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Sentimental/Romanesque
Dupraievna : Encore
 Publié le 21/08/15  -  6 commentaires  -  6187 caractères  -  86 lectures    Autres textes du même auteur

Aimer, encore...


Encore


Je n’ai jamais rien ressenti d’aussi fort.

J’ai seize ans et elle s’appelle Roxane. C’est une blonde pulpeuse et pétillante qui vit à cent à l’heure. Elle réalise tout ce qu'elle désire, sans se laisser jamais abattre. Elle impose ses choix, et ne fait rien qui ne résonne pas en elle, qui ne lui paraisse pas juste. Elle instaure du piquant dans chaque instant de vie, et fonce. Elle me rappelle moi, sauf qu'elle n'est pas frondeuse par rage, mais par désir de s'accomplir. Elle ne se jette pas dans les choses pour oublier, mais pour réaliser. Chaque instant est d’une intensité, d’une douceur et d’une folie rares. Elle est l’oreille, le cœur et la frénésie qu’il manquait à mes jours. Avec elle, il n’y a pas besoin de chercher ses mots, ils sortent tout seuls. Jamais le silence ni la peur de l’ennui ne nous guettent.


Je l’ai rencontrée sur scène. Elle venait de changer de lycée. Elle avait passé un an au lycée Louis Legrand et vomissait tous ses élèves. « Les bons bourgeois » qu'elle les appelait. Elle vivait, dormait, mangeait, marchait pour la danse contemporaine, mais ses parents ne voulaient pas la voir évoluer dans un avenir « bouché». Louis Legrand l'angoissait profondément, elle ne dormait plus, faisait des crises de tétanie dès qu'elle mettait un pied dans l'école. Ses parents n'avaient pu lutter. Ils ne pouvaient laisser leur fille dépérir. Elle était arrivée en seconde alors que j'étais en première.


Depuis un an je partageais ma vie entre le lycée Alphonse de Lamartine et le Conservatoire national supérieur. Après m'être battue de nombreux mois avec moi-même, j'avais réussi à intégrer cet incroyable lieu de rencontres et d'explorations. Le matin je suivais le schéma classique de n'importe quel élève mais je courais à la pause déjeuner au Conservatoire, pour épanouir mon corps. Sur les conseils de Barbara, je m'étais fait violence et avais tenté les concours. Roxane rejoignait le Conservatoire un an après moi.


Je ne l'avais pas encore croisée au lycée, cherchant plus à m'en échapper qu'à faire de réelles rencontres. Je l'avais rencontrée lors de mon premier cours de l'année au Conservatoire. Elle avait directement rejoint mon année et j'ai vite compris pourquoi. Je ne voyais qu'elle. Sa beauté m'attirait. Je me sentais comme une enfant face à elle. Tout m'échappait, mais je ne parvenais pas à aller vers elle. Trop intimidée par cette beauté blonde et sulfureuse. Par cette fonceuse qui arriva rapidement sur la grande scène du Conservatoire dès que l'on appela un volontaire. Il en fallait deux, et Roxane m'attira d'un regard. Mes jambes ont grimpé les marches et mon corps a commencé à répondre au sien, comme magnétisé. Les premières notes d'Untitled 3 de Sigur Rós se sont fait entendre et mon corps s'est mis à vibrer. J'ai dansé autour de toi, Roxane, ne te quittant jamais du regard, ne perdant jamais tes iris verts. Là sur scène avec toi, je m'abandonnais. Je dansais pour toi Roxane, car tu le faisais pour moi. Nous avons dansé à l’unisson, anticipant à chaque fois les gestes de l’autre, les détournant, les grandissant. Ensemble, nous sommes rentrées dans une sorte de transe animale. Il nous semblait être restées quelques instants sur scène, et cela faisait maintenant trente minutes que nous improvisions, passionnées, devant un public ébahi. Mon cœur battait si vite que j'avais peur qu'il ne me lâche. Chaque fois que tu tournais autour de moi, tu frôlais ma peau et mes poils se hérissaient sous ton contact.


C’est sur scène que je suis tombée amoureuse. Je n’avais jamais eu de véritable attirance pour personne, me lassant vite des gens, qui ne me surprenaient plus. J’avais besoin de toucher à cette fébrilité, marchant sur le fil, ne sachant jamais de quoi demain serait fait. J’étais troublée par elle, et troublée par mon désir pour une femme. Était-il naturel ? Le désir des autres était toujours porté vers le sexe opposé, et moi j’aimais corps et âme une femme.


