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Policier/Noir/Thriller
Donaldo75 : Ô algues Ô thérapie
 Publié le 24/10/21  -  5 commentaires  -  19555 caractères  -  38 lectures    Autres textes du même auteur

L'algothérapie est la branche de la phytothérapie qui utilise les algues marines.


Ô algues Ô thérapie


Hector Patate arriva au centre de thalassothérapie d’Ostende par le train de dix-huit heures seize. Il se demandait encore pourquoi il avait accepté de venir à ce rassemblement des détectives les plus connus d’Europe qu’organisait la prestigieuse société Clou & Do, même si le menu affiché à l’hôtel Léopold 1er semblait répondre à sa question. Il savait qu’il côtoierait le gratin de la profession mais pensait que l’essentiel serait d’éviter ses consœurs et confrères le plus possible, de ne pas se retrouver à leur table au dîner d’ouverture. Il était, de loin devant tout le monde, le meilleur investigateur de la planète et ne ressentait aucun besoin de le cacher à ses interlocuteurs. La modestie n’avait pas sa place en face des criminels aux mille astuces et aux stratagèmes compliqués. Ce principe de base régentait le fonctionnement complexe de ses petites cellules grises et il ne comptait pas déroger à la règle qu’il s’était fixée depuis le début de sa prolifique carrière. Armé de toutes ces certitudes, il se fit annoncer à la réception du somptueux établissement où une suite lui était réservée. Une fois installé, il téléphona au restaurant pour vérifier que la table retenue en son nom par la comtesse Barbara Wittelsbach était prête à accueillir son auguste personne et sa prestigieuse invitée.


– Nous avons préparé votre apéritif, monsieur Patate. Vous avez une place pour deux personnes, lui répondit le responsable.


Hector Patate se lissa les moustaches et se donna un dernier coup de peigne. Il tenait absolument à faire bonne impression à l’aristocrate allemande qui l’accompagnait en ces lieux. Il se rappelait la force de son argumentaire pour convaincre la belle quadragénaire de venir avec lui. Rencontrer le nec plus ultra de sa corporation et participer à un jeu basé sur la déduction, en équipe avec le dieu vivant des briseurs d’énigmes avait fini par la persuader de quitter son château de la Westphalie du Nord. Il avait quand même pris sur lui de se conformer aux exigences de la manifestation. Il devrait se soumettre aux nombreux soins de thalassothérapie prévus le matin dans le but officiel de donner plus de vigueur aux participants. Le petit homme rondouillard qu’il était détestait le sport sous toutes ses formes. De plus, il exécrait la mer dont il n’acceptait les produits que dans un plateau d’argent servi par de jeunes sylphides et agrémentés d’un grand cru classé de Bourgogne. Il descendit dans la grande salle dédiée au dîner des célébrités du moment puis demanda au maître d’hôtel où se trouvait sa table. Ce dernier lui proposa de l’y conduire. Les deux hommes marchèrent jusqu’à un coin pas trop isolé mais assez éloigné du centre. Le détective détestait par-dessus tout les outrages propres à la conversation insipide des bourgeois de province toujours en quête d’un bon mot sous le prétexte de briller. Ce côté asocial ne l’empêchait pas de développer une riche clientèle car, même si le crime n’était pas censé payer, il rapportait beaucoup aux gens comme lui. La comtesse Barbara Wittelsbach était déjà arrivée. Il la salua d’un distingué baisemain dont il avait le secret. Elle lui répondit par un superbe papillonnement des yeux et un sourire digne de La Joconde. Ils savourèrent une coupe de champagne millésimé en dégustant des toasts raffinés avec du caviar. Hector Patate se rengorgea quand il constata que ses principaux confrères et néanmoins rivaux n’étaient pas accompagnés ou alors pauvrement. Il en fit galamment la remarque à son invitée qui en gloussa de plaisir. La musique d’ambiance, dispensée par un vieux pianiste hongrois, s’arrêta subitement. Le maître de cérémonie allait émettre un message de bienvenue.


