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Sentimental/Romanesque
Elliot : SS in love
 Publié le 30/06/12  -  11 commentaires  -  27990 caractères  -  119 lectures    Autres textes du même auteur

Avant d'être un nazi, j'ai d'abord été un homme. Un homme comme les autres mais surtout, un homme amoureux…


SS in love


Avant d’être un nazi, j’ai d’abord été un homme. Un homme comme les autres, sans histoires et sans vagues, qui n’avait aucune idée du monstre prémâché qu’il s’apprêtait à devenir.

Lorsque, petit, on me demandait ce que je voulais faire plus tard, je répondais « faire comme papa » avec toute la sincérité dont un gosse était capable. Papa était médecin : le plus beau métier du monde selon lui, le pire selon ma mère qui nous avait élevés seule, mes frères et moi, comme beaucoup d’autres femmes à cette époque.

J’ai grandi dans un quartier autrefois aisé de Munich que les guerres et les crises avaient enlaidi. Personnellement, ce quartier, je ne l’avais jamais connu autrement, je n’étais pas sujet à la mélancolie des jours prospères dont semblaient souffrir mes aînés, je n’éprouvais pas cette rancœur amère dont j’entendais trop souvent parler autour de moi. Mais je voulais « faire comme papa », c’est ainsi que j’ai adopté cet étrange discours haineux dont je ne comprenais pas les origines et ces valeurs que je ne me destinais pourtant pas à partager. Je n’ai pas forgé mon caractère, d’autres s’en sont chargés à ma place, jouant inconsciemment avec moi comme on joue distraitement avec de la pâte à modeler. Je suis un homme façonnable, voilà tout, l’hologramme passif de la pensée de mes parents.

L’histoire de ma vie est une histoire honteuse qu’il me peine de confesser, d’autant plus que l’autobiographie apparaît comme un style au narcissisme flagrant dont je ne suis pourtant pas coutumier. Mais que voulez-vous, même la culpabilité la plus intense mérite son quart d’heure de gloire, aussi sombre soit-elle.

Nous avions l’habitude de passer les vacances d’été à la campagne où habitait mon oncle, le frère de mon père, qui, comme lui, avait épousé une carrière à succès. J’aimais la campagne plus que tout, j’y devenais quelqu’un d’autre : l’adolescent studieux de Munich laissait place à un vagabond des champs et des ruelles ensoleillées. J’y devenais poète : je trouvais de la poésie dans les jours de pluie, de l’élégance dans une volute de cigarette, du charme à l’ombre d’un arbre et, tel un Verlaine improbable, j’avais trouvé un Rimbaud singulier entre deux averses passagères. Je ne saurais dire comment nous nous sommes réellement connus, Noah et moi, tout comme il m’est impossible de me souvenir de nos premiers gestes et de nos premiers mots : l’imagination et le regret ont depuis sauvagement reformulé les prémices de notre relation, lui accordant plus de poésie qu’elle n’en possédait alors. S’il faut du courage pour dire « je t’aime » à une femme, il faut de l’audace et de l’inconscience pour aimer un homme. Quel fou ai-je été de me laisser dériver à pareils sentiments mais quel imbécile aurais-je été si je les avais dénigrés. Aujourd’hui encore, lorsque je ferme les yeux, il m’arrive de frémir au souvenir de la caresse de ses cheveux sur ma peau, de la fougue de ses lèvres sur les miennes, de la chaleur de son visage sous mes doigts, de la douceur de son corps sur mes reins…

Sur le chemin du retour vers Munich cette année-là, je dus lutter comme jamais pour conserver la fierté que l’on attendait de moi mais, sous mes paupières, de lourdes larmes se bousculaient férocement devant ces fines parois d’épiderme tandis que mon cœur pleurait l’abandon de mes songes dans les champs, entre les bras de Noah. Ma famille ne sut jamais que j’étais tombé amoureux fou à la campagne, je m’étais bien gardé de partager ce secret que beaucoup auraient condamné. Comment aurions-nous pu savoir, tout amoureux que nous étions, que l’un de nous deux venait lui-même de condamner l’autre ?

Le hasard voulut que mes frères se marient cette année-là. Mon oncle et mon père avaient, pour l’occasion, réuni tout le gratin de la société bavaroise dans une grande et luxueuse salle du centre-ville où avaient été dressées de longues tables drapées de blanc et harmonieusement décorées. Les médailles honorifiques dansaient au-dessus des plats et martelaient les poitrines, les hommes débattaient, entre deux verres de vin, de sujets politiques, les femmes rivalisaient de beauté dans de somptueuses robes de soirée tandis que les rares enfants présents manigançaient quelque mauvais coup sans grande envergure. Moi, je ne me sentais guère à mon aise entouré de tous ces inconnus, étranglé par une cravate sombre et meurtri par un costume tout aussi triste. La désillusion, peut-être, n’était-elle pas étrangère à cet inconfort : je n’imaginais pas les mariages ainsi. Quelques musiciens ternes s’efforçaient à jouer ces mélodies patriotiques dont raffolait mon père et que je ne pouvais souffrir. Les notes manquaient de conviction, le rythme semblait avoir abandonné la musique tandis que les convives faisaient cruellement défaut à cette ébauche informe de valse. Je regrettai un instant ces soirées d’été où je dansais avec Noah, joyeusement ivres, où la place et la société nous le permettaient et je sentis la mélancolie souiller mes songes comme un brouillard d’automne ternirait un paysage ensoleillé. Perdu dans le passé, je sentis à peine mon oncle m’emmener par le bras à l’extérieur de la salle.