Nous passons des nuits à parler, à raconter ce que nous sommes, ce que nous avons été. Elle est l’épaule sur laquelle je pleure lorsque je perds pied. Elle est l’étoile qui fait briller mes jours. Sa beauté me fait vaciller. C’est mon vertige.

Je ne peux m’empêcher de sombrer devant ce vertige, je me dois de freiner mes gestes, freiner mon corps qui parle seul, freiner la chair de poule quand je suis près d’elle. Elle me regarde et tout autour de moi s’embrase. Mon désir est presque coupable, mais je ne peux me guérir. Je n’arrive cependant pas à franchir la ligne de non-retour.


Un soir, nous rentrons en riant d'un bar où nous avons dansé toute la nuit, marchant pieds nus sur les quais de Seine, et je lui prends la main. Maintenant, pensé-je, elle va comprendre ce que je cherche. Maintenant elle va me regarder avec crainte. Elle ne lâche pas ma main, mais ne laisse percevoir aucune émotion. Je pourrais me perdre dans cette main si douce, qui trouve sa place si naturellement dans la mienne. Elle complète une partie de mon corps incomplet. Elle continue à rire, avec une naïveté feinte dont je lui sais gré et à avancer dans la nuit.


“Tu sais, je ressens aussi cette palpitation au cœur quand je suis près de toi”, glisse-t-elle rapidement dans la nuit silencieuse. Le temps semble s’arrêter et mes pieds cessent d’avancer. Je me retourne et pose mes lèvres contre les siennes. Je trouve là, dans cette nuit sombre, la réponse à toutes mes angoisses. Elle est celle que le vide en moi attendait. Je n’ai plus peur de l’avenir avec elle. Mais j’ai peur du présent. Du jugement. Du mépris face à l’amour que je ressens pour une femme. La nuit nous appartient, mais est-ce qu'elle nous appartiendra si fort pour toujours ? Des possibles s'offrent à moi. Je voudrais que tes lèvres ne me quittent jamais Roxane. Je voudrais me fondre en toi, fondre mes peurs.


Que pourrais-je exprimer face aux réactions primaires des autres ? Face à leur jugement premier, ou face à une curiosité peut-être mal placée ?

Je préfère garder en moi le secret, je n’ai pas envie d’exposer notre belle histoire, de la salir. Alors je garde tout pour moi et pour toi. Je suis persuadée que c'est pour toi que je le fais Roxane.


 
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   Thorgal   
21/8/2015
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Bonjour Dupraievna

Une belle rencontre qui débouche sur l'amour, une histoire touchante, mais en même temps tragique car la narratrice croit devoir cacher aux autres les sentiments qu'elle porte à Roxanne. La lecture est agréable, sans pour autant m'avoir totalement transporté. Merci pour ce moment...

   Lulu   
22/8/2015
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour Dupraievna,

j'ai bien aimé ce récit, notamment pour le passage de la scène de la danse que j'ai trouvé bien chouette, de même que pour celui de la promenade en bord de Seine que j'ai trouvé réaliste... Si réaliste et si chouette, que j'ai été très étonnée par la chute du récit. Je ne m'y attendais pas du tout... On peut toutefois comprendre que les protagonistes sont jeunes et sensibles au monde qui les entoure. Aujourd'hui, pourtant, les préjugés ne sont plus ce qu'ils ont pu être pour les générations antérieures.

J'ai aussi bien aimé le changement de pronoms, le "Elle" passant au "Tu" et inversement. Cela confère au récit une belle tonalité.

Mes encouragements.

   Mills   
27/8/2015
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Un très bon moment, j'en ai eu la chair de poule...

L'écriture est subtile et envoutante. Je suis presque curieux de savoir dans quel état d'esprit vous l'avez écrite.

   Alice   
30/8/2015
 a aimé ce texte 
Bien ↑
J'ai eu l'impression constante de voir un pas en avant, puis deux en arrière. Ça a son charme. Ça va jusque dans mon opinion sur les phrases, par exemple la platitude (à mon avis, très subjectif) de "elle est l’étoile qui fait briller mes jours" aussitôt contrebalancée par le sublime "c'est mon vertige". En vous lisant j'ai toujours l'impression bête de lire une débutante et une écrivaine d'expérience tout à la fois, comme si vous saviez quelque chose qu'on ne saurait pas mais que vous ne vouliez pas ou oubliiez par moment de le laisser transparaître.