– Chers invités, commença-t-il pompeusement, je vous remercie d’être venus et d’avoir accepté les règles de notre concours d’investigation. Le thème cette année est d’une simplicité enfantine. Il s’agit de la mer et de ses dangers quand elle est utilisée par les esprits les plus retors à des fins criminelles. Nous avons imaginé une série de meurtres qu’il vous faudra élucider en deux jours. Vous serez limités géographiquement à l’enceinte de l’établissement et de la plage attenante. La police locale est prévenue : elle jouera son rôle habituel comme dans un cas réel.


Rares furent les questions posées suite à l’intervention de l’organisateur. Soit les participants avaient tout compris, soit ils ne voulaient pas ternir leur réputation. Hector Patate regarda l’assistance. Il déduisit, à la mine convenue de ses rivaux du soir, que la compétition serait inégale.


Le repas tenait la promesse écrite sur la carte des mets. Visiblement, Barbara Wittelsbach se régalait, profitant de la subtile conversation de son hôte, entre récits d’enquêtes fameuses et anecdotes salées sur les petites manies des étoiles du crime. Le détective affichait sa fierté sans aucune pudeur. Il bénéficiait de l’aura aristocratique de la splendide comtesse et comptait sur cet avantage psychologique pour déprimer ses principaux concurrents.


La suite de la soirée se déroula dans la même ambiance. Hector Patate et la comtesse Barbara Wittelsbach goûtèrent la liqueur digestive de leur hôte, Walter Moneymaker le président de la société Clou & Do, dans un petit salon privé à la décoration chargée et au luxe ostentatoire.


– Je suis fort heureux de vous savoir parmi nous, monsieur Patate, avoua le magnat des jeux de société. Des rumeurs nombreuses faisaient état de votre défection. Je ne pouvais concevoir un tel événement sans la présence du plus célèbre investigateur privé du monde.

– Hector Patate ne peut pas décevoir ses admirateurs, répondit l’intéressé, surtout quand ils sont ses plus prestigieux clients.

– Je m’en rends compte aujourd’hui. En plus, la beauté de la comtesse Barbara Wittelsbach illumine les lieux, ajouta Walter Moneymaker visiblement séduit par l’aristocrate allemande.


La conversation continua dans le registre des politesses et flatteries en tous genres. Hector Patate n’appréciait pas vraiment son client mais devait préserver les formes pour assurer la pérennité économique de son affaire. L’Américain l’énervait encore plus, avec ses faux airs de séducteur et sa faconde sûre de lui en matière de femmes. Pour dire vrai, Hector Patate ressentait une certaine jalousie envers un homme doté d’un physique agréable qui attirait le regard de la comtesse, même si elle tentait vainement de le dissimuler. Le petit bonhomme n’entretenait aucune illusion sur sa relation avec la belle de Westphalie. Elle resterait pour toujours une amie chère, qu’il avait naguère sauvée d’une accusation de meurtre sur la personne de son époux. Il se sentait dans le rôle du brave camarade de classe en train d’assister à l’idylle naissante entre la reine du bal et le Dom Juan du lycée. Il jouait la partition ingrate du passeur de plats, de l’excuse vivante, du prétexte à leurs ronds de jambe. Cette situation bousculait son ego d’intellectuel célébré sur les cinq continents pour la puissance de ses petites cellules grises. Son calvaire dura une heure pleine avant que Barbara Wittelsbach ne décide d’aller se coucher. Il la raccompagna jusqu’à la porte de sa suite princière et lui souhaita une bonne nuit puis il prit le chemin du parc pour une dernière promenade comme il en avait l’habitude quand quelque chose le contrariait.


Le lendemain matin, Hector Patate se leva de meilleure humeur. Après une vigoureuse douche, il se dirigea vers la salle du restaurant où l’attendait un copieux petit déjeuner. Malheureusement, sa joie matinale s’assombrit rapidement à la vue de Barbara Wittelsbach partageant la même table que Walter Moneymaker. Les deux semblaient s’entendre à merveille. La comtesse riait même sans retenue aux pointes d’humour de l’Américain. Hector Patate rebroussa chemin. Il passa à la réception commander un service en chambre, ne pouvant plus supporter cette situation et commençant déjà à regretter d’avoir invité l’aristocrate allemande à l’accompagner à Ostende.


Après avoir avalé sans grande conviction deux croissants, une brioche et une tasse de café, il appela le centre de thalassothérapie où il était supposé se présenter pour une première séance.


