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Aventure/Epopée
Electre : La statue
 Publié le 29/05/16  -  10 commentaires  -  6032 caractères  -  83 lectures    Autres textes du même auteur

Un homme. Un jardin. Une statue.


La statue


L’homme sortit de la villa et posa ses sacs remplis par terre. C’était une maison de belles pierres. Il prit un chiffon froissé de sa poche et essuya son front brûlant.

Son regard clair parcourait le paysage qui s’offrait à lui.


Un jardin s’étendait à perte de vue. Un jardin oublié, comme cette maison vacante.


L’herbe n’avait pas été tondue depuis longtemps. Elle était jaunie par le soleil de juillet.

Tout respirait l’abandon. Les vases en céramique blanche avaient pris des teintes verdâtres, fissurés par endroit, des insectes noirs s’en échappaient.

Les fleurs tombaient mollement des arbres.

Une odeur mélangée de moisissure, de nostalgie, et de grandeur déchue emplissait l’air.

Quelque chose avait vécu ici. On le sentait à la taille des allées, aux noms interminables et inconnus des arbres, aux plantes tropicales mourantes sur les terrasses. Quelques mains expertes avaient voulu faire naître de la terre un prestige révolu.

Maintenant le vent emmêlait cette vie, la retournait. Tout semblait en désordre, malmené, à la mauvaise place.


Au fond du jardin, il aperçut une statue posée sur un piédestal. Il s’en approcha lentement.

Elle semblait avoir survécu au chaos. À moitié recouverte de lierre, elle avait perdu sa teinte ivoire, elle était grise et verte par endroits. C’était une jeune femme d’à peine dix-huit ans.

Elle regardait en face d’elle, l’air effronté.

Elle avait les cheveux retenus dans un chignon lâche, quelques mèches tombaient sur ses épaules. Elle portait une longue tunique de la mode d’avant. Une de ses mains tenait sa robe et découvrait légèrement des pieds nus, l’autre demeurait suspendue en l’air dans un geste gracieux. On aurait dit qu’elle voulait qu’on prenne sa main, qu’on l’embrasse, incité par son regard provocateur.


Quelque chose en elle qui retenait particulièrement l’attention de l’homme.

La finesse de ses traits peut-être. La moue joueuse et satisfaite de son sourire. Ou tout simplement ses yeux. Des yeux de pierre que l’on imaginait brillants de mille facettes au soleil, des yeux que l’on essayait de se représenter en vrai, pleins de couleurs et de vie. Verts peut-être, vers vifs, fluorescents, incandescents.


L’homme parcourut des yeux son cou, sa poitrine, son drapé fin, ses pieds délicats. Il tenta de la voir, la vraie, de l’imaginer se mouvoir.

Elle n’avait rien des statues de déesses qui trônaient dans tous les jardins de nobles.

Son expression n’avait rien d’innocent, ses traits n’étaient pas doux.

Il y avait de la fierté masculine dans son regard.

Quand on parcourait ses traits, on se représentait la main de l’artiste qui avait sculpté cet être à l’envers. Elle était toute en contraire. Ses yeux trop grands gênaient plus qu’ils ne plaisaient, il y avait de la brutalité dans la forme de son visage. Plus émaciée elle aurait été terrifiante, plus ronde elle aurait été banale. Ses joues étaient légèrement creusées mais des fossettes soulignaient un sourire narquois.

Dans l’âge de l’innocence romantique, elle n’avait plus rien d’innocent, elle n’avait plus rien de romantique.


Elle semblait se moquer de l’homme en face d’elle, le sculpteur fasciné qui avait tenté l’impossible pour l’immortaliser dans la pierre, l’amoureux transi qu’elle n’aurait jamais regardé, et le spectateur muet, seul avec elle pour l’éternité.


Le jeune homme s’approcha d’elle et voulut la toucher, la rendre réelle à son contact. La pierre glacée semblait retenir ce corps troublant qui ne demandait qu’à s’échapper.


Le contact froid le brûla, il trembla de tout son corps. Il se tenait là, seul dans ce grand jardin déserté. Seul tout parut disparaître autour de lui.


La nuit commençait à tomber. Maintenant, on ne voyait plus qu’elle.

Sa pâleur altérée par le temps animant ce corps d’une étrange façon.


– Bon, tu as fini ? murmura une voix dans son dos.


L’homme se retourna, ses deux compagnons le regardaient, l’air rieur, l’un des deux avait la cinquantaine, le deuxième était plus jeune. L’homme baissa la tête, mal à l’aise.


– Belle hein ? dit le plus âgé en s’approchant de la statue et en touchant le marbre. Tu as l’œil. C’est de la belle pierre, mais pas notre niveau, on ne pourra pas la déplacer, et personne n’en voudra. En ce moment sur le marché, personne ne veut de l’art.