– Mon garçon, j’ai quelqu’un à te présenter ! m’annonça-t-il, l’ivresse suintant de sa bouche. Frank Ackermann, un général haut gradé de la fière armée allemande qui ne manquera pas d’éveiller ton intérêt professionnel et sentimental !


Incrédule, je le dévisageai quelques secondes, croyant avoir mal entendu ses dernières paroles.


– On m’a dit que sa fille était d’une beauté à couper le souffle !


Frank Ackermann était un homme répugnant, empestant le tabac humide et l’excès d’alcool. À le voir ainsi, lourdement adossé au mur du bâtiment, une cigarette à la main, je peinais à croire que semblable individu représentait dignement la fière armée allemande, tout comme je doutais à présent de la beauté époustouflante de sa progéniture.


– Mon cher, cher Frank, laissez-moi vous présenter mon neveu, Mark Hannel ! Mark étudie la médecine, comme son père que vous avez rencontré tout à l’heure. Croyez-moi mon cher Frank, ce petit est prometteur !

– Si vous saviez, mon cher Andy, comme il me plaît de voir si belle jeunesse au service de notre pays ! Les sciences… Ainsi donc, vous suivez les traces de votre père jeune homme ?

– C’est exact monsieur, répondis-je.


Ackermann expira une longue bouffée de cigarette dans les airs et, portant un verre de vin à ses lèvres moites, me dévisagea sans vergogne.


– Vous avez la carrure d’un soldat pourtant… Croyez bien, mon cher Andy que nous aurons sous peu besoin d’hommes comme votre neveu : des hommes forts, brillants et vaillants pour venir à bout de cette vermine qui pourrit notre patrie de l’intérieur !

– Monsieur, j’étudie la médecine et non l’art de la guerre, répliquai-je en tentant de témoigner à mon interlocuteur le respect et la politesse qui lui étaient dus.

– Si vous voulez mon avis, jeune homme, l’un ne va pas sans l’autre. N’est-ce pas grâce à la guerre que votre métier trouvera sa raison d’être ? Le monde de la médecine n’est-il d’ailleurs pas, lui aussi, infesté de cette vermine qui occupe injustement nombre de postes au détriment des Allemands de race pure ?

– Qui qualifiez-vous de vermine ?

– Les opposants politiques, les Slaves, les Juifs et tant d’autres… Semblables aux fourmis : en épargner une seule, c’est épargner la colonie.


Jamais jusqu’alors je n’avais entendu autant de haine dans la bouche d’un homme auquel se joignait mon oncle pour accuser ces populations des vices de l’Allemagne. Je reconnus çà et là quelques opinions paternelles et, inconsciemment peut-être, je me sentis plus proche de ces déclarations que je ne l’imaginais. Ackermann réussit à semer le doute en moi : pouvais-je rater une occasion professionnelle, moi, l’Allemand, au profit d’un Juif ou d’un Slave ?

Il ne faisait pas bon d’être naïf à cette époque, ce n’est qu’aujourd’hui que je me rends compte que, cette leçon, je l’avais apprise aux dépens de la tolérance, du respect et d’autres valeurs actuelles.

Ce soir-là, je rencontrai également Brigitte, la fille du général qui m’apparaissait désormais moins répugnant qu’au début de notre conversation. Mon oncle n’avait pas menti : elle était belle à mourir avec ses cheveux blonds noués dans sa nuque, ses yeux bleus rivalisant d’éclat avec son sourire… J’aurais évidemment, comme beaucoup d’hommes, pu en tomber amoureux au premier regard si mon cœur ne gambadait pas encore dans les champs de campagne. Nous fûmes les seuls à entamer une valse entre les convives, les seuls à égayer un tant soit peu la nuit et, à l’aube, tandis que la fête touchait à sa fin, je sentis ses lèvres violer les miennes sans que je ne puisse m’y opposer : aucun homme ne pouvait se refuser à Brigitte, qu’aurait-on pu penser si je me démarquais de ceux-ci en la repoussant comme la peste.

Je lui parlai de la campagne, elle me confessa être une femme des villes, je lui avouai apprécier sa compagnie, elle jura m’aimer plus qu’elle-même. Moi, je ponctuais ses déclarations de mensonges toujours plus convaincants que les précédents et, quelques mois plus tard, elle portait à son doigt une bague de fiançailles que je n’avais pas choisie et moi, la culpabilité et la mélancolie en bandoulière.

Ackermann m’apparut de plus en plus sympathique au fur et à mesure que nous nous côtoyions : je devins pour lui comme un protégé, l’homme qu’il fallait exposer tout en prenant soin de lui. Je ne pourrais le jurer mais je suis convaincu que ma réussite professionnelle ne lui était guère étrangère, lui qui avait coutume d’affirmer que l’argent et le pouvoir pouvaient venir à bout des frontières et autres obstacles. Peu à peu, je me laissai à nouveau modeler par un nouveau sculpteur, mon père avait cédé sa place à un autre.

Je ne restai fidèle qu’à une chose : mon amour pour Noah. Il ne se passait pas un jour sans que je ne me remémore ses caresses. Brigitte ne pouvait, avec toute la bonne volonté du monde, combler ce vide qui me rongeait. À vrai dire, je n’étais guère convaincu qu’elle en était consciente. La campagne me manquait affreusement mais je ne pouvais me résoudre à partager ce bonheur rural avec elle : cela revenait à profaner le lieu de mes premiers émois. Je pensai quelque temps à écrire à Noah mais, déjà, le monde avait changé et les risques d’être démasqués ne valaient guère le bénéfice perçu de quelques mots barbouillés sur une feuille de papier impersonnelle.

