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Réalisme/Historique
Eijihimura : Le bruit du silence
 Publié le 25/02/19  -  11 commentaires  -  7390 caractères  -  69 lectures    Autres textes du même auteur

Lorsqu'un instant s’étire et se transforme en une éternité.


Le bruit du silence


L’attente. Bref moment d’incertitude, disputé entre le désir et l’impatience. L’air stagne, comme hésitant, presque interrompu par un silence et retenant son souffle de peur de briser l’harmonie de l’instant. De ce moment.

Mon amie se tourne vers moi : « On m’a dit qu’il est très bien ».

Ne parle plus je t’en prie… Laissez-moi m’abandonner tranquille ! Je meurs d’envie de l’envoyer bouler, mais je ne peux pas dire ça… Un peu de tact mon vieux.

J’esquisse un sourire et hoche légèrement la tête avant de porter un doigt à mes lèvres en signe de silence.

Elle acquiesce… Ouf ! Une engueulade habilement esquivée ! Bon maintenant lâchez-moi ! Euh… Lâchez-moi, s’il vous plaît !


~~~


L’air est électrique et j’en viens à ressentir le lourd poids du silence. Mon cœur bat à tout rompre comme pour me donner le rythme à suivre et m'élancer. Pourtant, mes semelles sont de plomb. Mon cerveau a beau hurler des signaux dans tous les sens et à tous mes membres, mes muscles sont incapables de faire le moindre mouvement…


Du calme… DU CALME ! Je ferme les yeux, respire un grand coup et lève la tête. La lumière, tamisée à travers mes paupières, m’enveloppe de sa chaleur réconfortante. Je m’imagine, au calme, dans la maison familiale. Assis sur le bord de la terrasse, les pieds dans le vide, le soleil filtrant à travers le feuillage, j’entends la mélodie de mon oncle jouant d’un instrument, somnolant tranquillement. Voilà, je suis bien, là.


Un bruit m’arrache à mes rêveries et me replonge dans le présent. Quelque chose bouge sur ma droite. On me fait signe et tremblant, je peine à articuler un simple « oui, merci ».

Pathétique…

Le regard interrogateur de l’autre sur sa montre me frappe comme une grande tape dans le dos… Je peux presque l’entendre d’ici : « Bon, tu te grouilles ? »…

Me concentrant sur ma gêne, je parviens à suffisamment oublier l’angoisse pour soulever un pied. Oui ! Il bouge ! Et enfin, je m’avance…


~~~


Jetant un œil à ma liste… « Masleev ». Il n’est pas dur de deviner de qui il s’agit, voilà cinq bonnes minutes qu’il est planté au milieu comme un radis… Il doit avoir une sacrée pression le pauvre, il est blanc comme un linge. Ce ne serait pas le premier de la journée à craquer. Enfin. Il faudra bien que ça lui passe.

Un rapide coup d’œil à ma montre me révèle qu’il reste encore une minute. Allez mon gars ! Souffle un coup, tu as encore du temps.

À peine me suis-je fait cette réflexion qu’il prend une grande inspiration et regarde le plafond.


Au loin, un voyant clignote, plus que quarante-cinq secondes. Toujours plongé dans ses pensées, le beau blond reste figé, enfoui dans quelques méditations… Il a repris des couleurs et on dirait presque qu’il sourit, c’est plutôt de bon augure.

Nouveau clignotement. Trente secondes. Je m’approche doucement du gars pour lui tapoter l'épaule, mais à peine j’esquisse un geste qu’il ouvre aussitôt les yeux et m’observe. Je regarde une nouvelle fois ma montre, qui m’indique quinze secondes.

– Ou… Oui, merci.

Je pense qu’il l’a pris pour lui… Quel manche je fais. Il doit être pété de trouille et je lui rajoute de la pression… Non mais quel manche, vraiment.

J'aperçois cependant une étincelle de détermination dans son regard, juste avant qu’il ne s'élance. Un « bon courage » me brûle les lèvres mais il est déjà parti.

