le nom des communes sur les panneaux des rues pour que chacun s'y retrouve. Ça m'a sidéré, en arrivant ici, de voir qu'on pouvait passer si vite d'un territoire à un autre sans s'en rendre compte. C'est affolant et grisant, tout à la fois. J'aime cette énergie liquide qui monte de la ville. Je m'en étourdis souvent. Ça m'occupe, et parfois, même, je me sens vivant.

Mais aujourd'hui, aucune griserie. Juste des mamies qui promènent des caniches en manteau, et des jeunes mères qui traînent à l'école des enfants petits, morveux et pleurnichards. Les enfants m'irritent, ils sont sales. À quelques exceptions près - les hommes politiques, par exemple - ils sont ceux des humains qui ressemblent le plus à des animaux. Et quand leurs mères se mettent à les cajoler devant moi, je les vois se transformer en vaches léchant des veaux baveux. Apparemment, faire des enfants conduit à perdre toute dignité. Je n'y vois que l'assouvissement des plus bas instincts. Aucune grandeur dans tout ça, rien que de la viande bourrée d'hormones, et la lutte pour la survie de l'espèce. Lorsque je croise une famille nombreuse, je vois des bêtes, même plus sauvages.


Kinésithérapeute. Drôle de métier. Confronté à la chair nue à longueur de journée, à longueur d'année. Comment vieillit-on quand on voit vieillir les autres ? Quand on pratique des massages respiratoires sur des grabataires en couches sales ? Est-ce qu'on accepte, un peu, de devoir ramollir et pourrir, inéluctablement ? Est-ce qu'on profite davantage de la vie, d'un corps jeune et sain et d'un esprit alerte ? Est-ce qu'on a des nausées matinales devant la petite vieille décatie, atteinte de rhumatisme ? Est-ce qu'au contraire on croit voir, sous l'enveloppe répugnante, la beauté des âmes ? Je ne sais pas me confronter à mon propre corps, alors ceux des autres... Quelque chose qui me préoccupe : je n'ai jamais vu une femme nue. Ça m'inquiète.


Je me rapproche du cabinet. Claudication que j'essaye de rendre bienveillante. Les boiteux font peur. Ils évoquent les pirates, les crochets en lieu et place de main, les dents pourries, les gros rires de vrais salauds. Mais moi, je ne ressemble à rien. Je ne sais même pas avoir l'air méchant. J'essaye de sembler gentil, ou, pire, comique, mais rien n'accroche, jamais. Dans mon souvenir, aucune de mes tentatives pour communiquer avec autrui n'a été couronnée d'autre chose que moqueries, indifférence ou mépris. Au collège, j'aimais le désintérêt des autres, tant il m'évitait les quolibets hargneux. Mes profs ne savaient plus quoi faire pour moi. Certains ont essayé de m'aider, bien gentiment. Sujet idéal pour l'éducation à la tolérance, je leur ouvrais un boulevard pour leurs leçons de morale, aussi grandiloquentes qu'improductives. D'autres dissimulaient, par pudeur ou par professionnalisme, le dégoût que leur inspirait ma personne. Peu à peu, tous se sont lassés, et j'ai disparu de leur champ de vision. La fin de mon adolescence a consacré mon inexistence, à mon plus grand soulagement.


10 h 31. Ça y est. La délivrance n'est plus très loin. J'appuie sur le bouton, là où il y a écrit KINÉ, en gros et en rouge. La porte bourdonne et je l'ouvre. Un couloir court, boiseries stratifiées des années soixante-dix, miroir, je tourne, entre dans le cabinet. Il va falloir parler, regarder quelqu'un dans les yeux, percevoir ce que lui inspire mon être, admettre d'exister. Le problème, quand on a le décodeur des âmes, c'est qu'on ne peut qu'être lucide. J'accède, en clair, à toutes les émotions que ma compagnie provoque chez ceux que je croise. Je vais bientôt savoir ce que ressent un kiné en face d'un patient comme moi.