Il existait à Munich des quartiers, des ruelles connues des hommes en manque d’amour où il m’arrivait de déambuler, le souffle court et le cœur brisé. J’en souffrais plus que je n’en jouissais : les hommes y étaient infidèles et anonymes, je ne connus jamais le nom de l’un d’eux. Je n’étais pas fier d’être tombé si bas et, lorsque mon moral était au plus bas, j’en venais à me demander qui était réellement la passe : qui payait et qui encaissait ?

Je n’avais pas l’impression de tromper Brigitte en me donnant ainsi à un inconnu fade et précoce : on ne trompe pas une maîtresse. Parce que tout revenait toujours à Noah, je lui étais infidèle, à lui, et Brigitte n’était qu’une amante de plus sur cette liste qui ne cessait de tristement s’allonger.

Nous avions emménagé dans un appartement trop grand pour nous que son père nous avait conseillé, arguant que l’endroit était idéal pour une future famille comme la nôtre. Cet appartement, je l’ai détesté dès la première nuit que nous y avions passée. J’y étouffais, agonisais et ressuscitais toujours avec la lassitude d’un Sisyphe vaincu. Aujourd’hui encore, je reste persuadé que, si nous n’avions pas acheté cette prison hypocrite, ma vie aurait été différente : jamais je n’aurais accepté d’intégrer un camp de concentration.


– Mark, j’ai une proposition à te faire, m’annonça Ackermann tandis que ma fiancée débarrassait la table avec sa mère.


Il n’était pas difficile de savoir quelle était la nature de cette proposition. Si la compagnie de nazis, généraux et autres discrets meurtriers m’avaient appris une chose, c’était bien l’anticipation de leurs conversations : seule la guerre animait leurs lèvres, c’était un navrant constat auquel je m’étais résolu.


– Frank, répondis-je en expirant une bouffée de cigarette, je ne suis ni soldat, ni politicien. Je suis médecin et je doute que…

– Mark, je sais que les affaires ne marchent pas pour toi, m’avoue-t-il. Brigitte me l’a dit…


J’avais l’impression d’être un gosse à qui l’on faisait la morale en pointant sa bêtise du doigt. Cependant, je devais me rendre à l’évidence : le cabinet que j’avais ouvert à quelques rues de l’appartement était un échec, une perte de temps et d’argent qui ne manquait pas de creuser un déficit considérable dans nos finances.


– Nous avons besoin d’hommes aux camps Mark. Écoute, je vais te laisser réfléchir quelque temps et, quand tu auras bien réfléchi à comment tu comptes entretenir ta femme, tu me donneras une réponse…

Il n’y a pas de honte à renoncer à une cause noble au profit d’une cause juste Mark, me glissa-t-il en quittant l’appartement quelques minutes plus tard.


Ce soir-là, je rencontrai un homme dans les ruelles de Munich. Il ressemblait aux autres : impersonnel, anonyme et aussi fade qu’une gorgée d’eau. Il était comme il fallait qu’il soit. Alors que nous nous adonnions à nos passions honteuses, j’eus l’impression, une fraction de seconde, d’entendre mon nom franchir ses lèvres dans un soupir rauque et ce fut la dernière fois que je me rendis dans ce quartier fiévreux et gangrené par la maladresse amoureuse de quelques tristes individus.

De guerre lasse, j’avais jeté l’éponge et cédé aux insistances d’Ackermann. Le camp où je fus assigné correspondait en tout point à ce que j’avais imaginé : on pouvait sentir la mort depuis les grilles d’entrée et ce que celles-ci gardaient aurait donné la nausée au plus insensible des hommes. Mes débuts en tant que nazi furent difficiles mais, aussi affreux que cela puisse paraître, on s’habitue à la misère humaine et à la souffrance aussi vite qu’à l’eau chaude d’un bain d’hiver. Mon travail consistait majoritairement à trier les foules de détenus que vomissaient les trains destinés à leur transport. Les enfants et les vieux n’avaient guère leur place ici, on se contentait de leur épargner quelques humiliations et nombre de peine supplémentaire. Du moins, j’essayais de me convaincre qu’il en était ainsi, je soulageais ma conscience avec les moyens dont je disposais. Les autres, les plus robustes et les plus malchanceux, étaient alors rasés, numérotés et entassés dans de petites baraques insalubres où tous se piétinaient sans compassion. L’homme que j’étais autrefois aurait haï l’homme que j’étais devenu mais, à force de côtoyer l’inhumain, on finit par se persuader que celui-ci nous encerclait déjà auparavant et qu’on était simplement aveugle pour ne pas le voir. La compagnie d’autres nazis me confortait également dans cette perception hypocrite : on adopte toujours trop vite un discours quotidien. Je suis devenu un monstre par mimétisme involontaire, je suis devenu un monstre parce que c’était ce que l’on attendait de moi. Étais-je malheureux pour autant, je ne pourrais le jurer : on ne demande pas à un nazi s’il est heureux, on s’assure simplement qu’il sait ce qu’il a à faire et, le cas échéant, on le considère comme un homme comblé. Je connaissais mon rôle par cœur et le monde et moi semblions nous en contenter. De plus, vivre au camp comportait l’avantage de m’éloigner de Brigitte et de cet appartement que je ne pouvais supporter, je pouvais enfin cesser de faire croire aux passants que j’aimais ma fiancée et de chérir ce que nous avions construit ensemble. Ici, au milieu des détenus et des nazis, le sentimentalisme exacerbé des jeunes couples n’avait pas sa place, la vie privée devenait un luxe qu’aucun d’entre nous ne prenait la peine de s’offrir.