– Bonjour, c’est Hector Patate, de la suite Talleyrand, dit-il. Je souhaiterais connaître le programme me concernant.

– Monsieur Patate, commença son interlocutrice, laissez-moi un petit instant pour vérifier votre fiche de soins. Voilà ! Vous commencez dans une heure, avec une séance de massage marin, suivie d’un enduit d’algues et terminée par une hydrothérapie relaxante. Après un tel enchaînement vous serez en pleine forme comme après une cure de Jouvence.

– À quelle heure vais-je finir ?

– À midi, ce qui vous laissera le temps de remonter dans votre chambre pour vous changer et vous présenter au restaurant, où vous pourrez déguster un déjeuner de la mer.


Hector Patate raccrocha. Il en savait assez pour ce qu’il souhaitait entreprendre depuis la nuit précédente. Il regarda par la fenêtre, constatant ainsi que la météo lui était favorable. La pluie tombait abondamment sur la côte ostendaise. Il y avait fort à parier que la promenade digestive de l’après-midi allait être annulée. Soixante minutes plus tard, le petit homme commença son premier soin avec une masseuse russe, connue dans tout l’établissement pour ses doigts d’or et sa voix apaisante. En bonne professionnelle aguerrie, elle jugea que ce client n’était pas facile, que discuter de la pluie et du beau temps ne serait pas l’idée du siècle. Elle opta pour un théâtre muet ponctué des questions d’usage « tout va bien ? » et « l’eau n’est pas trop froide ? » d’ordre plus technique que social. Son client ne la dérangea pas dans ses savantes manipulations. Il en profita même pour parfaire son plan.


L’algothérapie se déroula différemment. Hector Patate l’avait anticipée : la thérapeute se contenterait de l’enduire des pieds à la tête d’un mélange, au choix entre trois options allant du rose au vert en passant par le marron, d’algues réduites en bouillie puis le laisserait mariner dans cet environnement très chaud pendant une quarantaine de minutes avant de revenir pour l’aider à se doucher. Le détective choisit la potion rose, au grand étonnement de sa soignante, qui le lui fit remarquer.


– Vous êtes bien le seul homme à préférer ce composé plutôt apprécié des femmes, dit-elle.


Hector Patate en rit avec elle. Il lui avoua qu’il avait des goûts très raffinés en matière de substances odorantes, ce qui le différenciait du commun des mortels, en particulier de ses congénères masculins. La jeune femme acquiesça et lui avoua qu’elle se souviendrait de lui pour ce fait et aussi pour sa petite moustache si parfaitement arrangée. Une fois son patient couvert de la mixture marine, elle le quitta sur la pointe des pieds. Hector Patate fit semblant de s’assoupir. Il resta allongé cinq minutes avant d’entrer en action, puis se leva, se dirigea vers son nécessaire de toilette et en sortit une fiole anodine dont il versa le contenu dans les pots contenant les compositions d’algues verte et brune. Il procéda à un sommaire brassage, dans le but de bien répartir le produit dans le brouet thérapeutique, et enfin replaça l’ensemble là où il l’avait trouvé, sans laisser de trace.

À l’heure prévue, la thérapeute revint dans la salle. Elle lui prodigua une douche chaude pour le débarrasser de sa carapace rose. Hector Patate se regarda dans la glace durant l’opération. Il se surprit à penser qu’il ressemblait plus à une tortue au pays des merveilles qu’à un génie de l’investigation criminelle. Le petit homme se rassura en songeant au plaisir procuré par la séance suivante, celle de l’hydrothérapie où des bains d’eau salée mélangée à des extraits de plantes marines allaient terminer la purge de son corps et le relaxer davantage.


