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Fantastique/Merveilleux
Cyberalx : La petite fille du cimetière
 Publié le 01/10/07  -  24 commentaires  -  6035 caractères  -  67 lectures    Autres textes du même auteur

Un homme fait une rencontre inattendue au cimetière...


La petite fille du cimetière


Nuit.


Déjà nuit, déjà l’hiver, elle est déjà partie.

Tout va trop vite, Gordon se mord la lèvre inférieure, il ne sent rien, même pas le froid.

« La fin de l’amour anesthésie même la chair » se dit-il.


Était-ce de l’amour ?


Il n’en est pas certain, la fin de cette histoire le laisse étrangement serein, calme, comme si c’était ce qui devait arriver, enfin, ce n’est pas la première fois que ça se termine, mais il a toujours pris ses déceptions sentimentales au tragique… Jusqu’à aujourd’hui, « ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort » comme disait sa mère.


Marcher l’a toujours aidé à avoir les idées claires, il marche sur le trottoir de Grave street, la rue des commerces de la petite ville d’Alxtrough : tout est allumé, de gigantesques citrouilles ornent les vitrines et les enfants se ruent en bande de petits lutins, fées et sorcières devant chaque pas de porte, riants et grondants, la quête de bonbons est leur seule préoccupation.


Il repense à son enfance : chétif, plus intelligent que la moyenne, il avait peu d’amis et était la victime de la cruauté sans borne des mômes. Heureusement que sa mère était là : elle faisait du dimanche le plus noir un jour de fête, elle savait comment le prendre par le cœur et le réchauffer, la femme de sa vie devrait ressembler à quelqu’un comme ça.


Après Grave street, c’est l’église et le cimetière « si j’allais sur la tombe de maman ? » se dit-il. Souvent, il aime s’asseoir près de la tombe de sa mère, il lui parle de sa vie, de la façon dont le monde évolue – de travers à son avis -, de tout et de rien, et lorsqu’il s’en va, c’est toujours le cœur léger, comme si elle était encore avec lui.


Les grilles du cimetière d’Alxtrough luisent à la lueur de lune, l’an dernier, elles étaient encore vieilles et rouillées, cet éclat, ce neuf étincelant lui paraît déplacé en un lieu où la mémoire est de mise, ces grilles neuves sont le symbole de cette époque où tout doit briller ou mourir.


Il entre dans le cimetière et se dirige dans la septième allée où se trouve sa mère, en passant devant la deuxième allée, il aperçoit une fillette, assise sur une des vieilles tombes.

Tout en la dépassant, il imagine un pari idiot que la fillette a perdu, puis fait demi-tour, bien décidé à lui faire comprendre qu’il faut respecter certains endroits.


- Hey !


La fillette ne sursaute pas, elle tourne lentement le regard vers Gordon :


- Oui ?

- Tes parents ne t’ont donc rien appris ? On ne s’assoit pas sur une tombe !

- Tout de même, c’est la mienne et je vous trouve un peu rapide quant à votre jugement des bonnes manières qu’ont pu m’inculquer mes chers parents, dit la gamine d’un ton étrangement assuré.


Déconcerté par l’assurance de la petite fille, Gordon ne sut que bafouiller :


- Comment… Comment ça c’est la tienne ?

- Ma tombe, mon jeune ami, je conçois que dans un monde où le sommet du divertissement consiste à regarder des gens vivre par l’intermédiaire d’un téléviseur, l’on ait le cerveau embrumé, mais je vous trouve dans un état avancé d’incompréhension devant la clarté de mon propos.


Une surdouée, c’est bien sa veine… Il continue à se faire ridiculiser par les enfants à vingt-cinq ans, si ce n’était pas si navrant, il en rirait presque.


- Pourquoi tu ne vas pas chercher des bonbons avec les autres ? Un cimetière, ce n’est pas un endroit pour une enfant.

- Vous savez, je crois définitivement qu’un cimetière n’est un endroit pour personne, mais voyez vous : je suis morte il y a fort longtemps et c’est le seul endroit de cette ville qui n’ait pas trop changé.

- Ah ! Tu es morte… Écoute, je sais qu’Halloween est une fête qui peut jouer sur l’imagination des enfants, mais tu m’as l’air trop intelligente pour croire à ce genre de sottises, il est tard et tes parents vont sûrement s’inquiéter, je vais te raccompagner chez toi.

- Si seulement c’était vrai…


Une ombre passe dans le regard de la fillette, elle fait plisser les pans de sa robe blanche, un habit étonnamment élaboré pour un simple costume d’Halloween, puis elle soupire.