J’aurais pu continuer à vivre ainsi longtemps, caché derrière le confort du patriotisme, mais le destin, ou peut-être la justice, en décida autrement.

C’était un matin d’hiver comme il y en avait déjà eu beaucoup : un train gorgé de détenus venait de franchir les grilles du camp et de s’arrêter dans la cour de celui-ci. Nous, les nazis, nous attendions sous les flocons de neige, moulés dans nos uniformes sombres et nos bottes rigides, que les prisonniers ayant survécu au voyage débarquent, le visage rongé par la peur et le corps creusé par la faim et la fatigue. Il y avait deux sortes de nazis dans le camp : les sauvages issus de la petite criminalité et nous, les plus instruits. Il incombait aux premiers cités de mettre de l’ordre dans la foule des nouveaux venus et de former les rangs. Ils nous facilitaient la tâche et, en récompense, attendaient que nous leur offrions ce qu’ils appelaient la chance d’épurer l’Allemagne. La démarche était simple : je passais les détenus en revue, examinais la musculature des corps et décidais si ces corps étaient aptes au travail ou non. Il fallait voir leurs yeux lorsque les miens établissaient d’eux un rapide diagnostic. On pouvait y lire soit l’angoisse, soit le découragement. Le regard, c’était d’ailleurs l’un de mes critères : l’angoisse maintient l’homme en vie, ceux qui ne trouvent même plus la force de redouter la mort ne sont déjà plus vivants. Rien ne laissait présager ce jour-là que le passé ressurgirait brutalement pour livrer bataille au présent. Je déambulais, comme à mon habitude, en compagnie de quatre autres nazis, entre les rangs de prisonniers, désignant du menton ceux pour qui l’heure n’avait pas encore sonné quand, alors que j’allumais une cigarette, j’entendis une voix que j’avais cru avoir oubliée.


– Mark !


Un frisson imperceptible parcourut la surface entière de mon dos, poignardant mes reins et meurtrissant mes omoplates comme une série de virulents coups de poing, mon sang se glaça soudainement dans mes veines et je jurerais d’avoir senti mon cœur cesser de battre une fraction de seconde, comme s’il avait eu besoin de retenir une respiration dont il n’avait pas besoin.


– Mark ! Mark, je t’en prie… Mark !


Il me fallut quelques secondes pour localiser celui qui scandait mon prénom entre les flocons mais je connaissais déjà au moins autant que je redoutais de découvrir l’identité du fauteur de troubles. Mon regard se posa d’abord sur ces cheveux bruns qui effleuraient autrefois mon front, pour tomber sur ces lèvres dont la texture me revint aussitôt douloureusement en mémoire, pour finir sa course sur ces yeux, ces iris sombres que j’avais aimés quelques années auparavant. Je ne m’attendais pas à retrouver Noah de cette façon. Moi, j’avais imaginé nos retrouvailles à la campagne, précisément là où nous nous étions connus et consumés de tendresse, mais l’on ne nous offrait, pour toute poésie, qu’un décor aussi laid et terne que le public auquel nous avions droit. L’homme de ma jeunesse aurait, sans aucun doute, sauté au cou de Noah. Il l’aurait serré si fort que nos os se seraient emmêlés, que nos peau se seraient fondues dans celle de l’autre, mais l’homme que j’étais devenu ne savait comment réagir. Il entrouvrait la bouche pour ne rien dire, refoulait des larmes qui ne pointaient guère à ses yeux, calmait des sanglots qui ne secouaient pourtant pas sa poitrine…


– Mark, répéta-t-il implorant, je t’en prie, aide-moi !


Il était sorti des rangs, provoquant quelques discrètes réactions parmi les détenus et déclenchant la colère de mes semblables. J’aurais voulu lui hurler de regagner sa place mais, déjà, les coups, les ordres et les injures pleuvaient sur lui. Je l’avais vu s’effondrer lourdement sur le sol, la neige autour de lui rougir de honte à ma place sans que je ne trouve la force ou le courage de m’interposer. Ma langue tentait vainement d’articuler quelques voyelles et consonnes lorsque, à ma grande surprise, j’entendis une voix grave et autoritaire qui n’était pas la mienne ordonner la cessation des hostilités.


– Ça suffit ! tonna Mererson, mon supérieur. Pas comme ça, pas maintenant et pas ici pauvres imbéciles !


J’avais alors compris que Noah était irréversiblement condamné, que j’étais la cause de sa mort à venir et que j’aurais pu lui éviter nombre de souffrances si je l’avais exécuté moi-même, là, devant les autres détenus et devant mes camarades nazis. Peut-être était-ce cela qui m’était aujourd’hui le plus douloureux : j’étais conscient que je n’aurais guère pu le sauver, que je n’aurais pas pu savoir que notre amour l’assassinerait indirectement mais, en revanche, j’aurais été capable de lui épargner nombre de supplices qui naissaient en ce moment dans l’imagination de mes compagnons et, pourtant, je n’avais pas protesté. J’étais resté docile, comme un animal que l’on avait dressé à obéir sans broncher durant des années.


– Emmenez-le ! renchérit Mererson. À moins que…


Je sentis mon cœur oppresser ma cage thoracique, me priver d’oxygène et brûler mes poumons comme une étincelle consume un bidon d’essence.


