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Policier/Noir/Thriller
Donaldo75 : Embrouille aux Tarterets
 Publié le 10/11/22  -  11 commentaires  -  13843 caractères  -  96 lectures    Autres textes du même auteur

Les Tarterets sont un quartier d’habitat social situé à Corbeil-Essonnes. Constituant l’un des secteurs les plus difficiles de l’Essonne, les Tarterets se sont enracinés dans la culture populaire comme l’un des symboles les plus emblématiques de la question des banlieues en France.


Embrouille aux Tarterets


Je ne sais pas quand tout ça a commencé. Peut-être dès mon retour de New York, après cinq longues années passées à courir après le miracle américain. Ou alors, il y a des siècles, avant même ma naissance et celle de mon père voire celle de son père avant lui. Toujours est-il que je ne supporte plus les réflexions à deux balles des petits crânes rasés installés dans la cité depuis je ne sais plus quand et qui se multiplient comme des cafards. Mon cousin Samir me dit de les ignorer, qu’ils ne valent pas l’embrouille à venir, que les bleus du quartier sont de leur côté et que des fachos il y en a toujours eu et qu’il y en aura toujours dans ce monde imparfait mais réel. Un sage, le Samir. Surtout, un businessman qui ne veut pas voir son commerce de ganja perturbé par un revenant.


Je me souviens de ma première confrontation avec la bande d’abrutis locaux. Je rentrais tranquillement de mon footing matinal, à peine deux jours après m’être réinstallé aux Tarterets, dans un petit appartement trouvé par Samir le gars qui sait mettre de l’huile dans les rouages. Un nain de jardin à la coupe militaire m’accosta, se croyant protégé par ses trois potes au faux blouson de para.


– T’es qui, toi ? Je ne t’ai jamais vu ici.

– Si on te le demande, tu répondras que tu ne le sais pas.


Samir me dit souvent que la diplomatie n’est pas mon fort ; je crois qu’il a raison, le bougre. En tout cas, ma réponse n’avait pas plu au nabot fagoté à la mode skinhead. Il avait quand même pris sur lui, probablement à cause des trente centimètres qui nous séparaient du ciel et de la vingtaine de kilos de différence entre nous, et peut-être aussi du fait de mon regard plein d’amour à son encontre. C’est important, l’amour. Pourtant, il s’était cru obligé de la ramener, ce troll de bas étage.


– Tu ne sais pas qui je suis ?

– Non. Et je m’en bats les couilles, en fait.

– Et mes potes, tu ne sais pas qui ils sont ?

– Des gars plus grands que toi, c’est ça le mystère ?


Il avait mis la main dans sa poche, pris un air décontracté mais assuré, regardé sa bande de vainqueurs puis décidé de m’épargner au nom de je ne sais quel principe de précaution ou de survie.


– Je suis Karl. Du Club 888.

– Et ?

– Tu ne connais pas le Club 888 ?

– Non.

– Tu viens d’où ? De la planète Mars ?


Cette vanne l’avait fait rire ainsi que les trois autres mous du bulbe. Je n’avais pas répondu puis m’étais tranquillement dirigé vers l’entrée de l’immeuble. Ensuite, les insultes avaient commencé à fuser ; les termes habituels dont tous les gars de mon genre faisaient régulièrement les frais, assortis de références à la virginité de ma sœur perdue dans les toilettes d’un fast-food, au plus vieux métier du monde attribué à ma mère et à la taille de mon phallus que je devrais me mettre sur l’oreille dorénavant vu que j’allais devenir tricard dans la cité sous le fallacieux prétexte qu’ils la contrôlaient. Je ne m’étais même pas retourné tellement je n’en avais rien à battre de tous ces mots.


Le problème, c’est que ces mecs sont des morpions ; une fois qu’ils ont accroché leur proie, ils ne savent plus lui lâcher la grappe. Depuis cette rencontre, j’ai vu ma boîte aux lettres incendiée, la porte de mon appartement bariolée de termes peu élogieux, j’en passe et des plus nuls. Tous les soirs, ces rats d’égouts chantent des slogans d’extrême droite sous ma fenêtre ; ils s’en foutent de déranger mes voisins dont ils savent que jamais ils n’appelleront les condés. Samir me l’a confirmé. Ces gars ont des potes chez les bleus et ils en profitent largement.