J'ai l'impression de croiser de temps à autre une phrase creuse qui a possiblement été mise par automatisme puis laissée là. C'est court, et pourtant ce qui frappe frappe si bien que vous pourriez encore raccourcir et aller encore davantage à l'essentiel d'un point de vue stylistique, lors même que concernant l'histoire elle-même plus de détails et plus d'intimité avec les personnages seraient bienvenus.

Du point de vue du message, j'y suis très sensible, pour diverses raisons qu'il serait inutile de nommer. L'amour prédomine, mais également la peur de l'amour. Il est malheureux que j'aie trouvé, personnellement, qu'au moment où il aurait fallu exprimer cette peur d'aimer avec intensité, on tombe davantage dans le style publicitaire, la peur du jugement des autres plus que la peur du sentiment lui-même, l'évocation du personnage de Roxane plus comme un symbole de l'amour interdit par le jugement que comme une simple et belle personne à aimer. Le naturel de cette inclinaison aurait contrasté avec les idéaux coulés dans le béton des gens contre l'accomplissement d'une chose pourtant si instinctive et aurait rendu le message plus authentique...

Un grand talent à affiner, beaucoup de choses à dire en contournant certains raccourcis et en désampoulant certaines tournures. Ne pas avoir peur de traiter chaque personnage comme un être unique à part entière et non pas comme un pur messager le temps d'une histoire.
Chose sûre, votre plume a de quoi vous amuser.

Merci pour cette lecture et pour cette belle mentalité,

Alice

   carbona   
31/8/2015
 a aimé ce texte 
Un peu ↓
La forme :

Ce texte est bien écrit, bien travaillé.

Je trouve que les mots "poils" et "frissons" dénotent un peu, pas très jolis.

J'ai tiqué sur "ses élèves" dans le second paragraphe. Je me suis imaginée que Roxane était un professeur, j'ai relu pour comprendre.

J'ai été dérangée par les changements de temps dans le récit : passé - présent

Le fond :

Je n'ai pas été emportée par cette déclaration et ce récit d'amour.

Je ne suis pas convaincue par le côté "lassé de tout" à 16 ans du narrateur.

Que pourrais-je exprimer face aux réactions primaires des autres ? Face à leur jugement premier, ou face à une curiosité peut-être mal placée ? < Je trouve que cette fin sonne un peu comme une morale, je n'aime pas trop et je trouve cette réaction précipitée

Je trouve le titre très beau.

   AlexC   
2/9/2015
 a aimé ce texte 
Un peu ↓
Hello Dupraievna,

Je ne vais pas prendre de pincettes malgré la force et la beauté du sujet traité. L’amour a quelque chose d’intouchable et d’impalpable quand il est vrai que nulle critique ne devrait l’affecter.

L’histoire d’un amour naissant, qu’il soit entre personnes de sexes différents ou de même sexe, n’ayant rien d’original, il faut je crois s’étendre sur ce qui fait l’unicité de la rencontre, la force des sentiments, la particularité du couple, pour se démarquer. Le style ou le type de narration peut faire la différence aussi. Or, votre nouvelle m’apparaît un peu quelconque.

On ressent bien l’émotion de la narratrice, l’intensité de ses sentiments, mais ni la mise en scène, ni l’écriture n’emporte les émotions, somme toute très communes, au niveau supérieur. C’est comme si je lisais le journal intime de ma sieur. Je suis touché, je compatis, mais je ne vais pas lui laisser la télécommande pour autant. (ce n’est qu’une image, je n’ai ni sœur, ni télécommande !)

Par ailleurs, j’ai été un peu perturbé par les changements de temps dans le texte. Et notamment cette phrase :

“Roxane rejoignait le Conservatoire un an après moi."


je tique :
“ne perdant jamais tes iris verts”
“mes poils se hérissaient sous ton contact.”
“Elle continue à rire, avec une naïveté feinte dont je lui sais gré et à avancer dans la nuit.”


Bonne continuation

Alex


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