– À moins que monsieur Hannel n’ait quelque chose à dire ?


Les regards de tous se posèrent sur moi, pressant mes aveux ou mes défenses, incitant ma langue à se délier derrière mes dents pour laisser éclater la vérité ou une quelconque sentence.

Incapable de prononcer la moindre syllabe, je fermai les yeux et secouai négativement la tête. Derrière mes paupières closes, c’était la campagne qui s’étalait à perte de vue, les champs et les blés qui faisaient trembler mes songes.


– Mark, murmura Noah dans un souffle qui semblait lui arracher la gorge, Mark, je t’en prie…

– Emmenez-le ! répéta Mererson.


Ce fut la dernière fois que je vis Noah et la dernière image que je gardai de lui : amaigri, le visage émacié, les traits tuméfiés, aussi laid qu’il fut autrefois beau. J’ai longtemps regretté ce dernier regard, cet échange muet où l’un lançait : « Pourquoi m’as-tu abandonné ? » et où l’autre répondait simplement : « Je suis désolé. »


– Hannel, murmura Mererson, terminez la revue et retrouvez-moi dans mon bureau.


Il n’y avait guère de colère ou d’autorité dans sa voix, il s’était adressé à moi comme il se serait adressé à un passant : avec indifférence mais avec politesse. J’étais terrifié, conscient que ma propre vie venait de faire son apparition sur l’échiquier et que c’était au tour de l’adversaire de bouger ses pions. Je passai en revue le reste des détenus dans un état second, jouissant de mon droit de vie ou de mort comme on joue à la roulette russe, avec Noah pour seule pensée. Il était sur le visage de tous les prisonniers, il se dessinait dans une volute de cigarette, il apparaissait entre les flocons de neige qui martelaient ma peau et mon uniforme.

Mererson était un homme étrange qui remportait peu de sympathie auprès des autres nazis. On le disait avide de justice, partisan de la cruauté lorsque celle-ci s’imposait, patriote comme peu d’entre nous l’étions mais c’était avant tout son calme et sa retenue que l’on vantait et admirait. Trempé et tremblant devant son bureau, je refusais de croiser son regard : je craignais qu’il n’y lise tout ce que je m’étais évertué à lui cacher et à cacher au monde. Tant d’efforts, tant de regrets et tant de privations pour en arriver à cracher toute la vérité d’un jet devant un nazi, je ne pouvais pas m’y résoudre. C’était plus fort que moi, je ravalai la bile qui me saisissait la gorge et refoulai un sanglot acidulé en attendant ma sentence : je m’étais préparé à tout entendre, tout endurer.


– Racontez-moi votre histoire Hannel, se contenta de me dire Mererson en allumant une cigarette.

– Monsieur, je ne connais pas cet…

– Ne mentez pas Mark, pas à moi : vous le connaissiez, c’est une évidence.


Peu à peu, je sentais un étau féroce enserrer ma gorge et en extraire la vérité comme on presse le jus d’un fruit. J’étais piégé et terrifié à l’idée que mon passé ne me rattrape et ne m’écrase le visage dans la boue.


– Oui, je le connaissais mais je vous assure que j’ignorais qu’il était juif !

– Pour la simple et bonne raison qu’il n’était pas juif… Il était homosexuel.


C’était fini, terminé : la course s’arrêtait là. Je m’étais pourtant battu comme un diable pour franchir une ligne d’arrivée que je ne distinguais pas encore et, là, dans un bureau sombre et humide, je tombais à genoux, vaincu.


– Je vous en prie Mark, reprenez-vous ! Voulez-vous une cigarette peut-être ?


Dans le milieu carcéral, on appelait ça la dernière volonté du condamné. Telle n’était pas la mienne mais, à défaut de pouvoir formuler une autre demande, j’acceptai celle-ci avec la passivité d’un mourant.


– Vous savez, je pense que les symptômes de l’homosexualité, comme pour beaucoup d’autres maladies innées, n’apparaissent pas avant un certain âge. Laissez-moi deviner : vous l’avez connu lorsque vous étiez gosse n’est-ce pas ?

– Oui, mentis-je avec un aplomb étonnant.


Le mensonge est certainement, chez l’homme, l’une des armes les plus efficaces de l’instinct de survie contre lequel j’aurais tant voulu lutter. Je me salissais, salissais mes mains, mes lèvres, ma fierté et toutes ces choses futiles qui, sans Noah et avec mes remords, n’avaient plus d’importance à mes yeux. Je ne pouvais pourtant me résoudre à rendre mon dernier souffle volontairement : je n’ai jamais pu tolérer le suicide.


– Je m’en doutais, déclara Mererson en expirant une longue bouffée de cigarette.

– Que vous a-t-il dit exactement ? m’enquis-je alors.

– Il a mentionné la campagne… À vrai dire, il ne savait dire que ça, la campagne. Que signifie la campagne pour vous Mark ?

– Rien.


Personne ne pourrait savoir le mal que ce « rien » m’a fait, à quel point il a meurtri mes lèvres, brûlé ma langue et malmené ma gorge. Je me trouvais répugnant, là, dans mon uniforme austère et, pourtant, je continuai de m’enfoncer dans les marécages de l’hypocrisie et du mensonge.


– Je suppose qu’une enquête me concernant sera ouverte, demandai-je, interdit.