Je m’accroupis plus ou moins confortablement. Allez mon gars, montre-leur ce dont tu es capable !


~~~


Quelques murmures et toussotements viennent interrompre ce concert grandiose que le silence, dans sa forme la plus pure, interprète. Mais, chassé par un léger remous, s'impose un nouveau calme dans l'atmosphère déjà pesante. La tension monte d’un nouveau cran au point que l’air semble crépiter tout autour comme un orage menaçant de tomber à tout instant. Comme une fine fumée dans une broussaille attendant un simple souffle d’air pour déchaîner sa fureur dans un incendie.

Qu’on en finisse de cette attente ! Que le duel commence !


L’homme s’avance enfin. Vaillant gladiateur s’armant de courage pour affronter un adversaire colossal. Je tremble de tout mon être, mangera-t-il ou sera-t-il mangé ?


~~~


J’y suis ! C’est le grand moment ! Mes jambes sont de coton et tremblent tout leur saoul. Sans importance.

Mes mains sont tendues… Légères flexions des deux poignets pour désengourdir tout ça. C’est inutile vu que je me suis convenablement échauffé, mais cela a le mérite de me faire penser à autre chose… C’est sûrement un tic d’ailleurs. On doit me prendre pour un fou… Mais c’est aussi sans importance.


Le combat est là. Face à moi, il me toise de tout son poids et m’attend. D’une patience à toute épreuve. Je ne serais pas le premier qu’il briserait aujourd’hui ! On se concentre. Je respire. Visualiser la scène. J’ai préparé ce moment des centaines de fois. Je ferme les yeux et laisse la routine du mouvement me submerger. Je ne suis plus homme-en-mouvement, je suis mouvement-d’homme…


Du noir naissent les couleurs et peu à peu mon être disparaît dans la lumière de la passion.


J’ignore combien de temps le « blanc » a duré, mais je reprends mes esprits. Je suis moite, la sueur dégoulinant de mon front… Mes bras et mes mains sont en feu et ne reste que le bruit sourd des battements de mon cœur et le silence, lourd de reproche.

Il est toujours là, m’ignorant complètement… Ma représentation lui a-t-elle plu ? L’ai-je dompté ? Je me lève, m'écarte de sa banquette, et fais face au mur de regards silencieux. Je me courbe et mon ventre cri de douleur et de peur. Un son ! Je vous en supplie !


~~~


Tout n'était que nuance et forme. Tous assis et soufflés par un vent d’une férocité sans faille, d’une douceur extrême et d’une beauté sans nom. Ma poitrine vibrant avec les graves comme une peau, tendue, martelée sous un coup de baguette. Une dernière explosion de couleurs puis le froid du néant m’accable. Je reste suspendu au vide, absent quelques instants lorsque je remarque que l’homme est déjà debout, nous saluant. Autour de moi, pas une âme ne bouge.

Reprenant mes esprits, je me dresse…


~~~


L’attente est interminable… Mon ventre me fait souffrir, les gouttes perlent sur mon nez et dégringolent sur le sol. Je suis tétanisé. Vaincu par l'échec… Et tout explose.

Comme la vitre d’un aquarium brisé, je suis submergé par la vague d’un brouhaha sans nom. Coup de tonnerre résonnant dans la calme nuit de la salle. Pris de surprise je me redresse et les vois… Tous debout, m'applaudissant à tout rompre. Je baisse la tête, tentant de cacher l'émotion qui m'envahit et reste ainsi une éternité, puis deux. Les applaudissements ne s'arrêtent pas pour autant, et les « bravo » fusent en tous sens. C’est à contre-cœur que je quitte la scène, leur adressant encore de nombreux remerciements tout en reculant.


En coulisse le régisseur me regarde tout sourire, m'applaudit également chaleureusement, avant de me récompenser d’une tape amicale sur l'épaule. Je m'arrête pour risquer un dernier regard à la bête.