– Et toi, ça ne te fait pas chier, ai-je demandé à mon cousin.

– Si, mais je dois vivre avec.

– Pourquoi ?

– Parce qu’une bonne guerre coûte plus cher qu’une mauvaise paix.


Et voilà l’argument imparable. Celui de milliers de petits-fils d’immigrés quand ils oublient pourquoi leurs grands-parents ont débarqué en France appelés par des employeurs en manque de main-d’œuvre facile à exploiter, pas syndiquée, souvent illettrée et trop contente d’échapper au marasme d’un Maghreb en pleine crise d’identité. Ces mecs craignent leur propre ombre et redoutent d’être mal vus par les branleurs rétrécis du cerveau qui leur imputent tous les malheurs du monde. Et le spectacle de deux avions de ligne américains fracassant des tours jumelles dans la capitale du monde occidental n’a pas arrangé leurs affaires.


– Que dois-je faire d’après toi, Samir ?

– Profil bas.

– Et encore ?

– Ils t’oublieront.

– Je ne pense pas.


Samir le sait. Ces ratés se sentent intouchables depuis que des partis politiques établis relaient leurs théories, déclarent à qui veut l’entendre que la race blanche va bientôt être remplacée par une mixture de métèques venus du fin fond de l’Afrique ou des sables du Sahara. Ils n’ont pas peur des Chinois, cela viendra plus tard, mais des Arabes et des Noirs, de leur soi-disant Islam radical et je ne sais quelle autre connerie du genre. Comme si tous étaient des musulmans fanatiques et assoiffés de jihad. Ces croisés d’un nouveau type se prennent pour des templiers des temps modernes.


– Je suppose que tu leur as dit qui je suis ?

– Oui. Cela ne signifie rien pour eux.

– Ils ont oublié ?

– Tout le monde a tourné la page.


C’est un peu le problème des cités comme les Tarterets. Le grand banditisme les a quittées parce que les jeunes du cru n’ont plus d’ambition, se contentant de vendre quelques barrettes de merde coupées à l’arrache, de tringler des adolescentes à plusieurs dans une cave, de tirer la langue aux grand-mères drapées dans leur burka et de lever des doigts d’honneur devant les voitures fatiguées des smicards de la police nationale. L’esprit de Jacques Mesrine s’est perdu en cours de route.


Pour cette raison, je suis parti en même temps que pas mal de mes frères d’armes, si tant est qu’il existe une fraternité entre fondus de l’adrénaline. Et moi, contrairement à bon nombre de mes soi-disant collègues, je ne suis jamais passé par la case Fresnes ou Fleury-Mérogis, parce que j’en ai dans le caillou et que mon raisonnement ne se voit pas stoppé par mes hormones dès que je mate un petit cul de gazelle ou une grosse liasse de billets. Et ça m’énerve, cette perte de notre historique commun dans la cité des Tarterets, quand nous étions les rois du monde souterrain dont l’économie ne reposait pas uniquement sur la drogue, les putes et les vols à la roulotte.


– Et je devrais les laisser faire ?

– Oui.

– Sinon ?

– Tu dégages de la cité et tu n’es plus le bienvenu.


Au moins, les choses sont claires. Samir est mon cousin quand ça l’arrange, les fois où il veut frimer devant les rares poulettes qui se souviennent de cette époque où mon seul prénom inspirait le respect même du côté des condés pourtant occupés à essayer de me serrer en flagrant délit. Désormais, je pue le passé et l’empêcheur de chier des bulles en rond. Je dérange son petit business monté par des besogneux et des borgnes au royaume des aveugles. Notre génétique commune se résume à un bec de canard sur un ornithorynque. Et c’est maintenant moi la bête exotique.


– Je comprends, Samir.

– Et ?

– Je vais partir demain matin.

– Tu fais bien. C’est mieux pour tout le monde.