Les soins étaient terminés. Le détective avait changé de tenue, optant pour un costume anglais taillé sur mesure, quand il se présenta au restaurant pour le déjeuner gastronomique. Comme il l’avait supposé, Barbara Wittelsbach et Walter Moneymaker n’étaient pas encore arrivés. Il décida de ne pas attendre la comtesse pour choisir une table. Il sélectionna un espace vide de tout membre de sa corporation, car il ne souhaitait pas s’encombrer des médiocres qui croyaient l’égaler et au mieux l’imitaient. La chance lui sourit. Il se retrouva avec une famille bourgeoise d’Anvers composée d’un jeune couple et de leurs parents respectifs. Hector Patate se présenta galamment. Il se sentit beaucoup mieux, quand il vit leurs yeux s’écarquiller à l’énoncé de son illustre patronyme. Il allait pouvoir diriger la conversation dans le sens voulu afin de donner une touche artistique à son plan. Ses concurrents mais néanmoins confrères étaient également attablés. Ils attendaient le service en se délectant d’un apéritif maison et de délicieux amuse-bouche à base de fruits de mer. L’ambiance était décontractée car tout ce beau monde avait aussi profité de la thalassothérapie. Barbara Wittelsbach et Walter Moneymaker entrèrent à leur tour dans la salle. Ils s’installèrent à la table centrale, au regard de tous les clients, comme si l’aristocrate allemande et le riche Américain voulaient montrer leur relation à l’assistance entière. Hector Patate sourit intérieurement en pensant à la situation délicate qu’il avait évitée en se trouvant assis à leurs côtés, tel que c’était certainement prévu dans leur petite comédie romantique à deux sous.


Le repas démarra dans une farandole de plats fins et d’assiettes savamment décorées. Le personnel restait discret, malgré la présence de nombreuses célébrités. Les clients savaient qu’ils allaient assister durant ces deux jours à une enquête criminelle grandeur nature, organisée par une entreprise de jeux. Ils avaient été avertis que le crime serait une fiction, jouée par des acteurs professionnels intégrés dans le personnel de l’hôtel et parmi les curistes du centre de thalassothérapie. Les détectives invités procéderaient comme à leur habitude, dans le but de découvrir, en temps limité, le coupable, et d’expliquer leur choix par le mobile et le mode opératoire de l’assassin, avec des preuves tangibles si possible. Les joueurs exposeraient leurs théories lors d’une grande messe, le dimanche soir, dans la salle de restaurant, devant les organisateurs et la clientèle. Les médias locaux et même nationaux seraient présents pour donner de l’ampleur à l’événement.


Le voisin de table d’Hector Patate prit son courage à deux mains.


– Monsieur Patate, commença-t-il avec un maximum de précautions oratoires, avez-vous une idée de qui va être la première victime et de quand son meurtre sera découvert ?

– Vous voyez en Hector Patate plus un devin qu’un investigateur, mon cher, ironisa ce dernier. Résoudre un crime demande de la méthode. Ce sont nos petites cellules grises qui reconstituent patiemment les tenants et les aboutissants d’un tel acte. L’imaginer, avant même qu’il ne soit réalisé, exige la même rigueur basée sur la logique, la connaissance de l’esprit humain et quelques indices matériels. Certains de mes collègues vous abreuveraient d’hypothèses compliquées telles que vous les lisez dans les journaux à sensation. Ce n’est pas comme cela que ça marche, en particulier au vu des différentes formes que peut prendre la psychologie criminelle.

Prenons un exemple, poursuivit le détective privé. L’assassin pourrait être vous et la victime Hector Patate. Vous verseriez un poison dans son café pendant ce déjeuner. Bien entendu, vous auriez choisi un principe actif en différé, pour vous dédouaner de ce crime, grâce à un alibi forgé de toutes pièces. De plus, la mort d’Hector Patate ressemblerait à un accident vasculaire, une hypothèse probable au regard de sa constitution fragile, de son âge avancé et de son supposé embonpoint.

Quel serait votre mobile, maintenant que nous avons décidé du mode opératoire ? Tout simplement l’envie de montrer à ces prétendus parangons de la pensée que vous êtes plus forts qu’eux. Ce motif est souvent la base d’un acte narcissique dont l’issue est fatale, conclut-il.


Le raisonnement tenait la route. Son interlocuteur, ne pouvant que constater la stupidité de sa question, démarra un rire incontrôlable. Le détective se mit à s’esclaffer à son tour puis la frénésie gagna toute leur table. Hector Patate avait encore démontré, par son humour froid et logique, qu’il était bien le meilleur dans sa partie.