– Elle est mieux ici, dit l’homme, doucement.

– Il est amoureux ! dit le plus jeune en lui donnant un coup sur la tête.


Les trois hommes rirent.


– Bon, mieux vaut pas traîner, on trouvera rien de plus, la maison avait déjà été pillée avant qu’on vienne, on est venus trop tard. Prenez vos sacs, on se casse.

– À qui appartenait la maison ?

– Qu’est-ce que j’en sais moi ? Une ancienne famille riche qui a fui. Pourquoi, tu aimes savoir qui tu pilles ?

– Non… Mais c’est étrange, pourquoi partir en la laissant, là, seule.


L’homme soupira, bougonna quelque chose et prit ses sacs sur le dos.


– Tu viens Tony ? Notre pauvre ami est tombé amoureux d’une statue !


– Et alors elle a un nom ta belle ? dit Tony d’une voix lointaine, de dos, en riant à gorge déployée.


L’homme lui fit un geste pour lui dire de se taire. Il regarda autour de lui, s’approcha de nouveau de la statue, se baissa et vit cachée par le lierre une petite plaquette avec des inscriptions. L’écriture indiquait le nom du sculpteur, un artiste à la mode un temps, un certain Federico dont plus personne ne parlait maintenant. En dessus, un nom était inscrit en lettres capitales.


Il releva la tête, le visage aussi figé que celui de la statue et la regarda dans ses yeux de pierre.


– Bonsoir Niria, murmura-t-il.


Il crut voir la statue esquisser un léger sourire, mais cela n’était sûrement qu’une illusion causée par l’ombre qui tombait délicatement sur Niria. Il la regarda une dernière fois puis s’éloigna et ramassa ses sacs.

En sortant de la villa son cœur s’accéléra, plusieurs fois, il voulut se retourner.

Mais il avait comme l’impression que s’il revenait sur ses pas, elle ne serait plus là.


 
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   Donaldo75   
6/5/2016
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Bonjour,

Il y a un ton indéniable dans cette courte nouvelle. De plus, l'histoire ouvre plusieurs pistes, de la matière pour amener le lecteur à se poser des questions, à chercher qui est le personnage statufié, pourquoi etc...

Malheureusement, la fin arrive trop vite, abrupte, cassant le charme qui commençait à s'établir.

Dommage,

Merci pour la lecture,

Donald

   socque   
16/5/2016
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Je trouve assez fascinante la description de la statue, l'attraction-répulsion qu'elle exerce sur "l'homme" à qui elle inspire des sentiments mêlés, comme pourrait faire une vraie personne. De ce point de vue, pour moi le texte est réussi.

En revanche, et toujours pour moi, le contraste que vous avez voulu apporter entre la trivialité de la raison de la présence de votre personnage principal, venu tout bêtement avec deux complices cambrioler une baraque abandonnée, et le mystère créé par la présence de la statue et ce qu'elle éveille en son spectateur, est inutile (le contraste, pardon la phrase n'est pas très claire), ou du moins trop développé, ce qui à mon sens appuie trop sur les intentions. Je pense qu'il suffirait d'une ou deux phrases pour indiquer le contexte : ainsi, le lecteur resterait bien focalisé sur l'essentiel (ce que je crois essentiel). Simple avis de lectrice, bien sûr, vous êtes l'auteur et c'est vous qui voyez.

Au final, pour moi le texte est intrigant, ce qui me plaît ; un instant de mystère dans la vie quotidienne qui en manque tant...

   plumette   
29/5/2016
 a aimé ce texte 
Bien ↓
j'ai aimé l'ambiance de ce jardin à l'abandon qui livre tout de même quelque chose de son passé glorieux, j'ai aimé la description de cette statue qui s'humanise par moments puis retourne à la pierre, et la fascination de cet homme qui l'observe avec acuité et qui, par son regard, lui donne vie.
Mais la chute me contrarie, le texte change complètement de nature à partir de " Bon, tu as fini?" J'ai ressenti cette fin comme un truc d'auteur, un peu plaqué, pour faire une fin. Ne peut-on pas imaginer rester sur de l'énigmatique?
C'est un avis subjectif bien sûr! et l'auteur garde toute sa liberté.