Je calcule mes options. En réalité, j’ai encore des contacts dans l’Essonne et à Paris. Je peux facilement récupérer un calibre anonyme, dégager les nazillons de la surface de la Terre, même envoyer Samir rejoindre ses glorieux ancêtres au pays des Berbères. Je l’ai déjà fait par le passé et personne ne m’a jamais gaulé à l’époque. Et je ne vois pas qui viendrait me demander des comptes. Samir serait remplacé par aussi rapace que lui. Le Club 888 désignerait un nouveau kapo à la place de Karl le court sur pattes. Des gamins boutonneux continueraient de faire le guet dans les travées de la cité pour permettre aux vendeurs de merde de distribuer leurs barrettes favorites. Des adolescentes perdues échangeraient toujours leur cul contre quelques billets de dix euros. Les vieilles voilées subiraient encore les remarques injurieuses et racistes de petits Blancs relégués en quatrième division de la sociologie hexagonale. Les officiers de la police judiciaire rempliraient des monceaux de formulaires administratifs pour nourrir un ministère friand de statistiques. Rien de nouveau. Ni à l’Est ni à l’Ouest et encore moins en Île-de-France. Juste la lose. Seulement, avec l’âge et l’expérience vient la sagesse, dirait un vieux Chinois ; décliné sur ma pauvre pomme, ce principe signifie mettre les bouts, dégager de cet environnement anxiogène et éviter les galères inutiles avec de pauvres rase-bitume. Je choisis donc d’aller changer d’air et de vérifier si l’herbe est plus verte loin d’ici. Il faut croire que le destin en a décidé autrement. À peine suis-je entré dans la cage d’escalier du bâtiment miteux où je passe mes nuits que j’aperçois dans la pénombre des tronches de cake à poil court. Nous n’avons pas le temps d’échanger les amabilités d’usage ; les visiteurs importuns se précipitent sur moi des matraques à la main avec l’envie manifeste de me caresser l’échine. Tout se passe très vite et je passe en mode automatique.


Je suis dans la merde jusqu’au cou. Peu habitués au combat rapproché, les nazillons ont pris une belle branlée ; leur petit chef est étalé par terre, la tête en angle droit, tandis qu’un autre crache du sang contre la dalle. Quant à leurs deux acolytes, ils ont détalé sans demander leur reste. Je dois faire le ménage maintenant, même si je suppose que les voisins ont entendu notre chorégraphie mais n’osent pas se mêler de ce qui ne les regarde pas. J’éclate le survivant d’un dernier coup de pied puis je traîne son corps dans la cave où les jeunes du quartier fument des pétards ou culbutent leur reine de beauté. Je fais de même avec le nain de jardin, plus facile à déplacer de par son gabarit restreint. Je recouvre ensuite les deux corps de cagettes et autres débris entassés çà et là.


Ainsi soit-il, aurait dit l’aumônier de la paroisse, celui qui essayait de nous apprendre le mieux vivre ensemble, il y a des années, avant que la réalité ne se déchaîne contre tout le monde et transforme la cité des Tarterets en zone de non-droit où même Dieu et Allah ne sont pas les bienvenus. Et je suis là, en train de marcher sur une vieille route nationale en direction de nulle part mais surtout loin d’ici. Perdu dans mes pensées, c’est à peine si j’entends le son de la sirène. Une voiture s’arrête à côté de moi et j’entends une voix rigolarde me héler.


– Alors, mon grand, on se promène ?


L’humour des condés reste un truc inexpliqué mais homogène dans l’univers visible. Je stoppe le pas, pose mon bagage et tourne la tête. Le véhicule est plein. Il semblerait que la maison poulaga est de sortie ce soir. Devant, il y a deux quadragénaires, derrière, une jeune femme et un homme d’âge mûr. Le passager de devant et la jeunette descendent, me toisent puis commencent le cérémonial.


– Papiers d’identité, aboie le policier.


Je m’exécute. Le mâle laisse la femelle examiner ma carte d’identité tandis qu’il me scrute dans le détail comme si j’étais un bourrin de compétition proposé dans une foire agricole. Je me demande s’il était déjà en poste du temps de ma splendeur, quand mon nom faisait trembler les poulets d’Évry et frémir les danseuses du ventre de chez le gros Ali. Visiblement, je lui rappelle quelqu’un.


– On se connaît ? demande-t-il.

– Je ne pense pas.

– Vous faites quoi sur cette route ?

– Je pars dans le Sud.

– Où dans le Sud ?

– Loin.


Ma réponse le fait marrer. La policière également. Elle est mignonne, avec sa coupe mi-longue, ses beaux cheveux noirs, ses yeux en amande et sa bouche bien dessinée. Elle ressemble à Leila, ma dernière copine du coin, avant que je ne prenne mes cliques et mes claques en direction de New York City et ses promesses de jours meilleurs. Je pense souvent à elle. Qu’est-elle devenue ? Je n’ai jamais posé la question à Samir et lui ne m’en a pas parlé. Le mystère risque de rester entier.