La réalité ne dépassa pas la fiction, pour la bonne raison qu’il n’y eut pas de mise en scène et encore moins d’enquête criminelle, même factice. Le déjeuner se transforma progressivement, à partir du dessert, en spectacle digne d’un film à effets spéciaux. Le premier signe vint de la table où se tenaient Barbara Wittelsbach et Walter Moneymaker. Ce dernier commença à virer au rouge. Son visage enfla de façon exponentielle. Au début, personne n’osa lui faire remarquer sa métamorphose mais la comtesse allemande se sentit de plus en plus mal à l’aise à la vue de son prince charmant devenant monstrueux. Elle prétexta un besoin pressant de se repoudrer le nez pour déserter la table et prévenir la réception que quelque chose d’étrange arrivait dans la salle principale. En effet, l’Américain ne représentait pas un cas isolé. D’autres phénomènes de foire apparaissaient alentour, tels les marins d’Ulysse sur l’île d’Eéa, quand la belle Circé les muta en pourceaux. Les secours tardèrent à venir, laissant les étranges créatures dans le désarroi et provoquant ainsi une vague de panique. Les organisateurs sentirent que leur fête tournait au cauchemar surtout quand l’un de leurs plus prestigieux invités, le très médiatique Charles Oquaulmes, fut touché à son tour de façon spectaculaire.


La suite resta dans les annales. Un tiers des présents furent hospitalisés. Le jeu initialement prévu s’annula de lui-même par faute de participants. Les médecins locaux ne trouvèrent pas la raison de ces transformations. D’aucuns accusèrent le chef de cuisine d’avoir mal préparé les fruits de mer, d’autres évoquèrent la vengeance d’un cartel maffieux et beaucoup se déclarèrent incompétents en matière médicale. La police lança une enquête minutieuse, examinant à la loupe la scène de crime et rapportant dans ses laboratoires des tonnes d’aliments pour une analyse poussée. Hector Patate fut lui-même consulté car il faisait partie de ces privilégiés épargnés par l’épidémie inconnue. Il avoua qu’il n’avait pas la moindre idée sur cette triste affaire et qu’il était content de rentrer chez lui au plus vite.


Sur le chemin du retour, alors qu’il était confortablement assis dans son compartiment avec comme seul compagnon un vieux monsieur endormi, le détective se surprit à sourire. Il n’avait jamais aimé la mer et encore moins ses fruits, pourtant c’était grâce à eux qu’il avait donné une bonne leçon d’humilité à ses confrères et à ce bellâtre américain. Quant à la comtesse Barbara Wittelsbach, elle devait méditer sur son sort, couchée dans un lit d’hôpital pour des analyses poussées, au cas où ses relations intimes avec l’un des malades l’auraient infectée. Il n’avait pas eu de mal à la persuader de se soumettre à ces examens, pour son bien évidemment. Hector Patate se lissa les moustaches, comme un chat fier de son forfait et de ne pas avoir été découvert. De toute façon, il savait que les propriétés urticantes de sa potion magique ne dureraient qu’une semaine. Personne n’aurait l’idée d’analyser les composés utilisés en algothérapie.


 
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   socque   
24/10/2021
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Quand j'ai lu ceci :
La jeune femme acquiesça et lui avoua qu’elle se souviendrait de lui pour ce fait et aussi pour sa petite moustache si parfaitement arrangée.
je me suis dit qu'Hector Patate préparait un sale coup. Je pensais que, muni de son alibi, il se nettoierait vite fait, sortirait discrètement et commettrait un meurtre avant de revenir ni vu ni connu dans la salle de soins.
La réalité est plus légère, j'ai compris quoi et qu'était-ce quand les gens ont terriblement rougi pendant le repas. Un peu trop tôt donc ai-je saisi l'astuce pour que le texte soutînt à mes yeux son intérêt jusqu'au bout.