Dans la salle d'attente, un homme, la cinquantaine, vautré sur une chaise inconfortable. Ouvrier, si j'en crois son bleu de travail crasseux, et ses mains, épaisses et noircies. À mon arrivée, il ne lève même pas le nez de son magazine automobile. Bon. Je me tourne vers le secrétariat. Blouse immaculée, menton fraîchement rasé, mains desséchées, trop propres : mon kiné. Au seuil de la porte, j'articule un "bonjour" neutre. Pas de réponse. Il ne lève pas la tête. Il n'est pourtant pas au téléphone, j'ai vérifié. Il s'active, assis devant un agenda couvert de gribouillis. Il a l'air stressé. Trop de choses à faire sûrement, le pauvre. J'attends un peu et me lance :


- J'ai rendez-vous à 10 h 30.


Pas de réaction. Il est bizarre, ce type. Trop occupé par son planning, ou rendu indisponible par d'autres difficultés. Un désamour passager, de la mélancolie, des regrets ? Un parent malade ? Qui sait ?

Soudain je réalise que je ne capte rien. Je n'accède pas à son intériorité. Bizarre. Sans doute parce qu'il ne me regarde pas, ne veut pas de moi dans son monde.

10 h 35. Il bougonne, décroche le téléphone et compose un numéro. Mon numéro. Je ne crois pas me tromper, j'ai à peine le temps de suivre le parcours de son index sur les touches, mais je parierais que c'est mon numéro. Évidemment, ça ne répond pas. Je ne suis pas chez moi, je suis là !

"Je suis là..." Non. Il ne veut pas m'entendre. Il laisse un message : "Bonjour, M. de Horla, je suis votre kiné. Nous avions rendez-vous à 10 h 30, je vous attends. Merci de rappeler si vous avez un empêchement.". Raccroche, lève les yeux. Je me déplace de manière à occuper tout son champ de vision. Un quart de seconde, nos regards se croisent. Ses yeux sont vides et perdus. On dirait qu'il louche à travers moi. Tout à coup, j'ai la trouille. Ce type fait peur, avec sa blouse, ses mains manucurées et son regard déserté.


J'attends un autre quart de seconde. Il se lève, contourne le bureau massif en faux bois. J'ai juste le temps de m'effacer pour le laisser passer. Il me frôle - sensation étrange - et continue à m'ignorer.


- M. Gnangnan, venez avec moi, je vais vous prendre en avance. Encore un qui n'a pas assez mal pour honorer son rendez-vous, et même prévenir.


Mon ventre se noue, je suis pris de coliques. Est-ce la colère ou la peur ?


Je m'assieds dans la salle d'attente le temps de reprendre mes esprits. Je lui ai pourtant parlé ! Maintenant il est à côté, dans une de ces salles aseptisées. Je l'entends qui babille, pire qu'un coiffeur. Bon. Je vais attendre qu'il repasse, me lever à son arrivée, lui tendre la main, en le regardant droit dans les yeux, et m'excuser pour ce faux retard, parce qu'il est inutile de mettre mal à l'aise un homme stressé en lui rappelant qu'il vous a quasiment marché dessus sans vous voir. Je reste assis en attendant, bras croisés posés sur les genoux, le buste penché en avant. Comme ça, je vois de près mes avant-bras poilus, et les fils de la toile de mon pantalon. Ça m'occupe. Je respire pour prendre de l'assurance. En vain.


Le voilà. Je me lève d'un bond, ça tire dans ma jambe. Je tends la main, lance un sourire badin, plein d'innocence, couplé d'un : "Désolé pour le retard, hein ! Ah, j'en mets du temps à me déplacer avec cette fichue...". Il avance, vite, il est sur moi toujours impassible. Sensation glaciale, nuée blanche. L'espace d'un instant, le monde entier devient transparent.


***


Je suis dehors, à nouveau sous la pluie fine. Il est 10 h 42. J'ai dû m'évanouir. Le souvenir précis qu'il me reste : le kiné me traversant. Puis plus rien.


***


11 h 15. Assis sur un banc. Transi de peur et de froid. Je transpire sous la pluie. Tremble. Grelotte. Que faire ? Je n'ose pas rentrer chez moi, affronter la solitude. En même temps, dans la ville, je risque à chaque instant d'être traversé de nouveau par quelqu'un. Alors je n'ose rien. Même les pigeons font comme si je n'étais pas là. Ils rodent sur le banc, picorent les dernières miettes, s’assiéraient presque sur mes genoux. Pardon, je devrais dire "me traverseraient presque les genoux".