- Croyez-moi, jeune homme, je suis aussi morte qu’on peut l’être, mon nom est sur cette tombe : Élisabeth Belle Macleary, je suis morte le vingt-deux décembre 1825, la grippe, ça a été suffisamment long et pénible pour que je sache, à mon premier Halloween que j’étais bien morte.

- Votre… Ton Premier Halloween, qu’est-ce que c’est que cette histoire ?

- Les gardiens ne nous laissent sortir que ce jour-là.

- Quels gardiens ?

- On pourrait les appeler les gardiens de l’après, Gordon.


Une drôle d’impression, s’empare de Gordon : un mélange de peur et de compréhension. La fillette dit la vérité, il le sait. Ce n’est pas tant ses mots, mais le ton qu’elle emploie, sa façon de s’exprimer, tout en elle n’est que vérité, il le sent, sans pouvoir l’expliquer, il sait que c’est impossible à nier.


- Qui vous a donné mon nom ? dit-il d’une voix blanche.

- C’est votre mère, je l’ai croisée lorsque vous veniez sur sa tombe à Halloween, l’an dernier.

- Vous avez vu ma mère ? Alors elle sait que je pense à elle ? Elle sait que je ne l’ai pas oubliée ?


Puis l’idée lui vient :


- Je peux la voir ?

- Hélas non, les suicidés ne peuvent voir leurs amis ou leur famille, c’est une des règles.

- Ma mère ne s’est pas suicidée !!! C’est une erreur, elle devrait avoir le droit de me voir, elle est morte d’un cancer !

- Pas vous.

- Hein ? Que… Quoi, pas vous ?

- Gordon, vous savez très bien que vous vous êtes ouvert les veines après le départ de votre petite amie.

- Mais qu’est-ce que c’est que ces c…


Tout à coup, il se souvient : les larmes, le rasoir, la baignoire, le sang…

La fillette se décale un peu sur le bloc de marbre et tapote l’endroit à côté d’elle :


- Asseyez-vous, Gordon, venez profiter du clair de lune, il n’y a pas beaucoup de lumière à l’endroit où vous allez…


Illustration d'Hermy77, du site Crayons de couleurs


 
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   Bidis   
1/10/2007
 a aimé ce texte 
Passionnément ↓
Eh bien je me suis laissée avoir ! Et c'est très gai. Pas la nouvelle -- qui est fort triste si l'on y réfléchit -- mais bien de se laisser prendre au piège d'un texte... Et comme un lecteur qui s'est amusé devient très vite une Misery féroce, on a envie d'acculer l'auteur à donner très vite un autre texte à lire.

   Anonyme   
1/10/2007
J'aime vraiment bien ton "style" d'écriture, cette manière très lucide de décrire le monde, qui n'empêche en aucun cas de laisser planer sur l'histoire une sorte d'espoir teinté d'humour... Bref, la vie, en mieux, avec la magie en plus !

   Togna   
1/10/2007
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Une première partie claire, sans fioriture, efficace par sa simplicité. Puis, la porte du cimetière poussée, le dialogue mené dans une « atmosphère réelle » ne permet pas avant la fin d’imaginer la chute.
Bravo Cyberalx.

   Lariviere   
2/10/2007
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Voilà, je l'ai lue cette nouvelle Cyb...
Allez tant pis pour les raleurs professionnels... Elle est excellente !
J'apprecie d'autant plus que le récit est court.
Il se lit facile.
C'est fluide. C'est simple (en apparence). C'est bien écrit, c'est tout.
Peut être aurais tu pu essayer de rendre plus étoffée l'atmosphère fantastique et encore...
Le risque aurait été de faire "kitsh", surjoué...
Là on se laisse glisser dans une histoire qui, encore une fois est basé sur une intrigue rendu originale par ta façon de la raconter, puisqu'en elle même, tout les éléments d'intrigues ont déjà été inventés par d'autres...
Tu sais que j'attends avec impatience un texte où, le Cyb tout entier, avec sa puissance poétique se jeteras à l'encre...
Tu dois pouvoir comprendre ce que je veux dire, je pense.
Mais par ailleurs (ou dans l' au delà ?) pour ce texte, le ton Cyberalexien, les juxtapositions des parcours, le "spleen" un peu victorien de fin de règne humain si contemporain, le ressenti qui anime les deux personnages, le tout teintés de mélancolie macabre... Bref...
Tout cela donne une dimension malgré tout unique à une nouvelle courte, plaisante et agréable à lire, avec la seule prétention de mener le lecteur jusqu'au bout, sans maladresse, sans faille rhétorique, sans défaut de rythme, en résumé, sans commentaire d'amélioration à faire...
Continue tes explorations, cette nouvelle est bonne et elle m'a plu.