La belle en uniforme me sort de mes songes en me reposant la question de son collègue. Je la regarde de nouveau et je revois Leila. Pourquoi n’as-tu pas voulu me suivre en Amérique, ma douce Leila ? Nous avions tout pour être heureux ensemble, vivre le rêve américain, élever des enfants dans la pure tradition yankee, recommencer à zéro et laisser tous les emmerdements pourrir aux Tarterets. J’avais de l’argent de côté, des contacts légaux, pas de tocard dans les pattes, un casier judiciaire vierge et de l’amour à revendre. Et toi, tu as préféré t’enterrer dans cette cité moisie avec ta multitude de frères et de sœurs et de cousines et de cousins, d’oncles et de tantes, des bouseux juste bons à raconter leurs histoires de bled quand les vaches pissaient du lait par les naseaux sous le soleil d’Allah le miséricordieux. Quelle merde !


– Je ne sais pas encore, dis-je finalement, une fois revenu à la réalité.


Le sosie de Leila me sourit avec douceur. Je ne sais pas si ça plaît à son collègue mais moi elle me réchauffe le cœur par son humanité. Je lui réponds avec ma meilleure bouille, comme me l’a appris ma mère il y a des siècles. Sa réaction me fait comprendre que je suis en veine ce soir. Elle me tend mes papiers et j’entends sa belle voix me prodiguer un conseil.


– Faites attention, le secteur n’est pas très bien fréquenté.

– Je resterai en alerte.

– Je vous souhaite une bonne soirée.

– Vous de même. Merci.


Je vois la voiture de police reprendre la route en direction du nord. Je lève les yeux vers le ciel, contemple la voûte étoilée puis relance la marche vers mon ailleurs inconnu, loin de mon présent francilien et de mon passé new-yorkais, quelque part où je l’espère je n’aurai pas à fracasser des têtes de nazillons et à composer avec des blédards de cité.


 
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   Vilmon   
26/10/2022
 a aimé ce texte 
Bien
Une tranche de vie qui met bien en scène une situation sociale d’un quartier ouvrier, avec tous ces aspects et ses enjeux. Même si je ne connais pas tous les surnoms, j’arrive à suivre le fil. Je ne connais pas non plus ce type d’environnement, mais tout se place avec logique. Il y a un effet de profondeur avec ces références du passé, ce qui permet de rattacher ce récit à une trame plus grande même si elle reste nébuleuse. Le scénario est assez simple, mais je crois que l’objectif n’est pas de nous raconter une histoire, mais que celle-ci sert de support afin de nous projeter une vision de la situation sociale à partir d’un certain point d’origine. J’ai apprécié ma lecture.

   Corto   
10/11/2022
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Dans une écriture dynamique et des événements concrets voici un beau texte.
Ici on ne chichite pas, on essaie de survivre dans un environnement tendu, malveillant: ça passe ou ça casse.

Les personnages sont typés avec la "bande d’abrutis locaux", le "nain de jardin à la coupe militaire" etc.
Les embrouilles font le quotidien, bref la vie est vite insupportable, sauf pour ceux qui ont décidé de durer autant que possible avec la philosophie "une bonne guerre coûte plus cher qu’une mauvaise paix."

Le personnage principal étant plutôt du style guerrier expérimenté ce qui devait arriver arriva...il n'eut plus de choix: il fallait partir.

Je ne sais si ce récit s'appuie sur du vécu mais il sent le réel. Belle qualité pour une nouvelle qui accroche le lecteur. Ceux qui ont vécu dans une banlieue de ce type reconnaitront le paysage...

La scène finale de la rencontre avec les policiers vaut son pesant d'or.

Bravo.

   Tadiou   
10/11/2022
 a aimé ce texte 
Bien
Salut Donaldo. A la fin de mon commentaire de ton texte précédent, j'écrivais "A la prochaine" : celle-ci est arrivée rapidement !

Le langage style banlieue tend à rendre le récit authentique et crédible: bel effort d'écriture car j'imagine que tu ne t'exprimes pas habituellement ainsi.


Le narrateur n'est pas un banlieusard "ordinaire"; pas énormément de soucis à se faire pour lui car il semble bien mener sa barque. Son cerveau fonctionne bien et ses muscles aussi.