***


15 h. Il va falloir prendre une décision. Si j'avais appris que ma mère était morte ce matin, j'aurais été triste, j'aurais eu mal, mais j'aurais su quoi faire. Cercueil, frères et sœurs, enterrement ou incinération, crématorium et couronnes de fleurs. Là, personne n'est mort, il n'y a rien de changé, si ce n'est que je ne suis plus sûr de rien. À commencer par ma propre existence. Comment prouver, à soi-même et aux autres, qu'on existe ? Aux autres ? Nombre de possibilités s'offrent à vous : nourrir des conflits, pratiquer l'humour lourdingue, militer syndicalement ou politiquement, s'occuper des autres au point qu'ils ne puissent plus se passer de vous, etc. Mais se prouver qu'on existe ? Exister pour soi-même, en réalité, ça n'existe que dans vos rêves. Jusqu'au jour où vous vous faites traverser par un kiné trop propre. Et voilà. Comme si ça ne suffisait pas de ne pas avoir de vie, il faut aussi que je me retrouve sans existence.


***


Et voilà. 17 h 14. Premier à gauche. Odeur d'encaustique dans l'escalier. J'ai osé passer la porte de chez moi. Chez moi : ce grand appartement que mon père m'a légué pour éviter qu'il ne revienne à sa deuxième femme, celle qui l'a trompé tellement souvent, tellement longtemps et avec tant d'hommes différents qu'il a fini par la détester au point de lui reprendre tout ce qu'il lui avait offert, et même le reste. Le genre d'histoire à vous passer l'envie de la moindre amourette, pour peu que vous ayez été tenté. Une cuisine, un salon et trois grandes chambres, paisibles et calmes comme les cellules de nonnes ayant fait vœu de silence. Pas de quoi sauter au plafond mais quand je regarde les vitrines des agences immobilières - j'aime beaucoup les écrans lumineux qu'on y voit - j'ai l'impression que c'est presque indécent, tout cet espace vide, pour moi seul.


Bref, ici rien n'est différent, tout est serein, comme les autres jours. Je me rassure. Je vais me réchauffer. Prendre une douche. Chaude. Boire un chocolat. Chaud, lui aussi. Et tout va rentrer dans l'ordre.


***


18 h. Banlieue d'un ocre incertain. Immeuble en meulière. Parquet ciré.


Deux enfants dans l'escalier. Qui se chamaillent. Crient. L'un pleure, l'autre ricane.


La mère, poussant la porte, dit d'une voix égale, presque pas agacée :


- Allez, ça suffit, on rentre, les garçons. Et tout le monde va se laver les mains avant de prendre son goûter.


Le plus jeune sautille jusqu'à la salle de bain. Fait couler l'eau, joue avec le savon, et soudain se fige.


- Maman, il y a encore de l'eau dans la baignoire ! Comme hier ! Comme si quelqu'un venait de se doucher !


 
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   socque   
5/8/2011
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Pas mal, oui. Je pensais que le gars était bêtement mort (écrasé par un bus), mais la fin donne l'idée que c'est plus subtil que ça...
Je trouve assez écrasante la vision absolument noire qu'a le narrateur de la vie, donc c'est réussi. J'ai adoré les "vertèbres grasses" !
Une ériture efficace, sans chichi ni superflu, au service d'une histoire simple mais insolite. Un petit bémol sur la fin : à part l'eau dans la douche, il ne devrait pas y avoir un bol dans l'évier ?

   Pascal31   
5/8/2011
 a aimé ce texte 
Bien
Je me suis rapidement douté de la fin (dès que le gros bonhomme arrive chez le kiné), mais l'histoire est suffisamment bien écrite pour rendre la lecture plaisante et ne pas ennuyer le lecteur.
L'histoire du fantôme qui ne sait pas qu'il est mort n'est pas nouvelle, je dirais même qu'elle est usée jusqu'à la corde et c'est difficile de rendre original un tel thème ressassé.
Ici, ce n'est pas tant que l'auteur renouvelle le genre, mais l'histoire reste plaisante à lire et j'ai apprécié la causticité du personnage central. Il était tellement transparent vivant que son "existence" ne change pas d'un iota une fois mort : il erre dans le monde, fantôme, comme il a erré dans le monde, vivant.
Un bon récit, qui n'arrive cependant pas à renouveler totalement ce genre éculé.