– Mark, me répondit mon supérieur en écrasant son mégot fumant, comme je vous l’ai dit, un enfant est parfaitement, et logiquement, incapable d’émettre quelque jugement perspicace quant à ses fréquentations. Vous devez savoir, pour le bien de votre conscience, que nous avons tous été enfants… Après tout, quel nazi n’a jamais joué aux billes avec un Juif durant son enfance ? Nous en avons terminé Mark, vous pouvez disposer.


Je ne pouvais pas croire ce que j’entendais et, pourtant, tel un automate, j’avais salué mon supérieur d’un geste tristement patriotique et détourné les talons.


– Monsieur ? Puis-je vous demander ce que vous…

– Considérez, Mark, que ce qui devait être fait a été fait… Disposez maintenant et oubliez cette histoire.


J’étais sorti du bureau de Mererson sans réaliser à quel point la mort m’avait moi aussi frôlé mais je pouvais encore sentir son souffle dans ma nuque. Comment ai-je réussi à conserver cette froide fierté alors que la rage et la peine me rongeaient, je ne saurais le dire, j’étais dans un état second mais, une fois que je fus enfin seul dans mon propre bureau, je laissai tous ces sentiments s’écouler librement de mes yeux. Il ne me restait rien de Noah et, déjà, la campagne commençait à me rebuter et je savais que jamais plus je ne me coucherais dans ses champs.

Les jours qui suivirent ressemblèrent à ceux de mon arrivée au camp et je mis un certain temps avant de pouvoir à nouveau m’immerger entièrement dans l’eau du bain. À vrai dire, j’eus davantage l’impression que l’on m’y noyait, que l’on maintenait ma tête sous la surface, que j’y étouffais lentement sans parvenir à mourir pour autant.

Avant d’être un nazi, j’ai d’abord été un homme et, pour être tout à fait honnête, je suis devenu un monstre parce que l’homme souffrait trop pour survivre. Ce jour-là, en pleurs dans son bureau, Mark Hannel est mort avec Noah. L’ironie, c’était que j’étais le seul à le savoir et, plus important encore, le seul à s’en soucier : on ne regrette pas les monstres.


 
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   Palimpseste   
14/6/2012
 a aimé ce texte 
Pas
mouais....

Sujet très difficile à aborder et où nombreux sont ceux qui se sont cassés les dents...

Le problème vient que des raccourcis Historiques viennent polluer l'histoire, l'intrigue. Il faudrait relire Les Bienveillantes. Par exemple, les homosexuels étaient internés avec un triangle rose et Hannel aurait su que sa déportation était pour inclination sexuelle et non pour être juif. En fait, et selon mes connaissances (qui peuvent bien sûr être prise en défaut), l'histoire ne tient pas.

L'amalgame entre nazi, médecin, SS, garde de camps me laisse mal à l'aise: le sujet exige une précision absolue et un respect entier de la psychologie des personnages.

De même, on n'a un problème pour situer l'âge des protagonistes et l'année du récit: certains détails viennent de 1934 d'autres de 1942. La progression du temps n'est pas bien marquée.

Sur le fond, l'écriture est correcte, mais quelques phrases me semblent un peu "too much" comme "les fines parois d'épiderme" ou bien la longue "Les notes manquaient de conviction, le rythme semblait avoir abandonné la musique tandis que les convives faisaient cruellement défaut à cette ébauche informe de valse."

Les noms des personnages me semblent également curieux: Mererson n'a pas une consonnance très allemande, Hannel pas trop non plus. Ils peuvent l'être mais une nouvelle exige souvent qu'on forcisse le trait des clichés pour avoir une ambiance créé en peu de lettres. Le prénom "Mark" est assez anglais, on trouvera plutôt Marcus en Allemagne (et qui plus est en Bavière)

Dernier point: le titre... Quelle horreur!

Pour ma part, je pense que les dents sont cassés. Maintenant, le sujet est tellement difficile qu'il ne faut pas en rester là. je vous encourage à remettre votre ouvrage sur le métier.

   socque   
18/6/2012
 a aimé ce texte 
Pas
L'histoire est intéressante à mon avis, mais je regrette le traitement qui en a été fait. Le narrateur se décrit comme quelqu'un de manipulé, passif, le récit lui-même reste très distant me semble-t-il, et je trouve que les termes outrés qu'utilise le narrateur pour décrire ses sentiments jurent avec cette distance et affaiblissent tout.
Je trouve difficile d'admettre que le robot qu'est devenu le narrateur (même s'il ne l'a pas toujours été) emploie des expressions comme : "Un frisson imperceptible (...) poignardant mes reins et meurtrissant mes omoplates", "mon cœur cesser de battre" (quel cliché, aussi, pour moi), "Il l’aurait serré si fort que nos os se seraient emmêlés, que nos peau se seraient fondues dans celle de l’autre", etc. Pour moi, ce lyrisme, cet abandon, même tout intérieurs, ne collent pas et je pense que le texte aurait été bien plus fort en gardant plus de distance.
Par ailleurs, une piste n'est pas du tout creusée, que j'aurais pensée intéressante : si Mererson tend à Mark une telle perche qui lui sauve la vie, ne serait-ce pas parce que lui-même est homosexuel, par solidarité complice ? Je pense qu'une allusion dans ce sens ne serait pas malvenue... (Simple avis de lectrice, naturellement je m'en voudrais d'empiéter sur votre souveraineté d'auteur.)

Dommage, donc, j'ai l'impression que vous passez à côté de quelque chose, que vous aviez la possibilité de présenter un personnage ambigu, complexe, mais que somme toute vous vous arrêtez à l'opposition superficielle entre le nazi et l'homosexuel.

