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Fantastique/Merveilleux
Den : Le Grand Secret
 Publié le 13/11/07  -  4 commentaires  -  8631 caractères  -  21 lectures    Autres textes du même auteur

Le poids des morts et le poids des vivants...


Le Grand Secret


Message n°1 :


Un gigantesque nuage de criquets rouges, s'est abattu aujourd'hui, sur la Plaine Céréalière Présidentielle. Tout a été détruit. Les autorités craignent une famine...


Message n°2 :


Le chat roux de notre Vénéré Président a pris voix humaine lors de la réunion mensuelle du Conseil pour la Grandeur de la Nation. Devant les Estimables Représentants du Peuple, il a proféré des invectives haineuses envers notre Démocratie, qu'il a qualifiée du mot barbare, anti-révolutionnaire et étranger : dictature ! Nos Respectables Élus ont gardé un magnifique sang-froid : dégainant tous leur arme, ils ont abattu de trente balles le perfide animal.
Seul, notre Honorable Dirigeant Suprême, Rapide comme le Faucon - Emblème de notre Puissant Pays - a eu le temps de tirer seize balles avant que le démagogue félin ne s'écroulât.
Il est à noter un incident mineur : le délégué des ouvriers de la Mine de Diamants Nationale et Présidentielle a reçu une balle perdue, qui lui a fait exploser la cervelle. Reconnu coupable - sa maladresse étant légendaire - le délégué des paysans a été, sur le champ, passé par les armes.
Nos Admirables Scientifiques qui ont examiné le chat pour découvrir le subterfuge lui ayant permis de parler, sont restés sans voix : l'animal était normal !
Nous apprenons en dernière minute que les professeurs qui ont autopsié le chat, ont été démis de leur fonction pour incapacité et envoyés comme gardiens au Zoo Présidentiel...


Message n°3 :


Un habitant du quartier nord de la capitale, qui creusait un puits dans son jardin, s'est noyé dans le trou qui s'est subitement rempli de liquide. Le fluide rouge analysé par le Laboratoire Central Présidentiel, s'est révélé être du sang !...


Message n°4 :


Une des jeunes fiancées de notre Bien-Aimé Président a accouché d'un enfant mort-né. Le bébé n'avait ni peau ni muscle ; c'était un petit squelette !...



Le vieillard à la longue barbe blanche et aux yeux étonnamment clairs, grimaça de satisfaction. Enfin ! Les signes ne trompaient pas ; le dernier message surtout ! Il brûla les coupures de journaux, prit sa canne et sortit.


La Garde Montée Présidentielle franchit avec fracas les lourdes portes qui protégeaient le Palais du Sauveur de la Démocratie. Elle se rua à travers le Marché Unifié, renversant étals et marchands, et s'engouffra dans le sentier herbeux qui menait au temple en ruine, après avoir dépassé la magnifique Église des Sept Vertus Présidentielles.
Le vieillard aux yeux pâles descendait péniblement les marches délabrées du temple quand les cavaliers surgirent dans un nuage de poussière et de cris.
Il ne résista pas. Les gardes le saisirent par les bras et le traînèrent entre deux chevaux jusqu'à la Résidence Présidentielle.
Là, d'autres gardes, plus chamarrés, l'empoignèrent avec brutalité et le jetèrent aux pieds du Guide Suprême.
« Alors, satané vieillard, tu t'es fait capturer en fin de compte ! » Le Chef Idéal se tourna vers ses courtisans en ricanant de contentement. « Vous voyez, rien ne peut résister au Commandant des Peuples ! »
La foule admirative applaudit. « Vive le Bienfaiteur Universel ! Hourra pour Sa Grandeur ! » Le Héros Magnifique apaisa de la main ses sujets. « Nous allons dorloter notre invité dans les Geôles Rédemptrices » annonça-t-il.
Le vieux eut un petit sourire ironique. Aussitôt un garde se précipita et lui assena un coup de crosse. Le Rédempteur, furieux, repoussa le garde et murmura, affolé : « Ne le tuez pas ! Pas tout de suite ! »
Les courtisans admirèrent bruyamment la magnanimité de leur Idole : « Longue vie à sa Magnificence ! Santé éternelle à sa Gracieuse Personne ! »


La pleine lune éclairait tristement la façade de la prison, mais la cellule enfouie au plus profond de la forteresse, ne recevait aucune lumière. Le vieillard étendu à même la terre battue essayait de dormir...
Il leva la tête lorsqu'il entendit la clef tourner dans la serrure et la lourde porte s'ouvrir. Il ferma les yeux, aveuglé par la lumière crue de l'ampoule qui venait de s'allumer au plafond.
Le tyran entra, son long sabre de parade traînant à terre et imprimant un sillon dans le sol humide.
La porte refermée brutalement résonna douloureusement aux oreilles du vieil homme.


- Enfin, te voilà à ma merci, chien ! On va pouvoir parler ! Je t'écoute : que dit le Texte Sacré ? Parle ! Révèle-moi le Grand Secret !


Le vieux observait calmement le dictateur. Il clignait encore des yeux, s'habituant peu à peu à la vive clarté, mais ne répondait pas.
Le despote, réprimant une bouffée de colère - ses poings se crispaient - se fit mielleux :


- Si tu consens à parler, tu seras bien traité... Pour preuve de ma bonne volonté, je t'ai ramené ta canne.