J'apprécie que l'ambiance ne soit pas misérabiliste. Après l'incipit je m'attendais à des considérations politiques ou sociales; non c'est vraiment du local, comme un huis clos (donc de l'humain, mais qui peut être étouffant); la vie au jour le jour. Et le désespoir n'est pas au rendez-vous; il y a de la tonicité et de l'énergie, presque de l'espoir, ce qui rend le récit agréable à lire malgré la noirceur de l'arrière-plan. Et la note sentimentale avec le souvenir de Leila humanise l'ambiance.

Un narrateur vigoureux, inspiré, lucide, qui ne se morfond pas dans la déliquescence ordinaire des "quartiers".

Mais la fin me déçoit car ça se termine en queue de poisson; une suite aurait été bien venue.

Donc, de nouveau : à la prochaine !

   Perle-Hingaud   
13/11/2022
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Le titre m’a fait rire, il donne tout de suite dans le second degré. Et l’humour est présent dans ce récit… Un bon divertissement, rondement mené, avec du style. Des répliques comme : « – Et mes potes, tu ne sais pas qui ils sont ? – Des gars plus grands que toi, c’est ça le mystère ? », ça m’amuse.
Une expression qui gratte un peu : « j’en passe et des plus nuls. » nuls se rapporte à quoi ?
Il y a un contexte, mais pas de lourdeur politique, tout est au service de ce héros pas très fréquentable, voyou à l’ancienne contre nazillons de jeune génération.
Bref, je ne garderai pas un souvenir impérissable de ce texte, mais j’ai passé un bon moment à le lire, et c’est déjà beaucoup !
Merci !

   Anonyme   
13/11/2022
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Holà Le D.

Née dans le 93, avec un père implanté dans le 92 et le 91 d'aussi loin que je m'en souvienne, ton titre m'a forcément attirée.

Bon, je replace le contexte mais dans l'absolu, milieu des années 90, les quartiers 9. (le 93, le 92, le 91) ont inspiré grandement la littérature et les médias. La Haine par exemple, retrace les éclats dans le 93 suite à la mort d'un jeune de banlieue.

Les Tarterets ont connu leurs heures de gloire au début des années 2000. Deux bandes étaient à l'époque en guerre ouverte pour le trafic de tout genre. L'ambiance était atroce pour qui vivait pas loin, on avait nos voitures incendiées la nuit, et parfois même en plein jour, les filles ne sortaient plus seules et la police, loin de faire le malin, avait tendance à éviter le quartier, et celui des Coquibus qui était l'autre partie en place.

Bref.

Ta nouvelle est assez sympa dans le style, bien que certaines tournures soient too much (et parfois plus issues du Sud que du Nord), et que l'ensemble, bien que tentant de s'en éloigner reste asse cliché survolé. Le narrateur malin, voire même intelligent, froid, et badass à souhait. Le pote qui veut rester tranquille pour ne pas faire de vagues. L'éternel amour perdu. Le final cocasse où la police (rappelons-le, hérissée d'années de violence) est sympa avec le criminel intelligent, qui une fois de plus s'en sort sans un accroc.

Pour moi, c'est trop peu fouillé. Alors, certes c'est une tranche de vie, mais elle pourrait aussi bien se passer à Sarcelles ou à New York. Les seules évocations plus pittoresques sont, je le dis plus haut, peu fouillées et assez cliché. Ce qui est dommage dans un contexte déjà stigmatisé. Il aurait été intéressant de connaitre les lieux et d'en donner un aperçu qui ne soit pas un vieil appartement précaire et une HLM crasse. Rien ne permet de remettre l'histoire dans son contexte historico-géographique, rien ne permet de relier le criminel à cet endroit particulier.
On se retrouve du coup dans quelque chose de trop dépersonnalisé pour réellement accrocher la rétine.

Certes, c'est bien écrit.
Certes, l'auteur a un humour et une manière de mettre les choses en perspectives qui donne un élan de lecture.
Mais il n'en est pas ressorti grand-chose en ce qui me concerne.

Là où je trouve généralement ton écriture originale et passionnée, ici, je la trouve plutôt poussive et détachée. Et j'ai du mal avec le détachement. Surtout sur ce genre de nouvelle à fleur de peau, où tu arrives à rendre le double meurtre anecdotique.