   Anonyme   
2/10/2007
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Cette fois-ci j'ai vraiment aimé. Un nouveau style? C'est bien écrit, on ce laisse porter par le récit, le déroulé du texte est parfait, tiré au cordeau. L'artiste est à l'oeuvre. Et puis en ce qui me concerne il y a beaucoup moins d'hémoglobine et c'est tant mieux. Bravo

   Twinkle   
3/10/2007
C'est très réussi!

   Tchollos   
3/10/2007
Superbe ! Tu es déjà doué à la base mais je pense sincèrement que tu progresses constamment. J'ai presque envie de croire que c'est grâce à Oniris !! Lol. Le début est d'une efficacité absolue, la fin digne de Shyamalan. Tu décris très facilement et très brièvement un caractère, une silhouette, ce qui permet d'être tout de suite happé par l'histoire. L'identification fonctionne magnifiquement. Dès lors, on se laisse emporter et berner. Un petit chef-d'oeuvre de mécanique littéraire.

   guanaco   
4/10/2007
 a aimé ce texte 
Bien
Bon je la joue franco Cyb', j'ai été déçu par cette nouvelle parce qu'elle ne m'a pas surpris. Depuis "ces grilles neuves sont le symbole de cette époque où tout doit briller ou mourir", j'avais compris queGordon était mort, je l'ai tout de suite mis en relation avec la sensation de froid du début et j'ai évidemment pensé au "6ème sens". Un enfant , le cimetière, l'ombre qui passe... Des éléments trop vite porteurs de sens: j'avais perdu le Cyb de "Mon jardin".
En revanche, dans l'écriture, c'est là que tu fais mouche chez le lecteur et je rejoins d'autres commentateurs à ce sujet.
Mais cette nouvelle n'en est pas moins efficace et les personnages attachants par la manière dont tu leur donne...VIE ;)
Merci.

   Anonyme   
9/10/2007
Jolie histoire même si j'aurais préfèré un peu plus de détail, pour nous induire un peu en erreur par exemple. J'aime beaucoup l'image de la petite fille assise sur sa tombe

   Anonyme   
10/10/2007
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Oh oui..très beau conte..plein de magie.

Aussi. J'aurais aimé plus de détails. Mais peut-on l'exiger de contes aussi beaux?

J'ai sept ans.

Je sais que c'est pas vrai mais...

   Ninjavert   
15/10/2007
 a aimé ce texte 
Bien
Je suis un peu comme Guanaco, j'ai été déçu par la chute qui m'a semblée réchauffée.

Si c'est accidentel, c'est vraiment pas de bol.

Sinon, j'ai trouvé la fin franchement trop proche de "Sixième Sens", et par extension de genre, pas mal proche aussi de celle de "les Autres".

Je l'ai pas forcément vu venir, je commençais même à m'imaginer la sombre machination de la mère s'étant suicidée en voulant faire croire à un cancer, mais au moment de la chute j'ai franchement eu ce sentiment de déjà vu.

Tu joues dans un registre où beaucoup de choses ont déjà été faites (écrites, filmées ou autres) et il est très dur de balancer quelque chose d'inédit (j'en sais quelque chose). Mais à défaut, je pense qu'il faut que même si on est proche de quelque chose, ça s'en distingue par une certaine originalité. Si ça n'était pas toi, j'aurais vraiment pu croire à un "plagiat".

Pour le reste, le déroulement est sympa, bien écrit, fluide, comme d'hab. La ponctuation m'a gêné une fois ou deux, mais rien de méchant. Tes personnages sont toujours aussi attachants, même s'ils n'ont pas encore cette dimension inédite qu'on attend de toi. Là ce sont des personnages crédibles, des personnages qu'on a aucun mal à imaginer. J'attends le jour où en lisant un de tes textes, je me dirai "ah ça c'est un personnage de Cyberalx !"

Je pense que le discours de la petite fille pourrait aussi être amélioré. Là il fait juste soutenu. Je l'aurai préféré un peu plus vieillot, même si je me doute que tu voulais semer le doute en le rendant intemporel.