   Coline-Dé   
5/8/2011
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
J'ai aimé le titre tout de suite.
Puis la phrase de présentation.
Le début ok. Puis j'ai commencé à trouver qu'il y avait trop de digressions ( les bus, en long et en large ne m'ont pas fascinée )
En revanche, j'ai recommencé à être intéressée lors de la rencontre avec le kiné, même si le passage au travers du héros manque d'originalité, ça fait quand même de l'effet)
Bien aimé la fin.
Mais pourquoi des noms aussi caricaturaux aux personnages ?
Le style est agréable, et l'histoire serait bien menée sans le déséquilibre entre l'intrigue proprement dite et les digressions plus ou moins oiseuses qui la plombent ( le passage sur les enfants et l'opportunité d'en mettre au monde est aussi gratuite à mon sens que celui sur les bus.)

   placebo   
10/8/2011
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Bien aimé le titre. Il prend son sens dans le texte et donne le ton : on se trouve dans la négation, le pessimisme :)
Moins aimé le texte ^^

Sur la première partie, je suis assez circonspect. À partir du rendez-vous chez le kiné j'accroche beaucoup plus, mais l'avant-fin retombe un peu.

J'ai relevé pas mal d'images, de métaphores, de figures de style, mais peu m'ont vraiment plu. "bête et méchant comme un cadavre de souris", la "détestation", le passage du bus (la sénérité des trottoirs), des vaches (l'assouvissement des plus bas instincts).
Bref :)
D'un autre côté, il y a quelque chose d'un peu hésitant / déplaisant dans ces formulations qui colle bien au caractère du personnage.

Vraiment aimé le passage du kiné (10h41). "J'appuie sur le bouton, là où il y a écrit KINÉ, en gros et en rouge. La porte bourdonne et je l'ouvre. Un couloir court, boiseries stratifiées des années soixante-dix, miroir, je tourne, entre dans le cabinet"
Je visualise très bien, et l'ensemble (sa propreté, l'autre patient, le fait qu'il appelle alors que le protagoniste a une minute de retard, sa petite remarque…) me donne une idée très précise de la situation et, visualiser ce qu'a voulu transmettre l'auteur est très plaisant pour moi.

À partir de maintenant, on connait le gros problème du personnage et il faut la jouer fine (pas trop lourdingue disons). Ça passe à peu près mais redevient "maladroit" (pour moi), par exemple l'emploi du "vous".

La fin ouvre d'autres perspectives, notamment de durée (depuis combien de temps, on s'imagine des détails… bien, pas besoin d'en dire plus).

Alors je trouve louable les efforts entrepris au niveau stylistique et, même s'ils ne m'ont guère plu, ce ne sera peut-être pas le cas pour d'autres lecteurs. Dans cette nouvelle, les passages que j'ai préféré sont les plus simples, sans réflexion embrouillée sur le regard de l'autre ou des brimades scolaires somme toute clichés.

Bonne continuation,
placebo

   macaron   
10/8/2011
 a aimé ce texte 
Bien
Une histoire plaisante et agréable à lire. La plainte réaliste dans la première partie du texte m'a permis de me tenir à l'écart du fantastique à venir. La chute est réussie, sans être d'une grande originalité. Un bémol: l'état de fantôme ne diffère guère de notre statut d'humain. Les mêmes sensations, les mêmes peurs, les mêmes souffrances, un peu désolant...non?

   Anonyme   
10/8/2011
 a aimé ce texte 
Un peu ↓
et bien ce monsieur est beaucoup dans le rabaissement de lui-même qu'il en devient pathétique, le pire c'est qu'il n'est pas franchement sympathique, enfin c'est sa personnalité qui est bien rendu ici, un adulte qui est encore resté adolescent quand on lis certaines expressions:

"Kinésithérapeute. Drôle de métier. Confronté à la chair nue à longueur de journée, à longueur d'année. Comment vieillit-on quand on voit vieillir les autres ?"