En restant sur ma faim, je m'excuse pour la note qui reflète mon ressenti, uniquement, la qualité rédactionnelle étant indéniable, c'est le moment de lecture que j'y ai passé qui prime. Et je n'ai pas été convaincue.

Au plaisir de te relire.

   Jemabi   
13/11/2022
 a aimé ce texte 
Pas
Cette nouvelle semble avoir été écrite dans les années 80-90, en tous cas elle ne reflète pas la réalité d'aujourd'hui, ou bien je n'ai rien compris et il s'agit d'un conte pour grands enfants qui croient encore que les voilées qu'on croise en banlieue sont forcément de vieilles dames, que les nazillons y persécutent les petits beurs sans défense et qu'on peut s'en tirer en prenant juste la fuite. Un minimum de crédibilité n'aurait pas nui au récit. Dans la réalité, il y a plus de voilées que de non-voilées et les nazillons ont déserté depuis longtemps. Ne subsistent que quelques blancs qui rasent les murs dans un environnement en large partie islamisé. Pour ce qui est de la réalité des banlieues d'aujourd'hui, le film "Bac nord" est bien plus proche de la vérité. Maintenant, pour ceux qui aiment les bluettes...

   Donaldo75   
13/11/2022

   Stephane   
16/11/2022
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Salut Don,

Ca faisait longtemps que je n'avais pas lu de nouvelles sur Oniris (pas trop le temps), et celle-ci m'a plu.

La seule chose qui m'a manqué est que je ne suis pas arrivé à la situer dans le temps, car je pense qu'aux Tarterets ce ne sont pas les skinheads qui règnent actuellement en maître mais bon, comme je n'y suis jamais allé, je ne sais pas trop, finalement.

A part ça j'ai bien aimé l'histoire et l'atmosphère ambiante, de même que le héros lui-même.

Une réussite.

Stéphane

   papipoete   
22/11/2022
 a aimé ce texte 
Beaucoup
bonjour Donaldo
Cette embrouille aux Tarterets est passionnante, et je suis derrière mon bouclier, cet ancien Caïd parti en Amérique, au sommet de sa gloire. Revenu sur ses anciennes terres, tout a changé en premier le respect, la politesse qu'avaient les Seigneurs pour qui n'étaient pas " dans les affaires " . et ça roule des mécaniques, ça veut soumettre tout le monde, même le travailleur qui a d'autres chats à fouetter, et ça fume, ça sniffe, ça schite à tout va et les filles comme des chiennes en chaleur, tendent leur postérieur à ces dealers... soumission !
Notre héros provoqué par ces marlous, leur apprendra qui il était, et dégoûté s'en ira..;
NB on a de tout dans ce récit ; de la frime, du ridicule qui ne tue pas, du misérable et à la fin cette infinie tendresse, quand notre héros au grand coeur croisera le regard de cette fliquette, lui demandant ses papiers, reverra sa Leila qui put partir aux States, mais non...
Ce récit haut en couleur m'évoque ce que mon beau-frère, maton ( enfin surveillant pénitenciaire ) nous racontait de Fresnes ou de Clairvaux et son Bontemps et son Buffet et des autres cadors de la voltige ; " on n'a jamais été emmerdé par toutes ces pointures, on nous respectait ; puis vint l'époque des p'tits merdeux, dont aller en tôle était tableau d'honneur ; la vie en tôle devint pour ceux qui y travaillent, et rentrent chez eux le soir, l'enfer... "
J'ai souri, j'ai serré les dents, et presque consolé notre ami, qui reprenait la route, comme celle de Memphis Tennessee...

   Dugenou   
21/1/2023
trouve l'écriture
aboutie
et
aime bien
(copier/coller de mon commentaire effectué par mail)

Bonjour Don,

Un bon western banlieusard, au casting irréprochable : les indiens, les cow boys, le(s) shériff(s), la cavalerie...tout le monde est là, sauf peut-être les canassons.

Une bonne lecture, un texte vivant, bien rythmé, qui, s'il faisait partie d'un tout plus grand, je veux dire d'un univers plus développé, pourrait être adapté sur grand écran, probablement par Luc Besson...

   Donaldo75   
21/1/2023
Mes commentaires et réponses ici: http://www.oniris.be/forum/les-tarterets-vous-remercient-t30738s0.html#forumpost444797

EDIT: désolé, c'est un doublon.


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