Plumette

   antonio   
29/5/2016
 a aimé ce texte 
Beaucoup
J’aime la fluidité de cette écriture très agréable à lire. En quelques phrases on se trouve plongé dans le décor de ce jardin abondonné, mélancolique :
« Une odeur mélangée de moisissure de nostalgie et de grandeur déchue… »
Très intéressante description contrastée de la statue, comme est aussi contrastée la sensibilité du garçon et le comportement de ses complices.
Un peu déçu par la fin, un peu brève, on aimerait en savoir un peu plus sur cette statue, il manque peut-être un peu de mystère.
Mais bravo, merci pour cette belle histoire.
Antonio

   Lulu   
29/5/2016
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour Electre,

pour ma part, j'ai mis du temps à réaliser que les hommes qui apparaissent, là, sont des cambrioleurs. Je me suis dit, non, ça ne peut pas être ça... Finalement, si. Je m'attendais à autre chose, mais pourquoi pas ? C'est juste un peu rapide. J'aurais aimé un développement plus conséquent sur les circonstances de ce cambriolage, pour décupler la tension de l'homme face à la statue.

Dans la phrase suivante, j'aurais enlevé le "qui" qui ne sert à rien et alourdit inutilement : "Quelque chose en elle qui retenait particulièrement l’attention de l’homme."

Mais l'ensemble me semble satisfaisant. J'aime assez que votre personnage (dont j'aurais aimé un peu plus d'épaisseur), soit fasciné de la sorte par cette statue. Il est vrai que cela fait une histoire.

Le style est simple et plaisant, par ailleurs.

   Robot   
30/5/2016
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
J'aime assez que l'étrange naisse d'un contexte banal. C'est ce qui m'a retenu sur ce texte. Par contre, j'aurais aimé que soit développée l'idée de cette confrontation du cambrioleur avec la statue (seulement du personnage principal). Car avec la fin, le nom du sculpteur, le prénom de la statue, il y avait matière à aller plus loin dans le mystère et peut être créer une sorte d'angoisse.
Un peu frustré de l'arrêt brutal de l'histoire.

   Anonyme   
10/6/2016
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour,
Histoire simple parfaitement écrite, sans fioriture, des images claires qui se laissent voir facilement. J'ai beaucoup aimé ce passage par exemple: "Maintenant le vent emmêlait cette vie, la retournait. Tout semblait en désordre, malmené, à la mauvaise place."
Vous nous entraînez vers quelque chose qui se veut fantastique, cette statue est presque vivante, figée, mais brûlante d'une vie intérieure (Les yeux...... verts peut-être, vers vifs, fluorescents, incandescents.). Bravo pour l'illusion, on se laisse prendre au jeu, mais en fait c'est juste l'imagination du voleur, un brin romantique, un peu sensible devant de belles choses, différent de ces comparses qui sont juste là pour leur business, qui nous montre la statue ainsi. D'ailleurs, ils le charrient, ils se rient de sa sensibilité qu'ils ne comprennent sans doute pas. Tout cela est bien réel, bien triste aussi. Très bien rendu en si peu de mots, cette psychologie des cambrioleurs. De simples voyous qui débarquent avec leurs gros sabots dans une magnifique poésie.
A vous relire avec grand plaisir.

   Pierre_B   
17/6/2016
 a aimé ce texte 
Un peu
J'ai apprécié l'atmosphère du texte, ce lieu comme une alcôve oubliée avec un vocabulaire qui transmettait l'atmosphère de grandeur déchue. La description de la statue est prenante : impossible de ne pas partager la fascination du cambrioleur pour cette belle de pierre.

Je regrette juste la fin un peu expédiée par rapport au reste du texte, dommage. ça reste tout de même une très jolie nouvelle.

   kass   
29/6/2016
 a aimé ce texte 
Bien
Bonsoir

Il y a dans ce court texte une étrangeté qui fascine. Faire vivre une statue de femme délaissée, lui fournir une âme par effet de projection, un pouvoir d'attraction quasi charnelle sur un minable cambrioleur qui se découvre une âme passionnée, un cœur qui n'est pas de pierre face à elle qui est de pierre.
Le tout sur un fond de ruines, là où le temps s'est estompé en s'accrochant aux lierres pour toujours, faisant place au rêve.
Une première partie qui crée une ambiance, un horizon d'attente.. puis une deuxième partie où un dialogue se charge d'"élucider" l'étrangeté..
J'ai aimé tout cela, j'aime que les objets , les chose aient une âme.. j'aurais aimé une chute plus ambiguë, mais celle du texte fait l'affaire et laisse planer le doute..
Merci

   micherade   
25/1/2017
 a aimé ce texte 
Bien
J'ai aimé la description du jardin qui amène à la découverte de la statue. La fascination exercée par cette femme de pierre est bien rendue mais aurait pu être davantage développée, ainsi que la trivialité des deux autres cambrioleurs.
L'écriture est correcte mais pourrait être davantage travaillée. Il faudrait éviter l'emploi trop fréquent de "être" et "avoir "dans plusieurs phrases. Quelques maladresses aussi: "mais pas notre niveau"," ses traits n'étaient pas doux". Malgré ces quelques réserves un texte de bonne qualité.


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