Je me suis demandé comment le détective avait sous la main un poison marin dès qu'il a voulu se venger… Dans mon souvenir, l'Hercule Poirot de la série (je l'appelle affectueusement Cucule Rorot) n'a pas de connaissances chimiques très étendues et ne se sert guère d'accessoires ; quand il y a du boulot concret il fait appel à des petites mains, lui ne salit pas les siennes et s'appuie plutôt sur la pénétration psychologique. Alors je ne vois pas trop comment il a eu le produit à disposition.
Sinon, le récit m'a paru bien trop long pour ce qu'il a à dire. Globalement c'est une blague, ne dit-on pas que les plaisanteries les plus courtes sont les meilleures ? Tel quel, je l'ai trouvé un poil poussif. Cela dit, ça m'a fait plaisir de renouer un moment avec le détective rondouillard et prétentieux à moustache soignée !

   cherbiacuespe   
24/10/2021
 a aimé ce texte 
Passionnément ↑
La qualité d'écriture d'abord, est redoutable, parfaite à chaque ligne. Un plaisir à lire par sa facilité, sa simplicité alors même qu'il s'y trouve une recherche aigüe des mots et de leur harmonie dans leur assemblage.

Le choix de composition du texte ensuite qui est admirable. Pas de fausses notes, c'est une construction parfaite. Avec une cohérence aux petits oignons, stupéfiante de précision.

Au final, l'histoire elle-même, plutôt amusante. Hector Patate, la société Clou & Do, la séance finale dans le restaurant, à mourir de rire. Effet garanti, un petit bijou ! Je note quand même l'absence de renseignements sur la nationalité Belge de M. Patate. Un indice très important pour situer le personnage central de cette aventure. Là, on est un peu perdu...

Cherbi Acuéspè
En EL

   vb   
26/9/2021
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour,
Étant grand amateur d'Agatha Christie, j'ai beaucoup apprécié l'humour de cette nouvelle. J'ai bien aimé les personnages de Barbara Wittelsbach et Walter Moneymaker. Je suis aussi content que l'auteur nous ait épargné, par une jolie ellipse, la séance d'hydrothérapie. J'ai aussi souri au dialogue entre Hercule Patate et les bourgeois anversois.
Ce qui m'a cependant déçu, c'est que je m'étais attendu à une véritable enquête avec un certain mystère. Je dois avouer que la chute est tout à fait inattendue - ce qui est un bon point. J'ai été négativement surpris par le fait que le simple mélange des lotions ait de telles répercussions et que Hercule Patate les ait prévues. Mais il faut dire que souvent les fins des romans d'Agatha Christie me déçoivent aussi.
Ah oui une petite remarque: dans "Il resta allongé cinq minutes avant d’entrer en action, puis se leva...", je pense qu'il vaudrait mieux supprimer le "puis" et diviser la phrase en deux.
Lu en espace lecture
VB

   Corto   
27/9/2021
 a aimé ce texte 
Bien ↑
La mise en scène de cette séance algopolicière est intéressante. Les personnages sont bien décrits, de façon crédible, et le but du séjour également.
Le personnage principal est aussi bien caractérisé dans ses différentes dimensions.
Le retournement de situation provoqué par M Patate est bien amené. Son but est de faire capoter une compétition qui ne l'intéresse pas et de faire en sorte d'en sortir vainqueur par KO généralisé.

Tout cela bien mené je note une faiblesse dans le final où le narrateur affirme avec une grande légèreté "Personne n’aurait l’idée d’analyser les composés utilisés en algothérapie." Voilà qui déstabilise dangereusement tout l'édifice construit précédemment. Tous les policiers ne sont pas des naïfs !

J'ai pris un vrai plaisir à lire cette nouvelle un peu désuète. Comme une replongée dans les collections noires d'il y a quelques décades.

   Pepito   
26/10/2021
Très bon style, du coup, j’ai sursauté à de petits trucs sans grande importance :
"des toasts raffinés avec du caviar. " … drôle de produit de raffinage ^^
"elle jouera son rôle habituel comme dans un cas réel." … habituel en trop
"En bonne professionnelle aguerrie," … bonne ou aguerrie, il faut choisir

Sinon de jolis petits cailloux disséminés de-ci de-là :
" même si le crime n’était pas censé payer, il rapportait beaucoup aux gens comme lui. "… joli détournement d’une phrase sur Agatha
"Charles Oquaulmes, "… j’ai dû relire deux fois avant de trouver le jeu de mot. ^^
"(Les médecins locaux) beaucoup se déclarèrent incompétents en matière médicale. "
J'avais oublié que M. Patate et Hercule Poirot avaient la même moustache.

Comme la chute est dévoilée au milieu, le suspens perd de son mordant, mais le style a rendu la lecture fort agréable.


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