Je voulais dire aussi que le titre me paraît inadéquat car gnangnan sur un sujet tragique.

"jouant inconsciemment avec moi comme on joue distraitement avec de la pâte à modeler." : j'aime bien l'image, mais la trouve présentée de manière lourde avec ces deux gros adverbes en "ment".
"Je suis un homme façonnable, voilà tout, l’hologramme passif de la pensée de mes parents." : quand se situe ce récit ? Les hologrammes sont-ils déjà connus du public ?
"Je regrettai un instant ces soirées d’été où je dansais avec Noah, joyeusement ivres, où la place et la société nous le permettaient" : évidemment, je suis loin d'être spécialiste de l'époque, mais il me semble que, si on acceptait de voir deux femmes danser ensemble avant-guerre en Allemagne, deux jeunes garçons cela me paraît plus problématique... cela dit, c'est juste une impression ; avez-vous des informations à ce sujet ?
"Je n’étais pas fier d’être tombé si bas et, lorsque mon moral était au plus bas" : la répétition se voit, je trouve.
"Nous avions emménagé dans un appartement trop grand pour nous que son père nous avait conseillé (...)
– Mark, j’ai une proposition à te faire, m’annonça Ackermann tandis que ma fiancée débarrassait la table" : ils ont emménagé ensemble avant d'être mariés ? Vu l'époque et le fait que cette union est téléguidée par la famille de Brigitte, je m'étonne qu'il n'y ait pas eu d'abord mariage.
"pour tomber sur ces lèvres dont la texture me revint aussitôt douloureusement en mémoire" : la texture des lèvres, je trouve l'expression fort maladroite et pas du tout sensuelle ; je n'imagine pas du tout que ce soit ce mot qui vienne à l'esprit d'un homme se rappelant un profond amour de jeunesse.

   macaron   
19/6/2012
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
L'idée de votre nouvelle est intéressante et sa construction bien agencée. L'on se doute de la fin, mais c'est peut-être difficile de faire autrement, cette partie de l'histoire de la seconde guerre mondiale comme imprégnée en nous. Par contre, je trouve le ton"confessionnel" préjudiciable à votre histoire, une mièvrerie s'y installe malgré tout. Le côté historique est un peu maigre: quelques dates, noms de rue, etc...seraient un plus pour l'habillage. Un texte pas mauvais mais un manque de crédibilité.

   Anonyme   
25/6/2012
 a aimé ce texte 
Bien
Cette phrase est de trop : "l’autobiographie apparaît comme un style au narcissisme flagrant dont je ne suis pourtant pas coutumier". Elle vient comme un cheveux sur la soupe et fait sortir le lecteur du contexte.

Pour la crédibilité du récit, il est dommage que vous preniez uniquement des poètes français comme références (Verlaine, Rimbaud). Le héros n'est-il pas allemand ?

Ici j'aurais remplacé "dériver", assez maladroit, par "aller" : "Quel fou ai-je été de me laisser dériver à pareils sentiments".

L'histoire tient la route, cet homosexuel refoulé qui oublie ses désirs dans la noirceur des camps de concentration est plausible, comme si en détruisant l'autre il se châtiait lui-même.
Seule son appartenance aux SS me parait faire dans la surenchère. Il n'embrasse pas l'idéologie mais se soumet par faiblesse d'esprit. Je ne sais pas si les nazis acceptaient ce type de profil. Un engagement du narrateur dans la Wehrmacht aurait à mon avis suffit.

   Marite   
30/6/2012
 a aimé ce texte 
Bien
" Il ne faisait pas bon d’être naïf à cette époque, ce n’est qu’aujourd’hui que je me rends compte que, cette leçon, je l’avais apprise au dépend de la tolérance, du respect et d’autres valeurs actuelles. »
« Je suis devenu un monstre par mimétisme involontaire, je suis devenu un monstre parce que c’était ce que l’on attendait de moi. »
« Le mensonge est certainement, chez l’homme, l’une des armes les plus efficaces de l’instinct de survie contre lequel j’aurais tant voulu lutter. »

Ce sont les phrases que je retiens de cette histoire car elles m’apparaissent contenir des vérités qui, hélas, existent encore de nos jours.

L’ensemble du récit est bien construit je trouve et nous suivons le parcours de Franck sans problème. J’aurais cependant aimé y trouver à la fin, un paragraphe sur la situation actuelle du narrateur, comment il vivait avec ce passé si lourd … etc.
L’écriture se fait oublier au profit du récit. Il y a seulement cette phrase qui m’a arrêtée :
« … sous mes paupières, de lourdes larmes se bousculaient férocement devant ces fines parois d’épiderme … »
La phrase pouvait s’arrêter à « férocement », le reste étant superflu à mon sens.

C'est en effet un sujet difficile à aborder car, trop proche de nous dans le temps peut-être. Les simples lettres "SS" déclenchent un réflexe de rejet chez beaucoup d'entre nous. Mais nous avons allègrement enfoui des horreurs tout aussi abominables perpétrées aux quatre coins du Monde par des humains qui, eux, n'étaient pas embrigadés.

   AntoineJ   
1/7/2012
 a aimé ce texte 
Pas
je trouve que
- le style devrait plus "basculer" entre les scènes (introspection enfant, échappée homo campagnarde, plongée dans l'horreur),
- l'histoire devrait être plus creusée (pourquoi les vieux deviennent nazi, l'impact de son amour secret, la tension lors du jugement, ce qu'il est devenu ensuite ...).
Le tout fait une somme agréable à lire mais sans plus avec un fond dérangeant (trop facile de devenir un boucher, on peut l'excuser, non ? ce n'est pas sa faute).
Bref, très mitigé ...