Il est toujours là, noir d'ébène, massif, brillant sous une lumière éclatante… Mais il ne me paraît plus si terrible. Au contraire, je le trouve sublime. Et quel son ! J’ignore quelle sera ma place au concours, et peu m’importe, mais je n’y serais pas arrivé sans lui.


 
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   Corto   
30/1/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Cette nouvelle très originale est un bel exercice de décalage des perceptions et des importances. D'ailleurs le titre en annonçait déjà le principe.

En lisant on a du mal à comprendre vraiment quels sont les réels événements dont on ne nous donne que l'écume. Et par un renversement habile c'est cette écume (le silence, l'attente,) qui devient le centre du récit.
Le principal qu'on devine au détour d'une formule n'est évoqué que presque par incidence, lui donnant ainsi une place secondaire.

Cette démarche montre que le plus important n'est pas forcément ce qui saute aux yeux, mais plutôt le ressenti, l'émotion, pour aboutir à ce final étonnant:"J’ignore quelle sera ma place au concours, et peu m’importe, mais je n’y serais pas arrivé sans lui."

Une belle démarche de profondeur dans la perception du réel.
Bravo

   Neojamin   
31/1/2019
 a aimé ce texte 
Un peu
bonjour,
Alors... je pense être passé à côté du texte, ce n'est pas faute de l'avoir relu pourtant !
Sur la forme, je trouve que vous allez un peu loin avec toutes les pirouettes littéraires sur le silence que vous offrez et la plupart n'a pas fonctionné pour moi. Le silence, par définition, est une absence de sons, l'abus de mots et d'images pour le qualifier est à mon sens contradictoire à ce qu'il peut faire ressentir.
Point de vue personnel... mais c'est en partie ce qui m'a empêché d'accrocher.
Parmi les choses qui m'ont fait sortir du récit :
- "retenant son souffle" c'est l'air qui retient son souffle ?
-"Mes jambes sont de coton et tremblent tout leur saoul."
- "concert grandiose que le silence, dans sa forme la plus pure, interprète"
- "l’air semble crépiter tout autour comme un orage"
- "le silence, lourd de reproche."

Sur le fond... je patauge complètement, qui parle, combien de personnes parlent... il y a une bête ? Ou pas? Quel est ce concours ? J'aime bien le mystère, mais j'ai le sentiment que ça manque d'indice ici... ou alors je suis vraiment passé à côté.
L'ensemble est trop confus pour moi... une autre fois peut-être.

   plumette   
25/2/2019
Première lecture, je ne comprends pas qui parle, ni où se trouve le narrateur.

je vais voir les commentaires, ce que je ne fais jamais d'habitude, pour tenter d'avoir une explication préalable, laquelle me permettrait de relire le texte avec un autre éclairage. je n'apprends rien de plus.

Après, j'ai l'idée d'aller chercher sur Google qui est... et c'est là que s'éclaire le tableau: nouvelle lecture avec son arrière-plan élucidé, c'est nettement mieux!

Oui, mais voilà, trop de mystère pour moi, mon questionnement m'a empêchée d'être à l'écoute du texte. Je ne suis pas vraiment entrée dans les sensations du narrateur qui vit un trac intense avant la délivrance.

le texte est bien écrit, le rythme est bon c'est juste qu'il m'est passé au dessus!

Plumette

   senglar   
26/2/2019
 a aimé ce texte 
Un peu ↓
Bonjour Eijihimura,


Bon, ben j'ai pas compris ; j'ai pensé à un gars qui jouait en concours à un jeu vidéo, mais j'ai pas trouvé les manettes.

J'ai fait comme Plumette mais comme pour elle les autres com. ne m'ont pas aidé ; je ne vois pas quant à moi quoi chercher sur Google (lol).


J'ai aimé : "Je ne suis plus homme en mouvement, je suis mouvement d'homme." (je préfère sans tirets).


Désolé d'être un vieux croûton :)

senglar

   chVlu   
25/2/2019
 a aimé ce texte 
Pas
j'ai lu cette nouvelle comme u regard croisé et entremêlé sur le stress en aller retour entre le vécu d'un acteur, peut être débutant, et un régisseur..
J'ai été dérangé par l'écriture parfois très minimaliste et soudain très tarabiscotée.
Je n'ai pas réussi à me glisser dans le point de vue des deux protagonistes et suis resté spectateur à grande distance.