"Les boiteux font peur. Ils évoquent les pirates, les crochets en lieu et place de main, les dents pourries, les gros rires de vrais salauds."

la chute montre un soucis de crédibilité:

"- Maman, il y a encore de l'eau dans la baignoire ! Comme hier ! Comme si quelqu'un venait de se doucher !"

je pense alors que le bus l'a percuté mais dans ce cas il me semble qu'il est mort le jour même, alors comment son fantôme
puisse hanter la maison depuis hier?
ou bien il devrait alors être mort depuis une semaine sachant que les séances de kinés se font chaque semaine, le kiné l'appelant pour sa séance, donc comment se fait-il qu'il y ait déjà des nouveaux habitants dans son appartemment?
et il est fantôme comment se fait-il qu'il voit se qui se passe autour de lui sauf les habitants qui vivent dans son appart'?
ou alors quelque chose m'a échappé.

   Anonyme   
10/8/2011
 a aimé ce texte 
Bien ↑
J'ai beaucoup aimé le début et l'histoire de ce "loser" attachant.
J'aurais bien aimé connaître un peu plus de ses sentiments sur la vie et ses contemporains.
Je ne trouve pas que l'intrigue apporte quelque chose au texte. En plus c'est un peu l'histoire du "Passe-Muraille" de Marcel Aymé. J'aurais préféré qu'on reste dans la vie de tous les jours, sans ce côté fantastique, même si je salue l'idée de quelqu'un de transparent qui finit par devenir vraiment invisible.
L'écriture et le style de l'auteur sont suffisamment talentueux
pour qu'on s'intéresse à une histoire, même banale. Enfin, c'est mon sentiment.

   Palimpseste   
11/8/2011
Texte très agréable à lire. La trame a effectivement déjà été très utilisée, mais l'histoire est originale par rapport à d'autres dans la même veine. C'est bien d'avoir su faire du neuf avec un tel matériau.

Quelques clichés inévitables (transpercé par le kiné), quelques incohérences minimes (le coup de fil du kiné à un appart où une autre famille habite déjà) et un ou deux détails à revoir (la fillette qui se lave les mains à la salle de bain)...

Par contre, j'ai beaucoup aimé la description du début et la psychologie du "gros mais pas trop". Ce passage désespérant est excellent.

   Gerwal   
11/8/2011
 a aimé ce texte 
Beaucoup
On aurait du s'en douter... quelqu'un qui s'appelle (M. de) Horla... s'il avait pas été invisible, alors... mais cet indice est si habilement dissimulé au milieu de tant et tant de détails (inutiles, superflus ou nécessaires, mais tous indispensables pour nous en détourner) qu'on se laisse facilement prendre au jeu (enfin, moi... oui...)

Un beau clin d'œil, actualisé et modernisé, et empli de réflexions quasi philosophiques, en forme d'hommage à Maupassant...

   ROBERTO   
6/9/2011
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Superbe nouvelle qui allie le fantastique à une vision pessimiste (mais qui concerne sans doute beaucoup d'entre nous).
Cela me rappelle le texte "Auto-escamotage" de Richard Matheson repris dans Histoire d'Aberrations dans La Grande Anthlogie du fantastique.

Deux phrases ont retenu mon attention:

"Je suis juste là, depuis si longtemps je ne cherche plus à me donner un sens."

"Comment vieillit-on quand on voit vieillir les autres ? "

Franchement, cela vaut les aphorismes de CIORAN!...

Un grand bravo.

ROBERTO.

   Anonyme   
7/9/2011
 a aimé ce texte 
Un peu
J'ai bien aimé le thème même s'il n'est pas très original car vu et revu. La curiosité m'a poussé jusqu'au bout de l'aventure de ce pauvre fantôme mais je reste sur ma faim. Je suis déçue par la chute car je l'espérai plus surprenante. Elle reste classique. Dommage.
Quant au style, il est fluide. Quelques clichés et passages ennuyeux qui sentent le vécu et n'apportent pas d'intérêt à l'histoire.


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