   David   
9/7/2012
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour Elliot,

Brrr... les derniers développements du récit, ce que j'ai pu découvrir sur Noah et la dernière phrase, vont donner une fin très bien adaptée au récit. C'est sans ménagement pour les sentiments, dès le titre d'ailleurs, mais j'ai trouvé que le thème ne portait pas trop mal les lourds éléments qui le composent : ça ne m'a pas semblé "gratuit", ça reste une mise en scène d'un cas de conscience poussait au paroxysme dans ce scénario, mais une histoire de qualité convenable à mon goût.

   Anonyme   
11/7/2012
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Je ne suis pas un spécialiste de l'écriture et encore moins des grands auteurs mais j'ai vraiment prit un grand plaisir à lire cette nouvelle. Après tout la lecture n'appartient pas qu'a ceux qui s'y connaissent mais à tous et votre nouvelle m'a vraiment ému. Je l'ai trouvé bien construite et je me suis mis à la place de cet homme coincé à jamais.

   brabant   
28/7/2012
 a aimé ce texte 
Passionnément ↓
Bonjour Elliot,


Impressionnant ! Il faut oser écrire un tel texte ! Au risque de faire porter un regard non unilatéral sur certains nazis (encore que le personnage principal soit pour solde de tout compte un pauvre type), d'amener sinon une certaine indulgence ou sympathie/empathie (on se raccroche aux monstres que l'on peut), du moins un jugement plus critique (ce que l'on s'interdit. Vous voyez comme je suis mal à l'aise et comme je prends maladroitement des pincettes) d'autant plus que vous écrivez passablement bien pour évoquer un monde où l'abomination a été conduite jusqu'à son comble.

La maturation du personnage principal (vous constaterez que je me refuse à le nommer, façon de lui dénier le droit d'exister) d'individu intelligent à celle de monstre témoigne d'une progression logique et maîtrisée. A-t-on le droit de rendre un personnage veule sympathique/empathique ? La littérature, si elle ne se permet pas tout, est-elle encore de la littérature ? Au risque de la rigidité je dirais que la littérature ne peut pas tout se permettre.

J'ai prêté dernièrement à ma soeur un livre d'Histoire, un témoignage où la secrétaire privée d'Hitler (celle qui l'a suivi jusqu'à la fin de celui-ci dans son bunker) évoquait le quotidien du bonhomme. A la question que je lui posais de savoir si le livre l'intéressait, elle me répondit :
- Ce livre me fait peur, je ne sais pas si je vais en poursuivre la lecture.
- Pourquoi donc ? On n'y relate pas de faits horribles, l'abomination des camps...
- Justement... c'est qu'Hitler n'y fait pas peur... il apparaît presque... humain... un bon vieux pépère... paternaliste... j'ai peur de le trouver sympathique...

Comme ma soeurette a raison ! Et pourtant de tels livres doivent exister, d'ailleurs le tribunal pénal international (je vais vérifier la qualification exacte du tribunal et le nom de la secrétaire et le titre du livre quand ma petite soeur me l'aura rendu pour noter tout cela en édition au cas où...) a acquitté la dite secrétaire privée, unique, presque confidente, pas tout à fait, en tout cas témoin privilégié).


Ceci dit, allez évaluer un tel texte après cela... Je salue à la fois votre courage et votre savoir-faire, votre savoir-écrire car vous maintenez une certaine pudeur dans l'horreur, à force de distanciation. Je serai lâche avec un B - (consensuel) sur ce sujet qui écorche parce que, soit dit entre nous, je n'ose pas mettre Exceptionnel.

Et puis basta ! J'enlève mon ce B - et je le mets, cet "Exceptionnel" ! Mais (-) !

lol !

J'ai mis "lol" comme vous avez choisi "SS in love" en titre ! lol !

   Pimpette   
28/7/2012
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Une excellente nouvelle.
Un beau style propre comme j'adore.
Une histoire bouleversante dont on se dit qu'elle frôle certainement bien des aspects de la vie réelle. Hélas!
J'ai pensé aux"Bienveillantes' de John Little...excusez moi si je cite mal le nom de cet auteur.
Magnifique personnage qui reste lui-même dans une vie qui semble le souiller sans qu'il le veuille ...Il y a une seconde dans cette vie où Mark pourrait sacrifier sa propre vie en refusant de voir Noah subir le pire. Il ne le fait pas. Toute sa vie, on le pressent est définitivement massacrée par cet instant de grande lâcheté.

   MissNode   
29/9/2012
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Elliot, j'ai bien fait de chercher ce soir un texte qui ne soit pas dans "l'actu" !

Sûr que je sois a priori totalement partiale : d'emblée j'ai toujours été curieuse quant à ce qui peut bien se passer dans la tête d'un bourreau pour qu'il poursuive sa vie "plan-plan" ...

Et voilà, l'argument m'a convaincue, le rythme de la nouvelle me captivant très vite ; ajoutez à cela quelques moments qui sonnent poétiques. Cette hypothèse de l'homme "archi discipliné", à l'âme anéantie, amorphe rendrait possible la co-existence en la même personne, d'un bourreau et d'un être humain.

La "mise en scène" est vivante, les personnages crédibles ... je ne lirai qu'ensuite les commentateurs qui m'ont précédée, mais je remercie le courage de traiter ce sujet, d'une assez sobre manière (cette sensation de détachement du Mark !... de le lire crée un malaise).


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