Il claqua des doigts. Le geôlier, aux aguets derrière la porte, aussitôt la lui apporta.


- Tiens vénérable vieux, tu vas pouvoir te relever ! Il n'est pas bon qu'un allié soit dans cette posture.


Il tendit la main pour l'aider. Le vieil homme lui fit non de la tête, mais serra sa canne contre lui.
L'autocrate s'inclina :


- Soit, si ta volonté est de rester allongé, à ton aise ! Laisse-moi au moins, te faire apporter des coussins !


Il allait joindre le geste à la parole mais le vieux, pour la deuxième fois, secoua négativement la tête.


- D'accord, reprit le tyran, tu es seul juge !... Dis-moi maintenant le Grand Secret et je te couvrirai de richesses. À nous deux nous serons invincibles. Nous aurons le monde dans notre main. Allons vite, le temps nous est compté !


Le vieillard restait toujours muet.


- Tu préfères la mort à la puissance ? Pourquoi ce sacrifice ? La vie n'a donc pas de prix pour toi ? Mais, par le Faucon Sacré, vas-tu répondre !


Il lui martela le visage.
La tête du vieil homme s'affaissa, mais il n'eut pas un gémissement ; pas un mot ne franchit ses lèvres éclatées.
L'oppresseur le secoua, au comble de la furie.


- Parleras-tu à la fin ?


Il agrippa le bras du vieux et le tordit d'un coup sec. Les os craquèrent et percèrent la peau tannée. Le sang gicla et aspergea la Tenue Présidentielle. Le dictateur jura et se mit à hurler des obscénités, tout en bourrant de coups de pieds le corps recroquevillé. Il brandit son sabre.


- Ou tu me révèles le Grand Secret ou ta misérable vie de cancrelat s'achève ici ! Ton savoir pourrira dans la fange avec toi ! Il ne te servira plus à rien ; personne n'en sera plus le dépositaire, vil débris, stupide ermite !


Le vieux solitaire tenant son membre brisé qui pendouillait, souleva péniblement ses paupières. Son regard étrangement fixe, transperça le voile de douleur qui emplissait ses orbites et vint frapper, comme une onde cinglante, la face du despote. Ce dernier grogna et lui porta un coup qui lui trancha l'épaule. Il allait le transpercer de son sabre quand le vieillard gémit et prononça faiblement :


- Attends !


Le bourreau suspendit son geste.


- Parle, il n'est peut-être pas trop tard !


Le vieux sage avala difficilement le sang qui encombrait sa bouche et murmura :


- Le... le... Grand Secret, tu... peux maintenant... le connaître...


Il s'interrompit, essoufflé et déglutit douloureusement.


- Vite, s'énervait le Président, vite !

- Regarde... da... ns... ma canne... Elle est... creuse...


Le tyran se précipita sur le précieux objet qui avait chu au fond de la cellule et le fracassa contre le mur. Un fin parchemin s'en échappa et descendit en feuille morte, aux pieds du gisant. L'oppresseur s'en empara prestement et le déchiffra avec avidité.

Il y était écrit :


« LE POIDS DES MORTS FAIT TOURNER LA TERRE LA NUIT; ET LE JOUR, LE POIDS DES VIVANTS...
QUAND IL Y AURA PLUS DE MORTS QUE DE VIVANTS, LA NUIT SERA ÉTERNELLE, ELLE N'AURA PLUS DE FIN. IL MANQUERA LE POIDS DES VIVANTS POUR QUE REVIENNE L'AURORE... »

MIGUEL ANGEL ASTURIAS


Le vieil ermite ricanait maintenant :


- Hé, hé, hé... je t'ai... hé, hé... bi... bien eu !...


Il toussa.


- Je suis La Goutte ... hé, hé... Surnuméraire... Celle qui fait déborder le puits... Comprends-tu ?... Je suis l'Unité Fatidique... Le grain de sable qui fait pencher la balance... hé, hé... Le règne mauvais de l'homme... comme l'a prédit notre Maître Asturias... t... touche à sa fin... Tu viens... hé, hé, hé, d'en être le bourreau... Après moi, le... La Nuit ÉTERNELLE... Hé, hé... ah, ah... a... a... a...


Il se raidit. Un flot de sang jaillit de sa bouche rieuse.
Le dernier des sages s'affala aux pieds du dictateur pétrifié.


 
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   Bidis   
14/11/2007
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Fin percutante pour un texte bien écrit et prenant.

   nico84   
14/11/2007
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Superbe fin ! J'ai adoré (même si les messages précédents sont pour moi en dehors de l'histoire principale à part si je n'ai pas compris la logique).

Belle idée, belle imagination, ca se lit trés bien, rien à redire.

   Anonyme   
16/11/2007
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Vraiment bien un brin violent mais bien. Je brulais aussi de connaitre le grand secret...

   victhis0   
16/11/2007
 a aimé ce texte 
Beaucoup
ouuuuuuui ! excellent !
J'ai adoré : l'histoire est simple et très astucieuse.
Un reproche, parce qu'il faut bien : un peu de manichéisme dans le dictateur que j'aurais aimé moins prévisible, plus ambigü.
Mais j'ai vraiment aimé ce texte.


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