Sinon j'aime beaucoup le thème. C'est je pense ce qui m'a déçu dans sa proximité avec 6° sens ou les autres : ce sont des films que j'ai adoré car j'adore ce jeu dans lequel on mêle réalité et mensonge, vie et mort, etc. Le même texte avec une fin qui s'en distingue plus clairement me comblerait comme tu sais si bien le faire :)

Ninj'

   Maëlle   
22/10/2007
Texte extremement visuel, et le plaisir vient d'avantage de là que de l'histoire. Mais il se trouve que cette façon de faire (re)naitre des images, de la petite fille victorienne à la horde de gamins costumés en orange criard, j'aime beaucoup, et c'est... tout à fait approprié (Maëlle, qui à une carte postale à finir).

   Anonyme   
20/2/2008
Salut,

J'aime vraiment bien le style d'ecriture mais je dois avouer que cette fois je suis déçu par le fond...

C'est sur que ça reste joli mais les personnages, aux départ intéressants, auraient pu être plus développés...

L'histoire est un peu facil, du déja vu cent fois à vrai dire...
Je reste sur ma faim.

   nico84   
20/2/2008
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bravo, je pensais à tout sauf cela, quelle bonne idée, et quelle belle écriture !

La forme et l'auteur ont réussi à me tromper jusqu'au dénouement final, surprenant !

Grand bravo.

   widjet   
20/2/2008
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
C'est suffisamment court pour se laisser gentiment berner (le fait de banaliser la rupture dès le début permet à l'auteur de mieux nous rouler dans la farine au final). Mais cette histoire brève et roublarde est de surcroît bien écrite. Le plaisir est éphémère certes....mais immédiat. Que demander de plus ?!

Il ne me reste plus qu'à remercier Cyberalx....Ce que je fais donc.

Widjet

   marogne   
7/8/2008
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Le style que j’ai beaucoup aimé de Cyberalx dans d’autres nouvelles, mélange de distanciation et d’ironie masquée m’a manqué ici. L’histoire elle-même, peut être parce que rappelant trop un film récent, manque, à mon goût, de mordant, on n’est pas surpris, et pas forcément intéressé suffisamment par le héros pour que la dernière phrase soit efficace.

Deuxième nouvelle que je lis sur Halloween, décidemment, je dois allergique aux sorcières qui ne s’appellent pas Hermione….

   Adraboz   
7/8/2008
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Un récit très agréable, sans fioritures, qui se clôt de manière assez inattendue ... une lecture intéressante !

   victhis0   
16/9/2008
 a aimé ce texte 
Bien
Evidemment, sans le "6ème sens" et sans "Les Autres", évidemment c'eut été exceptionnel...Malheureusement d'autres sont déjà passés par là ce qui nuit forcément à la singularité de l'histoire.
Il reste cependant une écriture fluide, pleine de sentiments et d'empathie qui fait mouche. je me suis mis à plaindre sincèrement ce gars et son histoire, ce qi est assez rare, en somme.

   Jedediah   
3/11/2008
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Un récit bien mené, avec une fin bouleversante...
Je n'ai pas vu le coup venir ! Pourtant, j'aurais dû me douter que la rupture avait forcément à voir là-dedans...
Une bien jolie nouvelle donc, que je découvre pile un an après sa publication, le jour même de la fête des morts...
Bravo et merci.

   Anonyme   
3/11/2008
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Une histoire à lire en début novembre.
C'est triste et poétique.

J'aime bien...

   FILOMENE   
4/11/2008
Bonjour
je trouve la nouvelle fluide, bien écrite, et même si une certaine faim me reste dans la descriptions des deux personnages, cette même faim, me la rend légère, quelque chose d'éffleuré avec beaucoup de naturel et de grâce.
merci

   Flupke   
4/1/2009
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Mon « sixième sens » avait tiqué de suite quand j'ai réalisé que le protagoniste avait la faculté de voir quelqu'un de mort. Mais sans trop formaliser ma pensé car j'étais emporté par le ryhtme de la lecture. Donc je n'étais que légèrement surpris à la fin.

   Menvussa   
15/1/2009
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Très bonne chute. Un bon texte, agréable à lire, bien écrit.

   littlej   
17/12/2009
 a aimé ce texte 
Bien
C'est beau... par son titre, son écriture, ses personnages. En somme, par sa poésie.

Une histoire que l'on se rappelle.

Petit bémol cependant : la chute ne m'a guère convaincu. D'une part elle est déjà vu ("sixième sens"), de l'autre, je l'ai trouvé mal amené, le récit n'étant pas encore assez développé.

Mais, je crois que ce texte m'a véritablement touché par sa petite illustration à la fin. Emouvante.

Merci.

j


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