Puis cherchant dans les autres commentaires une entrée, une accroche, j'ai fait appel à qwant qui m'a sorti le le musicien Russe virtuose. Malgré tout mon regard sur le texte m'a pas changé.

   Iktomi   
25/2/2019
Texte ambitieux dans sa conception malheureusement torpillé par un excès de recours à des images, qualificatifs et adjectifs rarement bien choisis et souvent mal formulés.

   hersen   
25/2/2019
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Je pense que le stress d'avant l'audition est bien rendu, mais je regrette d'avoir eu à attendre d'arriver à la fin pour comprendre, car du coup, j'ai dû relire la nouvelle pour la cadrer dans une optique qui m'avait échappé;

Peut-être que trop de mystère tue le mystère ? Qu'il faut donner à son lecteur de quoi le sustenter sous peine de le voir se flétrir ?

C'est dommage, de mon point de vue, que l'angle d'attaque rende le texte un peu hermétique en premier lieu, il mérite mieux.

   maguju   
26/2/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Voilà un texte original (ce n'est pas si fréquent ) et fort bien écrit (à part quelques petites maladresses ou lourdeurs) La construction à plusieurs voix est bien vue et les monologues intérieurs sonnent juste. Bravo

   Malitorne   
4/3/2019
 a aimé ce texte 
Bien
J'ai hésité à vous commenter car je constate, depuis votre inscription, que vous n'avez jamais fait le moindre effort pour commenter les écrits des autres participants. Oniris n'est pas une vitrine mais un lieu de partage, ne l'oubliez pas !
Ceci dit je me suis arrêté sur votre texte qui m'a beaucoup plu, que j'ai trouvé intelligent dans sa construction. Les choses s'éclaircissent au fur et à mesure de la lecture, tout n'est pas donné dès le début. Suspens de bon aloi. C'est à la fin que l'on comprend que le narrateur passait une audition de piano ("la bête") et était submergé par le trac.
L'écriture reste de qualité mais attention au participe présent, vous en faites une consommation excessive qui alourdit parfois le style.

   Amelie   
8/3/2019
 a aimé ce texte 
Bien
Beaucoup (trop) de participes présents. exemple : "l'homme est déjà debout, nous saluant. Autour de moi, pas une âme ne bouge. Reprenant mes esprits" (etc...).

L'écriture est belle, certaines descriptions très belles (la peau qui vibre comme une peau tendue, martelée). Beaucoup de mots, d'associations, d'effets, m'ont menée dans le monde musical. Et pour cause, et certaines expressions très très belles.
J'ai été dérangée par le fait que, en tant que lectrice, je doive m'adapter pour comprendre de qui et quoi il s'agissait.
Il fallait donc passer cette barrière (elle pose la question de savoir qui doit s'adapter à qui). :-)
Je pense que ce texte gagnerait à comporter quelques phrases reliant les ensembles, afin que le cheminement du lecteur lui soit facilitée et qu'il puisse se laisser fondre dans un récit qui le mérite.

   Donaldo75   
23/3/2019
Bonjour Eijihimura,

Je ne peux me résigner à évaluer ce texte, juste à le commenter, à donner mon impression de lecture. J'aime l'écriture, le style. La narration est originale; malheureusement, mon cerveau s'est battu, avec lui même, pendant toute la lecture. Les neurones rouges voulaient en savoir plus, comprendre ce qu'était cette situation, élaborant des scénarios presque immédiatement contredits par le paragraphe voire la phrase suivante. Les neurones verts souhaitaient aller jusqu'au bout en savourant l'écriture et en se laissant envelopper par la narration.

Au final, une fois la chute lue, aucun camp n'a gagné. Personne n'a compris mais est-ce bien important, comme diraient mes neurones verts. Les neurones rouges ne sont pas contents.


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